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Ressources en Développement
Les psychologues humanistes











Choisir votre psychothérapeute


Par Jean Garneau, psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
"La lettre du psy"
Volume 7, No 6: Juin 2003


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Résumé de l'article

Quelles dimensions doivent être considées dans le choix d'un psychothérapeute et quels indicateurs peuvent nous aider à faire un meilleur choix. Jean Garneau indique comment on peut s'assurer de bien choisir le genre de service, vérifier la compétence du professionnel, déterminer quel genre de psychothérapie correspond à nos buts et vérifier si l'individu qu'on recontre sera capable de nous aider.


Table des matières


  • Introduction
  • 1- Le genre de service approprié
    • Qui doit aller en psychothérapie ?
    • Le format de psychothérapie
  • 2- La compétence du psychothérapeute
    • Formation pratique
    • Expérience clinique
    • Imputabilité
    • Références
    • Synthèse sur la compétence
  • 3- Le genre de psychothérapeute
    • Trois courants de pensée fondamentaux
    • En bref...
    • Un choix personnel important
  • Conclusion


Introduction

Vous avez enfin réussi à prendre votre décision: vous allez faire appel à la psychothérapie pour vous aider à résoudre le problème tenace qui vous empoisonne l'existence depuis un bon moment. L'avenir vous semble déjà un peu moins sombre depuis que votre décision est claire. Il ne reste qu'à trouver votre psychothérapeute.

Et tout à coup, vous constatez que cette formalité est bien moins simple que vous l'aviez cru. En fait, sans être pénible comme la décision d'aller en psychothérapie, la recherche de votre psychothérapeute est plutôt compliquée. Sans être un expert, vous savez déjà que le choix de votre thérapeute peut très bien faire la différence entre le succès et l'échec de votre démarche. Comment vous assurer de trouver celui qui vous convient le mieux?

Dans ce document, j'ai l'intention de vous guider dans cette recherche en vous indiquant quelles dimensions doivent être prises en considération et quels indicateurs peuvent vous aider à faire un meilleur choix. Nous examinerons la question en quatre étapes: (1) Choisir le genre de service approprié, (2) vous assurer de la compétence du professionnel, (3) choisir le genre de psychothérapeute qui vous convient et (4) choisir l'individu qui pourra vous aider.


1- Le genre de service approprié

Bien s'orienter au départPour bien choisir le genre de service le plus approprié à votre situation, il faut trouver les réponses aux deux questions suivantes: (1) qui doit aller en psychothérapie et (2) quel genre de thérapie est approprié. Avec des réponses claires à ces questions vous pourrez éviter des détours frustrants en s'adressant directement à des professionnels capables de répondre à vos besoins.


    Qui doit aller en psychothérapie ?
On peut aller en psychothérapie individuelle, conjugale ou familiale; le choix doit être fait surtout en fonction du genre de problème qu'on cherche à résoudre. Voici des indices généraux pour guider cette décision.


      L'individu
C'est la forme la plus fréquente. Il vaut mieux aller seul en psychothérapie lorsque les questions qui nous préoccupent ne concernent pas directement les personnes avec qui nous vivons ou ne dépendent pas surtout d'elles. Lorsque nos problèmes impliquent directement nos proches, on peut envisager une autre forme de consultation, mais si ces autres personnes ne veulent pas s'engager dans une thérapie, il est préférable d'y aller seul que d'essayer de les amener contre leur gré. La psychothérapie est une démarche exigeante: il vaut mieux s'y engager avec une forte motivation.


      Le couple
Pour aller en thérapie conjugale, il est important que les deux partenaires consentent à cette démarche. Idéalement, les deux conjoints veulent résoudre un problème dont ils sont tous deux préoccupés. Il n'est pas nécessaire cependant que les opinions des partenaires sur la nature du problème soient semblables; cette question peut faire partie de la démarche thérapeutique.


