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Les besoins humains

Par Jean Garneau , psychologue


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Vos questions et nos réponses



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Ignorer certains besoins insatisfaits

    Cette question concerne toutes les personnes qui découvrent un besoin auquel elles ne peuvent plus répondre, particulièrement parce qu’elles sont trop âgées pour que ce soit possible.

    Par exemple, une femme qui vient de passer la quarantaine éprouve des difficultés au travail et souffre d’un état dépressif. Je crois qu'elle a besoin d'une thérapie, mais je suis portée à croire qu’elle en obtiendrait surtout un accroissement de sa détresse au lieu d’un soulagement. J'ai la conviction que cette femme a repoussé toute sa vie un besoin essentiel : celui de la maternité. Si elle avait suivi une thérapie il ya dix ans, elle aurait pu en prendre conscience et orienter sa vie en conséquence. Mais aujourd’hui il pourrait être dramatique de lui faire prendre conscience d'un besoin qu'elle ne pourra plus résoudre.

    Un autre exemple: un homme découvre à 50-60 ans qui qu'il a négligé ses besoins en choisissant un métier qui ne lui convenait pas. Vaudrait-il mieux qui ne connaisse pas ces besoins inassouvis ?
Réponse

Cette question permet d’apporter des précisions très importantes. Certains de ces aspects seront élaborés dans la deuxième partie de l’article.

La question touche non seulement les personnes auxquelles l’âge impose des contraintes supplémentaires, mais aussi toutes celles dont les options sont limitées par des facteurs échappant à leur volonté (maladie, accident, cataclysme, mise à pied, agression, etc.).

Je vais aborder deux volets bien différents : (a) la distinction entre besoin et moyen et (b) l’attitude par rapport aux contraintes inévitables. Chacun de ces deux aspects permet d’envisager la question bien autrement que la vision implicite qui s’inscrit dans les exemples ci-dessus.


Le moyen n’est pas le besoin

Les besoins humains sont relativement peu nombreux, mais les façons d’y répondre sont surtout limitées par les barrières que nous imposons à notre créativité. Dans la plupart des situations où on croit avoir affaire à un besoin qu’il est impossible de combler, on confond le besoin et le moyen. Cette confusion nous pousse à croire qu’il n’existe qu’une seule façon de répondre au besoin et, par conséquent, à penser que la satisfaction dépend directement de la disponibilité de ce moyen.

    Nicole veut aller en vacances à la mer mais Paul préfère la montagne. Chacun insiste sur l’importance cruciale de ces vacances qui arrivent au terme d’une période particulièrement difficile de leur vie. Chacun croit que la récupération nécessaire ne sera possible qu’à la condition que les vacances soient parfaites, c’est à dire parfaitement selon ses préférences. Aucun des deux ne veut de vacances prises séparément, mais les deux conjoints ne voient pas d’autre solution que cette séparation temporaire qu’ils ne désirent ni l’un ni l’autre.
L’exemple peut apparaître plus facile que ceux de la question, mais les ingrédients sont équivalents. Examinons cette situation de plus près.

Les vacances à la mer sont-elles un besoin ? Bien sûr que non ! Qui prétendrait que le besoin de vacances à la mer est inscrit dans l’organisme de tous les humains ? Il s’agit d’un choix, d’une préférence, d’une possibilité ou même d’un caprice, mais pas d’un besoin.

Les vacances avec son conjoint sont-elles plus proches d’un besoin ? Peut-être... car la compagnie de son conjoint peut, dans bien des cas, être un ingrédient très important pour assurer qu’on profite vraiment des vacances. Le fait que le conjoint soit une personne unique et non interchangeable peut nous porter à croire que celui-civacances fait partie de la définition du besoin. Mais en réalité le conjoint n’est quand-même qu’un moyen de favoriser des vacances mieux réussies. Bien des personnes préfèrent se réserver des vacances sans leur conjoint pour mieux récupérer ou pour mieux rompre avec la routine.

Et les vacances alors ; est-ce qu’il s’agit d’un vrai besoin ? Après tout, nous avons tous besoin de vacances de temps à autre pour récupérer et renouveler notre énergie. En réalité, nous disons que nous avons “besoin” de vacances parce que cette période nous permet de répondre à certains besoins essentiels (comme le repos, la détente et les plaisirs qui n’ont pas suffisamment de place dans notre quotidien). Les vacances sont un moyen, ou plus précisément un espace que nous réservons pour utiliser des moyens plus efficaces de répondre à certains besoins importants. C’est comme une structure, une règle, une norme que nous imposons à notre vie afin de garantir que nous aurons la possibilité de récupérer.

