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La "cyberdépendance": mythe ou réalité ?
Par Jean Garneau , psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 3, No 10: Novembre 1999


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Résumé de l'article

Les médias parlent beaucoup de la "cyberdépendance" et de ses dangers. On la compare à l'alcoolisme, à la toxicomanie et au "gambling" compulsif. On parle de familles et de mariages brisés, de carrières en décrépitude, de jeunes qui deviennent des criminels. Certaines recherches laissent croire que 6 ou même 10 pour cent des internautes en seraient sérieusement atteints. On voit apparaître des services et des centres pour le "traitement de cette maladie". Qu'en est-il au juste?

Dans un groupe de trois articles, le psychologue Jean Garneau discute la valeur scientifique des recherches sur lesquelles s'appuient ces affirmations. Il se sert de son expérience clinique pour étudier les phénomènes qu'on attribue à cette nouvelle forme de "dépendance" et les replacer dans une perspective plus proche de la réalité psychique. Par un examen des sources de l'usage excessif d'Internet, il ouvre la porte à une compréhension de la nature réelle des problèmes qui s'y cachent. Il peut ainsi proposer des solutions plus pertinentes et plus efficaces que la simple transposition des méthodes de traitement de l'alcoolisme que plusieurs mettent de l'avant.


Table des matières
    A- Introduction
    B- Mythe ou réalité ?
    C- Les formes d'excès
    D- Pourquoi Internet est-il "accrocheur"
    E- Comment on devient "accroché" à Internet
    F- Un petit test personnel

Vous pouvez aussi voir:
Vos questions liées à cet article et nos réponses !




A. Introduction


Depuis 1995, la psychologue américaine Kimberly Young étudie la "cyberdépendance" et publie des articles à ce sujet. Elle soutient qu'il s'agit d'une nouvelle maladie psychologique et propose un "traitement approprié". Tout récemment, le psychologue David Greenfield a présenté les conclusions d'une recherche sur la question. Selon ses résultats, il y aurait actuellement plus de onze millions de personnes qui souffrent de cette maladie. D'autres soutiennent qu'il y en aurait deux fois plus.

Si on s'en tient à ce qu'écrivent ces professionnels, la situation semble grave. Des couples sont brisés, des familles éclatent, des gens perdent leur emploi, des jeunes négligent ou abandonnent leurs études. S'il s'agit vraiment de 6 à 10 pour cent des internautes, comme on le soutient, Internet peut être considéré comme un grave danger.

Pourtant, un nombre important de psychologues soutient que ces affirmations sont sans valeur, qu'elles n'ont aucun fondement scientifique. Comment peuvent-ils adopter un tel point de vue? Le Dr Young n'est-il pas invité chaque année depuis 1996 à faire une présentation au prestigieux congrès de l'APA (American Psychological Association) pour éclairer ses collègues sur la question? Le Dr Greenfield n'a-t-il pas recueilli les réponses de 17,251 personnes dans sa recherche?

B. Mythe ou réalité ?


Une étude attentive des publications de ces deux auteurs m'amène aux conclusions suivantes:

  1. la définition de la "cyberdépendance" n'a aucune valeur scientifique ou clinique,

  2. les symptômes sont mal définis et empruntés à un autre problème,

  3. les critères dont on se sert pour en faire le diagnostic sont arbitraires,

  4. les estimés sur le nombre de "cyberdépendants" n'ont aucun fondement scientifique.
Ces conclusions semblent sévères. Elles sont pourtant évidentes si on étudie sérieusement les écrits de ces deux auteurs en s'appuyant sur une formation scientifique.

Je n'explique pas ici les raisons qui m'amènent à ces conclusions. Les personnes intéressées peuvent lire "Les recherches sur la cyberdépendance" pour obtenir toutes les explications.


