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Les psychologues humanistes !
Satisfaction ou compulsion
(Comment vaincre la cyberdépendance ?)
Par Jean Garneau , psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 3, No 11: Décembre 1999


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Résumé de l'article

Ceci est le dernier d'une série de trois articles sur la "cyberdépendance". Après avoir souligné le caractère non-scientifique des affirmations les plus répandues sur l'usage excessif d'Internet et sur la définition de cette "nouvelle maladie" (Dans "Les recherches sur la cyberdépendance"), Jean Garneau a expliqué les différences entre les "dépendances", les "compulsions" et les "excès". Il en a conclu que l'usage excessif d'Internet pouvait être un excès normal dû à la passion ou une compulsion apparemment incontrôlable (Dans "La "cyberdépendance": mythe ou réalité ? ").

Dans ce troisième volet, il explique comment on peut se servir de son usage compulsif d'Internet pour orienter sa recherche de satisfaction réelle. Il invite le lecteur à s'appuyer sur une sérieuse auto-évaluation pour identifier les manques psychologiques importants qui se dissimulent derrière la compulsion. Il lui propose ensuite une façon de rechercher une meilleure satisfaction de ces besoins. La solution véritable intègre les avantages offerts par Internet, mais les enrichit par des moyens plus complets et plus efficaces.


Table des matières
    A- Introduction
    B- Le test personnel
    1. Les résultats du test personnel
    2. La signification des résultats
    C- Pourquoi on devient "accroché"
    1. Un moyen et non une maladie
    2. Des exemples de compensation
    D- Comment "décrocher"
    1. D'abord identifier le problème
    2. S'occuper de son besoin
    3. Vérifier l'efficacité des solutions
    E- Conclusion

Vous pouvez aussi voir:
Vos questions liées à cet article et nos réponses !




A. Introduction


Cet article conclut une série sur la "cyberdépendance". Il fait suite à «La "cyberdépendance": mythe ou réalité ?» et ne reprend pas les explications contenues dans ce dernier. Il est recommandé de lire au moins l'article précédent avant d'aborder celui-ci.

Dans «Les recherches sur la cyberdépendance», j'ai expliqué pourquoi les affirmations alarmantes qui circulent dans les médias en tant que résultats de recherche sont, en réalité, sans fondement scientifique. Il s'agit de transpositions simples de concepts développés dans un autre contexte, d'impressions personnelles de certains psychologues et d'extrapolations statistiques complètement injustifiées.

Dans «La "cyberdépendance": mythe ou réalité ?», j'ai distingué les formes d'usage excessif possibles en clarifiant quelques concepts: passion, excès, abus, compulsion et dépendance. Ensuite, j'ai relevé les caractéristiques qui font d'Internet une réalité à laquelle il est facile de devenir "accroché" puis j'ai résumé l'évolution typique normale des utilisateurs d'Internet. J'ai enfin distingué l'usage compulsif de l'usage normal et invité le lecteur à faire une expérience pour savoir s'il souffre d'une compulsion.

Dans ce troisième article, je traite plus particulièrement des sources de l'usage compulsif et des solutions qu'on peut y apporter soi-même. Mais pour commencer, voyons les résultats du test personnel que proposait l'article précédent.

B. Le test personnel


L'expérience que je proposais à la fin de l'article précédent consistait à "sauter un ou deux tours" (à ne pas suivre la routine habituelle de son usage d'Internet), tout en remarquant les effets de cette privation volontaire.

Cette expérience peut avoir une variété d'effets sur la personne qui la fait. Ce sont ces effets qui sont le meilleur outil pour découvrir si on a vraiment développé une "compulsion" ou si on a simplement développé de nouvelles habitudes qui ne nous conviennent qu'en partie.

    Par exemple, certains découvrent qu'ils trouvent leur vie plus intéressante lorsqu'ils évitent Internet durant tout un week-end. Ils ont une première réaction de déséquilibre où ils ont l'impression de ne savoir quoi faire. Mais ils retrouvent bientôt avec plaisir des activités et des personnes qu'ils avaient négligées en restant devant leur écran d'ordinateur.

