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Les conséquences des abus physiques sexuels et psychologiques
Par Gaëtane Laplante, psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 10, No 02 : avril 2006



Résumé de l'article

Les expériences d’abus physiques, sexuels et psychologiques ont des conséquences graves sur le développement des personnes qui en ont été victimes. Cet article décrit sans avoir la prétention d’être exhaustif, de quelle façon le développement et le comportement d’une personne victime de tels abus peuvent en être affectés.


Table des matières
    1. Introduction
    2. Le développement de la personne mis en péril
      a) La perturbation de la relation de confiance avec la mère ou son substitut
      b) La perte du regard bienveillant du parent et l’estime de soi
      c) L’incapacité à être à l’écoute de ses émotions et de ses besoins
      d) Des apprentissages scolaires et professionnels difficiles
      e) Des adaptations sociales compromises
      f) Des problématiques de l’épanouissement sexuel
        - Une vie sexuelle appauvrie
        - Une vie sexuelle hyper stimulée ou délinquante
    3. Les sentiments destructeurs
      a) Sentiment de honte
      b) Sentiment de culpabilité
      c) Sentiment de solitude et d’insécurité angoissante
    4. Les comportements de survie
      a) Se mettre au service d’autrui
      b) Dissociation du corps
      c) Dépersonnalisation
    5. Conclusion





1. Introduction :

    Dans l'article précédent, j'ai défini les divers types d’abus, ainsi que les facteurs aggravants.
    Je développerai aujourd'hui les divers aspects de leurs conséquences, soit :

    • Le développement de la personne mis en péril.
      Plusieurs ingrédients nécessaires à la croissance sont touchés, tels la confiance en soi, dans les autres et dans la vie. C’est le développement psychologique, scolaire, professionnel, social et sexuel qui peut être compromis.

    • Les sentiments destructeurs.
      Les traumatismes d’abus laissent ses victimes aux prises avec des sentiments de honte, de culpabilité, de solitude et d’insécurité angoissante.

    • Les comportements de survie.
      Une telle expérience incite les victimes à développer des comportements de dépersonnalisation et de dissociation du corps, qui servent à protéger la personne de blessures plus graves.


    Je vous propose de lire le premier article « LE FLÉAU DES ABUS » si ce n’est pas déjà fait, afin de vous faciliter la compréhension de celui-ci. Vous pouvez le trouver à l’adresse qui suit : http://www.redpsy.com/letpsy/letpsy10.01.html


2) Le développement de la personne

    La capacité à développer une attitude de confiance en soi, par rapport à la vie et aux êtres humains est sans contredit la pierre angulaire du développement humain. Les parents ont une responsabilité fondamentale par rapport à cet acquis. Elle peut s’exercer à divers niveaux.

    Les traumatismes d’abus ont nécessairement des impacts plus ou moins marqués sur certains aspects du développement de la personne. On reconnaît de façon générale des conséquences manifestement liées à ces traumatismes. En voici une description plus élaborée :

    a) La perturbation de la relation de confiance avec la mère ou son substitut

    Le psychologue américain, Eric Erickson, a élaboré des étapes de développement reconnues dans le monde de la psychologie. Ainsi, entre 0-18 mois on reconnaît cette étape, comme celle du développement de la confiance.

    Au cours de cette étape, l’état de dépendance du jeune enfant quant à ses besoins physiologiques et psychologiques de base est tel, qu’il ne peut que s’en remettre à ses parents. Ainsi, plus le bébé obtient des réponses appropriées à ses besoins et faites au bon moment , plus il apprend qu’il peut se fier à la personne qui en a la charge quant à son aptitude à le materner de façon satisfaisante. C’est cette confiance de base qui permet à l’enfant de prendre les risques nécessaires pour franchir les étapes suivantes de développement.

    Qu’arrive-t-il à ce sujet lorsqu’un enfant est abusé dès son jeune âge?
    Même s’il a pu développer une certaine confiance au cours des premiers mois ou des premières années de sa vie, cette confiance est compromise au moment où surviennent les abus. Cette capacité à faire confiance à l’adulte agresseur et à tous les proches qui n’ont pas su le protéger, est nettement ébranlée.