Mythe, mais phénomène réel

Pourtant, il existe réellement des personnes qui font un usage excessif d'Internet, au point parfois de négliger des aspects importants de leur vie. Même si elles ne sont peut-être pas aussi nombreuses que les chercheurs le disent, elles existent réellement et il faut en tenir compte. Les internautes doivent savoir à quoi s'en tenir exactement pour être capables de prendre les précautions nécessaires et pour adopter les solutions appropriées si un problème se développe.

En dénonçant les mythes qui se prétendent scientifiques, je veux faire place à un examen plus utile des usages excessifs d'Internet. Il serait précieux pour les internautes et pour leur entourage de comprendre:

  1. qu'est-ce qui rend Internet "accrocheur",

  2. comment on peut devenir "accroché" à Internet,

  3. pourquoi on le devient, et

  4. comment on peut aborder la question pour en sortir grandi.
C'est le but de ces articles.

Ce que vous trouverez ici n'est pas "scientifique"; aucune recherche systématique n'appuie les explications que je présente. Il s'agit simplement des conclusions auxquelles j'arrive maintenant à partir de l'examen des textes publiés, de la discussion avec d'autres professionnels directement concernés, des témoignages auxquels j'ai eu accès et de mes observations directes.

C. Les formes d'excès


Voici quelques notions essentielles pour bien comprendre la personne qui fait un usage exagéré d'Internet. Elles nous serviront à faire des distinctions utiles pour mieux comprendre les mécanismes en jeu. Commençons donc par distinguer l'excès, l'abus, la compulsion et la dépendance.


L'excès, partenaire de la passion

Le fait de passer beaucoup de temps sur Internet n'est pas nécessairement un problème; il s'agit simplement d'un excès. Tout le monde le sait, être passionné nous amène à investir plus que la "normale" ou la "moyenne": on y met plus de coeur, de temps, d'énergie, etc. , peu importe l'objet de notre passion.

Mais la passion n'est pas vraiment un problème, bien au contraire. Elle a beau nous amener à investir plus que la normale, elle n'est pas dommageable pour autant. Les personnes qui ont une passion considèrent habituellement qu'il s'agit d'un des aspects les plus valables de leur vie. Souvent, les personnes qui n'ont aucune passion considèrent leur vie comme terne et sans valeur.


L'abus, une question de point de vue

L'abus est plus complexe: il peut s'agir simplement d'un excès auquel on choisit plus ou moins librement de s'adonner, en acceptant les conséquences. Mais il peut s'agir aussi d'un usage injuste ou mauvais.

    Abuser des plaisirs de la table pourrait être un bon exemple. Je sais que je mange de façon excessive et je le fais volontairement, pour le plaisir que j'en tire. Je m'attends aussi à en subir les conséquences désagréables, mais j'accepte volontiers ces inconvénients en échange des satisfactions obtenues.
Mais la plupart du temps, c'est d'une autre personne qu'il s'agit lorsqu'on parle d'abus. On dénonce, on dit que l'excès va trop loin, qu'on utilise une activité, un objet ou une personne de façon injuste. Ce n'est plus une question de préférence ou d'acceptation des conséquences. L'accent est mis sur une autre dimension: les conséquences pour les autres.

    Par exemple, la personne qui consacre un temps démesuré à bavarder sur ICQ reconnaît assez facilement qu'il exagère. Mais ce sont son conjoint ou ses parents qui dénoncent l'abus.
L'abus est donc un genre d'excès bien particulier. Une lutte s'amorce entre les buts, les désirs ou les actions de la personne qui est excessive et ceux de l'autre. Le problème devient interpersonnel.


La compulsion: excès involontaire

La compulsion est d'un tout autre ordre car l'excès n'a plus pour but une augmentation de satisfaction. La personne ne peut pas s'empêcher d'aller sur Internet; elle a perdu sa liberté. Si elle s'empêche de le faire, elle devient rapidement victime d'une angoisse qui ne cesse que lorsqu'elle cède à son impulsion.

    Toutes les activités (satisfaisantes ou non) peuvent devenir compulsives. Ce n'est plus une question de passion, c'est une obligation.

