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Par Gaëtane Laplante, psychologue Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy" Volume 10, No 02 : avril 2006 Résumé de l'article Les expériences d’abus physiques, sexuels et psychologiques ont des conséquences graves sur le développement des personnes qui en ont été victimes. Cet article décrit sans avoir la prétention d’être exhaustif, de quelle façon le développement et le comportement d’une personne victime de tels abus peuvent en être affectés. Table des matières
2. Le développement de la personne mis en péril
b) La perte du regard bienveillant du parent et l’estime de soi c) L’incapacité à être à l’écoute de ses émotions et de ses besoins d) Des apprentissages scolaires et professionnels difficiles e) Des adaptations sociales compromises f) Des problématiques de l’épanouissement sexuel
- Une vie sexuelle hyper stimulée ou délinquante
b) Sentiment de culpabilité c) Sentiment de solitude et d’insécurité angoissante
b) Dissociation du corps c) Dépersonnalisation |
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1. Introduction :
Je développerai aujourd'hui les divers aspects de leurs conséquences, soit : Je vous propose de lire le premier article « LE FLÉAU DES ABUS » si ce n’est pas déjà fait, afin de vous faciliter la compréhension de celui-ci. Vous pouvez le trouver à l’adresse qui suit : http://www.redpsy.com/letpsy/letpsy10.01.html 2) Le développement de la personne
Les traumatismes d’abus ont nécessairement des impacts plus ou moins marqués sur certains aspects du développement de la personne. On reconnaît de façon générale des conséquences manifestement liées à ces traumatismes. En voici une description plus élaborée : a) La perturbation de la relation de confiance avec la mère ou son substitut Le psychologue américain, Eric Erickson, a élaboré des étapes de développement reconnues dans le monde de la psychologie. Ainsi, entre 0-18 mois on reconnaît cette étape, comme celle du développement de la confiance. Au cours de cette étape, l’état de dépendance du jeune enfant quant à ses besoins physiologiques et psychologiques de base est tel, qu’il ne peut que s’en remettre à ses parents. Ainsi, plus le bébé obtient des réponses appropriées à ses besoins et faites au bon moment , plus il apprend qu’il peut se fier à la personne qui en a la charge quant à son aptitude à le materner de façon satisfaisante. C’est cette confiance de base qui permet à l’enfant de prendre les risques nécessaires pour franchir les étapes suivantes de développement. Qu’arrive-t-il à ce sujet lorsqu’un enfant est abusé dès son jeune âge? Même s’il a pu développer une certaine confiance au cours des premiers mois ou des premières années de sa vie, cette confiance est compromise au moment où surviennent les abus. Cette capacité à faire confiance à l’adulte agresseur et à tous les proches qui n’ont pas su le protéger, est nettement ébranlée. Le fait que la victime trouve difficilement une personne en qui elle peut avoir confiance, contribue à entretenir le cercle vicieux des abus. Elle se retrouve le plus souvent seule avec son secret, pas assez forte pour confronter l’agresseur et personne autour d’elle sur qui elle pourrait compter. b) Le regard bienveillant du parent pour développer l’estime de soi L’enfant a besoin du regard bienveillant de l’adulte, en l’occurrence le parent, pour apprendre à s’apprécier lui-même et développer une saine estime de lui. Il a besoin de sentir et de constater qu’il a de la valeur aux yeux de ses parents, par l’affection et l’attention qui lui sont témoignés. Dans le cas où un enfant est abusé, ce n’est pas du tout ce qui se passe.
c) L’incapacité à être à l’écoute de ses émotions et de ses besoins Dans une famille « saine », les parents sont à l’écoute des besoins des enfants. Ils leur apprennent de cette façon que leurs besoins méritent d’être écoutés et considérés. Dans une situation d’abus, c’est tout le contraire qui se passe. L’enfant devient alors un objet dont se sert le parent. Il perd la possibilité de s’exprimer ou de faire des choix à partir de ce qu’il ressent. Les besoins auxquels il doit répondre sont ceux du parent agresseur. Il n’a pas la possibilité de s’objecter aux faveurs sexuelles demandées ou aux supplices imposés, même si ça le répugne fortement. Dans un contexte d’abus sévères et persistants, un enfant apprend donc très tôt, à considérer comme dangereux le fait d’avoir des émotions et des réactions. Par exemple :
Un enfant dont l’occupation principale est d’apprendre à disparaître, en n’ayant pas le droit d’exprimer ses émotions, ne peut développer son sentiment d’estime personnel. C’est alors pour lui, un défi très difficile à atteindre. Une expérience similaire se produit avec l’enfant abusé sexuellement :
Pour Jocelyne comme pour Sylvie, c’est « leur droit à l’existence » qui est remis en cause de façon fondamentale. C’est ce qu’elles sont, pensent et ressentent qui n’a pas le droit d’être. Ce genre d’engramme est enregistré profondément et il devient très difficile de le changer pour quelque chose comme: « J’ai le droit d’être ce que je suis. Je peux être intéressante et digne d’affection. Mes émotions sont pertinentes et méritent d’être exprimées. » L’enfant abusé, qui n’a trouvé aucun parent pour le soutenir et le protéger peut difficilement faire confiance aux autres personnes qui l’entourent. De plus, s’il a appris à se taire, se renier, se couper de toutes ses réactions par crainte de son agresseur, il est très mal équipé pour faire face aux défis de la vie. Il est donc normal qu’il accumule en cours de route plus d’échecs que de succès sur la plupart des zones de son développement.