    Le fait que la victime trouve difficilement une personne en qui elle peut avoir confiance, contribue à entretenir le cercle vicieux des abus. Elle se retrouve le plus souvent seule avec son secret, pas assez forte pour confronter l’agresseur et personne autour d’elle sur qui elle pourrait compter.

    b) Le regard bienveillant du parent pour développer l’estime de soi

    L’enfant a besoin du regard bienveillant de l’adulte, en l’occurrence le parent, pour apprendre à s’apprécier lui-même et développer une saine estime de lui. Il a besoin de sentir et de constater qu’il a de la valeur aux yeux de ses parents, par l’affection et l’attention qui lui sont témoignés.

    Dans le cas où un enfant est abusé, ce n’est pas du tout ce qui se passe.

      Jacinthe a 6 ans. Elle constate depuis toujours qu’elle est traitée bien différemment de ses frères et sœurs. Elle n’a jamais le droit de manger à table et la même chose que les autres. Elle n’a pas la possibilité de bouger librement comme les autres. Elle doit passer ses journées debout dans un coin ou assise dans l’escalier. Sans compter le fait qu’elle est battue régulièrement pour toutes sortes de motifs alors qu’aucun autre des enfants n’est traité de la sorte. Elle se demande souvent : « Si ma mère est capable de traiter les autres enfants correctement, pourquoi n’est-elle pas en mesure de le faire avec moi également ? Suis-je laide, sale et méchante comme elle le prétend couramment ? Je dois être bien vilaine pour qu’elle me traite ainsi. ». Et graduellement, c’est la perception qu’elle développe d’elle-même. Elle se perçoit comme différente des autres, et elle conclut à tort, qu’elle est sans valeur.



    c) L’incapacité à être à l’écoute de ses émotions et de ses besoins

    Dans une famille « saine », les parents sont à l’écoute des besoins des enfants. Ils leur apprennent de cette façon que leurs besoins méritent d’être écoutés et considérés. Dans une situation d’abus, c’est tout le contraire qui se passe. L’enfant devient alors un objet dont se sert le parent. Il perd la possibilité de s’exprimer ou de faire des choix à partir de ce qu’il ressent. Les besoins auxquels il doit répondre sont ceux du parent agresseur. Il n’a pas la possibilité de s’objecter aux faveurs sexuelles demandées ou aux supplices imposés, même si ça le répugne fortement.

    Dans un contexte d’abus sévères et persistants, un enfant apprend donc très tôt, à considérer comme dangereux le fait d’avoir des émotions et des réactions.
    Par exemple :

      Sylvie a vite compris dès l’âge de 3 ou 4 ans que, si elle tente d’exprimer sa colère ou ses pleurs, sous les coups répétés de son père, le châtiment est double. Pouvoir s’effacer le plus possible, devient donc un mécanisme de survie.


    Un enfant dont l’occupation principale est d’apprendre à disparaître, en n’ayant pas le droit d’exprimer ses émotions, ne peut développer son sentiment d’estime personnel.
    C’est alors pour lui, un défi très difficile à atteindre.

    Une expérience similaire se produit avec l’enfant abusé sexuellement :

      Chaque soir, Jocelyne 10 ans, a de la difficulté à trouver le sommeil parce qu’elle appréhende les visites impromptues de son père. Il vient la peloter ou la forcer à avoir des rapports sexuels. Elle fige de peur et d’angoisse. Malgré son jeune âge, elle sait qu’elle n’aime pas ce qui se passe et n’a pas le goût de provoquer quoi que ce soit. Elle sait d’instinct, en plus des avertissements de son père, qu’il ne faut parler à personne de ce qui se passe entre eux à ce moment. Elle apprend à ravaler son secret. Elle refoule tant bien que mal sa tristesse, sa déception et sa révolte d’être ainsi abusée par le père, de qui elle aurait tant besoin d’être aimée vraiment et respectée.


    Pour Jocelyne comme pour Sylvie, c’est « leur droit à l’existence » qui est remis en cause de façon fondamentale. C’est ce qu’elles sont, pensent et ressentent qui n’a pas le droit d’être.