      La famille
Lorsque c'est l'ensemble de la famille, parents et enfants, qui a un problème, il est préférable d'aller en thérapie familiale. Ça semble évident, mais il arrive souvent que le problème familial se cache derrière un problème qui nous semble strictement individuel. C'est souvent le cas, par exemple, lorsqu'on consulte au sujet du problème présenté par un enfant; on constate que les difficultés visibles étaient les symptômes d'un problème familial non identifié. La plupart du temps, les thérapeutes d'enfants demandent aux parents de s'impliquer dans une démarche familiale pour contribuer au succès de l'intervention auprès de l'enfant. Les professionnels spécialisés dans la psychothérapie avec les enfants sont très familiers avec ces réalités.


    Le format de psychothérapie
Cette question ne se pose que lorsque c'est un individu qui s'engage dans une démarche de psychothérapie. Lorsque c'est un couple ou une famille, le format utilisé est la conséquence directe de la décision précédente. Mais lorsqu'il s'agit d'une démarche individuelle, on peut choisir entre plusieurs formats selon le problème à résoudre et les objectifs visés.


      Psychothérapie individuelle
C'est le format le plus approprié lorsque vos difficultés concernent ce que vous vivez intérieurement. Les objectifs poursuivis pourraient être, par exemple, de reprendre contact avec votre vie intérieure, de mieux comprendre vos émotions, d'apprivoiser des dimensions encore inconnues de votre expérience, d'identifier ou de comprendre ce qui ne va pas dans votre vie.

La psychothérapie individuelle offre un cadre plus rassurant qui s'avère bien utile lorsqu'on doit prendre contact avec des dimensions inconnues de nous-même. Elle a également l'avantage de limiter les occasions de se perdre: les distractions et les pressions de l'extérieur sont presque inexistantes et nous pouvons prendre tout le temps nécessaire pour revenir au centre de notre expérience.

La psychothérapie individuelle est une démarche régulière (par exemple une rencontre par semaine). Ceci permet de mêler la démarche thérapeutique à la vie quotidienne. Les découvertes faites en entrevue peuvent être réinvesties immédiatement en famille ou au travail, testées et réajustées rapidement. De même, les problèmes rencontrés dans l'application à l'extérieur peuvent être ramenés aussitôt en thérapie.


      Psychothérapie de groupe
C'est un excellent choix si vos difficultés concernent surtout ce que vous vivez en relation avec les autres. Les objectifs poursuivis pourraient être, par exemple, d'apprendre à mieux vous affirmer ou à être plus vivant en présence des autres, d'apprendre à mieux vous respecter dans vos contacts avec vos proches ou encore de devenir plus habile à établir des relations plus satisfaisantes.

La psychothérapie de groupe vous permet de vous expérimenter autrement que vous pouvez le faire dans la vie de tous les jours. Elle vous fournit donc l'occasion d'essayer de nouvelles façons d'être afin de découvrir celles qui sont les plus satisfaisantes pour vous. Bénéfice supplémentaire: votre thérapeute est témoin de ce que vous faites et vous vivez en relation avec les autres dans le groupe. Cela lui permet de comprendre plus facilement les difficultés auxquelles vous faite face et de mieux vous aider à les résoudre.

Comme la psychothérapie individuelle, la psychothérapie de groupe se fait selon un rythme régulier qui permet de réinvestir immédiatement les apprentissages. Combiné au fait que tout se passe publiquement, ceci garantit une grande solidité aux acquisitions qu'on y fait.


      Session intensive
Les sessions intensives sont habituellement axées sur un thème spécifique comme "L'affirmation de soi", "La vie émotive", etc. Une session peut être très utile et très efficace si vous désirez cheminer sur ce thème en particulier.

