Guide des émotions
Par Michelle Larivey, psychologue
Ressources en Développement

















La violence
Une pseudo-émotion

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Des exemples

  1. Mon adjointe est colérique. Elle devient facilement très blessante dans ses propos.
  2. Il est très intense; cela m’impressionne et je le trouve violent.
  3. Son père le dénigre et le ridiculise continuellement.
  4. Il arrive à mon mari de me frapper lorsqu’il est hors de lui.

Qu'est-ce que la violence ?

La violence est synonyme d’agressivité à outrance. Elle a la même étymologie que “violer” c’est-à-dire, enfreindre les limites. La violence consiste à agir sur quelqu’un ou à le forcer, contre sa volonté, en utilisant la force physique ou psychique. L’usage de force se fait en frappant ou en intimidant, en infligeant des blessures physiques ou morales.

De plus, il y a une forme d’abus ou de tricherie dans la violence. Cette fourberie est vécue comme une trahison lorsque c’est un proche qui nous violente.

    Dans l’exemple 2, le parent qui dénigre son enfant abuse de son statut pour le blesser là où il ne possède aucune défense. Ce genre d’attaque à l’intégrité psychique est pernicieux et fait souvent plus de mal qu’une blessure physique. Contre un coup, l’enfant peut au moins se débattre.

    De même, le conjoint battu ne peut plus donner sa confiance à son partenaire. Ce dernier a abusé de sa force pour obtenir ce qu’il voulait, trahissant ainsi le contrat implicite d’égalité entre eux.
Il n’est pas facile de déterminer si un comportement est violent ou non. Pour y arriver, il faut examiner l’action concernée de deux points de vue: celui de la personne qui subit et celui de son auteur. Ces deux dimensions ne concordent pas toujours et il arrive que quelqu’un soit violenté sans que l’auteur n’ait fait preuve de violence.


    Le point de vue de celui qui l’exerce
Faire preuve de violence, c’est tenter d’atteindre mon but en utilisant la force pour contraindre l’autre. Mais pour que l’on parle de violence, il faut aussi que j’aie l’intention d’enfreindre ses limites et de le forcer. Blesser quelqu’un par inadvertance n’est pas un acte de violence. Le frapper volontairement, même à cause d’une perte de contrôle, constitue au contraire une manifestation de violence (exemple 4).


    Le point de vue de celui qui subit
Il faut distinguer deux volets chez celui qui subit la violence. Être violenté c’est d’abord subir une atteinte à mon intégrité physique ou psychique. Cette atteinte est déterminée par deux facteurs: “la nature du geste de l’interlocuteur” d’une part et mes “limites personnelles”, d’autre part. Pour qu’il y ait violence, le geste doit être “intrusif”, comme mentionné ci-haut. Quant aux limites personnelles, elles sont déterminées par la “capacité objective d’absorber l’expérience”.

    La boxe, par exemple, est un sport rude. Mais les boxeurs ne font pas nécessairement preuve de violence l’un envers l’autre. Objectivement, ils ont tous deux choisi de s’impliquer dans un combat en respectant certaines règles, ils sont entraînés et sont de calibre comparable.

    Il faut déployer beaucoup moins d’énergie pour faire perdre l’équilibre à un vieillard ou à un enfant en le rudoyant. Mais il s’agit d’un acte violent parce que ceux-ci ne sont pas “objectivement” de taille pour résister ou se défendre. Par contre, pousser vigoureusement son mari ou sa femme sous l’effet de la colère, n’est pas un acte de violence dans la mesure où il s’agit de deux adultes capables d’absorber ce coup.

    Mais administrer une claque à la figure de son mari ou de sa femme pourrait sûrement être considéré comme violent. Ce n’est pas parce qu’ils sont physiquement incapables de l’absorber mais parce que le geste est humiliant; parce qu’il atteint l’intégrité psychique.
En somme, il n’est pas facile d’établir les limites objectives lorsqu’on veut définir la violence. Elles sont souvent confondues avec les limites subjectives, comme nous le verrons plus bas.

L’atteinte à l’intégrité est un peu plus facile à déterminer. Le boxeur se fait molester, mais cela fait partie des règles du jeu. Sa personne n’est pas vraiment la cible des coups. Par contre, le joueur de hockey qui reçoit un coup de bâton à la figure est victime de violence. Le coup est une intrusion qui n’est pas autorisée par les règles du jeu et ne fait pas partie des attentes normales de celui qui choisit de jouer au hockey.

