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Par Michelle Larivey , psychologue Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy" Volume 8, No 7: Août 2004 Volume 8, No 8: Septembre 2004 | Avant d'imprimer ce document | Mise en garde | Autres articles | Table des matières
A- Trouver le partenaire idéal Vos questions liées à cet article et nos réponses ! |
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Introduction Comment pouvons-nous procéder pour obtenir que notre vie de couple soit heureuse? Faut-il nous en remettre au destin et compter sur notre bonne étoile ou prier avec ferveur dans l’espoir que les dieux assureront la réussite de notre vie amoureuse? Est-il possible de prendre en main une réalité aussi éthérée que l’amour? Mon choix est sans équivoque. Comme pour toute entreprise, qu’il s’agisse de l’éducation des enfants, de ma vie professionnelle, de mes amitiés, d’un sport dans lequel je désire exceller, c’est uniquement en m’investissant avec habileté et ténacité que je peux maximiser mes chances de réussite. Me laisser aller au gré des événements et du hasard m’amène rarement là où je souhaite aboutir. Ignorer les obstacles et tenter de contourner les défis que la vie me présente ne me conduit qu’à la stagnation et, avec le temps, à la régression. En amour comme ailleurs, il me faut prendre mon destin en mains si je veux un résultat satisfaisant. Parce qu’elle implique au moins deux personnes, la relation amoureuse (maritale ou libre) doit s’appuyer sur les apports des deux partenaires. Il n’est pas nécessaire que l’apport de chacun soit identique; ce qui importe c’est l’équilibre dans la qualité des contributions respectives. Nous sommes tous capables d’estimer globalement cet équilibre dans les investissements et de déterminer si notre propre apport est proportionnel à celui de l’autre. Il serait maladroit de tricher en faisant cette auto-évaluation car cet équilibre est capital pour le succès de toute union. |
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A- Trouver le partenaire idéal Au risque de choquer, je dirais que pour réussir une relation amoureuse il faut d’abord choisir le partenaire “idéal”. Mais cette formulation demande quelques explications, car la définition du partenaire idéal ne fait certainement pas l’unanimité.
Trois ingrédients m’apparaissent indispensables pour qu’un relation intime soit susceptible de durer: l’amour, l’estime et la complicité. Le partenaire idéal est celui qui correspond à ces critères, c’est à dire celui envers qui nous ressentons ces trois liens émotifs. Mais parce qu’il s’agit d’une relation entre adultes égaux, il faut en plus que ces ingrédients soient réciproques. Par définition, la complicité est nécessairement réciproque. Mais ce n’est pas toujours le cas de l’amour et de l’estime. En effet, il arrive souvent que la personne qui pourrait être le candidat idéal pour l’un ne le soit pas pour l’autre. Dans ce cas, il ne s’agit pas du partenaire idéal car l’absence de réciprocité crée d’emblée un déséquilibre fondamental qui détruira tôt ou tard le lien réel entre les interlocuteurs. Pourtant, on voit souvent des unions se réaliser sur cette base fragile. Certains ne se préoccupent pas de rechercher cet équilibre de la réciprocité tellement leur besoin d’être aimé est en souffrance. D’autres se chargent de la mission de rendre leur partenaire heureux, oubliant volontairement leurs propres besoins. D’autres choisissent de demeurer fidèles à une promesse qu’ils ont faite dans un contexte qui ne ressemble en rien à leur situation actuelle. Certains, enfin, misent sur le temps et sur leur propre influence pour amener leur partenaire à ressembler davantage à ce que serait leur idéal. Dans tous ces cas, il est bien improbable qu’on aboutisse à une union heureuse. Le déséquilibre fondamental finira tôt ou tard par engendrer des frustrations suffisantes pour conduire à la rupture (rupture de fait ou fin de l’investissement personnel dans la relation).
Il faut en plus que cet attrait soit relativement général, physique autant que mental. Autrement dit, il est important que j’éprouve de l’affection, que mon partenaire m’inspire du désir sensuel et sexuel et que son esprit soit à la hauteur de mes attentes. Comme je l’explique plus loin, cet amour n’est pas surtout romantique; il correspond à une affection réelle pour des dimensions de lui que je connais réellement plutôt que pour des images que je fabriquerais à partir d’indices limités et superficiels.
L’estime réciproque est une des pierre angulaires de la solidité d’un couple. (Voir les fiches portant sur l’amour et l’estime dans «La puissance des émotions».) Elle constitue également un pilier essentiel de la complicité.