Les sessions offrent un lieu où vous aurez l'occasion de vous expérimenter dans un contexte sécuritaire. Comme la psychothérapie de groupe, elles permettent de faire l'essai de nouvelles façons d'être et d'agir. Mais contrairement à la psychothérapie de groupe, elle réunit des personnes dont les préoccupations sont relativement semblables. Ceci permet d'aller plus loin dans un domaine précis.

Parce qu'elles sont intensives (par exemple 15 heures réparties sur moins de trois jours), ces sessions sont particulièrement stimulantes Elles permettent d'aller plus loin dans l'exploration à cause d'un effet d'entraînement, mais il faut ensuite mettre plus de soin à réinvestir ces apprentissages dans les situations de la vie courante. Certaines personnes s'en servent pour provoquer un déblocage dans une démarche de thérapie qui avait tendance à stagner. Mais pour d'autres, cette stimulation est source de déséquilibre ou de menace plus que de progrès. C'est pour cette raison que les responsables de sessions font habituellement une sélection soignée de leurs participants.


      Atelier hebdomadaire
L'atelier ressemble à une session, mais il est structuré selon un rythme hebdomadaire. Ceci permet de combiner les avantages d'une session thématique avec ceux d'une démarche régulière qui encourage les participants à réinvestir immédiatement leurs acquis dans leur vie quotidienne. Comme l'atelier porte sur un thème précis, il est plus structuré qu'une psychothérapie de groupe. Ceci permet d'en définir à l'avance la durée limitée (tout comme les sessions intensives).


2- La compétence du psychothérapeute

Une fois qu'on sait quel type de services on veut, il reste à trouver un psychothérapeute compétent qui le dispense. Il est malheureusement très difficile de distinguer les professionnels les plus habiles de ceux qui sont mal préparés ou même des amateurs et des fumistes. De nombreuses personnes désabusées après une longue thérapie peuvent en témoigner.

Une des principales raisons de cette difficulté, c'est le fait que la psychothérapie ne relève pas d'une seule profession. On sait que plusieurs psychologues offrent ce service, mais on trouve également beaucoup de psychiatres, travailleurs sociaux, conseillers d'orientation, médecins omnipraticiens, infirmières, etc. qui le font, sans compter les philosophes, ingénieurs, éducateurs, ou même les ex-alcooliques, ex-victimes d'inceste, etc. Nous savons qu'il faut nous adresser à un avocat pour un problème juridique, à un comptable pour les questions financières, à un dentiste pour les problèmes de dents, mais pour un problème psychique...

Nous savons aussi que la formation pratique suffisante pour faire de la psychothérapie ne fait partie des exigences d'admission d'aucune des professions de la santé. À qui nous fier dans ces conditions? Sur quoi devons-nous appuyer notre choix?

La solution est loin d'être simple. À mon avis, il s'agit d'un problème important qui afflige actuellement le domaine de la psychothérapie dans plusieurs pays, notamment au Canada. Il existe quelques organismes qui tentent d'apporter des solutions à ce problème en évaluant les psychothérapeutes et leur formation pratique avant de les inclure parmi leurs membres (par exemple, le Syndicat National des Praticiens en Psychothérapie (SNPP) et la Fédération Française de Psychothérapie (FFP)). De tels organismes répondent à un important besoin et je souhaite en voir apparaître des semblables pour les autres pays.

Peu importe les raisons, lorsqu'ils n'existent pas, la personne qui a besoin de psychothérapie doit pouvoir s'appuyer sur des critères valables pour évaluer la compétence de psychothérapeute qu'elle envisage de consulter. À moins d'être un spécialiste du domaine, il est difficile de trouver de tels critères et de les appliquer.


    Formation pratique
Normalement, la capacité de pratiquer la psychothérapie ne s'acquiert pas à l'université. Il faut donc une formation pratique post-universitaire supplémentaire pour acquérir les compétences (connaissances) et les habiletés (techniques) nécessaires. Et il ne s'agit pas d'un simple perfectionnement; la plupart des programmes de qualité s'étendent sur trois ans environ et sont dispensés par des organismes qui en font une spécialité. Ils incluent habituellement un important travail sur les attitudes du psychothérapeute (sa personnalité).

