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Question: Hausser le ton, c'est inacceptable!
Cette question est intéressante de plusieurs points de vue. D'abord pour faire la différence entre l'intensité et la violence. Ensuite pour illustrer l'effet du contrôle dans une relation (lorsqu'il réussit). Et enfin pour explorer la possibilité d'une méthode plus constructive et vivante pour la relation que celle qui consiste à "mettre l'autre à sa main" ou à couper le contact.
Non, le fait crier en s'adressant à quelqu'un n'est pas en soi une manifestation de violence. Ce n'est pas le nombre de décibels qui est le critère de la violence ni même de degré d'intensité de l'expression. Même l'effet ressenti ne permet pas toujours de déterminer s'il s'agit de violence ou non parce que le seuil de tolérance est différent d'une personne à l'autre. Ce que l'un considère comme violent ne l'est pas pour un autre. Aussi faut-il tenter d'avoir des repères objectifs, ce qui n'est pas si simple.
Il est difficile de préciser en quelques mots en quoi consiste la violence, parce qu'il s'agit d'une réalité complexe. Et pour bien comprendre cette réalité, il faut souvent l'envisager à la fois du point de vue de celui qui dit la subir et du point de vue de celui qui en serait l'auteur. Ceux qui désirent des explications plus poussées sur le concept de violence peuvent consulter la fiche analytique dans «La puissance des émotions». Dans une relation, la violence est un acte abusif et une intrusion. Pour qu'il s'agisse de violence, il faudrait qu'en plus de hausser fortement le ton mon mari m'adresse des injures dans le but de me blesser et que celles-ci soient disproportionnées par rapport à ma responsabilité concernant ce qu'il me reproche. Ou encore que ses cris aient pour but de m'intimider et représentent une menace réelle. Un parent qui en a "raz-le-bol" de répéter et qui hurle sa colère n'est pas violent pour autant, à moins que cette charge émotive soit trop grande pour la maturité psychique de l'enfant. (Nous supposons qu'il ne va pas attaquer physiquement et que l'enfant le sait.) Dans ce cas on ne peut pas dire que l'acte soit abusif; il est proportionnel à l'exaspération que l'enfant a engendrée chez le parent. Par contre le parent qui frappe son fils parce qu'il réplique pose un geste violent parce qu'il abuse de sa force ou de son pouvoir. Ce geste peut contenir de la colère accumulée n'ayant aucun rapport avec le fils, mais ce n'est pas ce qui le rend violent. Violenter, c'est le fait de porter atteinte de façon abusive à l'intégrité physique d'un autre. En soi, une réplique ne mérite pas une taloche, mais il peut arriver que son contenu, lui-même violent, en mérite une. On peut évaluer le degré de violence par le rapport entre la force du soufflet et l'âge de l'enfant, mais aussi par la signification psychique du geste. Par exemple, auprès d'un adolescent, une gifle qui signifierait «tu n'as pas le droit d'être toi» pourrait être aussi violente qu'une tape à la figure qui renverserait le petit de huit ans. Par contre, une tape mesurée aux fesses au petit qui tente de grimper sur la cuisinière n'est pas un acte violent car il est proportionnel au message que le parent veut donner et n'attaque pas réellement l'intégrité physique ou psychique de l'enfant.
Le contrôle de l'autre est en fait une façon de manipuler. Je dis que je n'aime pas ce qu'il fait et que je le punirai s'il continue. Quitter les lieux, ne plus l'écouter ou l'agresser équivalent à une punition. J'exige qu'il se plie à ma volonté, au nom du fait que je n'aime pas l'agressivité ou parce que je déteste être l'objet d'une colère intense. Pour certains, il faut ajouter d'autres raisons: la colère leur fait peur, elle leur rappelle le climat de leur enfance ou elle est inadmissible entre personnes qui s'aiment. Avec ces arguments, ils tentent de convaincre leur interlocuteur de s'adresser à eux d'une autre façon. Pourquoi mon mari ou tout autre interlocuteur devrait-il se plier à cela? Pourquoi devrait-il modifier ce qu'il vit ou son expression pour m'éviter ce désagrément. Car c'est bien cela que j'exige de lui: qu'il renonce à la fidélité à son vécu. ( Voir «Fidèle à moi-même» dans Les émotions source de vie). Il n'existe pas de raison valable pour que mon mari renonce à se respecter. Accepter de taire son expérience ou d'en modifier l'expression pour me "ménager" est toujours une mauvaise solution. Pourquoi? D'abord à cause de l'effet pervers d'un tel choix sur soi et sur la relation, comme nous le verrons dans la partie suivante. Ensuite parce qu'obéir à cette exigence c'est devenir complice de l'évitement de sa partenaire. Pensons à un enfant qui se mettrait à crier, par peur de l'eau, chaque fois qu'on l'approche de son bain. Si on obéit à son exigence de l'en tenir loin, sa peur ne pourra que grandir. Il nous semble évident que cette façon de faire n'est pas souhaitable à cause du handicap qui poursuivrait cette personne pour le reste de sa vie. Il en va de même pour l'évitement de l'agressivité: chaque fois que nous nous plions au caprice d'un interlocuteur invoquant "que ça ne lui plaît pas", nous sommes complices de son évitement et nous entretenons chez lui un handicap. Mais nous n'avons pas à porter la responsabilité de l'évolution personnelle de notre conjoint, ami ou collègue. Ce n'est pas pour cela que je dénonce la complicité de l'évitement. C'est plutôt parce que cette docilité est néfaste pour celui qui s'abstient de s'exprimer sous la menace et pour la relation elle-même.