La vie en couple nous amène à partager un grand nombre de choses : lieux où nous vivons, revenus financiers et dépenses générales, tâches domestiques, éducation des enfants, projets en tous genres, ... Lorsque l’entente entre les conjoints n’est pas parfaite, des conflits surgissent rapidement car les occasions sont innombrables. Sans une solide complicité, ces conflits peuvent facilement devenir insolubles.
Je dois préciser ici ce que j’entends par “entente parfaite”. Il s’agit selon moi du partage d’une même vision sur l’ensemble des questions essentielles pour chacun. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait jamais de discussion ou de mésentente, bien au contraire. Mais cette vision commune est nécessaire pour qu’il soit alors possible de réussir à s’entendre en s’assurant que les deux partenaires soient satisfaits. (Voir «Négocier avec un partenaire».) La complicité ne se commande pas et on ne peut la demander; elle existe ou n’existe pas. Il s’agit d’une entente profonde basée sur le partage de valeurs, de vision de la vie et de bon nombre de besoins communs. Elle prend la forme d’une connivence qui pousse chacun à s’associer facilement à l’autre et à lui apporter spontanément son support dans la recherche de satisfaction et la poursuite de ses objectifs principaux.
Cette recherche n’est pas passive; il s’agit d’une démarche active où nous exploitons les occasions qui se présentent dans notre vie. Contrairement à ce que Perreault a voulu nous faire croire dans l’histoire de “La belle au bois dormant”, le partenaire idéal ne viendra pas nous découvrir au fond de notre placard. Il ne passera même probablement jamais dans notre quartier et il ne s’attardera certainement pas au chevet d’une dormeuse. ![]() Premièrement, il faut créer des opportunités. Si nous ne rencontrons personne, il est évident que nous ne pourrons découvrir notre partenaire idéal. Il est important de nous donner des occasions de rencontrer de nouvelles personnes et, autant que possible, des genres de personnes avec lesquelles nous aurons des affinités, des intérêts communs, des valeurs semblables. Peu importe la façon de le faire, il est important de rencontrer un grand nombre de personnes compatibles avec nous si nous voulons découvrir celle qui s’avérera notre candidat idéal. Les critères de choix étant très exigeants, il est essentiel que nous puissions les appliquer à un grand nombre d’individus. Deuxièmement, il faut suivre la direction indiquée par nos attraits. Nous ne pouvons aimer vraiment une personne dont nous n’avons qu’une connaissance superficielle ou trop partielle. Mais nous sommes naturellement attirés par certaines personnes plus que par d’autres. Cette première sélection nous aide à reconnaître les personnes qui pourraient peut-être nous convenir. Le préjugé favorable que crée cette attirance spontanée peut contribuer à fournir l’énergie nécessaire à notre exploration. Troisièmement, il faut se donner des conditions favorables à une exploration réussie. Il s’agit alors d’aller vérifier si notre intérêt grandit ou diminue au contact de la personne. Les conditions favorables sont celles qui nos permettent de connaître vraiment cette personne. Notre attrait initial ne reposant que sur des détails sommaires, nous ne pouvons vraiment aimer la personne. Nous avons besoin de la connaître de façon personnelle et sur plusieurs plans avant d’éprouver de véritables sentiments à son endroit. Notre amour se développera si la personne que nous découvrons correspond à nos besoins. Notre estime grandira si les valeurs qu’elle incarne dans sa vie correspondent à celles qui nous importent. Notre connivence germera peu à peu à travers les expériences vécues ensemble et les difficultés que nous aurons surmontées. Pour un grand nombre de personnes, cette étape est plus facile et plus efficace lorsque les objectifs amoureux sont relégués à l’arrière plan. En se situant d’emblée sur le plan de l’amitié, de la collaboration professionnelle ou de l’assouvissement d’un intérêt commun, ces personnes s’accordent l’espace psychique nécessaire à la découverte progressive de l’autre et à l’épanouissement serein de l’attachement et de l’amour réel. Le fait de considérer l’autre comme un conjoint potentiel crée chez elles une barrière invisible qui rehausse les exigences tout en éliminant les situations où l’autre aurait vraiment la possibilité d’y correspondre. L’amour n’est donc pas un élan spontané qui surgit au premier regard. Il est au contraire le résultat d’une démarche de connaissance de l’autre, d’affirmation de ce que nous sommes et de validation progressive des zones de connivence que nous découvrons. C’est parce que cet amour s’appuie sur une solide intimité personnelle qu’il est capable de durer en résistant aux conflits et aux pièges que la vie quotidienne nous présentera nécessairement. |
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B- Entretenir la relation La partie précédente portait sur la naissance d’une relation amoureuse. Elle explicitait les conditions favorables au développement d’un lien solide où les conjoints pourront vivre heureux ensemble. Mais ces étapes préliminaires ne suffisent pas à nous assurer le bonheur. Il faut encore nous assurer de garder cette relation vivante afin qu’elle continue de servir à l’épanouissement de chacun des deux partenaires.
