Les filles d'Aphrodite


Inspiré par la douleur et la solitude vécue par des femmes
incapables de se rendre vulnérables dans leur relation avec les hommes
et par la frustration des hommes qui les aiment.


Longues, pulpeuses
avec des odeurs de pêche mûre
la peau lisse et brillante comme le cuivre
leurs yeux pers parcourent les reliefs de la vie
sans trop y toucher.

Leurs lèvres se gonflent à tout moment
comme des prunes mûres et fermes
mais elles restent étrangement immobiles.

Leurs poignets sont généralement attachés à leurs pieds,
position empêchant plusieurs initiatives.

Aucun gémissement
mais parfois, une longue tristesse
affaiblissante et douloureuse
laissant de grands cernes mauves sur leur beauté.

Aucune larme
plutôt de petits sursauts
qui ébranlent le socle sur lequel elles sont toutes juchées.

Mais ces ébranlements sont vains
car jour après jour,
leur piédestal prend racine
plus creux que le tilleul.

Leur coeur pourrait bien sécréter quelques gouttes de fiel
par dépit
si on continuait de les laisser s'assécher sur leur hauteur.

Mais que faire?

Chaque homme qui a tenté de couvrir leurs pieds de baisers
a eu la gorge tranchée d'un regard acéré.
Or les fils de Zeus ont toujours craint les Grâces qui s'étreignent le coeur
plutôt que de baigner dans la vie.
Quelle solitude!


Michelle Larivey
18 novembre 1993


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