Peu d’enfants abusés sévèrement ont la disponibilité intérieure pour s’investir dans les apprentissages scolaires. La plupart du temps, les angoisses accompagnant les traumatismes monopolisent la plus grande partie de leur énergie. Ils sont trop occupés à survivre. Ils n’ont pas l’énergie et la liberté pour vivre tout simplement. Un bon nombre d'entre eux n’arrive pas à terminer des programmes d’études secondaires ou avancés, même avec une intelligence normale ou supérieure. Si par un tour de force insoupçonné ils réussissent l’étape de la formation, souvent il y a dysfonctionnement au niveau du métier ou de la profession choisie. Le développement d’une compétence professionnelle demande un minimum de confiance dans ses habiletés et ses capacités d’apprendre. La barrière est haute à franchir pour quelqu’un qui a été dénigré tout au long de son enfance et de son adolescence. e) L’adaptation sociale compromise : Ces personnes ont aussi souvent des difficultés d’adaptation sur le plan social. Le fait d’être isolées pendant de nombreuses années nuit au développement de leurs habiletés sociales. Elles ne savent pas trop comment s’y prendre pour s’intégrer à un groupe ou se faire aimer, n’ayant pas été exposées suffisamment à ce genre d’apprentissage.
Comment pourrait-elle alors développer ses habiletés relationnelles? Il est normal qu’une telle enfant soit habitée par la rage lorsqu’elle se voit ainsi traitée injustement. Comme adulte, ces victimes sont hypersensibles à toute forme d’injustice ou d’abus. Leur tendance à transférer leur rage sur leur entourage rend plus complexe leur adaptation. Si ces victimes n’ont pas entrepris de démarche personnelle pour comprendre ce qui leur arrive, elles restent prises dans un cul-de-sac, à répéter invariablement le passé, avec les interlocuteurs de leur vie sociale et professionnelle. f) Des problématiques de l’épanouissement sexuel
L’épanouissement sexuel des adultes ayant été abusés sexuellement est souvent mis en échec. La possibilité de découvrir les plaisirs de la sexualité en toute innocence et selon des étapes normales, leur est enlevée. Plusieurs victimes expriment leur colère par : « Je me suis fait voler mon enfance et mon innocence! » L’enfant qui est initié à la sexualité par un adulte profiteur, apprend à se renier pour se mettre à la disposition de l’autre. Il apprend à se placer dans une position passive. La possibilité de vivre un échange amoureux réciproque dans le plaisir est compromise. Comment un tel enfant devenu adulte peut-il faire confiance à un amoureux ou un partenaire sexuel ? Il lui est bien difficile d’apprendre à s’abandonner dans le plaisir. Car pour lui, sexualité équivaut à être dominé ou abusé.
Certains enfants éveillés à la sexualité de façon malsaine et trop précoce, en deviennent dépendants comme d’autres dépendent des drogues ou de l’alcool. Un certain nombre évolue vers la prostitution ou le proxénétisme. La sexualité devient alors une fuite ou une recherche effrénée de satisfactions rapides face à un manque mal identifié, et donc, rarement satisfaisante et épanouissante. De nombreux enfants abusés sexuellement, une fois devenus adultes, sont incapables d’évoluer vers une sexualité normale. Ils sont incapables de vivre une sexualité basée sur un rapport égalitaire et respectueux. Certains peuvent à leur tour devenir des abuseurs, s’ils n’ont pas fait de démarche pour résoudre ce problème. Le cheminement à faire dans ce cas, c’est d’ abord d’apprendre à être à l’écoute de leurs émotions, sensations et besoins, apprendre à les exprimer et à les négocier avec leur partenaire sexuel. Il s’agit essentiellement de briser la conception du rapport de force qu’ils ont trop bien appris au cours des abus. Ils doivent apprendre à vivre des relations égalitaires et respectueuses, où chacun est ouvert et disponible au plaisir de l’autre, tout en étant responsable de sa propre satisfaction.