Tout psychothérapeute devrait être disposé à vous informer clairement sur la formation pratique qu'il a reçue: l'endroit, la durée, la spécialité, etc. Il vous demandera probablement pourquoi vous voulez ces informations et en quoi elles sont importantes à vos yeux, mais c'est surtout pour vous informer adéquatement en vous donnant les détails les plus utiles pour répondre à votre préoccupation.

Si la réponse ne vous satisfait pas ou ne vous éclaire pas, n'hésitez pas à le dire afin qu'il puisse vous fournir de meilleures explications. Mais si la réponse est évasive ou si on refuse de vous répondre, vous aurez raison de vous inquiéter.


    Expérience clinique
La psychothérapie est souvent considérée comme un art autant qu'une science. C'est ce qui rend nécessaire une solide formation pratique et une certaine accumulation d'expérience. C'est en partie par l'expérience clinique que le psychothérapeute raffine ses habiletés et maîtrise l'utilisation de ses instruments. Les honoraires plus élevés que réclament les professionnels plus expérimentés se justifient la plupart du temps par une plus grande efficacité dans l'intervention.

Il faut comprendre qu'il s'agit ici d'expérience dans la pratique de la psychothérapie et non d'expérience professionnelle en général. La personne qui pratique une profession de la santé depuis dix ans en faisant de la psychothérapie à raison de trois heures par semaine a trois ou quatre fois moins d'expérience que celle qui fait de la psychothérapie à temps plein depuis trois ans.

Encore ici, le professionnel devrait être disposé à vous informer adéquatement. Il voudra savoir ce qui vous préoccupe exactement, mais il vous donnera sans difficulté les détails nécessaires pour vous éclairer. S'il est évasif, vous devriez vous en inquiéter et il serait probablement plus sage de faire appel à quelqu'un d'autre.


    Imputabilité
Cette dimension est particulièrement importante lorsqu'on est incapable d'évaluer la compétence du professionnel. Sans constituer une garantie de compétence pour la pratique de la psychothérapie, elle vous assure au moins d'avoir un recours si les services reçus sont de mauvaise qualité ou si le comportement du professionnel laisse à désirer.

C'est le rôle des ordres professionnels de protéger le public contre les abus de pouvoir et contre la négligence dont les clients pourraient être victimes dans le cadre d'une consultation. Les ordres déterminent les conditions à respecter pour porter un titre professionnel, surveillent le comportement des professionnels, évaluent les plaintes du public et sanctionnent les professionnels qui sont trouvés coupables de négligence ou de comportement inacceptable.

En s'assurant de faire appel aux services de membres d'un ordre professionnel pertinent, on obtient un support officiel en cas de problèmes. Cette garantie est limitée, car les ordres professionnels n'ont de pouvoir que sur leurs membres et ne sont pas habilités à dédommager la personne lésée. Mais il s'agit quand-même d'une protection contre les amateurs (à cause du statut professionnel) et contre les charlatans (car ils ne pourraient échapper très longtemps à la surveillance de leur ordre).

Mais il ne faut pas oublier que les ordres professionnels n'assument pas la responsabilité d'évaluer la compétence de leurs membres dans le secteur particulier de la pratique de la psychothérapie. L'appartenance d'un individu à un ordre professionnel n'est donc pas une excuse pour négliger de s'informer sur sa formation et son expérience.


    Références
ChoisirComme l'évaluation de la compétence est relativement difficile, on se fie souvent sur les témoignages des autres pour choisir un psychothérapeute. Clients satisfaits, professionnels du domaine, système de référence et regroupements spécialisés sont les sources les plus souvent utilisées. Ces méthodes ne sont pas infaillibles, mais elles sont toujours préférables à un choix complètement aveugle. Même l'Ordre des psychologues du Québec (OPQ) recommande de s'informer auprès de ses proches pour trouver son psychothérapeute.