Ces distinctions mettent en lumière le fait qu’une personne puisse être violentée sans que le geste qui en est la cause ne soit vraiment violent.

    Je lui marche sur le pied: c’est un accident. Il a très mal parce que j’ai exacerbé sa blessure: il est donc violenté. Mais le contraire n’est pas possible. Il tente de m’intimider avec des menaces pour que je ne dénonce pas sa fraude, mais il ne me fait pas peur. Son action est violente même si elle demeure inefficace.

À quoi sert la violence?

La violence est un moyen d’obtenir quelque chose qui nous échapperait autrement ou qui nécessiterait une plus grande dépense d’énergie. C’est un moyen d’arriver à nos fins en nous appuyant non pas sur nos propres forces, mais sur la faiblesse ou la vulnérabilité de l’interlocuteur. Il est plus facile de renverser une vieille dame pour lui voler son sac à main que de travailler pour gagner l’argent que nous lui arrachons.

La personne colérique m’utilise lorsqu’elle est très choquée plutôt que de faire l’effort de bien identifier ce qu’elle vit et d’en cerner l’importance pour elle (exemple 1). Au lieu de me donner accès à elle, ce qui l’impliquerait beaucoup émotionnellement, elle choisit de se venger en me blessant, ce qui fait de moi la personne la plus impliquée. Elle peut ainsi libérer une partie de sa charge émotive sans se rendre vulnérable. Mais au lieu d’émettre cette charge émotive elle-même, elle se sert de l’intensité provoquée chez moi pour passer son message. C’est un message qui passe rarement de cette façon, toutefois. L’exemple 4 illustre la même chose.

Avec la peur répandue des émotions intenses et le règne du “politiquement correct”, le terme violence est galvaudé dans les rapports interpersonnels. Les limites “objectives” étant difficiles à déterminer, on y introduit toutes sortes de distorsions et même d’abus.

Par exemple, c’est parfois notre incapacité de recevoir (ou ressentir) de l’agressivité qui nous amène à qualifier de violent un propos ou une personne. Mais la peur de la colère est-elle une limite réelle? Si elle l’est pour celui qui la vit, doit-elle le devenir nécessairement pour ses interlocuteurs?

Dans un rapport sain entre adultes, la réponse est négative. Mais il n’est pas facile de tracer la ligne. La capacité d’un enfant de recevoir de la colère n’est pas la même que celle d’un adulte mais quelle est la différence exactement? La capacité d’un nourrisson est nulle. Mais quelle est vraiment celle d’un enfant de cinq ans?

Lorsque nous tentons de museler la colère de quelqu’un parce que nous en avons peur, nous abusons de l’impopularité de ce terme. Et, paradoxalement, nous faisons alors nous-même acte de violence. Pour éviter de montrer notre vulnérabilité, nous tentons de contraindre l’autre à s’abstenir de s’exprimer d’une façon émotive. Il est souvent tentant de contrôler l’autre son je suis impressionnée par son intensité (exemple 2).


    Violence et intensité
La violence est généralement chargée d’intensité, mais l’intensité ne comporte pas nécessairement de violence (exemple 2). L’intensité marque le degré de force de ce qui est vécu. Une colère, comme une peine ou une joie, peut être très intense. La colère devient violente seulement lorsqu’elle implique une transgression de l’intégrité de l’autre. Celui qui casse des objets sous le coup de la colère fait preuve de violence envers ces objets, mais pas envers les personnes que ses éclats n’impressionnent plus. Celui qui terrorise son environnement quand il est mécontent, fait preuve de violence. Celui qui dit très fort sa colère, parce qu’elle est très intense n’est pas violent: il s’exprime avec intensité.

Cette distinction est extrêmement importante parce que la peur de l’intensité peut nous faire rejeter l’expression intense chez les autres (et chez nous-mêmes bien entendu). Or se priver d’une expression intense de colère, ou en priver les autres, c’est se condamner à ne pas pouvoir régler à fond nos conflits et partant, à garder sur le coeur des sentiments qui nous minent et détruisent nos relations.

Pour plus de détails sur la nature de la colère et la place de l’expression, voir “Agressivité et affirmation”, et “L’expression qui épanouit”.


Pour en savoir plus sur les quatre types d'expériences émotives!

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Couverture du livre
Voyez aussi:

La puissance des émotions
Par Michelle Larivey

Éditions de l'Homme, 2002
ISBN 2-7619-1702-2
334 pages, 26.95 $can

Préface Jacqueline C. Prud'homme, ts
psychanalyste, thérapeute familiale


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