    D'autres deviennent très inconfortables à l'idée de se priver de leur activité préférée pendant une journée. Ils trouvent tous les prétextes imaginables, même les plus grossiers, pour ne pas faire l'expérience.

1. Les résultats du test personnel

Si vous avez fait l'expérience, vous savez déjà quelles ont été vos réactions à cette rupture de vos habitudes. Voici quelques exemples de réactions fréquentes: essayez d'y retrouver les effets qui ressemblent le plus à ceux que vous avez éprouvés.

  1. Au début, j'étais comme désorienté, inconfortable et un peu fébrile. Après un certain temps, je me suis occupé à autre chose et je n'ai pas tellement repensé à Internet pendant l'expérience.

  2. J'étais inconfortable au début, puis j'ai fait quelque chose que j'aime et j'y ai pris plaisir. Je suis content d'avoir retrouvé d'autres activités. Avant cette expérience, je ne savais pas clairement qu'elles me manquaient.

  3. Ce fut surtout un soulagement, comme un congé que je m'accordais. Ça fait drôle et je me sens un peu coupable, mais j'ai l'intention de recommencer si je le peux.

  4. J'ai fait l'expérience au complet. Je suis devenu très inconfortable, irritable et angoissé, mais j'ai tenu le coup.

  5. Je suis devenu angoissé et ça n'a pas cessé avant que je retourne sur Internet. Mais j'ai quand-même tenu le coup jusqu'au bout.

  6. J'ai commencé l'expérience, mais je n'ai pas pu compléter le test. J'avais de bonnes raisons pour arrêter avant la fin, mais je me doute que c'était des prétextes.

  7. L'idée de me passer d'Internet pendant aussi longtemps m'a rendu très anxieux. Je n'ai pas fait l'expérience (pas commencé). Mais j'ai d'excellentes raisons (de bons prétextes) pour ne pas l'avoir fait.

  8. Cet exercice est trop stupide! Ça ne vaut même pas la peine d'essayer!

2. La signification des résultats

Cette expérience n'est évidemment pas un vrai test et ne peut donner des résultats complètement fiables. Elle ne peut que fournir des indices pour soutenir votre réflexion.

Il est assez facile de fausser les résultats. Si vous préférez tricher, c'est vous-même que vous gardez dans l'ignorance. Ça vous regarde! Mais si vous voulez vous en servir pour vous informer, vous pouvez comparer vos réactions à celles qui sont présentées plus haut afin d'identifier celles qui ressemblent le plus à ce que vous avez vécu.

Si vous avez fait l'expérience, vous savez peut-être déjà à quoi vous en tenir; vous savez si vous êtes très accroché à Internet (i.e. à la section que vous fréquentez le plus), s'il s'agit plutôt d'une habitude ou si ce sont les obligation de votre travail qui vous gardent prisonnier d'Internet. Si ce n'est pas déjà évident pour vous, voyez où vos réactions se situent dans la liste d'exemples ci-dessus.

Les premiers exemples (1 et 2) indiquent qu'il s'agit plutôt d'une habitude. Ceux du milieu (3 à 5) indiquent que vous êtes dans une situation où vous risquez de devenir accroché si vous ne l'êtes pas déjà. Les derniers exemples de la liste (6 à 8) laissent croire que votre usage est déjà un problème et qu'il est peut-être devenu une "compulsion". Mais ceci n'est pas absolu: vous devez vous fier à votre jugement et à votre connaissance de vous-même pour vérifier ces conclusions.

Dans le premier cas (habitude), vous êtes peut-être déjà décidé à modifier vos habitudes. Vous voulez faire plus de place dans votre vie quotidienne à autre chose qu'Internet. Cette perspective vous apparaît comme plaisante plutôt qu'angoissante. Il suffit de ne pas oublier que la facilité d'accès d'Internet peut vous tendre de nombreux pièges: c'est toujours disponible lorsque vous en éprouvez le besoin, il fait toujours beau, il y a toujours quelqu'un, etc. L'hiver, par exemple, pourrait facilement être l'occasion de vous remettre à négliger les amis. De même, un problème avec votre conjoint pourrait vous encourager à fréquenter les canaux de bavardage ("chat") ou les sites d'images X.