    Ce genre d’engramme est enregistré profondément et il devient très difficile de le changer pour quelque chose comme: « J’ai le droit d’être ce que je suis. Je peux être intéressante et digne d’affection. Mes émotions sont pertinentes et méritent d’être exprimées. »

    L’enfant abusé, qui n’a trouvé aucun parent pour le soutenir et le protéger peut difficilement faire confiance aux autres personnes qui l’entourent. De plus, s’il a appris à se taire, se renier, se couper de toutes ses réactions par crainte de son agresseur, il est très mal équipé pour faire face aux défis de la vie. Il est donc normal qu’il accumule en cours de route plus d’échecs que de succès sur la plupart des zones de son développement.


    d) Des apprentissages scolaires et professionnels difficiles :

    Peu d’enfants abusés sévèrement ont la disponibilité intérieure pour s’investir dans les apprentissages scolaires. La plupart du temps, les angoisses accompagnant les traumatismes monopolisent la plus grande partie de leur énergie. Ils sont trop occupés à survivre. Ils n’ont pas l’énergie et la liberté pour vivre tout simplement.

    Un bon nombre d'entre eux n’arrive pas à terminer des programmes d’études secondaires ou avancés, même avec une intelligence normale ou supérieure. Si par un tour de force insoupçonné ils réussissent l’étape de la formation, souvent il y a dysfonctionnement au niveau du métier ou de la profession choisie.

    Le développement d’une compétence professionnelle demande un minimum de confiance dans ses habiletés et ses capacités d’apprendre. La barrière est haute à franchir pour quelqu’un qui a été dénigré tout au long de son enfance et de son adolescence.

    e) L’adaptation sociale compromise :

    Ces personnes ont aussi souvent des difficultés d’adaptation sur le plan social. Le fait d’être isolées pendant de nombreuses années nuit au développement de leurs habiletés sociales. Elles ne savent pas trop comment s’y prendre pour s’intégrer à un groupe ou se faire aimer, n’ayant pas été exposées suffisamment à ce genre d’apprentissage.

      Si on reprend l’exemple de Jacinthe, 6 ans, elle a été contrainte tout au long de son enfance et de son adolescence à rester à l’écart de ses frères et sœurs. Elle n’a pas le droit de jouer avec les voisins. C’est seulement en l’absence de sa mère qu’elle peut entrer en contact avec d’autres enfants. Elle n’a jamais eu d’ami enfant, si ce n’est à l’âge adulte.

    Comment pourrait-elle alors développer ses habiletés relationnelles?
    Il est normal qu’une telle enfant soit habitée par la rage lorsqu’elle se voit ainsi traitée injustement. Comme adulte, ces victimes sont hypersensibles à toute forme d’injustice ou d’abus. Leur tendance à transférer leur rage sur leur entourage rend plus complexe leur adaptation. Si ces victimes n’ont pas entrepris de démarche personnelle pour comprendre ce qui leur arrive, elles restent prises dans un cul-de-sac, à répéter invariablement le passé, avec les interlocuteurs de leur vie sociale et professionnelle.


    f) Des problématiques de l’épanouissement sexuel

      1) Une vie sexuelle appauvrie

    L’épanouissement sexuel des adultes ayant été abusés sexuellement est souvent mis en échec. La possibilité de découvrir les plaisirs de la sexualité en toute innocence et selon des étapes normales, leur est enlevée. Plusieurs victimes expriment leur colère par : « Je me suis fait voler mon enfance et mon innocence! »

    L’enfant qui est initié à la sexualité par un adulte profiteur, apprend à se renier pour se mettre à la disposition de l’autre. Il apprend à se placer dans une position passive. La possibilité de vivre un échange amoureux réciproque dans le plaisir est compromise.

    Comment un tel enfant devenu adulte peut-il faire confiance à un amoureux ou un partenaire sexuel ? Il lui est bien difficile d’apprendre à s’abandonner dans le plaisir. Car pour lui, sexualité équivaut à être dominé ou abusé.

      2) Une vie sexuelle hyper stimulée et délinquante

    Certains enfants éveillés à la sexualité de façon malsaine et trop précoce, en deviennent dépendants comme d’autres dépendent des drogues ou de l’alcool. Un certain nombre évolue vers la prostitution ou le proxénétisme.

