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Comment se libérer des traumatismes causés par les abus physiques, sexuels et psychologiques.
Par Gaëtane Laplante, psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 10, No 05 : novembre 2006



Résumé de l'article

Cet article propose une démarche de type auto-développement comme moyen de libération des effets traumatisants liés aux abus. On y découvre comment la libération d’une telle expérience passe par une série d’étapes d’ouverture à soi et des multipes tentatives d’expression de cette expérience.


Table des matières

    1. Introduction
    2. Les résistances de la personne abusée
    3. Accepter le lien entre les symptômes et les traumatismes d’abus
    4. Accepter de regarder la réalité en face
    5. Les étapes de la transformation intérieure
      a) Consentir à apprivoiser les émotions refoulées par la remémoration des souvenirs d’abus
      b) Écrire sa vie comme moyen de cheminement
      c) Identifier les manques et les blessures subies au cours de ces abus
      d) Reconnaître ses besoins et en assumer la prise en charge par :
      1) La conquête de son droit à l’existence
      2) La confrontation de l’abuseur
      3) Poursuivre en justice ou pas ?
    6. Réapprendre à vivre en sortant du rôle de victime
    7. Conclusion



1. Introduction :

Se libérer des traumatismes causés par une expérience d’abus physiques, sexuels ou psychologiques, est une démarche qui nécessite beaucoup de courage et de persévérance. Plus les abus ont été sévères et persistants, plus l’empreinte laissée est profonde et difficile à intégrer.

Il n’est sans doute pas possible d’effacer complètement les traces de tels traumatismes. Mais il est sûrement possible de parvenir à ce que ces blessures ne soient plus un obstacle important à la vitalité d’une personne abusée.

De façon paradoxale, c’est en laissant prendre à ces expériences toute leur place, dans le respect du processus naturel de croissance, qu’une personne pourra s’en libérer. Car, c’est en bonne partie la loi du silence entourant ces abus, qui contribue à les rendre aussi destructeurs. Ouvrir ce sujet, permet alors à la vie de circuler dans les parties du corps et de l’âme sclérosées par le silence.

La libération d’une telle expérience passe par une série d’étapes d’ouverture à soi et d’expression de cette expérience. Ces étapes sont décrites dans le présent article.

Je vous propose de lire le premier article « LE FLÉAU DES ABUS » si ce n’est pas déjà fait, afin de vous faciliter la compréhension de celui-ci.


2. Les résistances de la personne abusée

Selon mon expérience, très peu de victimes d’abus physiques et sexuels viennent consulter directement pour ces motifs clairement identifiés. Ils sont vaguement conscients que ces abus ont sans doute un impact sur le « mal d’être » vécu, mais ils l’attaquent rarement de front. Le réflexe le plus courant face à ces expériences douloureuses, c’est la fuite. Avant de consentir à consulter, la plupart des victimes se répètent souvent « Il faut oublier. Après tout, ça n’est pas si grave. Il faut passer à autre chose ». Le plus souvent, cette diversion fonctionne pour un bout de temps, des années parfois.

Mais habituellement, vers l’âge de quarante ou cinquante ans, elles n’arrivent plus à se distraire de telles blessures. C’est l’organisme qui n’en peut plus de supporter le silence, la négation de ses besoins importants. Et il le manifeste par l’apparition de symptômes divers, tels les cauchemars, l’insomnie, l’angoisse, la fuite dans l’alcool ou les drogues, ou selon les vulnérabilités de chacun.

La qualité d’accueil de la victime par le psychothérapeute sera déterminante pour la manière dont elle-même pourra ensuite accueillir avec succès ses blessures. Cette capacité à s’ouvrir à soi-même est cruciale dans la démarche d’auto-développement proposée ici.

Comme la possibilité de faire confiance est la pierre angulaire du développement humain, la relation de confiance l’est également dans le cheminement thérapeutique. Il est bien difficile pour une victime d’abus physiques et sexuels d’apprendre à faire confiance à un psychothérapeute. Il lui sera ardu de croire que le psychothérapeute devant elle ne réagira pas comme son abuseur a réagi avec elle. Malgré le fait qu’elle sait, intellectuellement, que le risque d’être blessée volontairement est mince, sur le plan émotif, son réflexe de protection sera spontané. Sa méfiance demeure une forme de résistance avec laquelle le psychothérapeute doit apprendre à composer. Elle peut s’atténuer petit à petit avec l’expérience et l’assurance que le psychothérapeute est là pour l’aider. Il faut tout de même s’attendre à plusieurs échecs consécutifs avant d’y arriver.