Dans le deuxième cas (risque), il est important de rester vigilant sur cette question. Par exemple, si votre travail vous oblige à passer beaucoup de temps sur Internet, il est facile de devenir compulsif sans trop vous en apercevoir. La possibilité de vous mettre à fuir certains aspects de votre vie dans ce moyen toujours disponible est toujours présente. Le fait de développer d'autres intérêts et d'autres activités de loisir pourrait vous aider à garder un équilibre sain dans votre vie. Mais il faudra demeurer vigilant parce que vous êtes dans une situation qui augmente les risques.

Dans le troisième cas (compulsion), vous auriez intérêt à entreprendre immédiatement une démarche pour reprendre le contrôle sur cet aspect de votre vie. Le premier pas de cette démarche est un effort de lucidité pour comprendre à quels besoins personnels votre usage d'Internet cherche à répondre. Une fois ces besoins bien identifiés, il faudra vous mettre à la recherche de nouvelles façons de mieux répondre à ces besoins. C'est ainsi que votre utilisation d'Internet pourra redevenir un enrichissement de votre vie et non une prison. Ce n'est pas nécessairement facile, mais on peut y arriver.

La suite de cet article s'adresse surtout aux personnes qui veulent ainsi résoudre un problème d'usage compulsif. Les personnes qui sont à l'étape du risque y trouveront aussi un support à une réflexion nécessaire et à une amélioration de leur équilibre de vie.

C. Pourquoi on devient "accroché"


Si on constate qu'on est compulsif dans l'usage qu'on fait d'Internet (ou qu'on risque de le devenir), on sait qu'il y a un problème à découvrir et à résoudre. Mais on ne connaît pas encore vraiment en quoi consiste ce problème ni quelles en sont les causes. La première chose à faire est d'identifier le vrai problème.


1. Un moyen et non une maladie

Il faut d'abord comprendre que c'est "dans la personne" et non dans la technologie que se trouve la cause du problème. On devient "accroché" à une section d'Internet comme on le deviendrait à une autre activité. Internet n'est qu'une occasion, un moyen de faire ce qu'on ferait de toutes façons.

En plus, il faut reconnaître qu'il n'y a pas d'accoutumance organique ou de dépendance physique. La solution est donc simple: il faut chercher des causes psychologiques. Plus particulièrement, il s'agit de trouver à quoi nous sert ce moyen qui s'appelle Internet, d'identifier quel rôle il joue dans notre vie et dans le maintien de notre équilibre intérieur.

La plupart du temps, il s'agit d'une compensation: on rétablit l'équilibre dans notre vie en utilisant ce moyen pour contrebalancer autre chose. Cette compensation prend diverses formes: on cherche la réponse à un besoin qu'on néglige trop, on remplace une dimension pénible de notre vie par son contraire, on s'approprie des qualités qui nous manquent cruellement. Voici quelques exemples.


2. Des exemples de compensation

Ma vie sexuelle est ennuyante, presque inexistante. Je trouve sur Internet des images stimulantes, des personnes séduisantes, des conversations émoustillantes, des satisfactions à mes phantasmes, ou une nouvelle âme soeur.

Je n'ai pas d'ami et je n'ose parler à personne. Si je suis toujours à l'écart, c'est parce que je n'aime pas mon apparence, je n'ose pas aborder les gens ou leur répondre. Sur Internet, je peux parler à n'importe qui. J'ai plein d'amis, j'ai des discussions vraiment valables, j'échange des confidences avec des gens qui me comprennent vraiment et qui ne me jugent pas sur les apparences.

J'ai peur de la colère des autres et de la mienne. Ça me bloque parce que je me mets à pleurer chaque fois que j'essaie de défendre mon point de vue. Sur Internet, je peux choisir les personnes qui ne sont pas agressives, je peux toujours prendre le temps de me calmer avant de dire mon opinion ou ma réaction, je peux corriger mon message jusqu'à ce qu'il exprime vraiment ce que je veux. J'ai enfin l'impression de prendre ma place.

Ma vie est ennuyante, il ne se passe jamais rien d'autre que métro, boulot, dodo. Mon travail est routinier et mes loisirs inexistants. Sur Internet, c'est l'excitation perpétuelle: la bourse en ligne, y a rien de plus intense. Faire un profit rapide, c'est un plaisir incomparable.