Dans tous les cas, je devrai être faux. Me rétracter ne neutralise pas ce que je vis mais en annule seulement l'expression. Je n'assume plus ce que je vis. Le fait de m'excuser a la même fonction: je ne m'assume pas. Me voilà donc aux prises avec une expression qui a avorté, avec une expérience qui demeure en plan. Je suis aussi tenté de réprimer cette colère que j'ai retirée sous la menace de mon épouse. En effet, si je ne puis l'exprimer, pourquoi la garder intacte dans ma conscience... elle ne pourra qu'influencer négativement nos rapports. Je tente donc de l'oublier. Je me raisonne: «je dois comprendre, elle n'aime pas cela»... mais surtout, «il vaut mieux que je me taise si je ne veux pas que ça tourne mal: elle se fâchera ou me boudera»... Finalement, nous serons guère plus avancés et le climat sera pourri. Avec le temps et la répétition, j'en viens à réprimer ce que je vis "avant" de l'exprimer. Ainsi j'évite toute altercation. Mais je ne suis pas nécessairement à l'abri des complications. Souvent, la personne qui interdit qu'on lui parle trop fort est justement celle qui, de son côté, ne se prive pas d'invectiver vigoureusement son conjoint lorsqu'elle est mécontente. La révolte s'installe alors petit à petit chez celui qui a consenti à neutraliser son expression et même sa colère. Mais il choisit encore de ne pas l'exprimer pour maintenir la paix. C'est ainsi qu'au fil des ans il accumule une charge émotionnelle: colère et ressentiment s'entassent presqu' imperceptiblement. Plus ces sentiments prennent de la place lui, plus il me sent incapable de les exprimer et plus il tente de les annihiler. Le psychisme de l'être humain ne lui permet pas de sélectionner les émotions acceptables pour ne ressentir que celles-ci. L'effort de neutralisation du vécu a un effet sur toute la vie émotionnelle. La personne qui neutralise une dimension importante de son expérience psychique (comme la colère) devient donc moins émotive d'une manière générale et aussi moins expressive. Le résultat est facile à prévoir: le conjoint bien "neutralisé" se fera bientôt reprocher d'être plus distant, moins intéressé, moins intéressant, bref moins vivant. En voulant éliminer l'agressivité qui nous menace, nous risquons d'avoir une bien mauvaise surprise: un eunuque émotionnel à la place d'un conjoint. Au bout du compte, je ne suis pas le seul à souffrir de ma "castration volontaire": ma femme et la relation en sont également victimes. Mais malheureusementil faudra, pour en sortir, que je passe par l'expression de cette colère. Finalement, malgré tous mes efforts pour sauver la paix, je ne puis faire l'économie de manifester mon mécontentement. Si ma femme et moi voulons nous retrouver, je devrai trouver le courage d'affronter ses réactions. Je constaterai alors que nous avons perdu beaucoup de temps et qu'il faut revenir à la case départ pour exprimer tout ce qui a été camouflé. C'est la vie contenue dans l'émotion réprimée qui ranimera la relation et me rendra ma vitalité. (Voir «L'expression qui épanouit» dans «Les émotions source de vie» ainsi que «Querelles et chicanes dans le couple».)
D'abord je pourrais écouter attentivement ce qu'il m'exprime. C'est un peu éprouvant si je n'aime pas être la cible d'une colère intense, mais c'est quand-même possible. Ensuite, je peux chercher à comprendre ce qu'il vit et comment il le vit. Je peux lui poser des questions si c'est nécessaire pour bien comprendre.
«En quoi est-ce si important pour toi?»
Il serait aussi souhaitable que je porte attention à ce que j'éprouve devant sa colère et que je me laisse le ressentir plutôt que de me durcir pour ne pas être atteinte. Si j'évite à ce point la colère des autres c'est probablement parce qu'elle est reliée à une expérience importante, sans doute pas une expérience agréable. En étant plus réceptive, j'en arriverai certainement de mieux me comprendre dans cette situation. L'exploration de ce vécu me donnera l'occasion de régler le problème qui déclenche chez moi cette attitude défensive. |
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Fidèle à moi-même L'expression qui épanouit Querelles et chicanes dans le couple Fiche sur la violence
"Agressivité et affirmation" dans Les émotions source de vie La fiche analytique sur la colère dans La puissance des émotions Le processus de l'émotion
L'amour
Ou dans Le guide des émotions La violence (celui qui l'exerce et celui qui la subit)
ou dans Le guide des émotions La notion de prise en charge de ses besoins Responsabilité et solitude existentielle
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