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" Évaluer la vitalité de ma relation de couple "

Par Jean Garneau , psychologue


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Question: Satisfaire ailleurs, butiner ou folâtrer

    Vous dites que la relation vivante nous autorise à satisfaire ailleurs les besoins non comblés dans le couple. Il me semble que cette phrase comporte une ambiguïté et j’aimerais avoir des précisions sur le sens que vous accordez à cette affirmation. Est-ce qu'une relation vivante serait une justification à s'empresser d'aller folâtrer ailleurs? Une relation non-vivante sert souvent de justificatif pour un des conjoints à aller butiner d'autres cieux... Je suppose que ce n'est pas tout à fait ce que vous avez voulu dire.

Réponse

Pour comprendre la portée exacte de nos affirmations sur ce point, il faut les situer dans le contexte de la conception de la vie qui leur sert de cadre. Voici donc un bref rappel des points les plus directement pertinents. (Un résumé plus complet est disponible à http://redpsy.com/infopsy/vivant.html.)

Le but fondamental de tout être vivant est son épanouissement optimal et celui-ci repose sur la satisfaction la plus complète de chacun de ses besoins importants. Être aimé comme personne vivante, être reconnu comme individu unique et distinct, être apprécié comme être sexué sont trois des besoins psychiques les plus fondamentaux chez les humains.

Du point de vue de la satisfaction de nos besoins, les personnes qui nous entourent correspondent à des moyens, des sources possibles de satisfaction. Mais comme chaque personne à ses limites elle ne peut pas, même si elle choisit de s’y efforcer, être la réponse adéquate à tous les besoins d’une autre. Les limites de ses capacités comme les limites de son ouverture ou de sa disponibilité la rendent inévitablement inadéquate pour répondre à certains besoins.

En formant un couple, nous choisissons d’accorder à un individu particulier une importance majeure dans notre recherche de satisfaction. Mais selon les caractéristiques de chacun des deux, notamment l’état de leur développement personnel, les besoins investis dans la relation de couple peuvent varier énormément. Notre conjoint ne peut répondre à tous nos besoins; nous le choisissons pour sa capacité de répondre à certains besoins particuliers, typiquement ceux qui ont le plus d’importance majeure à l’étape actuelle de notre vie.

Depuis probablement toujours, les sociétés ont tenté de se donner du pouvoir sur ces forces vitales. Elles tentent de les encadrer, d’en définir les règles ou les limites, d’imposer une certaine définition des besoins qui devraient être acceptés dans le couple. La plupart du temps, les sources fondamentales de ces règles sont d’ordre religieux. Les anthropologues nous ont fait voir depuis longtemps à quel point ces “règles absolues” (du point de vue d’une culture ou d’un milieu) ne sont en fait que des “conventions locales” qui varient presque à l’infini.

Si on ne laisse pas les conventions sociales ou religieuses interférer sur les choix de vie des personnes concernées, la définition des besoins pour lesquels le couple existe est définie par la nature humaine et appartient strictement aux conjoints. C’est en vertu d’une sorte de contrat personnel que les deux personnes choisissent quels besoins elles aspirent à satisfaire ensemble. À cet égard, tous les choix sont valables pourvu qu’ils soient librement et consciemment consentis par chacun.

Dans cette perspective, il est évident que le fait de “butiner ailleurs” à l’insu de notre conjoint équivaut la plupart du temps à un bris de contrat: on ne respecte pas les ententes qui sont à l’origine de la création et du maintien de la relation conjugale. Mais le fait de “folâtrer sous d’autres cieux” sans s’en cacher n’est pas automatiquement une façon de respecter le contrat plus ou moins implicite entre les deux partenaires. Tout dépend des ententes réelles (explicites ou implicites) entre les conjoints, car la fidélité sexuelle est une convention qui dépend de leur liberté et de leurs choix respectifs.

La situation se complique encore plus par le fait que les deux personnes évoluent avec le temps. Le changement continuel est une des caractéristiques les plus incontournables de la vie et de la personne vivante. Il arrive que des besoins autrefois comblés dans le contexte du couple cessent d’y trouver satisfaction. Dans ce cas, il est important que le déséquilibre trouve une solution. Ou bien le couple changera pour mieux répondre à ces besoins, probablement d’une nouvelle façon, ou bien la convention entre les conjoints devra changer pour tenir compte de la nouvelle réalité et de la nécessité de répondre aux besoins réels actuels des deux conjoints.