J'ai toujours été plus petit que les autres de mon âge. Encore maintenant, j'ai de la difficulté à trouver des filles qui ne soient pas plus grandes que moi. Mais sur Internet, je suis le plus fort. Je tue tous les monstres et je bats presque tous les adversaires. Les autres me demandent conseils pour jouer aussi bien que moi. Je suis le King et je n'ai peur de personne! Je crois même que je pourrais devenir champion du monde.


Il est facile, pour chacun de ces exemples, de voir comment une section d'Internet sert à compenser pour une insatisfaction ou une difficulté vraiment importante dans la vie "réelle". Dans chaque cas, Internet vise clairement à améliorer sa vie.

Mais la satisfaction compensatoire recherchée n'est pas souvent au rendez-vous et elle est très rarement complète. On a plus ou moins confusément l'impression de remettre à plus tard la confrontation du problème. On sait, au fond, qu'il s'agit d'une fuite et on en est un peu honteux.

Il arrive souvent aussi que l'usage excessif d'Internet crée de nouveaux problèmes ou aggrave ceux qu'on cherchait à fuir. Notre conjoint commence à s'inquiéter et à se plaindre de notre absence, le patron devient soucieux de notre productivité, etc.

Il demeure cependant que c'est toujours une amélioration et non une autodestruction qui est recherchée. On recherche surtout une satisfaction et la satisfaction compensatoire n'est pas toxique en elle-même. Contrairement à l'alcoolisme et aux toxicomanies, l'excès n'est pas causé par une intoxication.

Cette différence est importante car elle permet de comprendre pourquoi les méthodes de "traitement" qui s'appuient sur l'abstinence sont inefficaces et non pertinentes. Qui penserait à interdire l'usage du téléphone à celui qui abuse des appels aux lignes érotiques ou l'usage de l'automobile à celui qui s'en sert pour faire ses provisions d'alcool? Ce serait une façon sûre d'augmenter inutilement les obstacles à la "guérison" tout en passant complètement à côté des vrais problèmes. Il faut aborder la question autrement.

D. Comment "décrocher"


Même lorsqu'on en fait un usage tout à fait compulsif, Internet n'est donc qu'un moyen. Il sert à nous procurer ce qu'on ne parvient par à obtenir autrement. Il ne répond pas complètement au besoin, mais il le satisfait suffisamment pour demeurer attrayant. En même temps, il laisse un manque; c'est celui-ci qui fait qu'on recommence sans cesse, dans l'espoir de mieux réussir à trouver la satisfaction. En fait, c'est l'inefficacité partielle de la compulsion qui la pousse à augmenter.


1. D'abord identifier le problème

La première chose à faire est d'identifier l'insatisfaction, le manque ou la faiblesse à laquelle Internet cherche à répondre. Peu importe la façon dont on y arrive, si on identifie ce manque, on se donne la possibilité de trouver d'autres solutions plus efficaces et plus complètes. Pour réussir à identifier ce besoin qui est à l'origine de la compulsion, il faut respecter plusieurs conditions.

Mais parfois, la réponse est déjà claire en nous et nous n'avons qu'à la prendre en considération. Les conditions ayant déjà été respectées, nous savons quel manque notre usage d'Internet vise à combler, ou contre quel déséquilibre nous compensons par cette compulsion. Il suffit alors de prendre cette connaissance au sérieux, de lui accorder notre attention et l'importance qui lui revient pour identifier rapidement le problème.

Dans la plupart des cas, la réponse n'est pas déjà claire. Il faut travailler sur les trois conditions suivantes pour découvrir la vraie nature du problème. Ces conditions sont (1) le désir réel de savoir, (2) la sensibilité à nos réactions et (3) l'exploration active.


    (1) Le désir de savoir
Il faut d'abord faire un effort réel de lucidité. Il est en effet nécessaire de vouloir savoir ce qui se passe vraiment. Si on est prêt à se satisfaire de la première réponse sommaire ou si on veut se "dorer la pilule", alors il est inutile d'essayer.


