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Par Michelle Larivey , psychologue Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy" Volume 7, No 3: Mars 2003 | Avant d'imprimer ce document | Mise en garde | Autres articles | Résumé de l'article Cet objectif consomme souvent une énergie considérable tout en engendrant des frustrations énormes chez les deux conjoints. Quelles sont les raisons cachées qui nous poussent à déployer des efforts soutenus à cette fin? Nous verrons dans ce texte comment le fait de mettre l'accent sur le changement du conjoint est la plupart du temps un moyen d'éviter les sujets cruciaux. Table des matières
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Introduction Existe-t-il des couples où les partenaires ne désirent pas des changements substantiels chez l'autre? Cet objectif consomme souvent une énergie considérable tout en engendrant des frustrations énormes chez les deux conjoints. Pourquoi insister pour changer l'autre? Quelles sont les raisons cachées qui nous poussent à déployer des efforts soutenus à cette fin? Qu'y a-t-il de si important dans cette volonté pour justifier les crises et même les séparations qu'elle provoque? On poursuit ce but comme s'il s'agissait de la clé du bonheur; est-ce le cas ou s'agit-il là d'une idée chimérique? Nous verrons dans ce texte comment le fait de mettre l'accent sur le changement du conjoint est la plupart du temps un moyen d'éviter les sujets cruciaux. Cette façon de traiter nos insatisfactions sert souvent à demeurer inconscient d'un besoin ou à nous soulager de la responsabilité de le satisfaire. Même lorsque nous recherchons surtout la croissance, l'entêtement à attendre le changement de l'autre reste souvent motivé par un souci d'évitement. Cet article vise à encourager la réflexion et l'auto-évaluation de celui qui, paralysé devant des insatisfactions importantes, considère que son bonheur repose sur l'ouverture de son conjoint à changer. J'espère apporter ici un éclairage qui le préservera des pièges découlant de la poursuite de cet objectif et qui découragera les tentatives stériles qui drainent l'énergie de plusieurs couples. |
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A- Changements involontaires et changements volontaires
Charles a énormément souffert du manque d'affection de sa mère. Pourtant, il repousse toujours son épouse lorsqu'elle l'enlace ou l'embrasse. Il s'impatiente et la rabroue. Petit à petit celle-ci se détourne de lui (et reporte sa tendresse sur leurs enfants). Aujourd'hui Charles se plaint de sa froideur qui, selon lui, ressemble à celle de sa mère. Nadia, autrefois battue par son père, l'est aujourd'hui par son mari. Ce dernier était pourtant peu enclin à la violence, mais il perd parfois le contrôle, allant jusqu'à la frapper. Le changement s'est produit lentement, imperceptiblement. C'est seulement avec le recul qu'ils peuvent en constater l'ampleur. Cette transformation n'a pas été l'oeuvre de la persuasion, de pressions ou de demandes réitérées mais tout simplement la conséquence d'une attitude récurrente, de comportements répétitifs auxquels l'autre s'est finalement adapté (en trouvant une solution qui lui permette de respecter ses propres besoins). C'est ainsi qu'on peut provoquer un changement important et parfois irréversible sans l'avoir visé consciemment et sans en avoir prévu les conséquences. Mais même si nous l'avons provoqué, la plupart du temps il ne nous satisfait pas pleinement.
Nadia a maintenant la nostalgie de l'homme tendre d'autrefois.