Il faut accepter le fait que c’est la façon spontanée de réagir du client. Il est alors utile de rappeler au client abusé que ce réflexe de protection était adéquat pour se protéger de son agresseur, mais qu’il ne l’est plus dans la situation actuelle. Ou du moins, qu’il a le droit de se donner le temps de bâtir et de vérifier cette confiance.



3. Accepter le lien entre les symptômes et les traumatismes d’abus

C’est en se donnant accès de façon minimale aux émotions liées à ces symptômes qu’il est possible graduellement de reconnaître l’immensité des émotions refoulées. Accueillir les émotions reliées à ces symptômes permet habituellement assez rapidement de reprendre contact avec le traumatisme d’origine. Quoique, reconnaître leur présence ne veut pas nécessairement dire en faire l’acceptation.

Par exemple, Odile fait des cauchemars à répétition depuis qu’elle est enfant. Soit elle se retrouve poursuivie par des monstres ou des maniaques sexuels, soit elle se revoit en train de tuer son père en le dépeçant en petits morceaux.

Elle se doute bien que ces cauchemars sont reliés à ses doubles agressions physiques et sexuelles subies par ses parents. Mais tant qu’elle ne s’y arrête pas spécifiquement en prenant contact avec les émotions intenses de peur et de rage que ces cauchemars expriment, son inconscient va les reproduire à l’infini.

Pour cheminer à ce niveau, il est important que la personne abusée se sente comprise et acceptée malgré ses résistances, ainsi que respectée dans son rythme et ses choix. La personne abusée est souvent confrontée à un véritable duel psychologique. Elle se débat entre la partie d’elle-même qui a été influencée par l’abuseur et qui cherche à nier les abus et la nouvelle partie qui cherche à émerger, celle qui les dénonce. C’est à force de combats répétés entre la partie qui considère légitime l’importance accordée à l’expérience d’abus et celle qui à l’instar de l’abuseur continue de répéter : « tu te plains pour rien..., passe à autre chose..., on va rire de toi…, etc » que le « nouveau moi » peut graduellement émerger.


4. Accepter de regarder la réalité en face

Même une fois les étapes précédentes franchies, il n'est pas sûr que la victime va accepter de reconnaître l’importance de cette expérience dans sa vie. Elle peut encore à cette étape refuser d’entreprendre le cheminement qui lui permettrait de se libérer.

Souvent, elle a de la difficulté à consentir à reprendre contact avec ce passé difficile et souffrant. La peur et le refus d’avoir à se confronter à des souffrances qu’elle perçoit encore plus grandes, l’amènent à résister à une telle démarche psychothérapeutique.

Il faudra parfois attendre que la personne se soit confrontée à des détresses encore plus grandes. C’est parfois après de multiples tentatives de suicide ratées ou des épisodes de dépression profonde qu’elle finira par consentir à choisir le chemin difficile de l’intégration de son expérience, tel que je vous le propose dans le présent article.



5. Les étapes de la transformation intérieure

    a) Apprivoiser les émotions suscitées par la mémorisation des souvenirs d’abus

    Pour se libérer de cette expérience d’abus, la personne doit reprendre contact avec sa vie émotive. Elle doit apprivoiser graduellement ce qu’elle repousse depuis tant d’années.

    C’est une étape très difficile à franchir, qui réveille plusieurs résistances. La peur de souffrir, de se rappeler et revivre les atrocités vécues provoque chez elle la réaction de nier la gravité des évènements. Elle a de la difficulté à se distancer des paroles de l’abuseur qu’elle a fini par faire siennes, « tu t’en fais pour des riens ou tu mérites ce qui t’arrive ! »

    Même avec le support bienveillant du psychothérapeute, il est très difficile pour la plupart des victimes de se replonger dans les expériences passées, en laissant ressentir réellement ce que ça suscite en elles, et même parfois difficilement en présence du psychothérapeute. Ce genre de travail, de reprendre possession de soi-même et de ses expériences peut être très long à franchir.

    Dans l’article précédent, « Les conséquences des abus physiques et sexuels », j’ai décrit comment une situation d’abus incite la victime à refouler ses émotions. Que ce soit par le secret qu’elle doit garder pendant de nombreuses années ou par le refoulement de ses émotions pour éviter d’être maltraitée encore plus sévèrement, la victime d’abus est aussi avant tout une victime de l’expression. Cette personne a plus que toute autre, été privée de sa liberté de réaction.