a) Sentiment de honte L’enfant, en bas âge, prend conscience assez rapidement que ces « jeux » ou sévices sexuels avec son agresseur, ne sont pas normaux. Il sait d’instinct qu’il vaut mieux garder ce secret pour lui, quand ce n’est pas l’agresseur qui l’y incite clairement par des menaces. UN TEL SECRET L’ENFERME DANS UN SILENCE CORRESPONDANT À UNE FORME DE PRISON. C’est une partie importante de la vie de l’enfant, et même de l’adulte en devenir qui n’a pas le droit d’être. Il éprouve alors de la honte à continuer de subir ces abus avec lesquels il n’est pas en accord, sans avoir les moyens de les faire cesser. Même une fois adulte, il a encore honte de ne pas avoir pu les empêcher. Lorsque la vie ne peut circuler dans le corps physique, cette partie du corps se sclérose. Il en va de même lorsqu’un tel secret est coincé dans le psychisme. Il nuit à la circulation de la vitalité d’une personne. C’est pourquoi il est si important de pouvoir un jour se libérer de ce secret, et de pouvoir vivre au grand jour. b) Sentiment de culpabilité Habituellement, l’enfant abusé sexuellement ne sait pas que c’est l’adulte qui a la responsabilité de ces comportements abusifs. Surtout lorsque l’agresseur suggère à sa victime que c’est elle qui a un comportement séducteur avec lui. Ça peut contribuer effectivement à la mettre en doute. La confusion devient encore plus grande lorsque le corps de l’enfant a une réaction de plaisir sexuel. Comment peut-il refuser la responsabilité de ces contacts sexuels en même temps que son corps y prend plaisir ? L’ENFANT ABUSÉ PEUT FACILEMENT CONCLURE QUE PLAISIR EST ASSOCIÉ À CULPABILITÉ. LA PLUPART DES ADULTES AYANT SUBI DES ABUS VIVENT, EUX AUSSI, DE LA CULPABILITÉ, PARCE QU’ILS N’ONT PAS RÉUSSI À STOPPER LES ABUS. CES AUTO ACCUSATIONS ACCENTUENT LEUR CULPABILITÉ. Dans le cas des abus physiques, l’enfant maltraité se sent coupable d’être la personne qu’il devient. « Qu’est-ce qui fait que mon parent me hait autant ? Ai-je des déficiences physiques, mentales ou psychologiques qui font de moi un enfant détestable qui mérite tous ces châtiments ? De quoi suis-je coupable pour mériter un tel traitement ? » c) Sentiment de solitude et d’insécurité angoissante
De plus, elle n’a personne vers qui se tourner pour l’aider. Sa mère réussit assez bien à maintenir aux yeux des autres parents et voisins une apparence de normalité. Quant à ceux qui ont osé poser des questions, elle les a renvoyés durement. Être ainsi rejetée et reniée par son propre parent laisse cette fillette dans des sentiments de solitude et d’insécurité très angoissants. Elle se sent à la fois seule, vulnérable, impuissante et sans personne sur qui compter. Pour plusieurs victimes d’abus maintenant devenues adultes, la façon de fuir cette solitude angoissante passe par l’activation. Il leur est habituellement pratiquement impossible de demeurer inactives ou simplement présentes à elles-mêmes ou à leur environnement présent. Elles fuient de façon systématique, plus ou moins consciemment, les souvenirs et les émotions passées, sans nécessairement savoir que c’est ce qu’elles fuient. À la longue, une telle incapacité est très épuisante et irréconciliable avec la paix et la sérénité intérieure.