L’équilibre plus ou moins réussi auquel nous sommes parvenus une fois adulte est le fruit d’une série d’adaptations effectuées au contact de notre famille et en particulier de ceux qui nous ont servi de parents. En général, le degré de développement atteint laisse à désirer car nous n’avons pas encore la capacité d’être totalement nous-même et de nous affirmer comme tel devant les personnes importantes de notre vie. C’est à travers la résolution de nos transferts que nous parvenons à étendre notre liberté.
Lorsque nous choisissons un partenaire de vie, c’est en partie pour résoudre un transfert et cela sans que nous en soyons nécessairement conscient. C’est pourquoi il est important d’accepter d’être bouleversé et remis en question dans la relation. C’est une condition “sine qua non” pour assurer notre évolution personnelle et interpersonnelle. (Voir «Le défi des relations: comment résoudre nos transferts affectifs» à paraître aux Editions de l’Homme fin septembre 2004.)
On s’attend généralement à ce qu’une telle réaction mette un terne à l’échange (et c’est ce qui se produit le plus souvent). Avec le temps et l’accumulation des interactions de ce type, certains couples en viennent à bannir leur esprit critique l’un face à l’autre. Cette tactique permet d’éviter les altercations, mais elle garantit par le fait même la stagnation de l’individu et, par ricochet, de la relation. L’ouverture implique aussi d’accepter que notre partenaire ait des réactions fortes à notre égard, notamment qu’il se mette en colère. Mais dans beaucoup de couples, l’expression de la colère est complètement interdite. («Si tu penses que je vais me laisser parler sur ce ton!») Les femmes surtout, l’associent faussement à un manque de respect, même lorsque c’est elles qui l’ont provoquée. Elles réagissent comme s’il ne devait pas y avoir de conséquences proportionnelles à leurs actes; elles s’attendent à ce que la conséquence (la réaction de l’autre) soit tamisée, édulcorée afin de les épargner. (Voir «Querelles et chicanes dans le couple».)
Nous éviterions beaucoup de discussions et de querelles stériles si, avant d’accuser notre partenaire, nous procédions à un examen pour identifier notre contribution au problème. Peu importe que nos accusations soient explicites ou implicites, peu importe qu’elles soient justifiées ou non, si elles sont d’abord le reflet de notre fermeture devant une remise en question, elles sont toxiques pour la relation.
Ces obstacles à l’épanouissement individuel peuvent être posés par le partenaire de plusieurs façons. On peut par exemple décourager son conjoint de s’impliquer vraiment dans ses entreprises sous prétexte qu’elles sont irréalistes alors qu’en réalité c’est parce qu’elles nous menacent. La compétition malsaine est un autre exemple fréquent. Elle consiste à “abattre” l’autre parce que sa réussite nous menace ou nous amènerait à faire des efforts supplémentaires pour nous sentir aussi adéquat que lui. Cette réaction s’oppose diamétralement à la compétition de type émulation qui elle invite à l’élévation et au dépassement de soi. L’obstruction qu’on fait pour nuire au succès du partenaire est généralement subtile et met parfois un certain temps à donner ses résultats néfastes. Pour cette raison, il faut se méfier des interventions de notre partenaire qui tendent à nous “tirer vers le bas”. Il est important de soulever cette question dès qu’on commence à en ressentir les effets inhibiteurs.
Les questions domestiques comme le rangement et l’entretien font partie des sujets avec lesquels des couples s’empoisonnent la vie.
«Il faut faire le ménage et la lessive tous les samedis.» «Que cela te plaise ou non, il faut faire ensemble toutes les tâches domestiques.» Lorsque la complicité est grande entre les partenaires, le couple ne s’épuise pas sur tous les sujets de désaccord. Chacun renonce à agir sur les points qui lui semblent secondaires et conserve son énergie pour réagir sur les questions qui ont une importance primordiale. Il arrive aussi que l’un ou l’autre assume sa préférence en appliquant lui-même la solution qui lui convient au lieu d’attendre que l’autre l’adopte.
Quiconque est convaincu que ses besoins lui appartiennent et qu’il est le seul responsable de les satisfaire choisit sereinement d’assumer sa préférence, même lorsque cela lui pèse. Bien sûr, ce serait plus facile si l’autre avait le même besoin et se rendait automatiquement à son désir, mais il est plus efficace d’assumer son besoin que de s’épuiser à convaincre un autre d’y répondre ou d’empoisonner la relation en obtenant qu’il s’y conforme pour avoir la paix. Voir «Porter la responsabilité de ses besoins»...