Pour s'en servir correctement, il est préférable de connaître les particularités de chacune de ces sources de références. Il faut bien comprendre que les regroupements comme le SNPP sont les seuls qui font des recommandations reposant sur une évaluation documentée de la compétence. Les autres fondent leurs suggestions sur des critères indirects plus ou moins pertinents.

Par exemple, les services de référence formels (comme celui de l'OPQ) ne s'appuient pas sur une vérification de la compétence spécifique (une information qu'ils ne recueillent même pas). Pour y figurer, il suffit d'être membre de l'organisme et acquitter une cotisation spéciale supplémentaire.

Les références des spécialistes du domaine s'appuient sur une certaine évaluation; le professionnel tient compte de son opinion pour choisir ceux qu'il recommande et ceux qu'il exclut. Mais la plupart du temps, l'évaluation est sommaire et plutôt biaisée. Elle est sommaire parce que les professionnels n'ont pas tellement accès au travail des autres; leur évaluation repose sur bien peu d'information réelle (sauf s'ils ont supervisé ce professionnel). Elle est aussi biaisée parce qu'on ne peut vraiment recommander quelqu'un qu'on ne connaît pas ou dont on ne partage pas les valeurs ou les principes d'intervention. Le professionnel recommande donc presque toujours quelqu'un qui lui ressemble, ce qui n'équivaut pas nécessairement à la ressource la plus adéquate pour dispenser un service donné.

Enfin, la satisfaction des clients ne constitue pas une garantie de compétence. Dans tous les domaines, les charlatans sont les plus habiles à entretenir chez leurs clients un niveau élevé de satisfaction qui ne dépende ni de la qualité des services rendus, ni des résultats. Pour se fier au témoignage d'un client, il faut examiner les résultats qu'il a obtenus et se demander si c'est le genre d'effet qu'on recherche. La satisfaction est un facteur secondaire; ce qui compte c'est le type de changement apporté par la psychothérapie.


    Synthèse sur la compétence
En somme, il est très important de s'assurer de faire appel à un psychothérapeute compétent, mais il est très difficile de vérifier cette compétence parce que la psychothérapie chevauche plusieurs professions et parce que celles-ci ont tendance à reculer devant cette tâche. Lorsqu'on dispose d'un organisme indépendant qui assume la responsabilité d'évaluer la compétence des psychothérapeutes (SNPP et FFP par exemple), il est sage de vérifier si le psychothérapeute auquel on veut s'adresser en fait partie. Pour tous les autres cas, il faut savoir qu'on s'appuie sur des critères de compétence bien imparfaits.

Dans ce cas, on peut s'assurer que le professionnel a reçu une formation pratique en psychothérapie et qu'il a accumulé une expérience clinique substantielle. Si on peut obtenir en plus une recommandation par un autre professionnel ou par un ancien client, on doit se considérer comme plutôt bien informé.

Le critère final demeure toujours le même: les résultats obtenus. Si on estime que la thérapie n'avance pas, si les résultats tardent trop à apparaître, si on ne comprend pas la pertinence de la démarche, il est important d'en discuter avec le professionnel afin d'obtenir des explications satisfaisantes et de lui permettre d'ajuster son intervention au besoin. Et si les résultats restent insatisfaisants après une telle mise au point, il vaut mieux changer de psychothérapeute dans l'espoir d'en trouver un autre qui nous conviendra mieux.


3- Le genre de psychothérapeute

Il y a bien des façons de faire de la psychothérapie. Ce n'est pas comme dans certains domaines où il y a une bonne façon de faire les choses, mise au point à travers les années. En fait, il y a tellement de façons différentes (et valables) que même les spécialistes ne s'y retrouvent plus tout à fait. Nous avons même cessé de compter les approches différentes depuis longtemps!