    La personne qui doit encore vérifier après 5 minutes si elle a du nouveau courrier électronique ne le fait pas pour le plaisir; elle le fait parce que c'est la seule façon de calmer son malaise. Elle a beau savoir que son angoisse est injustifiée, il faut qu'elle vérifie quand-même.
Il est facile de devenir compulsif à partir d'une activité agréable. On passe plus ou moins imperceptiblement d'une passion (avec les excès normaux qui l'accompagnent) à une nécessité (un désir impérieux qui s'est développé à travers un excès répété).

    La personne qui devient irritable et fébrile lorsqu'elle ne peut prendre son courrier électronique ou se rendre sur son canal ICQ préféré, n'est plus occupée à sa satisfaction. Elle a "besoin" de se brancher pour calmer son angoisse. Elle le ressent comme une obligation et non comme une recherche de satisfaction. C'est "plus fort qu'elle".
Qu'il s'agisse d'Internet, du casino, des portes qu'on a peut-être oublié de fermer ou d'autre chose importe peu. C'est la compulsion elle-même (obligation de faire l'action) qui signale un problème. Mais la compulsion n'est qu'un symptôme: ce sont ses causes qu'il faut comprendre si on veut identifier le vrai problème que la compulsion sert à dissimuler.


La dépendance: un besoin artificiel

Par une consommation trop prolongée d'une substance toxique, on peut développer dans l'organisme un besoin artificiel de cette substance. Celui-ci peut même devenir assez fort pour qu'une privation mette la vie en danger.

C'est ce qu'on appelle une dépendance physique (un besoin artificiel du corps). Elle est souvent accompagnée d'une dépendance psychologique (une impression subjective d'avoir besoin). Dans le cas d'une dépendance physique, la dépendance psychique est justifiée car l'impression d'avoir besoin est fondée.

Il est important de maintenir la distinction entre la dépendance et la compulsion, car cette différence a des conséquences importantes dans le choix des solutions. Les causes de la compulsion et de la dépendance sont très différentes et les méthodes pour y remédier doivent en tenir compte. En considérant comme une dépendance l'utilisation compulsive d'Internet, on nuit à la recherche de solutions réelles.

Dans les cas de dépendance physique, toute forme de traitement doit prévoir un sevrage progressif et une période de désintoxication si on veut obtenir des résultats. Pour une dépendance psychique, ces étapes ne sont pas réellement utiles.

D. Pourquoi Internet est-il "accrocheur"?


Voyons d'abord quels sont les ingrédients qui font d'Internet un médium particulièrement "accrocheur". Ces qualités sont importantes car elles établissent très clairement une distinction entre la "cyberdépendance" et les autres formes de dépendance ou de compulsion.


Une "drogue" aux multiples formes

Une grande partie du pouvoir "accrocheur" d'Internet vient de la multiplicité de ce qu'il contient. On pourrait dire qu'il y en a pour tous les goûts sur le réseau Internet. Les entreprises, les professionnels, les étudiants et les enfants y trouvent tous des sections qui répondent à leur désir d'apprendre, de se divertir, de communiquer, d'intervenir sur leur environnement ou de "tuer le temps".

    Vous êtes curieux? Les possibilités d'apprendre sont plus vastes que tout ce que vous pourrez explorer dans une vie.

    Vous aimez discuter? Il est possible de trouver un groupe de passionnés avec lequel discuter du sujet qui vous intéresse, aussi pointu soit-il.

    Vous aimez la compagnie des autres? Choisissez votre lieu pour bavarder à toute heure, retrouver des habitués, vous faire des amis.