Depuis le début de son mariage Philippe souffre de la jalousie de sa femme. Il a cru qu'en se pliant aux désirs de celle-ci, il réussirait à la convaincre de son amour et à la rassurer sur sa fidélité. Depuis plus de quinze ans il rêve de liberté; il est maintenant au bord de la dépression et sa femme le harasse plus que jamais. Qu'est-ce qui motive les conjoints à persévérer dans cette recherche infructueuse et cette attente? Qu'est-ce qui se cache derrière le désir (conscient ou non) de changer l'autre? Les prochaines sections tenteront de répondre à cette question en présentant les trois genres de motifs que je peux distinguer. |
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B- Les motifs d'évitement Lorsque nous développons des liens intimes et étroits avec une personne, c'est parce qu'elle possède des caractéristiques qui nous permettent de répondre à des besoins cruciaux ou parce que nous espérons y parvenir. Même si cette personne possède plus de qualités qui nous conviennent que de caractéristiques qui nous déplaisent, il demeure que certains aspects de sa personnalité nous conviennent moins, nous indisposent ou même nous heurtent. Ce déséquilibre est inévitable dans toute relation durable car l'autre est différent de nous. Ses actions ne nous conviennent pas toutes. Certaines nous menacent, d'autres nous confrontent à nos limites ou nous présentent des défis importants. Voici les principaux motifs d'évitement qui peuvent nous amener à désirer un changement chez notre conjoint.
Le partenaire qui pénètre dans notre intimité est nécessairement différent des parents auprès desquels nous avons appris à vivre. Non seulement il ne peut en être autrement parce que chaque personne est unique, mais il y a en plus le fait que nous recherchons cette différence. C'est sur celle-ci que nous comptons pour combler, avec cet être, les besoins auxquels nous n'avons pas trouvé réponse dans notre contexte familial. Mais en même temps, cette différence nous confronte en ébranlant nos certitudes et en déséquilibrant nos habitudes. Une des raisons principales qui nous poussent à changer l'autre, c'est le désir de retrouver l'équilibre préalable. Nous allons si loin dans cette direction qu'il nous arrive souvent de reproduire avec notre conjoint les rapports dont nous avons souffert avec notre parent. Pourtant, nous avions choisi notre partenaire pour ses différences par rapport à ce parent. C'est ce type de changement qu'on trouve dans les exemples de changement involontaire illustrés par Charles et Nadia.
Il aurait dû accepter de traverser une période difficile pour travailler sur cette question. Le malaise aurait d'abord fait place à son impression d'être minable ainsi qu'à une énorme peine liée à la froideur de sa mère. Il aurait alors pu explorer ces sentiments à travers sa relation avec son épouse. Mais par crainte de vivre de telles émotions (qu'il juge infantiles) devant sa femme, il a choisi de repousser cette dernière et par la même occasion, les sentiments qui le dérangeaient. La peur de l'humiliation et d'afficher sa vulnérabilité l'a emporté sur sa volonté de régler ce problème. Il en est de même de Nadia. Si elle avait accepté de ressentir les émotions provoquées chez elle par les égards de son mari et le respect qu'il lui vouait, tout aurait pu tourner autrement. Inconfortable devant ces marques de considération, elle trouvait alors le moyen de l'agresser. C'est par exemple dans les moments où il était particulièrement tendre qu'elle l'attaquait avec sa litanie de reproches. L'humiliation et le mépris étaient alors ses armes favorites. Son attitude vindicative lui permettait d'esquiver son inconfort. Une piètre estime d'elle-même l'empêchait d'accepter les égards de son mari sans devenir très émue, ce qu'elle fuyait comme la peste. Mais lorsque son mari devint aussi odieux que son père l'avait été autrefois, elle se mit à ressentir le manque.
Lucie choisit de consacrer son énergie à réclamer le changement de son époux plutôt que de s'occuper d'améliorer la qualité de sa vie. Elle fait porter la responsabilité de son insatisfaction à son mari et le punit en l'abîmant d'injures les jours où elle n'en peut plus. Il est facile de comprendre qu'elle soit immensément déçue du penchant de son mari et de la tournure qu'à pris leur vie à deux. Mais sa persévération dans cette quête stérile témoigne de l'ampleur de sa résistance à prendre son sort en mains. Philippe fait le même choix que Lucie. Vingt années de tentatives infructueuses sont la preuve de la stérilité des efforts pour changer le comportement et les convictions de sa femme. Mais il ne peut se résigner à vivre toutes les émotions qui l'assailliraient s'il la quittait. Il ne peut se résoudre à vivre les confrontations que déclencherait certainement son choix de vivre librement sa vie, malgré les crises de jalousie de son épouse. Sa résistance à prendre ses besoins en charge est si forte qu'il choisit de mourir plutôt à petit feu dans la dépression. (Voir «Transfert et conquête de l'autonomie».)