    La sexualité devient alors une fuite ou une recherche effrénée de satisfactions rapides face à un manque mal identifié, et donc, rarement satisfaisante et épanouissante.
    De nombreux enfants abusés sexuellement, une fois devenus adultes, sont incapables d’évoluer vers une sexualité normale. Ils sont incapables de vivre une sexualité basée sur un rapport égalitaire et respectueux. Certains peuvent à leur tour devenir des abuseurs, s’ils n’ont pas fait de démarche pour résoudre ce problème.

    Le cheminement à faire dans ce cas, c’est d’ abord d’apprendre à être à l’écoute de leurs émotions, sensations et besoins, apprendre à les exprimer et à les négocier avec leur partenaire sexuel. Il s’agit essentiellement de briser la conception du rapport de force qu’ils ont trop bien appris au cours des abus. Ils doivent apprendre à vivre des relations égalitaires et respectueuses, où chacun est ouvert et disponible au plaisir de l’autre, tout en étant responsable de sa propre satisfaction.


3. Les sentiments destructeurs
    Certains sentiments sont caractéristiques des victimes d’abus. Des émotions qui peuvent être passagères pour les personnes qui ont eu un développement plus normal ou sans blessure grave, s’installent en permanence chez les personnes abusées.

    a) Sentiment de honte

    L’enfant, en bas âge, prend conscience assez rapidement que ces « jeux » ou sévices sexuels avec son agresseur, ne sont pas normaux. Il sait d’instinct qu’il vaut mieux garder ce secret pour lui, quand ce n’est pas l’agresseur qui l’y incite clairement par des menaces. UN TEL SECRET L’ENFERME DANS UN SILENCE CORRESPONDANT À UNE FORME DE PRISON. C’est une partie importante de la vie de l’enfant, et même de l’adulte en devenir qui n’a pas le droit d’être.

    Il éprouve alors de la honte à continuer de subir ces abus avec lesquels il n’est pas en accord, sans avoir les moyens de les faire cesser. Même une fois adulte, il a encore honte de ne pas avoir pu les empêcher.

    Lorsque la vie ne peut circuler dans le corps physique, cette partie du corps se sclérose. Il en va de même lorsqu’un tel secret est coincé dans le psychisme. Il nuit à la circulation de la vitalité d’une personne. C’est pourquoi il est si important de pouvoir un jour se libérer de ce secret, et de pouvoir vivre au grand jour.

    b) Sentiment de culpabilité

    Habituellement, l’enfant abusé sexuellement ne sait pas que c’est l’adulte qui a la responsabilité de ces comportements abusifs. Surtout lorsque l’agresseur suggère à sa victime que c’est elle qui a un comportement séducteur avec lui. Ça peut contribuer effectivement à la mettre en doute.

    La confusion devient encore plus grande lorsque le corps de l’enfant a une réaction de plaisir sexuel. Comment peut-il refuser la responsabilité de ces contacts sexuels en même temps que son corps y prend plaisir ? L’ENFANT ABUSÉ PEUT FACILEMENT CONCLURE QUE PLAISIR EST ASSOCIÉ À CULPABILITÉ.

    LA PLUPART DES ADULTES AYANT SUBI DES ABUS VIVENT, EUX AUSSI, DE LA CULPABILITÉ, PARCE QU’ILS N’ONT PAS RÉUSSI À STOPPER LES ABUS. CES AUTO ACCUSATIONS ACCENTUENT LEUR CULPABILITÉ.

    Dans le cas des abus physiques, l’enfant maltraité se sent coupable d’être la personne qu’il devient. « Qu’est-ce qui fait que mon parent me hait autant ? Ai-je des déficiences physiques, mentales ou psychologiques qui font de moi un enfant détestable qui mérite tous ces châtiments ? De quoi suis-je coupable pour mériter un tel traitement ? »

    c) Sentiment de solitude et d’insécurité angoissante

      La petite Hélène, 7 ans, vit un état de stress continuel. Elle sait qu’au retour de l’école, sa mère aura trouvé un « bon motif » pour la battre. Soit qu’une chaussette aura été égarée au cours du lavage soit qu’il manquera un pain de sa fournée, parce qu’elle l’a caché afin d’apaiser sa faim. Elle ne sait pas non plus si sa mère consentira à la laisser manger malgré la faim dévorante qui l’assaille. Elle ne sait pas si ce soir elle pourra aller aux toilettes avant d’aller faire dodo, sachant que si elle n'y va pas, elle risquera alors de mouiller son lit. Ce qui lui assurera une fessée et peut-être même d’autres châtiments, tous plus cruels les uns que les autres.