Revenons maintenant à l’exemple du “besoin essentiel de la maternité”. Il faut déterminer s’il s’agit vraiment d’un besoin essentiel et non d’un choix (certaines femmes choisissent une autre vie), d’une préférence (d’autres préfèrent investir dans leur art ou leur profession), ou même d’un moyen de répondre à certains besoins (d’autres moyens pourraient aussi faire l’affaire).

Par exemple, la maternité est pour certaines une façon de s’épanouir comme femme, pour d’autres une façon de donner libre cours à leur besoin d’aimer, pour d’autres une façon de trouver un rôle leur permettant de s’intégrer dans leur milieu social, pour d’autres une façon de tenter de sauver leur couple, pour d’autres une façon d’échapper à l’angoisse ou à la solitude, une façon de donner un sens à une existence qui n’aurait autrement aucune valeur à leurs yeux, etc. La maternité peut servir à poursuivre un grand nombre de buts très différents.

Certains de ces buts sont des besoins, d’autres sont des moyens pour atteindre d’autres buts ou satisfaire d’autres besoins. La réponse appartient à chaque personne et il est rare qu’elle soit simple. La plupart du temps, la maternité est au service de plusieurs buts à la fois, des buts qui restent souvent confus et dont les liens réels avec les besoins ne sont pas toujours clairs.

Cette distinction entre le besoin et le moyen est d’une importance considérable. En effet, nous avons bien peu de liberté par rapport à nos besoins. Si nous ne réussissons pas à les combler, c’est notre vitalité qui est atteinte. Nous mourons en partie chaque fois que nos sacrifions un besoin, quelle que soit la raison. Si nous tentons de les ignorer ou de les repousser, nous sommes bientôt victimes de symptômes de plus en plus graves allant de l’angoisse à la dépression et aux maladies chroniques. (Voir L’enfer de la fuite http://www.redpsy.com/editions/enfer.html .)

Par contre, nous avons énormément de liberté par rapport aux moyens qui peuvent servir à assouvir nos besoins. Il suffit de bien identifier le besoin en cause (en le distinguant des moyens auxquels on pensait déjà) pour nous ouvrir un vaste éventail de possibilités. Contrairement à nos besoins, nos moyens sont toujours des choix que nous pouvons changer si nous le désirons. Nous pouvons toujours remplacer un moyen inefficace par un autre moyen qui nous semble prometteur. (Voir Négocier avec un partenaire http://www.redpsy.com/infopsy/negocier.html .)

    Nicole et Paul peuvent arriver à une solution s’ils prennent le temps d’identifier leurs besoins réels au-delà des moyens auxquels ils pensent déjà. Qu’est-ce qui est vraiment important pour chacun ? Quelle satisfaction leurs lieux préférés permettent-ils d’obtenir plus facilement ? Quels besoins le fait d’être en couple pour les vacances permet-il de mieux combler ? Lesquels de ces besoins sont les plus importants (c’est à dire lesquels doivent être comblés en priorité à ce moment-ci) ?
Lorsque nous identifions ainsi les besoins auxquels nous cherchons à répondre par le moyen que nous privilégions, nous sommes capables de nous mettre à la recherche d’autres moyens susceptibles de mieux combler ces besoins et de nous apporter les satisfactions auxquelles nous aspirons. Nous pouvons tenir compte à la fois du besoin et de l’obstacle qui s’interpose. L’exercice n’est pas toujours facile parce que nous avons de la difficulté à nous libérer du moyen auquel nous avons déjà adhéré. Mais dès que nous décidons de sortir de la frustration pour rechercher la satisfaction, les nouveaux moyens commencent à nous apparaître.

Je vous invite à faire un petit exercice simple : imaginer au moins deux autres moyens que la maternité pour satisfaire vraiment les “besoins” auxquels le fait d’être mère peut chercher à répondre. (Je reprends la liste énumérée plus haut.)
  • s’épanouir comme femme
  • aimer pleinement
  • avoir un rôle social clair
  • sauver le couple
  • échapper à la solitude
  • donner un sens à son existence

Contraintes et vieillissement

    Monique est hantée par son horloge biologique. Elle doit absolument décider maintenant si elle va renoncer devenir enceinte. Son copain ne veut pas de nouveaux enfants pour le moment, car il estime le couple encore trop peu solide (ils se fréquentent depuis moins d’un an). Faut-il entreprendre de le convaincre, changer de copain pour en choisir un autre qui veut être père, attendre encore un peu au risque de devoir se contenter de l’adoption, envisager l’insémination artificielle, .. ?

