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Compétition saine et malsaine
1- Les moteurs de la compétition

Par Jean Garneau , psychologue


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Question: La compétition-combat au travail

Je n’arrive pas à saisir comment ce que vous écrivez sur la compétition-combat s’applique au monde du travail. Contrairement aux deux autres genres, il me semble que ça ne rejoint pas mon expérience et je n’arrive pas à faire les liens avec ma réalité quotidienne. Pourtant, j’ai l’impression que ce sujet est très important.

Réponse

Bien sûr, cet article est plus théorique que la plupart et qu’il ne comporte presque aucune illustration concrète. C’est le premier d’une série de trois et il sert surtout à définir les concepts qui serviront ensuite. J’espère que la suite de l’article permettra d’y voir plus clair.

Mais ça n’explique pas complètement cette difficulté.

Il y a aussi le fait que cet article s’applique surtout aux individus et aux rapports qu’ils établissent aves les autres. Il ne vise pas directement les relations en milieu de travail et les rapports sociaux ou collectifs. C’est la position de l’individu par rapport à ses semblables qui est examinée. Il faut donc une certaine transposition pour appliquer ces idées à un groupe de travail.

Mais il y a plus important !

Cet article n’est vraiment pas “à la mode”. Il vient en contradiction directe avec un grand nombre d’idées que notre culture collective nous invite à considérer comme des vérités indiscutables. Dans plusieurs organismes, la culture d’entreprise tend à dissimuler la compétition-combat en l’interdisant. Le vocabulaire “politiquement correct” est devenu une norme qu’on s’applique à soi-même, même dans l’intimité. C’est une caractéristique évidente de notre époque. Alors, il n’est pas étonnant que cet article apparaisse non seulement difficile, mais également contestable, voire révoltant. La tolérance, la coopération et la générosité sont plus acceptables.

Mais en même temps, il est étonnant que ce soit au travail que l’application soit difficile. Ceci m’amène à évoquer une hypothèse d’explication supplémentaire.

On pourrait dire que c’est justement en milieu de travail que la compétition-combat se manifeste les plus souvent; beaucoup plus clairement, en tout cas, que dans les relations amoureuses par exemple... Comment comprendre que cette question porte sur l’application en milieu de travail ?

Il est possible que ça dépende du milieu de travail auquel on pense. Cette question ne viendrait peut-être pas facilement à quelqu’un qui travaille dans un commerce de détail ou dans une petite entreprise. La compétition y est une réalité tangible de tous les jours, particulièrement celle qui implique une concurrence pour s’approprier des ressources trop peu abondantes. Même dans une multinationale, il me semble qu’on peut difficilement oublier l’existence de la concurrence à l’intérieur de l’entreprise et avec les autres entreprises.

Mais il existe de grands secteurs de vie professionnelle où cette réalité est nettement moins apparente, des secteurs qui occupent une portion de plus en plus grande de la réalité du travail. On peut penser ici aux milieux de travail où la compétition normale inhérente à la vie est éliminée ou neutralisée. Les meilleurs exemples sont la fonction publique et le secteur para-public qui, fondamentalement, échappent à la compétition normale entre entreprises. Il y a aussi les monopoles (surtout ceux qui sont garantis par l’État) où les lois de la concurrence sont radicalement faussées.

Dans tous ces organismes qui échappent aux compétitions normales de la réalité, on observe souvent une culture d’entreprise qui ignore ou interdit la compétition ouverte. Cette norme est d’ailleurs la cause d’un grande fréquence des compétitions malsaines.

Il y a aussi les monopoles non officiels qui ont des effets analogues tout en conservant des relents très clairs de compétition. Les exemples de l’OPEP et de Microsoft illustrent bien la puissance que ces monopoles effectifs peuvent acquérir malgré une vulnérabilité qui demeure présente pour engendrer un déséquilibre toujours possible. Dans ce cas, il s’agit essentiellement de compétition malsaine et ce sont les prochains articles de cette série qui pourront s’appliquer.