Dans le cas des victimes d’abus, les mécanismes de défense viennent au secours de l’enfant en le portant à développer de véritables mécanismes de survie. Au moment des agressions, ils empêchent une désorganisation plus grande de la personne et ont donc une grande utilité. Par ailleurs, une fois devenus adultes, il est important de se libérer de ces mêmes comportements, qui alors compromettent l’épanouissement sur tous les plans. a) Se mettre au service d’autrui La plupart des victimes d’abus sentent le besoin de compenser pour répondre à leur besoin d’être aimé. Ils apprennent donc à se faire apprécier en se mettant au service des autres, et ce, trop souvent, en reniant leurs propres besoins. Ce comportement est intimement relié à la pauvreté du sentiment de valeur personnelle. Ce symptôme que l’on pourrait appeler « l’hyper responsabilité » est une tendance qui peut se perpétuer sur le plan professionnel. Par exemple, l’employé qui a de la difficulté à ne fournir que sa juste part du travail. Son grand besoin d’être reconnu par ses patrons le pousse à aller au-delà de ses limites. Il fait toujours passer « la chose à faire » ou l’exigence extérieure avant ses propres besoins et ses limites. C’est un comportement qui, à l’extrême, peut conduire à la dépression ou à l’épuisement. (Toutes les personnes qui vivent un épuisement ont n'ont pas nécessairement été abusées. C’est un indice parmi un ensemble d’autres.) b) Dépersonnalisation Le besoin d’être aimé ne peut plus appartenir à la réalité pour bien des enfants abusés physiquement et surtout psychologiquement. Ils ont le « droit d’être dans le rêve » seulement. Ces enfants s’inventent alors souvent une famille ou un parent imaginaire. C’est de cette façon qu’ils arrivent à nourrir l’illusion qu’ils sont entourés d’affection et d’attention.
Une fois adulte, il est donc bien difficile pour cette personne de légitimer son besoin d’être aimée et reconnue. Elle aura tendance à tout attendre de l’extérieur et des autres, mais bien sûr, en taisant ses besoins. Ces victimes deviennent des candidates idéales pour ce que l’on nomme de façon populaire « la dépendance affective », c'est-à-dire des personnes qui se placent en position passive face à leurs besoins d’être aimées et reconnues. Le défi à relever est donc d’apprendre à accueillir et à légitimer ses besoins d’être aimés et reconnus, et FINALEMENT, à s’en rendre responsable. Ce qui veut dire s’engager activement dans la satisfaction de ses besoins. c) Dissociation du corps La dissociation est un mécanisme de survie, qui vient à la rescousse des victimes d’abus, lorsque la souffrance est insupportable. L’imaginaire permet alors de ne plus ressentir la douleur. Il y a donc dissociation entre les sensations du corps et l’interprétation que l’esprit lui donne.
C’est donc un mécanisme important, utile à la survie, mais qui constitue une fuite de la réalité. Ce ne peut être, à long terme, une forme d’adaptation saine. Comme pour les autres mécanismes de survie, la victime qui apprend à se dissocier pour « survivre » aura à un moment donné à relever le défi de la réalité. Il est bien important qu’elle puisse à nouveau avoir accès à son système d’information, soit les sensations et émotions, afin d’être plus en mesure de répondre efficacement à ses besoins physiques et affectifs. Comme dans l’exemple ci-dessus, JULIETTE AURA À FAIRE FACE À SA RÉALITÉ POUR RECONNAÎTRE L’INACCEPTABLE ET CHERCHER DES MOYENS POUR METTRE FIN À CES AGRESSIONS. C’est lorsque Juliette regardera la réalité en face, qu’elle constatera qu’elle n’en peut plus d’être ainsi traitée et qu’elle cherchera alors une façon de mettre fin à ces agressions.
Malgré le fait que, pour une période de leur vie, certaines victimes réussissent à fonctionner tant bien que mal en apparence, il arrive néanmoins un moment, habituellement vers la quarantaine, où elles ne peuvent plus repousser les symptômes sans aggraver leur déséquilibre. La dépression, la maladie ou d’autres conditions encore plus sévères les guettent. L’alternative la plus saine à ce moment est d’accepter d’affronter la réalité. Plus les victimes arrivent à vivre les émotions qui font partie de leur réalité d’abusées, plus il leur est possible de retrouver une certaine paix. La vie est de moins en moins une boîte à surprise qui risque d’éclater aux moindres stimuli. Les souvenirs peuvent revenir à la mémoire sans être aussi envahissants et menaçants. Il devient donc possible de prendre une certaine distance par rapport à ce passé. Mais cette fois-ci, parce qu’il est mieux digéré. Cela permet de passer à vraiment autre chose, à la possibilité de vivre le moment présent dans une plus grande liberté. Dans le prochain article, vous trouverez comment appliquer les fondements de l’approche Auto-développement à une problématique d’abus. Vous comprendrez comment l’apprentissage du processus naturel de croissance de même que la capacité à s’exprimer efficacement, peuvent être d’une grande utilité aux victimes d’abus. Vous avez des questions à nous poser à propos de cet article ? N'hésitez pas à les envoyer à commentaires1d@redpsy.com Gaëtane LaPlante, psychologue Trois-Rivières, Québec, Canada Tel: (819) 378-5517 g.laplante@tr.cgocable.ca
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