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Il aime regarder la télé au retour du travail... c'est sa manière de se détendre. Il devrait plutôt adopter mon moyen de détente: la lecture. C'est beaucoup mieux pour l'esprit! Elle est toujours disponible pour faire le taxi pour les enfants. Elle devrait plutôt faire comme moi et les laisser se débrouiller. Elle dépense sans se soucier de l'avenir. Elle devrait être plus économe et planifier sa retraite. Comme moi, en somme!
J'aime bien que ma femme soit affirmative, mais je ne tolère pas qu'elle s'adresse à moi sur un ton autoritaire. Son caractère passionné me stimule mais je le déteste lorsqu'il s'agit d'émotions «négatives», surtout à mon égard. J'entreprends alors de la neutraliser. Comme pour tous les organismes vivants, chaque changement opéré a des répercussions sur d'autres dimensions: l'organisme se rééquilibre. C'est ce qui explique l'émergence de changements imprévus, comme dans les deux premiers exemples (Charles et Nadia). Triste, déçue et en colère, la femme de Charles a trouvé une solution compensatoire: reporter toute son affection sur ses enfants. Humilié, le mari de Nadia a choisi la force physique pour se faire entendre. Mais la volonté d'obtenir des changements chez notre partenaire est si forte, nos efforts pour qu'il neutralise ses effets sur nous ou pour qu'il adopte notre image sont parfois si insistant qu'on a l'impression d'une rééducation, d'un remodelage complet. Il arrive parfois que cette influence soit appréciée. Elle agit alors comme un incitatif qui favorise un changement que la personne souhaitait déjà plus ou moins. Par exemple:
Ses encouragements m'ont incité à me remettre à la peinture. J'en suis très heureuse.
Mais Benoît croit sincèrement que les enfants doivent vivre avec les conséquences de leurs actes en tout temps. Il trouve Marie trop complaisante à cet égard.
leurs propres besoins (v.g.: avoir de l'autorité est primordial pour Benoît alors que cela a peu d'importance pour Marie; Marie cherche à se faire aimer des enfants alors que Benoît désire avant tout être respecté); leurs propres évitements (Marie n'aime pas les conflits alors que Benoît est confortable dans la confrontation); des préférences individuelles (Marie aime le calme, Benoît aime l'action); et même les dernières valeurs à la mode (comme les combinaisons alimentaires et les jeux non violents). 5. Éviter une réalité existentielle
Laurence réagit agressivement chaque fois que son mari lui fait une critique. Il lui arrive même de le bouder durant plusieurs jours pour lui faire savoir combien elle a en horreur d'être critiquée ou prise en défaut. Donc en fait, ce qu'elle réclame de Ludovic, c'est qu'il participe à son «déni de solitude». S'il le fait, elle aura moins conscience de sa solitude comme être humain; une réalité qui lui apparaît clairement lorsque son mari n'a pas les mêmes besoins ou les mêmes désirs qu'elle. Laurence est aux prises avec un désir de perfection (évidemment impossible à atteindre). Elle le constate péniblement chaque fois qu'elle subit une critique. Si elle réussissait à empêcher tous les jugements des autres et en particulier ceux de son mari, elle pourrait peut-être conserver l'illusion d'être irréprochable et toujours adéquate. Elle est aux prises avec un «déni de la finitude» qu'elle perpétue en consacrant son énergie à contester ceux qui lui la blâment ou la critiquent plutôt qu'à examiner l'effet qu'exercent sur elle les jugements et les reproches. La vigueur avec laquelle elle combat la critique est le reflet de l'importance de son déni. (Voir «Les implications existentielles» dans «L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne».) |
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C- Les motifs de croissance Les autres jouent un rôle primordial dans la satisfaction de la plupart de nos besoins. Ceci est particulièrement vrai pour les besoins affectifs. Il est normal de souhaiter satisfaire ces besoins avec notre conjoint et c'est d'ailleurs surtout sur la base des besoins mutuels que nous choisissons quelqu'un pour partager notre vie.
