Guide des émotions
Par Michelle Larivey, psychologue
Ressources en Développement









La rancune
Une émotion mixte

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Des exemples

  1. J'ai une énorme rancune à l'égard de mon frère qui ma dénigrée durant toute ma jeunesse. Je ne lui pardonne pas de m'avoir fait souffrir à ce point à cause de sa jalousie.

  2. J'en voudrai toujours à l'assassin de ma soeur. J'ai même l'impression qu'en souvenir d'elle, je ne dois jamais accepter ce qu'il lui a fait.

  3. Je lui garde rancune de l'accident qu'elle m'a causé. Surtout parce qu'elle ne veut pas avouer ses torts.

  4. Je suis une personne rancunière.

Qu'est-ce que la rancune ?

La rancune c'est une colère qui contient un désir de vengeance. Dans certains cas, ce dernier est très vif. La rancune s'apparente à la révolte par la part d'indignation qui la sous-tend. Mais elle n'atteint jamais l'intensité que la révolte peut atteindre. Par ailleurs, la rancune s'applique toujours à des personnes, alors que la révolte peut aussi viser des événements ou même des entités abstraites.

La rancune est une colère "stabilisée", même si elle peut être ravivée et augmenter en intensité si nous évoquons les événements qui en sont la source. De plus, la colère est installée pour demeurer . En effet, nous tenons à conserver notre rancune parce que c'est la seule façon qui nous reste de ne pas baisser la tête, de refuser ce qui s'est passé. La rancune est en effet alimentée par le caractère inacceptable ou intolérable de son origine.

Il nous semble alors que la vengeance rétablirait quelque peu l'équilibre. Si le responsable pouvait "payer" pour le tort qu'il a causé, il y aurait au moins un semblant de justice. Mais l'équilibre reste inatteignable car, à nos yeux, le geste est irréparable. C'est ainsi que nous tentons de "faire payer" et que nous souhaitons qu'il lui arrive malheur.

Mais typiquement, nous n'agissons pas de façon à nous venger réellement. Dans certains cas, parce que que c'est impossible (exemple 2). Dans d'autres cas, comme chez l'individu rancunier de l'exemple 4, c'est parce que nous refusons d'exprimer clairement cette colère. C'est justement ce que la vengeance nous obligerait à faire. La rancune se caractérise donc aussi par l'absence de contact expressif direct avec celui qui est l'objet de la colère. Les personnes rancunières, par exemple, choisissent souvent de punir en boudant.

Si la rancune est tenace, c'est aussi parce que nous jugeons que la blessure ou le tort subi aurait pu être évité. L'acte du responsable n'était pas inexorable, comme les situations révoltantes peuvent parfois l'être (par exemple la mort, la maladie). Au contraire, il s'agit d'un choix. (Dans l'exemple 3, ce n'est pas de l'accident que je lui en veux, mais bien de ne pas avouer son tort: un comportement qui serait tout à fait à sa portée.) Mon frère n'était pas obligé de me faire souffrir parce qu'il m'enviait; il aurait pu trouver d'autres exutoires (exemple 1). J'ai été la victime de son insensibilité à mon égard, de sa mauvaise volonté, ou même de la cruauté, dans le cas du deuxième exemple.


Que faire avec la rancune?

L'expression complète

La rancune est un sentiment désagréable. Pour cette raison, il arrive éventuellement que je désire m'en débarrasser. Il existe une manière efficace de liquider la colère qui maintient la rancune. C'est par son expression directe et complète, comme celle qui est expliquée dans "L'expression qui épanouit".

Mais dans certains cas, cette méthode ne peut pas réussir. Même si j'exprimais vraiment ma colère au meurtrier (exemple 2), je ne pourrais la liquider car le maintien de ma colère est en quelque sorte une question de fidélité à l'égard de ma soeur, victime d'un acte ignoble. Dans ce cas, je devrai vivre avec cette colère sourde en moi. Mon défi consiste à ne pas la laisser polluer ma vie!


Le pardon

L'inconfort et les objections morales suscités par la rancune conduisent certaines personnes à vouloir pardonner. Mais le pardon n'est pas une question de volonté. On y arrive naturellement ou on n'y arrive pas du tout. Le pardon décidé est une attitude artificielle nuisible, car elle me force à m'illusionner volontairement sur ce que je vis. Dans ce cas, tout en étant porteur de la colère, je m'applique à feindre une attitude magnanime. Ce tour de force ne peut réussir sans beaucoup de rationalisation et d'intellectualisation. Ces mécanismes de défense ont pour but d'enrayer le ressenti réel. Par définition, leur effet n'est pas bénéfique du point de vue de l'intégrité psychique.

Contrairement au précédent, le pardon naturel n'est pas recherché. Il découle de l'évolution de mon vécu par rapport à la situation. Il est possible que l'acte posé antérieurement ne suscite plus de colère, par exemple parce que l'attitude actuelle de mon frère est suffisamment respectueuse que je la vive comme l'équivalent d'une "réparation" (exemple 1).


Vivre avec la colère

Je n'aurai peut-être pas le choix: il est possible que la gravité de ce qui m'a été imposé continue de me marquer pour toujours. Dans ce cas, mon seul recours sera d'une part de reconnaître cette colère et d'autre part de la garder consciemment en rapport avec ce que j'ai subi. C'est ce qui me permettra d'éviter qu'elle ne s'étende et prenne l'allure d'une amertume indifférenciée.


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Couverture du livre
Voyez aussi:

La puissance des émotions
Par Michelle Larivey

Éditions de l'Homme, 2002
ISBN 2-7619-1702-2
334 pages, 26.95 $can

Préface Jacqueline C. Prud'homme, ts
psychanalyste, thérapeute familiale


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