Question: Une théorie dépassée

Votre texte est une simple transposition à la sphère sociale d’une vieille théorie microéconomique qu’on nous radote depuis des décennies. Il serait temps de vous rendre compte du fait qu’on ne peut appliquer bêtement aux humains certains comportement animaux. Les vrais gagnants sont ceux qui vont au-delà de la compétition individuelle pour développer une entraide et un contrat social. Habituellement, j’apprécie la pertinence de vos exposés, mais cette fois vous êtes sortie de votre sphère de connaissance et cela donne d’étranges résultats!

Réponse

N’étant que psychologue, je ne me prononce pas au plan économique ou même au plan social. C’est uniquement aux plans psychique et interpersonnel que s’appliquent les concepts que je présente dans cet article, même si j’illustre parfois certaines idées par des exemples qu’on peut observer à plusieurs exemplaires autour de nous.

Je suppose que ce commentaire s’applique à la compétition-combat. Je n’y vois rien qui concerne les deux autres types que j’ai distingués: la compétition-émulation et la compétition-imitation. Je vais donc situer ma réponse en rapport avec la première forme uniquement.

Comme chaque fois où je traite d’un sujet qui touche directement des dénis existentiels, je m’attends à faire face à des réactions de vive indignation et à des attaques vigoureuses, même de la part de ceux qui apprécient habituellement les idées que j’avance. Les premières fois, j’étais surpris par l’intensité de ces réactions, mais avec le temps j’en suis venu à attendre cette confrontation vigoureuse.

La compétition-combat est particulièrement chargée du point de vue des défis existentiels qu’elle nous propose. Pour l’accepter comme une réalité légitime, il faut reconnaître la réalité de la liberté, de la solitude, de la finitude et de la mort: les quatre zones de déni que nous identifions et que nous utilisons pour guider notre travail en psychothérapie. Lorsqu’on sait que chaque personne structure son système de défenses autour d’un ou l’autre des dénis existentiels, il n’est pas étonnant que les réactions soient fortes! En fait, c’est le contraire qui serait troublant.

Il serait trop long d’expliquer complètement ici comment la compétition-combat met chacun de ces défis en jeu. Tout lecteur intéressé peut lire le chapitre 7 (Les implications existentielles) de “L’Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne”. Mais je vais quand-même illustrer ce point en expliquant sommairement comment la solitude existentielle est touchée par cette forme de compétition.

En bref, on peut dire que chaque personne est seule responsable de sa vie et de sa satisfaction, qu’elle établit ses relations sur la base de cette individualité unique et de ce partage de responsabilités. (Voir http://redpsy.com/livre.html#Solitude .) Le combat apparaît comme une solution normale si on accepte vraiment cette solitude fondamentale; il n’est que la conséquence naturelle d’une situation où les ressources sont insuffisantes pour répondre aux besoins de tous.

Mais plusieurs personnes considèrent que chacun doit être généreux et assumer au moins en partie la responsabilité du bien-être et de la satisfaction des autres. Pour ces personnes, la solitude existentielle est inacceptable et révoltante, tout comme les situations où elle s’exprime clairement. La compétition-combat fait évidemment partie de ces réalités qu’il faut dénoncer vigoureusement.

Et ce déni se manifeste chez les individus par des choix qui se veulent éthiques. Mais on l’observe également dans les groupes restreints (famille, groupe d’amis, gang de rue, entreprise) et dans les collectivités plus larges (incluant la culture propre à un pays ou une région). Le fait que le déni soit partagé par un plus grand nombre de personnes n’en change pas la fonction ou la pertinence. Il ne fait que rendre plus difficile la confrontation nécessaire à une solution plus saine de l’impasse existentielle.

La fin de cette série permettra de développer plus clairement des points comme le précédent car elle portera plus directement sur les formes malsaines de compétition, donc sur les évitements les plus fréquents. Les lecteurs que ces idées choquent seront-ils encore présents pour en prendre connaissance?

J’espère qu’ils persisteront malgré tout car j’ai réellement l’impression d’écrire ici des choses particulièrement importantes. Elles peuvent être révoltantes ou provocantes, mais elles méritent, je crois, au moins autant de réflexion que celles que je propose dans mes autres articles.


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