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Dépendance affective et besoins humains

Par Michelle Larivey , psychologue


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Vos questions et nos réponses



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Question: Psychothérapie et besoins affectifs

Est-il possible de combler ses besoins affectifs avec son psychothérapeute?

Réponse

Il s'établit toujours un rapport affectif avec un psychothérapeute. Même lorsque ce dernier est peu actif ou expressif, le client éprouve des sentiments à son égard. Le psychothérapeute éprouve aussi des sentiments envers son client.

La relation thérapeutique s'apparente à celle avec d'autres professionnels: le médecin, l'avocat... Elle en diffère toutefois par son objectif et par le degré d'intimité qu'exige celui-ci. Ces différences ont plusieurs conséquences.

En psychothérapie, on cherche habituellement à résoudre des blocages intérieurs. Le client espère ainsi devenir capable d'être lui-même plus librement. L'objectif de la thérapie implique donc un examen soigné de la vie intérieure du client, de même qu'un changement important dans ses façons d'agir.

Pour parvenir à ces objectifs, le client en vient à se révéler plus que dans toute autre relation professionnelle, souvent même plus que dans ses relations avec ses proches. C'est donc une grande intimité qui se développe entre le psychothérapeute et son client.

En principe, le cadre thérapeutique est idéal pour défaire les blocages ainsi que pour travailler à mieux s'assumer. Dans les approches humanistes d'ailleurs, on considère que la personne est égale à elle-même dans son rapport avec le psychothérapeute, c'est-à-dire qu'elle entre en relation avec lui d'une manière qui traduit à la fois ses ressources et ses blocages. C'est pour cela que dans ces approches, le vécu dans le présent à l'égard du psychothérapeute est utilisé comme occasion de "se découvrir", "se comprendre", "s'expérimenter dans du nouveau" et "s'assumer".

Dans cette perspective, il est avantageux pour le client d'exprimer à son thérapeute l'importance qu'il lui accorde et de lui révéler le pouvoir qu'il lui accorde, particulièrement celui de le confirmer comme personne.Le seul fait de prendre ce risque lui permet de s'assumer davantage. Je dirais même que pour exploiter la psychothérapie au maximum, il doit se laisser vivre et exprimer tous ses sentiments à l'égard du psychothérapeute. C'est l'importance du psychothérapeute comme interlocuteur transférentiel qui rend cette expression nécessaire.

En fait, pour résoudre son transfert avec son psychothérapeute (et non pas seulement "comprendre son transfert"), le client doit aussi communiquer "ses besoins" et les prendre en charge. J'ai précisé ailleurs en quoi consiste exactement la prise en charge de ses besoins (cf. Question : "Porter la responsabilité de ses besoins").

En somme, il est vrai que le client peut combler des besoins affectifs avec son psychothérapeute. La psychothérapie peut même être considérée comme un lieu privilégié où apprendre à le faire. (Pour certaines personnes le cadre de la psychothérapie de groupe est moins menaçant, parce que moins intime, pour apprendre à combler ses besoins affectifs.)

Le travail thérapeutique dans cette perspective est possible et peut être rentable, mais à certaines conditions. Premièrement, il est nécessaire que le psychothérapeute comprenne et accepte cette perspective et qu'il soit adéquatement formé à son utilisation thérapeutique. Deuxièmement, il est essentiel que le psychothérapeute respecte les règles d'éthique appropriées. Plus particulièrement, il doit absolument éviter de profiter de la situation (vulnérabilité de son client) pour répondre à ses propres besoins.

Dans une approche thérapeutique où on enseigne à combler ses besoins affectifs, le client peut faire des pas de géants sur ce sujet. Car en plus d'être un pédagogue et un conseiller dans cette démarche d'apprentissage, le psychothérapeute agit comme interlocuteur. Il devient donc une personne qui répond tout en veillant à ce que le client prenne ses besoins en charge.

Mais il ne faut pas oublier que la "réponse" reçue n'est pas l'élément crucial du changement. Ce qui est le plus important, c'est que le client ose "porter son besoin", c'est-à-dire, qu'il parvienne à l'exprimer directement. J'ai parlé de l'importance de cette expression dans l'article "Conquérir la liberté d'être soi-même".

Toute personne qui arrive à porter ainsi son besoin devient éventuellement capable de trouver, dans les situations de sa vie quotidienne, les interlocuteurs qui seront en mesure de la "prendre" avec ce besoin. Cette démarche peut s'amorcer avec le psychothérapeute, mais c'est hors de la thérapie qu'elle trouve son aboutissement. Si on devient capable, dans le cadre de la relation thérapeutique, de prendre le risque d'exprimer ouvertement son besoin, si on y parvient sans s'appuyer sur l'assurance qu'il dira oui à notre demande, il est certain qu'on sera capable d'avoir le même courage avec les personnes importantes de notre vie.