    Vous préférez quelque chose de moins abstrait que l'écriture? Vous avez encore le choix: le Palace avec ses avatars, la téléphonie longue distance sans frais, la communication son-image avec CUseeMe, et ça ne fait que commencer!
Chaque internaute, selon ses intérêts et ses besoins particuliers, adopte une ou deux sections d'Internet tout en ignorant presque complètement les autres. Certains consacrent presque tous leurs loisirs aux les canaux de bavardage (chat) alors que d'autres plongent avec une passion aussi forte dans les jeux interactifs, les groupes de discussion, les sites de photos pornographiques, les pages Web éducatives, les casinos virtuels, etc. Il s'agit avant tout d'une passion pour chaque personne: elle trouve sur le réseau un moyen pour répondre à son désir ou son intérêt.


Une "drogue" aux millions de visages

La caractéristique la plus puissante du réseau Internet, c'est la communication qu'il rend possible. Le réseau a d'abord été conçu pour assurer des communications ininterrompues lors de catastrophes; la facilité de communiquer est demeuré son atout le plus puissant.

Tous les principaux secteurs qui composent Internet favorisent la communication entre les personnes. Les canaux de bavardage (chat) l'illustrent bien parce qu'ils n'ont pas d'autre but, mais c'est partout qu'on retrouve l'interactivité. Les sites de jeux permettent de jouer contre des adversaires venant de partout au monde et c'est une caractéristique qui compte énormément pour ceux qui s'y adonnent avec passion. Les forums et les listes de discussion donnent l'occasion de partager sa passion et de comparer ses idées avec des personnes qu'on ne pourrait jamais rencontrer autrement, d'obtenir aide et support d'autres personnes touchées par le même mal, même très rare.

Les sites Web sont, pour la plupart, des instruments de communication. Les entreprises s'en servent pour communiquer avec leurs clients actuels et pour en joindre de nouveaux. Les individus et les groupes les utilisent pour faire connaître leurs opinions, faire partager leur passion, distribuer le résultat de leurs recherches. Tout le monde s'en sert pour découvrir d'autres personnes, d'autres cultures, d'autres champs de préoccupation et pour les partager.

En fait, si on retirait d'Internet les possibilités de communication interpersonnelle (courriel, forums et "chat"), on perdrait probablement la majorité des utilisateurs. Si, en plus, on en éliminait la possibilité de diffusion (communication à sens unique) qu'on retrouve dans les magazines électroniques et sur les pages Web, on perdrait presque tous les autres.

En somme, le réseau Internet est un outil de communication extraordinaire. On n'a jamais vu quoi que ce soit de comparable auparavant. Sa puissance et son attrait viennent surtout de là. C'est aussi ce qui distingue Internet des drogues qui créent une dépendance: le réseau répond au besoin inné de communiquer avec autrui en fournissant un moyen d'une grande puissance et infiniment malléable. Il ne crée pas un besoin artificiel, il répond à un besoin fondamental.


Une satisfaction active

Une troisième caractéristique d'Internet, c'est le fait qu'il s'agit d'un médium devant lequel on est forcément actif. Contrairement à la télévision où nous sommes constamment bombardés d'information, de divertissements et de messages commerciaux, Internet est tout à fait nul pour la personne qui y adopte une attitude de réception passive. Il faut chercher et trouver, selon nos intérêts, pour que le Web devienne intéressant. Il faut être actif pour que notre courrier électronique contienne des messages qui nous apportent quelque chose.

Cette caractéristique est tellement essentielle qu'elle devient une nécessité pratique. Il y a deux ans environ, les spécialistes annonçaient que l'ère des "canaux" Web était arrivée. Il s'agissait d'envoyer à chaque internaute une information correspondant à ses intérêts, un peu comme les stations de télévision tentent de le faire au niveau des masses. Cette approche a échoué lamentablement malgré une technologie remarquable et des investissements considérables. Les internautes ne sont pas intéressés à redevenir passifs comme devant la télévision, même lorsqu'on leur promet un chaîne tout à fait individualisée.