Les différences entre les approches sont peu importantes aux yeux de la personne qui a besoin de consulter un psychothérapeute; il s'agit de subtilités qui n'intéressent que des sous-groupes de spécialistes. Les distinctions relèvent surtout de la technique d'intervention et le choix que fait chaque thérapeute dépend avant tout de ses intérêts et de ses préférences personnelles ainsi que des opportunités de formation qui se sont offertes à lui pendant son apprentissage.

Pour la personne qui recherche un psychothérapeute, c'est le résultat qui compte; la technique particulière (l'approche) qui permet de l'atteindre est secondaire. Mais il faut savoir que, pour un même problème, plusieurs résultats différents sont possibles et peuvent tous apparaître souhaitables. Il faut donc choisir le genre de résultat qu'on désire. C'est le courant (ou orientation théorique) qui permet de déterminer le genre de résultat.

Des approches à la tonneEn psychothérapie, on regroupe les multiples approches en quelques grands courants de pensée relativement homogènes. Les courants sont peu nombreux; au lieu de se définir par des techniques d'intervention comme les approches, ils s'appuient sur une vision plutôt philosophique. Ils définissent par exemple une conception de la vie, du fonctionnement humain, du changement, du rôle du psychothérapeute, etc. La méthode précise (approche) est une façon concrète de réaliser cette vision dans un contexte (par exemple pour un genre de problèmes).

C'est donc le courant qui définit le genre de résultats qu'une forme de thérapie cherche à atteindre et la façon dont la personne est invitée à y participer. C'est une dimension importante du choix d'un psychothérapeute parce que c'est celle qui a l'influence la plus directe sur les résultats qu'on peut espérer obtenir.

    Si mon automobile fonctionne mal, je veux corriger la situation. Mais deux personnes peuvent vouloir des solutions très différentes. Je pourrais vouloir rafistoler ma bagnole au moindre coût pour me rendre à destination avant d'entreprendre une réparation plus complète. Je pourrais aussi décider de vendre maintenant la récalcitrante pour la remplacer par une neuve ou de la réparer avec des pièces usagées pour la remplacer à un moment qui me convienne mieux.
Lorsqu'il est question de psychothérapie, nos options sont différentes. Changer de modèle est une option inexistante et le rafistolage est habituellement un choix qu'on a dépassé. On veut résoudre réellement et de façon permanente le problème dont on est affligé. Mais cette solution peut prendre des formes très différentes selon les individus.

Les courants correspondent donc à des options qui déterminent les genres de résultats auxquels on peut s'attendre. Ils sont donc un important critère à considérer dans le choix d'un thérapeute car ils apportent des réponses différentes à des besoins différents. En choisissant un thérapeute dont les objectifs et les méthodes vont dans le sens de ce que nous recherchons, nous augmentons considérablement nos chances d'obtenir satisfaction.


    Trois courants de pensée fondamentaux
Les trois orientations fondamentales sont bien connues: il s'agit des courants psychanalytique, behavioriste et humaniste. Ces trois courants sont reconnus partout comme des formes de psychothérapie qui sont profondément différentes. Voyons sommairement qu'est-ce qui caractérise chacun.


      Le courant psychanalytique
Créé il y a un peu plus d'un siècle par Sigmund Freud, ce courant domine encore largement en Europe. Au Québec, il regroupe 27% des psychologues qui pratiquent, à égalité avec le courant humaniste (29%). Il englobe plusieurs écoles de psychanalyse, mais également une variété d'approches de psychothérapie psychodynamique ou psychanalytique.

Selon le thérapeute du courant psychanalytique, la personnalité se forme surtout à travers les expériences de l'enfance, particulièrement le refoulement dans l'inconscient des expériences trop menaçantes que l'enfant ne peut assumer. C'est principalement dans les relations avec les parents que se déroulent ces expériences et que se développent les solutions qui s'appuient sur le refoulement des pulsions et des sentiments qui en découlent.