    (2) La sensibilité à nos réactions
Il faut aussi se permettre d'être sensible. C'est à travers ce qu'on ressent qu'on pourra identifier le besoin négligé ou la faiblesse évitée. Nos sentiments et nos émotions seront nos guides les plus fiables, mais à la condition qu'on y soit attentif et qu'on accueille leurs messages.

Cette sensibilité est moins facile qu'on pourrait le croire à première vue. En effet, ces sentiments et émotions nous amèneront à regarder des dimensions importantes de notre vie. Mais ce sont forcément des souffrances que nous y trouverons: des aspects de notre existence qui sont en état de manque ou de déséquilibre important. La tentation de détourner le regard fait donc partie des obstacles auxquels on peut s'attendre. En cours de route, le choix doit souvent être refait: regarder lucidement la réalité en face ou fermer les yeux sur le problème qui est à l'origine de la "cyberdépendance".;


    (3) L'exploration active
La troisième condition est la plus facile à obtenir car elle s'appuie surtout sur une décision consciente et un effort de volonté. Il s'agit de faire des expériences pour s'informer sur les forces qui agissent sur nous. Plus concrètement, on profite du désir compulsif d'aller sur Internet comme d'une occasion pour utiliser les forces qu'il contient au lieu de céder à ce désir. On interrompt "l'activité Internet" et on essaie d'identifier ce qu'on recherche vraiment à travers elle.

Les premières réponses sont souvent peu utiles: on découvre surtout l'angoisse qui monte en nous à cause de l'arrêt qu'on impose à notre action. C'est en cherchant à s'imaginer quelles satisfactions on obtiendrait sur notre site préféré qu'on arrive à identifier ce qui nous manque. En restant en contact avec ce manque et avec les émotions qui surgissent en nous, on peut parvenir à découvrir les insatisfactions auxquelles on cherchait à remédier.

Le succès ne vient pas nécessairement du premier coup, mais la personne qui cherche sincèrement trouve vite des réponses qu'elle reconnaît comme pertinentes. Plusieurs réponses successives peuvent être nécessaires pour arriver à une conclusion suffisamment claire, mais elles apparaissent assez vite à partir du moment où on s'y intéresse vraiment. (Voir la section sur le développement dans "La vie d'une émotion" pour plus de détails sur cette exploration active. )


2. S'occuper de son besoin

Lorsqu'on a bien identifié le besoin auquel notre usage excessif ou compulsif d'Internet cherche à répondre, il reste à découvrir d'autres moyens d'y répondre. Le but n'est pas d'éliminer Internet comme source possible de satisfaction; il s'agit plutôt d'ajouter d'autres moyens à notre arsenal.

Le principe sur lequel s'appuie cette façon de faire est le suivant: plus nous avons de moyens à notre disposition pour atteindre un but, plus il est facile de choisir le meilleur dans chaque situation. Et en choisissant le moyen qui répond le mieux au besoin, nous sommes plus efficaces et plus satisfaits. Il est alors facile d'abandonner le moyen inefficace qui se transformait en compulsion.

Car c'est bien parce qu'Internet répond un peu (mais pas entièrement) au besoin que l'usage devient compulsif. La personne qui répète sans cesse une action est dans une impasse: elle essaie à répétition la seule méthode qu'elle connaît. La part de succès (ou de soulagement) qu'elle obtient l'encourage à persévérer alors que l'échec partiel la pousse à essayer à nouveau.

Mais à partir du moment où on a bien identifié le déséquilibre et trouvé des moyens efficaces de le résoudre, la compulsion n'est plus nécessaire; elle disparaît d'elle-même. Il ne reste alors que l'utilisation normale de nouveaux outils. Internet prend sa place légitime parmi les autres habitudes d'une vie quotidienne plus satisfaisante qu'auparavant parce que les besoins sont maintenant "réellement" comblés.

La recherche des moyens de satisfaction peut prendre bien des formes. Essentiellement, il s'agit de se laisser guider par son besoin et ses émotions pour trouver des pistes à suivre. J'ai décrit et expliqué l'essentiel du cheminement dans "La vie d'une émotion".