Il ne faudrait pas oublier que ce qui précède s’applique non seulement aux besoins sexuels, mais également à tous les autres besoins importants, particulièrement les trois genres que j’énumérais au début de cette réponse. Même la stimulation intellectuelle, l’activité physique, les loisirs culturels ou le développement professionnel doivent suivre ces principes et autoriser les autres sources de satisfaction. La peur de perdre la relation n’est pas une raison valable pour faire autrement car c’est en privant l’autre de satisfactions importantes qu’on détruit le plus directement une relation de couple.

 
Question: Évoluer séparément dans le couple
    La lecture de votre article sur l'évaluation de la vitalité du coupe m'a vraiment révolté. Comment pouvez-vous prétendre qu'il est sain et plus vivant pour un couple que les deux partenaires évoluent indépendamment, chacun de son côté. C'est un point de vue de célibataire égoïste!

    J'ai la conviction qu'il faut évoluer ensemble pour avoir un couple vivant et qu'il faut avoir les mêmes centres d'intérêt pour pouvoir communiquer. Votre test de vitalité du couple me semble dangereux car il repose sur une fausse conception de la vie de couple. Le couple vraiment vivant n'est pas celui qui favorise le développement le plus complet de l'individualité, mais celui qui supporte le cheminement commun.


Réponse

L'outil "Évaluez la vitalité de votre couple!" fait partie d'un groupe de documents qui en définissent les concepts et les implications. Pour bien en interpréter les résultats, il faut avoir lu l'article "Évaluer la vitalité de ma relation de couple" car il en explique chacun des indicateurs. Il est préférable d'avoir lu également "L'amour contact" dont il est la suite et le prolongement. Pour approfondir les questions soulevées dans ces documents, on peut lire "Une théorie du vivant" qui explicite la conception sur laquelle s'appuie toute cette vision du couple.

Semblables ou différents ?La question ci-dessus porte principalement sur l'unicité: une des qualités fondamentales des êtres vivants. Conséquence directe des quatre autres caractéristiques, celle-ci peut s'exprimer ainsi: "un organisme vivant ne peut se développer sans devenir de plus en plus unique, individuel et irremplaçable." Autrement dit: plus il se développe, plus les caractéristiques individuelles qui distinguent un être vivant des autres de son espèce tendent à se dessiner.

Pour bien comprendre pourquoi nous considérons l'unicité comme une qualité importante pour la vitalité d'un couple, il faut admettre que la vie réside toujours dans un être particulier. Si on parle de la vie d'un groupe, d'un couple ou d'une région géographique, c'est par analogie avec la vie d'un être vivant individuel et non parce que le "couple" ou le "groupe" est vivant. Ces derniers sont en effet des regroupements de l'esprit, c'est à dire des concepts; ils ne correspondent par vraiment à des réalités physiques.

Un être vivant a une existence concrète qui commence par une naissance et se termine par une mort. C'est par un jeu de l'esprit qu'on peut décider que son existence commence dès la conception, dès le moment où il devient viable ou à tout moment dont on définit le critère. C'est également dans notre esprit que nous pouvons décider qu'un être continue d'exister après sa mort, que ce soit spirituellement ou par ses oeuvres. Nous préférons considérer qu'une personne cesse d'exister comme personne à compter du moment où sa conscience de sa propre existence disparaît et que le souvenir qu'en ont les autres ne lui confère pas une existence réelle.

Lorsqu'on parle de la naissance et de la mort d'un regroupement collectif, on utilise une analogie ou une métaphore; on ne parle pas de naissance ou de mort au sens strict. Si un couple peut être considéré comme vivant, c'est en vertu de la vie de chacun des deux partenaires. Si un quartier peut être qualifié de vivant, c'est parce que plusieurs personnes vivantes y agissent en se stimulant mutuellement et en encourageant les autres à en faire autant.

Dans la mesure où on accepte l'idée que la vie réside toujours dans les individus, il faut considérer que la vitalité du couple est la résultante de celle de chacun des partenaires. C'est parce que les individus sont vivants et agissent de façon vivante en contact avec l'autre qu'on peut considérer le couple comme vivant. Le fait qu'ils se ressemblent n'est pas vraiment essentiel ni même nécessairement favorable à la vitalité du couple car il encourage les partenaires à négliger leur individualité au profit des "points communs".