C'est donc dans ces expériences refoulées de l'enfance que se trouve la clé des symptômes actuels. C'est en explorant l'inconscient qu'on parviendra à redécouvrir ces causes premières. Une fois qu'on a repris contact avec ces forces secrètes qui nous font agir, il devient possible de mieux les contrôler et de les empêcher de déterminer notre comportement et notre expérience.

Le but d'une thérapie de ce genre est avant tout la connaissance et la compréhension de ce qui se passe en nous. Le changement personnel ou la disparition du symptôme qui nous a amené en thérapie peuvent survenir comme un cadeau, mais n'ont rien de garanti. Il s'agit plus d'un effet secondaire que d'un but directement visé.


      Le courant behavioriste
Ce courant est issu des recherches sur l'apprentissage et le conditionnement. À partir des découvertes faites en étudiant les animaux, les chercheurs ont compris les processus fondamentaux qui permettent d'apprendre et d'oublier.. En examinant les humains à partir de ces processus, on en est venu à croire que les problèmes et les symptômes psychiques pouvaient être considérés comme des apprentissages problématiques qu'il était possible de remplacer par de nouveaux apprentissages plus appropriés.

Pour le psychothérapeute behavioriste, l'essentiel est de bien identifier les réactions qu'on souhaite éliminer et les nouvelles réactions par lesquelles ou veut les remplacer. Une fois cette cible de travail bien définie, il suffit de provoquer un processus d'oubli des anciennes réactions et d'apprentissage des nouvelles pour résoudre le problème et éliminer le symptôme.

On ne se soucie donc pas de découvrir les causes profondes du problème, mais bien de le faire disparaître aussi directement et rapidement que possible. Peu importe qu'on comprenne pourquoi, pourvu que le but soit atteint. C'est le problème qui est la seule vraie cible du travail et on cherche à le régler le plus rapidement possible.

Au début, on s'appuyait sur une forme de conditionnement systématique pour faire disparaître les symptômes. Maintenant, les processus intellectuels sont beaucoup plus impliqués dans la recherche des solutions. C'est pourquoi on parle de plus en plus des approches cognitives-behaviorales au lieu de parler de behavioristes.


      Le courant humaniste
C'est en réaction aux deux précédents que Carl Rogers et Abraham Maslow ont créé, aux environs de 1960, une "troisième force" dont l'accent principal porte sur le développement du potentiel humain. Refusant de considérer la personne comme déterminée par ses expériences passées, ils ont voulu redonner à la personne le pouvoir de déterminer son cheminement. En réaction à l'accent mis sur le problème à résoudre, ils ont voulu créer une thérapie centrée sur le client en tant que personne.

Le psychothérapeute humaniste considère que c'est la personne elle-même qui doit être au coeur de la démarche thérapeutique. C'est l'épanouissement de la personne dans son ensemble qui est la cible de travail fondamentale. Le problème particulier qui l'amène à consulter est considéré comme la manifestation d'une difficulté de vivre et une occasion de résoudre un problème plus fondamental dont les conséquences sont beaucoup plus larges.

Typiquement, le thérapeute humaniste invitera son client à orienter lui-même la démarche en y apportant ses préoccupations les plus importantes et en recherchant un équilibre qui soit plus satisfaisant. La liberté de choix du client est donc au centre de la démarche, tout comme sa capacité de connaître ses besoins véritables et de les satisfaire.

La psychothérapie humaniste vise donc un changement en profondeur qui affecte l'ensemble de la vie de la personne. Les résultats touchent habituellement la façon de vivre elle-même, dans toutes les situations de la vie quotidienne. L'accent est toujours mis sur l'expérience vécue présentement plutôt que sur les expériences passées.


    En bref...