Le désir de rechercher activement sa satisfaction semble donc être au coeur de l'activité des internautes, malgré les nombreuses frustrations qu'on rencontre en apprenant l'art de la recherche sur le Web. L'internaute cherche à répondre à ses questions, il cherche à rencontrer des personnes qui l'intéressent, il cherche des adversaires à sa mesure, des passionnés comme lui. Et il n'aime pas qu'on le prive de cette étape de chasse en lui fournissant du "prêt à consommer". Il préfère vivre les angoisses de la recherche pour mieux jouir de l'excitation de la découverte. Internet est un loisir de choix pour ceux qui préfèrent une démarche active.

E. Comment on devient "accroché" à Internet


En examinant les étapes à travers lesquelles se développe cette réaction, on peut mieux en identifier les pièges et les tournants cruciaux. Cette connaissance peut nous aider à mettre le frein au moment approprié et à s'occuper des vraies questions qu'Internet nous aurait permis d'éluder.


L'émerveillement initial

Il est probable que toutes les personnes qui découvrent Internet deviennent "accrochées" au début. Bien sûr, ceux qui ne sont pas confortables avec les ordinateurs, ceux qui ne savent pas lire ou écrire, ceux qui souffrent de cécité, etc. peuvent être arrêtés dès le départ par ces obstacles. Mais ceux d'entre eux qui les surmontent vivent les mêmes étapes que les autres.

Découvrir Internet, c'est souvent l'équivalent de l'expérience de l'enfant qui découvre un grand magasin de jouets ou de friandises. Une source d'émerveillement tellement considérable qu'on n'arrive même pas à en déceler les limites. La plupart du temps, c'est la section des pages Web qui a cet effet initial.

On découvre une abondance tellement considérable qu'elle dépasse tout ce que notre désir aurait pu imaginer. Il y a de quoi s'exciter! C'est effectivement ce qui se passe: l'internaute néophyte explore dans toutes les directions à la fois, il clique sur tout ce qui bouge, il se perd dans les dédales des liens qui ont capté sa souris et devient souvent fébrile, oubliant parfois de manger ou de dormir. On peut considérer que cet engouement n'est qu'une réaction normale.


La découverte d'une section privilégiée

Rapidement, cet émerveillement global fait place à des découvertes encore plus importantes. Pour une personne ce sont les jeux interactifs, pour une autre la découverte du Palace, pour une troisième, la puissance des outils de recherche sur le Web, pour d'autres les forums et les listes de discussion... Chacun découvre un univers adapté à ses besoins, mais dont la mesure dépasse largement celle de son désir. Chacun peut se créer un nouvel univers à sa mesure, mieux adapté à ses besoins que sa propre vie "réelle".

L'engouement initial prend alors une forme différente: l'internaute devient spécialiste. Il choisit ce qui lui convient et n'utilise le reste que de façon très occasionnelle. Chaque internaute développe cette concentration d'intérêt et d'activité après une période assez brève d'exploration générale. Il a tendance à la maintenir, même lors des étapes suivantes.

L'engouement initial n'avait rien d'alarmant parce qu'il correspondait à une réaction d'enthousiasme normal. Une passion aussi forte au moment de la deuxième phase n'est pas tellement plus grave, même si l'entourage s'y oppose plus souvent. Il s‘agit encore de passion et non de compulsion. La personne utilise Internet pour ajouter du plaisir et de la satisfaction à sa vie. Elle le fait avec un certain excès parce qu'il s'agit d'une activité nouvelle et non parce qu'elle a développé un nouveau "besoin".

Si l'entourage insiste pour que le temps consacré à Internet diminue, on peut voir l'internaute avoir recours à des tactiques qui ont fait penser à une "dépendance". Il peut mentir sur le temps qu'il y passe, prétendre qu'il n'arrive pas à se contrôler, fuir les conflits familiaux en se réfugiant dans son écran, avouer qu'il y passe trop de temps, se sentir plus proche de ses amis sur ICQ que de ses proches, etc. Que ses contacts sur Internet deviennent alors plus satisfaisants et sexuellement plus excitants que ceux de sa vie hors-ligne n'a rien d'étonnant car ses relations "virtuelles" échappent à cette bataille.