Il faut comprendre, en effet, que les échanges réciproques avec l'environnement font également partie des caractéristiques essentielles des êtres vivants (voir "Une conception du vivant"). Sans cette réciprocité, le développement et même la survie de chaque individu sont gravement menacés à moyen ou long terme. Un couple dont la vitalité ne reposerait que sur celle d'un des partenaires ne pourrait fournir ces échanges réciproques et serait voué une famine ou une asphyxie fatale à la fois pour les individus et pour le couple.

La qualité des échanges réciproques repose en grande partie sur les différences entre les organismes qui entrent en contact. C'est surtout par la complémentarité des apports individuels que ces échanges peuvent être réellement nourrissants. Ceux qui ne fréquentent que des personnes qui partagent les mêmes goûts, les mêmes valeurs et les mêmes craintes peuvent facilement s'en rendre compte: leur vie rétrécit rapidement et leur vitalité en souffre sérieusement. La recherche de la sécurité se fait souvent à ce prix: on en vient vite à tourner en rond dans un univers limité et routinier qui demeure prévisible mais n'est jamais aussi rassurant qu'on l'aurait voulu. L'angoisse demeure présente malgré toutes ces précautions.

Mais il n'est pas rare que des personnes s'objectent vigoureusement à une telle vision (qu'elle soit exprimée du point de vue de la vie de couple ou de la vie individuelle). Ces objections s'accompagnent souvent d'une grande colère ou d'une forte indignation comme nous le soulignons au chapitre 7 de "L'Auto-Développement". Pourquoi cette révolte est-elle si intense?

Sommairement, on peut dire que c'est parce qu'elles sont très menaçantes que ces idées suscitent souvent des réactions aussi fortes. Mais en y regardant de plus près on peut voir qu'il s'agit d'un genre particulier de menace: ces idées peuvent facilement nous confronter à des défis fondamentaux de l'existence. En ramenant chaque individu à son unicité, elles nous confrontent à notre solitude existentielle.

Il serait trop long de reprendre ici les explications qui portent sur la confrontation et le déni de cette solitude. Elles sont longuement développées dans "L'Auto-Développement". Voici quand-même un bref extrait qui met en lumière les exigences particulières que nous présente ce défi inhérent à la vie.

    Voici comment pourrait s'exprimer une personne qui assume pleinement sa solitude, en contact avec une autre.

    • "Je suis moi. Je suis le seul à être moi et je suis différent de tous les autres, même si je ressemble à beaucoup de personnes dans les divers aspects de ce que je suis. Je suis seul avec ma vie; personne ne peut s'occuper adéquatement de diriger ma vie, de voir à mon bonheur et à ma satisfaction de chaque moment. Je suis le seul à posséder ma vie et ne veux la donner à personne d'autre.
    • Je suis avec toi, mais différent de toi. Jamais nous ne pourrions devenir réellement semblables ou unis au point de faire disparaître les différences entre nous. Je ne suis pas responsable de ta satisfaction et je ne compte pas sur toi pour me procurer la mienne. J'aime que tu sois différent car c'est par tes différences que je trouve avec toi de quoi me satisfaire dans notre contact.
    • Ce que je peux faire de mieux pour que notre contact soit satisfaisant pour nous deux, c'est d'être ce que je suis aussi ouvertement que j'en suis capable et de te laisser être ce que tu es de la façon dont tu choisis de l'être. Je peux aussi me laisser toucher par ce que tu es et y réagir à travers tout ce que je suis.
    • C'est cette façon d'être ensemble qui me satisfait et m'enrichit, ou me permet de constater rapidement que notre contact n'est pas bon pour moi et que je ne veux pas le poursuivre. Je crois que notre contact peut nous satisfaire tous les deux; autrement je ne serais déjà plus ici. Mais si je constate que je me suis trompé et que l'un ou l'autre de nous deux n'y trouve pas son compte, je préfère me retirer et trouver d'autres moyens d'obtenir ce que je cherche.
    • Si je t'aime, c'est parce que tu concrétises au moins en partie ce que j'aime et ce à quoi j'accorde de la valeur; mon amour pour toi dépend de cela, mais il n'est pas indispensable que tu correspondes à ces exigences, car je n'ai pas besoin de t'aimer pour vivre et tu n'a pas besoin de mon amour pour avoir de la valeur et vouloir vivre. Je ne veux pas de contact avec toi sur d'autres bases que la recherche de notre satisfaction mutuelle; je suis le seul vrai gardien et responsable de ma satisfaction et je ne veillerai en rien à la tienne."


    • Tiré de "L'Auto-Développement: psychothérapie dans la vie quotidienne", chapitre VII: "Implications existentielles", page 276.



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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


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