      De plus, elle n’a personne vers qui se tourner pour l’aider. Sa mère réussit assez bien à maintenir aux yeux des autres parents et voisins une apparence de normalité. Quant à ceux qui ont osé poser des questions, elle les a renvoyés durement.


    Être ainsi rejetée et reniée par son propre parent laisse cette fillette dans des sentiments de solitude et d’insécurité très angoissants. Elle se sent à la fois seule, vulnérable, impuissante et sans personne sur qui compter.

    Pour plusieurs victimes d’abus maintenant devenues adultes, la façon de fuir cette solitude angoissante passe par l’activation. Il leur est habituellement pratiquement impossible de demeurer inactives ou simplement présentes à elles-mêmes ou à leur environnement présent.

    Elles fuient de façon systématique, plus ou moins consciemment, les souvenirs et les émotions passées, sans nécessairement savoir que c’est ce qu’elles fuient. À la longue, une telle incapacité est très épuisante et irréconciliable avec la paix et la sérénité intérieure.

4. Les comportements de survie
    La personne humaine est dotée d’un système de mécanismes de défense pour faire face aux situations qui mettent en péril son équilibre. Ces mêmes mécanismes de défense qui servent à protéger, peuvent aussi s’avérer être une véritable prison lorsqu’ils sont trop omniprésents. Ils laissent alors peu de place au processus naturel de croissance, c'est-à-dire l’habileté qui permet de traiter sainement les émotions qui nous habitent et nous éclairent sur nos besoins importants.

    Dans le cas des victimes d’abus, les mécanismes de défense viennent au secours de l’enfant en le portant à développer de véritables mécanismes de survie. Au moment des agressions, ils empêchent une désorganisation plus grande de la personne et ont donc une grande utilité.

    Par ailleurs, une fois devenus adultes, il est important de se libérer de ces mêmes comportements, qui alors compromettent l’épanouissement sur tous les plans.

    a) Se mettre au service d’autrui

    La plupart des victimes d’abus sentent le besoin de compenser pour répondre à leur besoin d’être aimé. Ils apprennent donc à se faire apprécier en se mettant au service des autres, et ce, trop souvent, en reniant leurs propres besoins. Ce comportement est intimement relié à la pauvreté du sentiment de valeur personnelle.

    Ce symptôme que l’on pourrait appeler « l’hyper responsabilité » est une tendance qui peut se perpétuer sur le plan professionnel. Par exemple, l’employé qui a de la difficulté à ne fournir que sa juste part du travail. Son grand besoin d’être reconnu par ses patrons le pousse à aller au-delà de ses limites. Il fait toujours passer « la chose à faire » ou l’exigence extérieure avant ses propres besoins et ses limites. C’est un comportement qui, à l’extrême, peut conduire à la dépression ou à l’épuisement. (Toutes les personnes qui vivent un épuisement ont n'ont pas nécessairement été abusées. C’est un indice parmi un ensemble d’autres.)

    b) Dépersonnalisation

    Le besoin d’être aimé ne peut plus appartenir à la réalité pour bien des enfants abusés physiquement et surtout psychologiquement. Ils ont le « droit d’être dans le rêve » seulement. Ces enfants s’inventent alors souvent une famille ou un parent imaginaire. C’est de cette façon qu’ils arrivent à nourrir l’illusion qu’ils sont entourés d’affection et d’attention.

      La petite Sophie par exemple, abusée physiquement et psychologiquement par sa mère, se promène dans les rues de sa ville, et imagine des familles heureuses, où les parents aiment leurs enfants. Elle s’imagine faisant partie de ces familles. Et une fois jeune fille, lorsqu’elle travaille comme aide-ménagère, une grande partie de son énergie est utilisée à essayer de se faire aimer. Elle espère trouver les bons parents qui sauront l’aimer comme elle aurait souhaité que ses propres parents l’aiment.