On se retrouve alors dans une situation dangereuse qui peut facilement, si les conditions sont propices, conduire à des problèmes sérieux. C'est dans la façon dont se déroule la troisième étape qu'on voit si Internet sera au service de la personne ou l'inverse.


De nouvelles habitudes

C'est lors de cette troisième phase qu'on prend une "vitesse de croisière" dans l'usage d'Internet. On intègre cet instrument et les "tâches" qui en font partie à sa vie normale. L'horaire est modifié et de nouvelles habitudes s'installent.

L'enthousiasme initial s'estompe pour faire place à une familiarité et à une aisance empreintes de sérénité. On développe aussi de nouveaux réflexes: chercher sur Internet la réponse à une question plutôt que de se rendre à la bibliothèque ou que de demander à un ami, expédier un courriel plutôt que de téléphoner, explorer le Web au lieu de regarder la TV.

C'est alors que la passion et ses excès sont remplacés par l'usage clairement orienté. Le temps passé en ligne diminue sensiblement. Finie la fébrilité du début: elle fait place à la sécurité et à la centration. La personne sait ce qu'elle recherche et connaît les moyens de le trouver assez efficacement. Elle se laisse plus rarement distraire par les embranchements secondaires ou par la publicité qui est présentée sur les sites (ce que déplorent vivement les spécialistes du marketing).

Mais il arrive aussi que la troisième étape prenne une autre forme. Au lieu d'être une nouvelle activité qui trouve sa place dans un ensemble (la vie de la personne), Internet accapare parfois le centre de cet ensemble. Le temps qui y est consacré augmente au lieu de diminuer, l'importance qu'on y accorde continue de croître. C'est alors qu'il faut s'inquiéter.


Compensation compulsive

Les deux premières étapes ci-dessus correspondaient clairement à un excès nourri par une passion nouvelle. Il est rare qu'on parle d'abus dans le cas de la première étape (émerveillement initial), mais c'est beaucoup plus fréquent à la deuxième (section privilégiée). Ce n'est qu'à la troisième étape que les excès deviennent réellement graves.

Si la personne continue de consacrer autant de temps à Internet après quelques mois, il est bon de s'en inquiéter. Ce qu'il faut alors déceler pour savoir s'il y a vraiment un problème sérieux, c'est la cause réelle de cet excès durable. La réponse n'est pas évidente au premier coup d'oeil, mais elle n'est pas réellement difficile à découvrir si on le désire vraiment.

Premièrement, il faut vérifier si on est "compulsif" dans son utilisation d'Internet, particulièrement de la section où on s'est spécialisé. Il suffit d'un petit test pour avoir de bons indices sur la réponse à cette question.

Je vous propose de faire l'expérience suivante avant de lire l'article suivant qui porte sur les causes de l'usage compulsif et les façons d'y trouver des solutions.

F- Un petit test personnel



Essayez de "sauter un ou deux tours", en remarquant les effets que cela vous fait. Il s'agit simplement de ne pas suivre la routine habituelle de son usage d'Internet.

Un jour sans courrier électronique, sans aller "chatter", trois jours sans faire de nouveaux placements ou sans participer à un encan, une semaine sans ... Peu importe quoi, il s'agit d'inventer un test personnel qui s'inspire de ce que vous avez l'habitude de faire. Si vous le faites deux ou trois fois par jour, le fait de sauter un jour est un test suffisant. Pour les choses que vous ne faites qu'une fois par semaine, il faudrait sauter au moins une semaine ou deux.

    Attention: ce test personnel n'est pas un exercice d'endurance, mais un outil pour vous informer vous-même. Il s'agit avant tout de profiter de cette privation volontaire pour examiner ce que vous ressentez dans cette situation. Vous pouvez même noter tout ce que vous remarquez d'inhabituel à cette occasion afin d'y revenir lorsque l'expérience sera complétée.

Jean Garneau, psychologue

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