Question: Manigancer pour combler ses besoins affectifs

Je crois souffrir d'un grave problème de dépendance affective. Dès qu'une personne, peu importe qui et pour quelle raison, m'accorde un peu d'attention, j'essaie par tous les moyens imaginables qu'elle devienne obligée à moi. Je fais aussi tout ce que je peux pour qu'elle reste disponible en tout temps pour moi. Quand cela ne se passe pas de cette façon, j'ai très mal et je me sens abandonnée. C'est la déprime.

Réponse

En agissant de manière indirecte ("par tous les moyens inimaginables"), il n'y a aucune chance d'évoluer dans ma dépendance à l'égard des autres. Cela correspond à ce que j'appelle, dans l'article, les façons dysfonctionnelles, qui peuvent même devenir pathologiques, de tenter d'obtenir satisfaction.

Au lieu d'exprimer MOI-MÊME à l'autre son importance, je prends des moyens détournés pour que L'AUTRE se comporte comme si j'avais de l'importance pour lui. C'est comme si je lui "arrachais" des comportements, du temps...

En procédant de cette façon, il est impossible d'évoluer. Comme je ne porte pas mon besoin, je demeure en situation de dépendance, même lorsque j'obtiens de l'autre les réponses que je souhaite.

Lorsque l'autre ne tombe pas dans le piège, il est normal que je sois en mauvaise posture, car je ne peux éviter de constater ma dépendance à son égard. Si j'obtiens ce que je recherche, ma dépendance est moins visible car elle est cachée derrière la "disponibilité" excessive de l'autre. Mais il s'agit d'une illusion car je demeure tout aussi dépendant de cette "présence garantie".


Question: Vie religieuse et besoins affectifs

Si tout humain a des besoins affectifs qu'il satisfait grâce à ses contacts avec d'autres personnes, comment les religieux peuvent-ils garder un équilibre psychique? S'agit-il d'exceptions ou se trouve- t-on dans le domaine de l'inconnu, de l'inexplicable, de la force divine?

Réponse

Les humains ont tous des besoins affectifs. Il n'y a pas d'exception à ce sujet. Mais ils n'ont pas tous recours aux mêmes moyens pour répondre à leurs besoins.

Il existe de multiples moyens de répondre à nos besoins affectifs. Les rapports sexuels en font partie. À travers le contact sexuel, on peut trouver diverses nourritures. Ce peut être une occasion d'obtenir des confirmations sur sa valeur et son impact sur l'autre (je suis aimable, valable, attrayante, satisfaisante sexuellement...) Ce peut être une aussi une simple occasion de vivre un contact agréable ou passionnant, réconfortant, stimulant.

Concernant les besoins affectifs, il faut distinguer deux réalités qui s'imbriquent très souvent: (1) la gestion quotidienne des besoins affectifs et (2) la conquête du droit d'être (incluant le droit à l'existence, le droit à une identité distincte et le droit d'être sexué). Plus sa conquête du droit d'être est avancée, plus une personne trouve normal d'avoir des besoins affectifs et de prendre l'initiative de les combler. Elle peut inventer toutes sortes de manières dans toutes sortes des situations pour le faire. Cela est possible pour les personnes engagées dans la vie religieuse et le célibat comme pour les autres.

La conquête du droit d'être sexué, toutefois, ne peut se faire qu'à travers des contacts de "nature sexuelle". Puisqu'elle consiste essentiellement à obtenir des confirmations sur soi comme être sexuel, elle doit se faire en s'impliquant avec des individus de l'autre sexe. Je ne pense pas, en effet, qu'il soit possible pour quelqu'un de se posséder comme être sexué, s'il ne s'est pas exposé comme tel avec des personnes signifiantes. Mais il ne faut pas oublier que la conquête du droit d'être sexué se fait en bonne partie à l'adolescence. On peut donc s'attendre à ce que tout le monde arrive à l'âge adulte en ayant fait un certain nombre d'acquisitions dans ce domaine.

Les gens qui renoncent à vivre cette dimension d'eux-mêmes choisissent, du même coup, de renoncer à se posséder comme personne sur le plan sexuel. Ils arrêtent le développement de cette diemension d'eux-mêmes. Ce ne sont pas nécessairement tous les religieux qui font ce choix et beaucoup de laïques, même parmi ceux qui ont régulièrement des relations sexuelles, ont fait le même choix. Il faut noter aussi qu'il ne s'agit pas nécessairement d'un choix volontaire. Souvent, ce renoncement est plutôt la conséquence de n'avoir pas voulu prendre les risques nécessaires pour s'assumer.