En résumé, il est essentiel de s'interroger d'abord sur ce qu'on attend surtout de la psychothérapie. Une fois qu'on a identifié clairement ce but, on peut identifier le genre de thérapie qui nous conviendra le mieux.


    On choisit un thérapeute d'orientation behavioriste si on veut:
  • des résultats aussi rapides que possible
  • sur un point précis et bien identifié
  • sans changer autre chose dans la mesure du possible.
    On pourrait comparer cette démarche à celle que nous entreprenons lorsque notre véhicule est défectueux: on cherche le spécialiste capable de résoudre ce problème particulier le plus efficacement possible.


    On choisit un thérapeute d'orientation psychanalytique si on veut:
  • mieux se comprendre,
  • s'explorer à fond,
  • voir clair dans les forces qui nous font agir
  • comprendre l'origine de nos problèmes.
    On peut comparer cette démarche à celle qu'on entreprend lorsqu'on veut devenir spécialiste d'un domaine. On cherche l'endroit qui nous permettra d'apprendre tout ce qu'il y a d'important sur la question.


    On choisit un thérapeute d'orientation humaniste si on veut:
  • changer notre façon d'être ou de vivre de façon importante et durable,
  • devenir capable de vivre plus intensément et plus ouvertement,
  • découvrir une façon plus épanouie d'être soi-même,
  • apprendre à résoudre les problèmes que la vie nous apporte.
    On peut comparer cette démarche à celle qu'on entreprend lorsqu'on part à la découverte d'une nouvelle réalité (nouveau pays, nouvelle personne). On choisit d'emblée de vivre une expérience dont on sortira changé, en possession d'une richesse encore inconnue au départ.




    Un choix personnel important
En choisissant en fonction de ce qu'on recherche réellement, on se donne une meilleure chance de sortir satisfait de sa psychothérapie. C'est comme lorsqu'on choisit le plat qui nous attire vraiment au restaurant: les chances d'en sortir satisfait sont plus fortes que si on choisissait au hasard ou si on se fie aux préférences de la personne qui nous accompagne.

Chaque thérapeute compétent est spécialisé dans une façon d'intervenir et il peut sans difficulté vous indiquer à quelle orientation il s'identifie. Si on lui demande de nous aider de la façon qu'il maîtrise le plus, il pourra être excellent, mais si on attend autre chose, il ne pourra être à la hauteur, quelle que soit sa compétence.


Conclusion

Pour bien des personnes, la décision de demander l'aide d'un psychothérapeute est le résultat d'une démarche longue et difficile. Malheureusement, ce n'est souvent qu'après cette décision qu'elles commencent à se préoccuper de trouver le professionnel qui les aidera à atteindre leurs objectifs. Devant l'urgence de remédier à leur détresse, elles sont alors tentées de prendre le premier thérapeute qui leur tombe sous la main sans se douter des importantes conséquences qui découleront de ce hasard.

Cet article peut aider à personne qui est déjà à la recherche du spécialiste capable de guider son cheminement. J'espère qu'il servira aussi à ceux qui en sont encore au stade de l'exploration préliminaire. En favorisant un choix plus éclairé dans ces conditions de plus grande sérénité, j'espère aider un plus grand nombre de personnes à se diriger dès leur premier essai vers le professionnel convenant le mieux à leurs besoins et capable d'y répondre adéquatement.

Mais quel quelle soit la façon dont votre choix a été fait, quelles que soient les garanties et les recommandations sur lesquelles vous avez appuyé votre décision, n'oubliez jamais de vous fier à votre jugement et à votre connaissance de vous-même. Si vous n'avez pas confiance, si vous n'avancez pas, si vous ne comprenez pas ce qu'on vous propose, n'hésitez jamais à soulever ouvertement la question et à exiger des réponses qui vous éclairent vraiment. La confiance du client pour son thérapeute est en effet reconnue comme l'ingrédient le plus important pour le succès de la psychothérapie.


    Jean Garneau, psychologue
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