    Sa guérison doit donc passer par la récupération de cette liberté. Même si ces victimes le souhaitent plus que tout, elle demeure un défi important pour elles à surmonter. Il faut composer ici avec le fait que les victimes finissent par intérioriser les reproches et les blâmes de leur abuseur. Après avoir eu l’abuseur comme adversaire, même une fois l’abuseur absent ou éloigné de leur environnement, elles continuent de subir son pouvoir.

    Accepter de pleurer seule ou en présence d’une autre personne, y compris le psychothérapeute, est tout un défi pour ces personnes. Pour elles, c’est consentir à se montrer vulnérable et risquer ainsi d’être blessées à nouveau. Il leur est difficile de croire que leur interlocuteur ne réagira pas comme leur agresseur. Ce n’est qu’après plusieurs tentatives qu’elles pourront graduellement apprendre à se laisser aller dans leurs émotions.

    b) Écrire sa vie comme moyen de cheminement intérieur

    Écrire sa vie d’abusée peut être une voie d’expression privilégiée pour reprendre contact avec ses émotions dans une expérience d’abus. Surtout si cette personne présente une ouverture et des habiletés pour l’écriture. Quoique ça ne soit pas essentiel. Il faut de plus pouvoir s'appuyer sur une bonne disponibilité physique et émotive pour entreprendre un tel projet. À moins de pouvoir compter sur les services d’un écrivain chevronné, comme certains artistes choisissent de faire. Cependant, le bénéfice ne sera pas le même si la contribution de la personne abusée se limite à une description factuelle de son expérience. L’aspect thérapeutique d’une telle démarche est lié au cheminement émotif qu’elle favorise. L’absence d’implication émotive, rendrait plutôt stérile un tel projet.

    Malgré certaines étapes bien difficiles, l’écriture est un moyen privilégié mais exigeant pour accepter de faire face à sa réalité d’abusée physique, sexuelle et psychologique. Le fait de s’arrêter aux souvenirs suffisamment longtemps pour les exprimer en mots, (le simple fait de mettre le bon mot sur une réalité que l’on a toujours évitée) permet souvent en même temps l’apparition de l’émotion. Comme le fait de se plonger dans ce passé de façon consistante et continue permet un accès important à l’expérience, il devient alors de plus en plus difficile de la mettre de côté.

    Le support du psychothérapeute peut s’avérer des plus utiles au cours d’une telle démarche d'écriture en même temps qu’il peut être complémentaire à la démarche thérapeutique. Le thérapeute sera utile entre autres pour aider le client lorsqu’il se bute à des obstacles. Certaines expériences paraissent parfois, de prime abord bien difficiles et menaçantes à affronter. Ainsi, par exemple, la démarche d’écriture de Janine, abusée physiquement par sa mère, avançait rondement jusqu’à ce qu’elle arrive aux abus sexuels de son père. Le travail en thérapie lui a alors permis d’identifier sa peur de perdre l’illusion d’avoir été aimée par son père malgré ses abus. Dans ce cas, il est important que le thérapeute aide la cliente à amorcer son deuil face au « bon père » illusoire et accepte de se confronter au fait qu’aucun de ses deux parents ne l’a investi vraiment de son affection profonde et gratuite. C’est un constat très souffrant et difficile à accepter qu’il serait difficile de surmonter seule.

    Mais peu importe le moyen privilégié pour faire la démarche thérapeutique, elle doit passer par diverses étapes qui permettent graduellement l’émergence des émotions liées à l’abus et enfin, l’intégration de cette expérience.

    c) Identifier les manques et les blessures subis au cours de ces abus

    Si les émotions sont accueillies de façon satisfaisante, les besoins devraient pouvoir surgir assez spontanément. Cependant, ce n’est pas parce que l’on connaît le besoin que l’on est prêt à l’accepter. Les besoins fondamentaux en question ici ne sont pas facultatifs, ils font partie de notre nature humaine. Ainsi, les besoins d’être reconnue et respectée comme une personne valable, le besoin d’affection et de protection normalement accessibles auprès de bons parents font défaut dans les situations d’abus.