Le besoin d'un contact réel qui soit nourrissant affectivement s'exprime souvent à travers la demande suivante:
J'aimerais que tu me trouves belle et désirable. Je ne veux pas que tu regardes les autres femmes. J'ai peur que tu éprouves du désir pour une autre ou que tu en trouves une autre plus attirante.
Pour atteindre une réelle satisfaction il est préférable d'exprimer le besoin à l'état pur. En effet, cela laisse au conjoint le loisir d'y répondre dans ses propres termes au lieu de le condamner à se conformer à la demande précise qui lui est faite (et qui souvent ne lui convient pas). Ainsi beaucoup de conjoints n'achèteront jamais de fleurs à l'objet de leur amour. C'est autrement qu'ils aiment manifester leurs sentiments. De la même manière, les commandes de «petits baisers» (preuve que tu m'aimes) ne conviennent pas à tous. Certains désirent prouver autrement et surtout, à l'heure qui leur convient. On peut dire qu'en procédant par commandes précises et qu'en camouflant soigneusement le besoin nous agissons sur le comportement de notre conjoint. Nous cherchons à le «changer» plutôt que changer nous-même en acceptant d'assumer ouvertement notre besoin. |
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D- Les motifs de confort Très souvent, les exigences par rapport au conjoint sont présentées sous le prétexte de la recherche du confort. Mais en réalité, peu de demandes de changement sont vraiment de cette nature. Le choix de la cible visée est l'indice le plus évident pour en venir à cette conclusion Examinons un exemple très délicat mais tout aussi fréquent dans la vie d'un couple: l'entretien de la maison ou le partage des tâches.
On peut se demander pourquoi Claudine ne consent pas à engager de l'aide si son besoin est si grand. Pourquoi elle ne prend pas la peine d'examiner son inconfort à confier sa maison à un étranger? Pourquoi elle ne cherche pas une personne qui lui serait recommandée et pourquoi elle n'entreprend pas de s'apprivoiser graduellement à sa présence? Pourquoi elle persévère dans la solution qui l'exaspère? Pourquoi enfin elle choisit de vivre des week-ends d'enfer et d'hypothéquer sa relation avec son mari? La force de son besoin d'être aimée est probablement l'ingrédient de fond qui explique cette persévération. Mais son aveuglement par rapport aux autres solutions s'explique surtout par sa résistance à être en contact avec ce besoin «de se sentir aimée». Elle refuse de l'assumer autant pour elle-même que devant son mari. Cette résistance est d'autant plus forte qu'elle se combine à un important désir de contrôle.
La tendance au contrôle s'appuie en grande partie sur la certitude d'avoir raison. C'est le cas de Claudine. Ceci est tellement vrai qu'elle qualifie le comportement de son époux de «résistance passive». En d'autres mots, la bonne chose à faire c'est ce qu'elle a décidé et quiconque s'y oppose est nécessairement en mode de résistance. Il est exclu qu'il puisse s'agir simplement du choix de Francis et que ce choix soit aussi valable que le sien (c'est à dire qu'il réponde lui aussi à un besoin). Dans cette perspective, les besoins de l'autre ne sont pas pris en considération. Ce qui compte c'est de se sentir en contrôle, d'éviter l'inconnu, de ne prendre aucun risque d'être ébranlé... Lorsque, par contre, le désir de changement est réellement motivé par un désir de confort qui n'est pas pollué par un «test d'affection» passé au conjoint à son insu, le problème a tendance à se régler beaucoup plus facilement. |
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