La confrontation directe avec le partenaire est difficile, particulièrement si on veut la faire avec l’ouverture propice à un résultat favorable. Il est bien plus facile et tentant de se replier sur soi et de laisser passer. C’est le choix typique des hommes qui ne sont pas habiles à exprimer leurs sentiments ou qui répugnent à déranger ou à attaquer verbalement leur femme. Pour éviter l’affrontement les femmes ont plus souvent tendance à choisir de s’épancher auprès de leurs amies. Typiquement elles se plaignent de leur mari et sollicitent des conseils qu’elles suivent rarement. Tout comme le silence volontaire ne résout rien, nous savons que le fait de parler “à une tierce personne” ne pourra jamais régler notre problème avec notre partenaire. En faisant ce choix, nous nous condamnons à répéter cette solution “ad vitam aeternam” pendant que le problème dégénère.
Les enfants et le travail rivalisent généralement pour s’accaparer notre attention et brûler notre énergie. Comment se soustraire aux sollicitations pour s’accorder du temps comme couple? Comment confronter ses angoisses devant la possibilité de confier le bébé aux bons soins de quelqu’un d’autre ou devant la décision de remettre un travail à plus tard pour s’offrir un week-end en tête à tête? Sans compter les invitations des amis et les activités de loisir de chacun.
Les sollicitations extérieures prendront toujours le dessus à moins que chacun des conjoints ne considère sa vie de couple comme une priorité, comme un bien précieux qui doit être protégé. Car les embûches sont nombreuses et la routine plus forte que bien des bonnes volontés. Mais nous ne pouvons faire l’économie d’investir dans notre vie de couple sans payer éventuellement un gros prix: celui de se retrouver un jour devant un étranger. Et, en attendant ce pénible constat, il faut considérer aussi la privation des marques d’affection et de considération qui constituent une nourriture affective nécessaire au quotidien. Les moments d’intimité, à la maison ou en escapade, ne sont pas optionnels pour qui tient à son partenaire. Mais pour éviter de les négliger, il faut parfois que l’un des deux prenne l’initiative de les provoquer, au risque de forcer l’autre à sortir de son carcan routinier. Il est même avantageux de confronter le partenaire résistant en questionnant ses “angoisses” et en le poussant à examiner ses problèmes personnels qui les alimentent.
Ce n’est pas le temps qui réduite en miettes une relation amoureuse dans laquelle les partenaires étaient au départ bien agencés. C’est la négligence. La négligence qui a permis l’accumulation de problèmes non résolus à un tel point que la distance entre les partenaires est trop importante pour qu’ils puissent se montrer sincèrement aimants. Ou encore la négligence subtile par laquelle ils ont cessé de pimenter leurs rapport une fois l’autre conquis. Il peut être rassurant d’avoir l’impression que son partenaire est “conquis” à jamais, mais c’est toujours néfaste pour la relation. Il vaut beaucoup mieux que l’engagement ou le désir de continuer de vivre ensemble soit un choix perpétuel. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que l’engagement à aimer est un non sens. Il est impossible pour quiconque de prédire ses sentiments futurs. C’est impossible d’une part parce que, comme tous les êtres vivants, nous sommes en changement continuel et d’autre part, parce que nous ne connaissons d’avance ni les événements qui surviendront, ni les comportements de l’autre devant les situations que nous ne connaissons pas encore. Par exemple, il arrive souvent qu’un homme en vienne à détester une femme qu’il aimait à la folie. C’est ce qui survient le plus souvent lorsqu’il se fait empoisonner durant des années par sa jalousie posse
Le fait d’accepter de vivre dans un cadre où l’autre n’est jamais définitivement acquis nous incite nécessairement à prendre soin de la relation et à songer aux conséquences de nos actes. Cela nous tient en alerte et nous amène à respecter l’autre comme une personne distincte! | |||||||||||||
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C- Les erreurs à éviter
Denise Bombardier (1993), “La déroute des sexes” L’établissement d’une relation égalitaire n’implique pas les partenaires sont ou deviendront identiques. Il est absurde de chercher à vivre les choses de la même façon que l’autre. Mais c’est surtout une quête qui camoufle les véritables enjeux. Dans le cas qui nous intéresse ici, c’est la solitude existentielle qu’on cherche à nier. En effet, celui qui s’attend à ce que son partenaire vive ses expériences de la même manière que lui cherche surtout à éviter les émotions inhérentes à sa condition ou ses particularités comme personne. Pour illustrer mon propos, je vais développer un peu l’exemple cité plus haut.