    Ces besoins fondamentaux sont directement en lien avec la constitution de notre corps qui a certaines exigences en terme de nourriture, d’exercice, de repos, etc. Plus nous nous objectons à répondre à ces besoins, plus le corps réagira par divers symptômes de dysfonctionnement. Il en est de même sur le plan psychologique. Notre psychisme humain fait en sorte que nous sommes des êtres de relation qui ont besoin d’être aimés et reconnus. Une privation significative face à ces besoins aura des répercussions importantes au niveau du développement et de l’épanouissement de cette personne.

    De façon paradoxale, il est particulièrement difficile pour les victimes d’abus de toute sorte d’accepter ce besoin d’être aimé. Ayant été blessées souvent sévèrement dans la confiance qu’elles avaient dans l’abuseur, refaire confiance à nouveau leur paraît bien risqué.

    Pour éviter d’avoir à souffrir à nouveau, elles préfèrent nier ce besoin d’être aimé.
    Mais ce besoin prendra d’autres voies pour s’exprimer. Et ces voies sont plus souvent malsaines, car elles passent par la manipulation, la victimisation, l’attente secrète, etc.

    Une autre forme de blessure importante subie en situation d’abus est l’absence de respect de l’abuseur pour l’abusée. L’abuseur se sert de l’autre comme si c’était sa propriété, sans aucun égard pour les choix de l’autre. Se servir ainsi d’un être vulnérable, qu’il soit enfant, adolescent ou même adulte implique une forme de violence qui brime la liberté de cet individu, et dans certains cas la démoli (voir le précédent article sur Les conséquences des abus physiques et sexuels).

    Reconquérir sa liberté et sa dignité face à l’abuseur est un aspect très important d’une démarche de guérison. L’article de Michelle Larivey sur : Conquérir la liberté d’être soi-même, peut aider à clarifier cette notion de liberté.


    d) Reconnaître ses besoins et en assumer la prise en charge

      1. La conquête de son droit à l’existence

    À travers cette démarche d’accueil d’elle-même (accueil de ses symptômes et de ses émotions) et l’accueil du psychothérapeute, la personne abusée apprend graduellement à se reconnaître comme une personne valable digne d’être aimée. Elle apprend petit à petit à prendre une place en société, à croire que ce qu’elle dit ou ressent, peut avoir de l’intérêt et de l’importance pour ses interlocuteurs. Elle progresse ainsi vers son « droit à l’existence », qui lui a été souvent soustrait dans des expériences d’abus sévères.

    Pour mieux comprendre ces notions, vous pouvez également lire un autre article sur le droit à l’existence, écrit par Michelle Larivey.

    Une fois le besoin d’être aimée et reconnue en voie d’acceptation, il y a encore une autre étape importante à franchir, soit l’acceptation de la prise en charge de ce besoin. Quelqu’un peut très bien accepter son besoin d’être aimé. Mais il pourrait ensuite choisir de se placer dans une position d’attente par rapport à ce besoin. Il pourrait encore tenter d’en rendre ses proches responsables et nourrir beaucoup d’hostilité si son besoin n’est pas satisfait comme il le souhaite.

    Il est donc essentiel que la personne accepte alors sa responsabilité d’adulte de faire en sorte que son besoin d’être aimée soit satisfait. À cette étape, les victimes d’abus rencontrent souvent beaucoup de résistances. Un bon nombre éprouve souvent un sentiment de révolte et d’injustice d’avoir à s’occuper d’un besoin aussi fondamental, qui en principe, aurait dû recevoir une réponse de façon plus satisfaisante au cours de leur enfance. Elles ont le sentiment d’être lésées, de ne pas avoir eu ce à quoi elles avaient droit. Et plusieurs s’y objectent longtemps. Cette révolte constitue une étape normale du deuil et d’ailleurs, elle signifie que la personne commence ce deuil. Toutefois, même s’il est sain d’exprimer de tels sentiments, il faut finir par relever le défi de l’acceptation de cette responsabilité.

    C’est la seule façon saine de s’assurer que le besoin pourra enfin être satisfait. D’ailleurs, tant que l’on ne consent pas vraiment à accepter le besoin et la responsabilité qui l'accompagne, il est impossible de profiter pleinement d’une réponse qui viendrait de l’extérieur.

    Peut-être faites-vous partie de ces personnes ou connaissez-vous un proche qui, malgré le fait qu’il se meurt d’un grand manque d’amour, n’arrive pas à croire les expressions verbales ou les manifestations concrètes d’affection ?