    Une fois adulte, il est donc bien difficile pour cette personne de légitimer son besoin d’être aimée et reconnue. Elle aura tendance à tout attendre de l’extérieur et des autres, mais bien sûr, en taisant ses besoins. Ces victimes deviennent des candidates idéales pour ce que l’on nomme de façon populaire « la dépendance affective », c'est-à-dire des personnes qui se placent en position passive face à leurs besoins d’être aimées et reconnues.

    Le défi à relever est donc d’apprendre à accueillir et à légitimer ses besoins d’être aimés et reconnus, et FINALEMENT, à s’en rendre responsable. Ce qui veut dire s’engager activement dans la satisfaction de ses besoins.

    c) Dissociation du corps

    La dissociation est un mécanisme de survie, qui vient à la rescousse des victimes d’abus, lorsque la souffrance est insupportable. L’imaginaire permet alors de ne plus ressentir la douleur. Il y a donc dissociation entre les sensations du corps et l’interprétation que l’esprit lui donne.

      Juliette se fait violer à répétition par son conjoint. Incapable de se défendre physiquement, elle fait alors appel à son imaginaire. Par exemple, elle se transporte sur une plage chaude et ensoleillée où elle imagine que les rayons du soleil la caressent. Son corps encaisse tout de même les coups, mais son esprit, de façon assez étonnante, réussit à en faire abstraction.


    C’est donc un mécanisme important, utile à la survie, mais qui constitue une fuite de la réalité. Ce ne peut être, à long terme, une forme d’adaptation saine. Comme pour les autres mécanismes de survie, la victime qui apprend à se dissocier pour « survivre » aura à un moment donné à relever le défi de la réalité.

    Il est bien important qu’elle puisse à nouveau avoir accès à son système d’information, soit les sensations et émotions, afin d’être plus en mesure de répondre efficacement à ses besoins physiques et affectifs.

    Comme dans l’exemple ci-dessus, JULIETTE AURA À FAIRE FACE À SA RÉALITÉ POUR RECONNAÎTRE L’INACCEPTABLE ET CHERCHER DES MOYENS POUR METTRE FIN À CES AGRESSIONS. C’est lorsque Juliette regardera la réalité en face, qu’elle constatera qu’elle n’en peut plus d’être ainsi traitée et qu’elle cherchera alors une façon de mettre fin à ces agressions.

5. Conclusion
    Les symptômes psychologiques ici décrits, permettent de constater comment les blessures et les séquelles subies par les victimes d’abus sont lourdes. Elles atteignent la plupart du temps les bases même du développement de la personnalité.

    Malgré le fait que, pour une période de leur vie, certaines victimes réussissent à fonctionner tant bien que mal en apparence, il arrive néanmoins un moment, habituellement vers la quarantaine, où elles ne peuvent plus repousser les symptômes sans aggraver leur déséquilibre. La dépression, la maladie ou d’autres conditions encore plus sévères les guettent.

    L’alternative la plus saine à ce moment est d’accepter d’affronter la réalité. Plus les victimes arrivent à vivre les émotions qui font partie de leur réalité d’abusées, plus il leur est possible de retrouver une certaine paix. La vie est de moins en moins une boîte à surprise qui risque d’éclater aux moindres stimuli. Les souvenirs peuvent revenir à la mémoire sans être aussi envahissants et menaçants.

    Il devient donc possible de prendre une certaine distance par rapport à ce passé. Mais cette fois-ci, parce qu’il est mieux digéré. Cela permet de passer à vraiment autre chose, à la possibilité de vivre le moment présent dans une plus grande liberté.


    Dans le prochain article, vous trouverez comment appliquer les fondements de l’approche Auto-développement à une problématique d’abus. Vous comprendrez comment l’apprentissage du processus naturel de croissance de même que la capacité à s’exprimer efficacement, peuvent être d’une grande utilité aux victimes d’abus.


    Vous avez des questions à nous poser à propos de cet article ?
    N'hésitez pas à les envoyer à commentaires1d@redpsy.com


Gaëtane LaPlante, psychologue
Trois-Rivières, Québec, Canada
Tel: (819) 378-5517
g.laplante@tr.cgocable.ca

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