La vérité c’est que s’il changeait pour me ressembler, je n’aurais pas à faire l’effort de le comprendre tel qu’il est. Il y a aussi le fait que je vis une certaine solitude à être la seule personne à vivre mes expériences comme je les vis. Cette solitude m’est difficile à supporter et elle me semble encore plus pénible s’il demeure différent de moi. C’est pourquoi je consacre beaucoup de temps et d’énergie à essayer de le changer. Ainsi occupée, ma conscience demeurant loin de mon véritable enjeu, cette solitude me semble plus légère. Cet évitement est particulièrement évident dans le dernier exemple: m’attendre à ce que mon partenaire vive ma maternité de la même manière que moi, la mère, est non seulement irréaliste mais absurde. Et, paradoxalement, je ne me prive pas de le lui rappeler au besoin: c’est mon corps et mon accouchement. Jamais il ne pourra savoir vraiment ce que c’est.
Trois options s’offrent alors à nous: (1) trouver un autre moyen de répondre à notre besoin, (2) faire un compromis ou (3) faire une concession. Voyons les implications de chacune. Dans le premier cas, il faut d’abord prendre la peine d’identifier le besoin à combler. Ensuite, il faut accepter de chercher, pour y répondre, un autre moyen que celui auquel on voulait avoir recours. Cette solution simple ne requiert en fait qu’un effort de lucidité (pour identifier clairement notre besoin réel) et un peu d’imagination ou d’ingéniosité (pour choisir une autre source de satisfaction). Il permet d’atteindre la satisfaction plus efficacement que si on cherchait à forcer l’autre à se conformer à notre désir. Le compromis, quant à lui, consiste à trouver un arrangement satisfaisant pour tous, une solution qui tient compte de qui importe à chacun. (Voir “Négocier avec un partenaire”, .) Dans ce cas, la relation ne risque rien car la solution ne repose sur le sacrifice de personne. Chacun obtient satisfaction même s’il n’obtient pas exactement ce qu’il désirait ou s’il ne l’obtient pas au moment où il l’aurait souhaité.
La concession est d’une toute autre nature. Elle implique que l’un des partenaire renonce à ce qui lui importe. Plus la concession porte sur un sujet crucial pour celui qui l’accepte, plus les dommages à la relation sont considérables. Il suffit parfois d’une seule concession d’importance pour mettre en péril la relation elle-même, celle qu’on espérait protéger en acceptant le sacrifice. L’accumulation de concessions est, quant à elle, généralement fatale. Elle n’engendre pas nécessairement une rupture de fait, mais elle entraîne toujours une détérioration psychique chez celui qui y a souvent recours. Et c’est ce dommage qui a des répercussion désastreuses sur la vitalité de la relation. Voyons un exemple d’une concession fatale pour une relation amoureuse.
Voilà donc de quelle façon une seule concession d’importance peut avoir des répercussions désastreuses. Pourtant, il s’agit d’une concession consentie et non d’une soumission imposée par la force. Dans cet exemple: trois vies sont brisées parce qu’une personne a concédé, parce que l’autre a accepté cette concession et parce que la troisième était l’objet de cette malheureuse décision.
Cela soulève une question de fond: comment peut-on devenir instantanément amoureux d’un inconnu? S’il s’agit d’aimer la personne elle-même, dans l’essentiel de ce qu’elle est, c’est évidemment impossible sans la connaître davantage.
Mais ce qui est possible, toutefois, c’est de tomber amoureux de l’idée qu’on se fait de cette personne. Et c’est précisément ce qui se passe lors du coup de foudre: nous sommes fortement impressionné par une caractéristique de la personne et c’est l’imagination qui fait le reste. L’étincelle qui déclenche le coup de foudre est nécessairement un fait observable, mais c’est ce qu’on invente à partir de ce fait qui déclenche les émotions intenses qui caractérisent le coup de foudre. Il s’agit d’un exemple typique de ce qu’on appelle aimer une personne pour le potentiel qu’elle représente. Voici deux cas assez typiques.
Son regard chaud et pénétrant m’a fait fondre. Jamais un homme ne m’avait regardée ainsi. Cet homme porte en lui toute la tendresse que je recherche depuis toujours. Je suis convaincue qu’il peut me combler. Malheureusement, certaines personnes se dévalorisent devant un échec de ce genre. Elles se croient inadéquates ou refusent de risquer une nouvelle déception. Elles auraient d’autres possibilités si elles savaient que ce sont leurs attentes et non leur qualités personnelles qui les conduisent à cet échec. |
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