      2. Confrontation de l’abuseur

    Une, ou même plusieurs confrontations avec l’abuseur sont nécessaires pour reconquérir sa liberté, le respect de soi et sortir de la peur que vit souvent l’abusé a l’endroit de son abuseur. La victime qui ne franchit pas cette étape retrouve difficilement sa liberté et même sa dignité. Pour guérir d’une telle expérience, il est important de récupérer le pouvoir qu’elle a abandonné trop longtemps à l’abuseur. Lorsque l’abuseur n’est pas disponible, (physiquement ou psychologiquement) il est possible de faire une mise en scène, où on simule la présence de l’abuseur dans le bureau du psychothérapeute.

    Il est même préférable que cette étape soit un préalable à toute forme de dévoilement public. La victime qui poursuit en justice son abuseur, ne pourra profiter autant de ce bienfait libérateur, si elle n’a pas eu au départ la possibilité de le dénoncer dans ce face à face.
    En évitant cette étape, la victime laisse la responsabilité de la dénonciation entre les mains de quelqu’un d’autre. Sauf dans le cas des enfants, qui ne sont pas en mesure de prendre une telle responsabilité, l’adulte qui procède ainsi ne pourra profiter des bienfaits possibles d’une telle confrontation.

    Cette démarche de confrontation nécessite une longue préparation. L’enjeu principal est de dénoncer clairement ces abus inacceptables. C’est ce qui permet aux victimes de reprendre le pouvoir qu’elles ont abandonné trop souvent et trop longtemps à leur agresseur. La plupart du temps, même si l’adulte abusé n’a plus la même vulnérabilité physique face à l’agresseur, il continue à lui conférer du pouvoir, tant qu’il ne l’a pas confronté dans un face à face, d’égal à égal.

    Il est bien important que cette démarche ne soit pas une quête de la reconnaissance des torts de l’agresseur. Tant mieux si ça vient, mais il ne faut pas se placer dans une telle position d’attente. C’est un piège dans lequel tombe un grand nombre de victimes qui l'entreprennent. En s’y prenant ainsi, elles ne font que se replacer dans la position d’attente et de dépendance par rapport à l’agresseur. Elles attendent que l’agresseur confirme la gravité de ce qui s’est passé et en reconnaisse la responsabilité. De cette façon, elles accordent plus d’importance à la position de l’agresseur qu’à leur propre senti.
    Cette démarche doit plutôt être une démarche d’affirmation directe devant l’abuseur. La victime n’est plus victime lorsqu’elle est capable de dénoncer fortement les sévices qui lui ont été infligés, et ce, même si l’agresseur ne reconnaît pas la gravité de ses gestes.

      Les principales étapes à suivre sont les suivantes :

      1) Bien identifier et nommer ce que je ressens actuellement en tant qu’abusé par rapport à mon abuseur. Ce que je tiens à lui exprimer, à dénoncer.

      2) Consentir à reconnaître mes émotions de rage, de révolte et de peine face à mon abuseur.

      3) Être capable de dénoncer clairement et fermement les abus dont j’ai été l’objet et affirmer ma détermination à reprendre mon pouvoir.

      4) Accueillir l’expression de l’abuseur si elle est en relation directe avec mon expression. Ne pas se laisser distraire ou impressionner par les négations potentielles de l’abuseur, tout en demeurant ouvert à son expression pour vérifier si elle change quelque chose à mon sentiment.

      (Pour une compréhension plus détaillée de l'approche d’une expression efficace, on peut consulter l’article sur L’expression épanouissante, par Gaëtane La Plante.)


    L’entrevue de psychothérapie est le lieu où elle peut s’exercer à s’exprimer dans la bonne intensité, mais en contrôle de ses émotions. (C'est-à-dire, sans agression physique de l’abuseur ou de l’environnement.) Ces pratiques peuvent aussi être l’occasion en même temps, de travailler les peurs et les réactions diverses suscitées par une telle affirmation.

    Il est important également de préparer le contexte physique d’une telle confrontation. C’est une façon de se sécuriser en mettant toutes les chances de son côté. L’attitude et la position physiques adoptées, peuvent avoir aussi leur importance. Comme le fait de s’accorder la permission de prendre une pause lorsque le risque de perdre le contrôle de ses émotions est imminent.