Sommairement, je rappelle que le développement (exploration active) conduit naturellement à la prise de signification (comprendre de quoi il s'agit vraiment) et que celle-ci contient déjà clairement les orientations qui guident l'action unifiante (nouvelle méthode de satisfaction). Selon le besoin ou le manque qui est à l'origine de la compulsion, ces étapes ont un contenu différent, mais le "plan de match" demeure semblable.

Certains s'inquiètent de ne pas trouver les solutions au premier essai. Mais comme il s'agit d'acquérir de nouveaux moyens de satisfaction, il est normal de ne pas être habile au départ et de se tromper parfois dans le choix des outils. L'essentiel, pour parvenir au succès, c'est de profiter de chaque essai pour en apprendre un peu plus sur notre besoin ou sur nos habiletés. Il s'agit de prendre chaque expérience comme une occasion d'apprendre ou d'augmenter notre habileté. En gardant cette attitude, on parvient à des solutions satisfaisantes qu'on n'aurait pas pu prévoir au départ.


3. Vérifier l'efficacité des solutions

Comment savoir si on a réussi ou non à bien identifier le besoin et à utiliser le bon moyen? Quand est-il temps de conclure que le problème est vraiment réglé?

Ce qui nous aide le plus à répondre à ces questions, c'est la caractéristique des compulsions dont il a été question plus haut: leur tendance à disparaître d'elles-mêmes dès que le besoin sous-jacent est satisfait. Cette caractéristique permet d'orienter la recherche de solutions (la définition du "traitement"). Mais on peut aussi s'en servir pour s'informer sur la qualité des solutions qu'on a trouvées.

Si la compulsion disparaît, c'est le signe qu'on a réellement réussi à identifier le manque auquel elle cherchait à répondre et que les nouveaux moyens qu'on utilise sont vraiment efficaces. Par contre, si la compulsion demeure inchangée, on doit considérer que les solutions découvertes ne sont pas adéquates ou suffisantes. C'est donc la compulsion elle-même qui sert à évaluer les résultats.

De même, si la compulsion revient après être disparue, il faut conclure qu'on a encore négligé un aspect important de sa vie, peut-être le même qu'auparavant. Il faut y voir l'indice d'un déséquilibre sérieux dans la satisfaction de nos besons. Dans ce cas, la solution ne consiste pas à "se retenir" d'utiliser Internet, mais à revenir aux sources: retrouver le besoin négligé et trouver des moyens adéquats de le satisfaire vraiment.

On a peut-être cessé d'utiliser les nouveaux moyens qui avaient donné des résultats. Si c'est le cas, ce n'est pas sans raison qu'on a abandonné des outils efficaces de satisfaction. La solution exige alors avant tout qu'on comprenne devant quel obstacle on a renoncé ou reculé.

Il arrive aussi que les nouveaux moyens ne soient plus suffisants. Ils ont apporté la satisfaction pendant un certain temps, mais ils semblent être devenus inefficaces. Il est possible alors que ce soit la qualité de satisfaction recherchée qui ait changé et non l'efficacité des moyens. On est devenu plus exigeant et les moyens de satisfaction doivent s'adapter. Dans d'autres cas, ce sont de nouveaux obstacles sur notre route qui rendent la satisfaction plus difficile à atteindre. Un nouveau conflit dans le couple, une déception au travail, un conflit avec une personne chère peuvent ainsi compliquer la recherche de satisfaction. Qu'on soit face à de nouvelles exigences ou à de nouveaux obstacles, la solution est semblable: il faut se remettre à la recherche de nouveaux moyens plus satisfaisants et plus efficaces.

E. Conclusion



En acceptant de considérer la "cyberdépendance" comme une recherche maladroite (et parfois compulsive) de satisfaction, nous gagnons la capacité d'y trouver des solutions qui conduisent à un enrichissement de notre vie. Plutôt que de miser sur une "abstinence" appauvrissante et vouée à l'échec, cette perspective nous permet de continuer à profiter des avantages de cette technologie tout en évitant qu'elle nous serve à éviter ce que nous sommes et à fuir notre vie.

La "cyberdépendance" existe-t-elle? Est-elle une "maladie" du psychisme? J'espère que cette série d'articles a permis d'apporter des réponses humainement satisfaisantes à ces questions trop souvent mal traitées.

Jean Garneau
Décembre 1999

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