    Philippe a passé toute sa vie adulte dans un domaine qu’il n’aimait pas vraiment mais qu’il a choisi pour répondre aux aspirations de son père et perpétuer la tradition familiale. Il sait depuis toujours qu’il ne voulait pas être comptable. Il a toujours aimé la poésie, les musées, la musique et les arts en général. Il se doute bien qu’il aurait voulu être musicien mais qu’il n’a pas osé suivre la voie que lui suggérait sa passion. Maintenant, au seuil de la retraite, il se croit trop en retard pour entreprendre quoi que ce soit.
Durant toute notre vie, nous avons des limites qui viennent interférer avec nos projets. C’est vrai à tous les niveaux : la pluie qui survient le jour où nous projetions d’aller à la plage, la fracture qui interrompt notre saison de ski, notre taille défavorable pour pratiquer le sport qui nous fait rêver, notre milieu familial qui désapprouve certains de nos projets, notre patron qui refuse une permission spéciale, le collègue plus brillant qui obtient le poste convoité, etc. La liste des limites plus ou moins incontournables auxquelles nous sommes soumis est presque infinie.

Durant toute notre vie, nous avons le choix entre deux attitudes générales : accepter ces contraintes et ajuster nos actions pour en tenir compte ou refuser ces limites et protester contre le destin, les événements et les personnes qui nous les imposent. La première option est la seule qui nous permette d’atteindre la satisfaction, mais sur certains points nous sommes portés à adopter la seconde. Heureusement, la plupart des gens choisissent généralement l’adaptation plutôt que la protestation stérile.

Pendant notre enfance, l’âge nous apparaît comme une chose désirable. Nous voulons grandir afin de devenir aussi forts et habiles que les grands et, surtout, pour jouir des privilèges que nous leur envions. Avec l’âge, nos limites diminuent et nos privilèges augmentent. Cette situation continue jusqu’aux environs de 40 ans.

À compter de ce moment, le temps commence à jouer contre nous. Notre force et notre endurance diminuent peu à peu, nos sens perdent de leur acuité, nous amorçons une longue descente vers la vieillesse. De nouvelles limites prennent place dans notre corps et dans notre vie. Nos responsabilités deviennent plus lourdes pendant que nos moyens sont de plus en plus limités.

défiEncore là, nous avons le choix : (a) accepter les nouvelles contraintes et en tenir compte pour inventer de nouvelles façons de répondre à nos besoins ou (b) refuser et protester contre le sort qui nous frappe injustement. La première option exige plus de créativité, mais elle nous permet de rester vivants aussi longtemps que notre corps nous le permet. La façon de répondre à nos besoins doit changer, mais il n’est pas nécessaire de renoncer à la satisfaction.

Mais pour que cette option soit possible, il faut respecter une condition fondamentale : rester en contact avec nos besoins tels qu’ils existent au présent. Car eux aussi évoluent avec le temps, en parallèle avec l’évolution de nos capacités physiques. Certaines satisfactions perdent de l’importance alors que d’autres en gagnent. Ce sont en partie nos besoins qui évoluent, mais c’est aussi la forme de leur satisfaction qui se transforme.

Nous ne pouvons changer notre passé et nous procurer en rétrospective les satisfactions qui nous ont manqué auparavant. Mais nous pouvons toujours changer notre présent et répondre aux besoins qui nous habitent actuellement, pourvu que nous acceptions de repenser notre façon de voir la satisfaction et de choisir les moyens d’y parvenir.

    Monique pourrait réfléchir davantage aux besoins qu’elle voudrait combler en devenant enceinte avant qu’il soit trop tard. Le fait de mieux les connaître lui permettrait sans doute d’envisager la situation dans une perspective plus large. Elle pourrait ainsi faire un meilleur choix en s’inspirant de ses véritables besoins. Il lui serait également plus facile d’adopter les moyens nécessaires parce qu’elle serait plus certaine de ses vraies priorités.

    Philippe n’est pas obligé de renoncer à sa passion pour la musique et les arts. Il peut créer de nouveaux moyens de s’y adonner plus complètement. S’il accepte d’y réfléchir sérieusement, il se donnera accès à une retraite qui sera synonyme d’épanouissement au lieu de devenir le symbole de sa résignation définitive.
Mais il n’y a pas de garanties de succès. Le fait de connaître nos vrais besoins n’est pas une recette miracle qui nous assure la satisfaction. Il faut encore avoir le courage de faire les choix qui s’imposent et d’essayer à nouveau lorsqu’on ne réussit pas du premier coup. Il faut surtout avoir la sagesse de sortir des sentiers battus pour créer son propre chemin.

La satisfaction de nos besoins les plus importants n’est pas un droit mais le résultat que nous obtenons en faisant des choix éclairés et en les appliquant habilement dans des actions concrètes. L’expérience qui vient avec l’âge peut servir à mieux faire ces choix.


    Jean Garneau, psychologue
    Ressources en Développement



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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


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    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

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