      Par exemple, Jocelyne a senti le besoin de s’arrêter quelques instants pour respirer en profondeur et prendre un grand verre d’eau lorsqu’elle confrontait sa mère qui l’avait abusée physiquement. Son attitude apparemment si indifférente face à ses souffrances passées et présentes la révoltait et lui inspirait la fantaisie de lui taper dessus. Donc, une telle pause lui est apparue nécessaire pour poursuivre tout en continuant d’être en possession de ses moyens.


      3. Poursuivre l’agresseur en justice ?

    Cette question en est une d’ordre plus personnel. Elle m’apparaît moins importante que celle de la confrontation de l’agresseur. L’objectif le plus important est de sortir de l’emprise de l’agresseur afin de retrouver sa liberté. Pour certaines victimes la confrontation leur paraîtra suffisante et satisfaisante compte tenu de leur réserve à investir plus de temps, d’énergie et d’argent.

    D’autres, même après une confrontation satisfaisante, restent avec le besoin que justice soit rendue. Il leur est difficile d’accepter que quelqu’un qui leur a fait des torts et a bouleversé leur vie de façon aussi grave n’ait pas à vivre avec les conséquences de ses actes.

    Il est important alors pour chaque victime de se positionner clairement sur cet aspect et d’assumer par la suite son choix. Par exemple, si elle choisit de poursuivre, elle doit être prête à vivre avec tout ce que ça implique : dévoilement public, critiques, risque de condamnation de la part des proches, perte d’amis et de parents. Si elle évalue qu’elle est prête à payer ce prix pour accéder à une liberté plus grande, qu’elle le fasse. Si non, il serait plus sain d’y renoncer.

    Il y a un danger pour la victime de rester piégée dans la rancœur et la haine, ce qui est une façon de rester « victime ». La personne qui veut guérir d’une telle expérience a avantage, une fois les abus dénoncés, à accepter la responsabilité de la prise en charge de sa vie. C’est là que le changement majeur s’opère, ne plus être à la merci de l’abuseur, veut dire assumer la responsabilité de sa nouvelle vie.

6. Réapprendre à vivre normalement en sortant de la victimisation.

Une fois que la victime d’abus a intégré ses expériences d’abus dans sa vie, il lui reste encore à relever le défi de sortir de son pattern de « victimisation ». Ce qui veut dire que la personne qui a appris à donner autant de pouvoir à un agresseur, a tendance à réagir ainsi avec un bon nombre d’interlocuteurs, et surtout ceux qui ont de l’importance pour elle.

« Réagir en victime », signifie taire automatiquement sa réaction intérieure soit en la discréditant soi-même comme non importante, soit en la taisant par peur de la réaction de l’autre. Ça veut dire, continuer à ravaler ses émotions et à bâtir de l’hostilité envers l’interlocuteur, qui risque de devenir agresseur dans la perception de la victime.
    Par exemple, Laurence s’inquiète du regard sévère de sa patronne sur elle. Son premier réflexe est de penser qu’elle lui en veut à elle, mais sans trop savoir pourquoi. Si elle réagit en victime, elle refoulera l’émotion de peine que ça suscite en elle et sa vitalité et son lien avec sa patronne en sera affecté. Au contraire, si dans une même situation, Laurence réagit en allant vérifier avec sa patronne si effectivement ses yeux sévères s’adressent à elle, elle aura l’occasion de clarifier la situation et de ne pas rester sur son inquiétude. Son énergie s’en trouvera libérée et la relation restera ouverte.

Nous sommes tous confrontés au moins une dizaine de fois par jour à des situations semblables où nous pouvons nous retrouver à la merci d’un interlocuteur, et très souvent sans qu’il n’ait l’intention de dominer qui que ce soit. La façon dont on réagit peut faire toute la différence.


7. Conclusion

Le défi le plus important d’une victime d’abus est donc de sortir de son rôle de victime. Plus elle est capable de se respecter elle-même dans ses besoins et limites, plus elle est capable de se rendre responsable de sa vie de façon adéquate, plus l’interlocuteur apprend à la respecter.

Sortir de cette victimisation implique donc de tenir compte de ses émotions et de ses réactions. Leur accorder toute l’importance qu’elles méritent permet d’assumer la responsabilité de ses besoins ou limites par rapport à l’interlocuteur. Réagir ainsi est une façon de garder son pouvoir face à l’interlocuteur, de le traiter comme un égal et de conquérir ainsi une plus grande liberté.

Gaëtane LaPlante, psychologue
Trois-Rivières, Québec, Canada
Tel: (819) 378-5517
g.laplante@tr.cgocable.ca

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