La conquête du droit d'être sexué est une question assez complexe. Nous n'avons encore aucun article de "La lettre du Psy" qui en explique les nuances. Les personnes intéressées à y réfléchir davantage peuvent toutefois consulter le chapitre 5 "La résolution du Transfert" dans "L'Auto- développement: psychothérapie dans la vie quotidienne".










Question: L’amour à sens unique

Que faire avec quelqu’un que j’aime à la folie mais qui est très froid et distant avec moi ? Je sais que je vais souffrir, mais j’ai quand-même envie de rester avec lui. Même si j’ai l’impression qu’il ne m’accorde aucune importance et qu’il invente toutes sortes de prétextes pour m’éviter, je m’accroche comme une folle et je suis prête à tout pour lui. Est-il possible qu’il soit simplement timide ou qu’il ait des problèmes qui l’empêchent de répondre à mon amour ? Je ne sais plus quoi faire.

Réponse

Il arrive souvent qu’on amorce une relation amoureuse sur des bases aussi fragiles. Parfois, comme ici, c’est le comportement de l’autre qui ne correspond absolument pas à ce qu’on recherche. Dans d’autres cas, c’est nous-mêmes qui donnons une fausse image de ce que nous sommes dans l’espoir de plaire ou de séduire. Comment comprendre qu’une personne soit prête à s’investir intensément alors que tous les indices lui signalent que la relation n’a aucune chance réelle de survie ?

Ce n’est pas en examinant ou en interprétant le comportement de l’autre qu’on peut trouver la réponse. C’est en examinant ce que nous investissons dans la relation malgré les signes clairs que nous donne la réalité. Il faut arriver à déceler quelles sont les vertus magiques que nous accordons à la personne choisie pour arriver à comprendre ce qui nous anime vraiment.

Si je choisis d’aimer “à la folie” quelqu’un qui m’ignore ou me repousse, ce n’est pas sans raison. C’est parce que je trouve “normal” qu’une telle personne ne me rende pas mon amour. Ou bien je ne me considère pas vraiment digne de son amour, ou bien je suis incapable d’accepter son rejet. Dans les deux cas, je suis porté à persister malgré tous les signes qui me disent que cette relation n’a aucun avenir, aucun potentiel réel de satisfaction. Il n’est pas étonnant que ce chemin conduise toujours à des frustrations intenses et des souffrances prolongées.


Je ne suis pas digne de son amour

Si je ne me trouve pas vraiment digne de son amour, je serai tenté de “m’améliorer pour être à la hauteur”. Je tente alors de mettre en valeur des qualités que je n’ai pas vraiment, d’être mieux que ce que je crois être à force d’efforts de volonté et d’application. Dans ce cas, je suis particulièrement porté à mettre en valeur des qualités qui correspondent aux attentes que je devine chez l’autre. Peu importe si ces caractéristiques ressemblent à ce que je suis réellement, peu importe si c’est vraiment ce que l’autre attend d’un partenaire amoureux: ce qui compte c’est d’être à la hauteur des attentes que j’imagine.

Peu importe le résultat de mes efforts, ce que j’obtiens ainsi, ce n’est pas de l’amour. Si je réussis, je me retrouve emprisonné dans un rôle qui ne correspond pas à ce que je suis vraiment. Si j’échoue, je me retrouve dans le vide: loin de ma réalité et confirmé dans mon impression d’être inadéquat. Dans les deux cas, je me suis renié, j’ai perdu contact avec moi-même et j’ai contribué à détruire le peu d’estime de moi qui me restait. Je suis encore plus handicapé pour mes prochaines relations.


Je ne peux accepter son rejet

Dans la question telle qu’elle est posée ci-dessus, c’est plutôt le rejet qu’on ne peut accepter. Le manque d’intérêt de l’être “aimé” a beau être évident, il n’est pas considéré comme une réalité. Pourtant, il est évident qu’on lui attribue une importance énorme.

Une question peut nous aider grandement à voir plus clair dans une telle situation: “pourquoi je tiens autant à être aimé par cette personne en particulier”? D’autres versions peuvent aider à identifier plus clairement les vraies réponses:

  • “Pourquoi je choisis d’aimer cette personne qui n’est pas intéressée à moi plutôt que quelqu’un qui m’aimerait ?”
  • “Qu’est-ce que ça changerait à ce que je suis si cette personne consentait à m’aimer?”
  • “Qu’est-ce que cette personne a de particulier pour que je m’y attache aussi intensément ?”
  • “Est-ce que ce que je vis avec cette personne ressemble à d’autres expériences de ma vie ?”.
Poser ces questions, c’est déjà y apporter des éléments de réponse. C’est parce que cette personne représente quelqu’un d’autre qui a un pouvoir considérable sur mon identité et ma vie que j’y attache une telle importance. C’est à cause des implications qu’aurait son rejet que je suis incapable d’accepter la réalité.

C’est aussi parce que je ne veux pas me résigner à me passer de cette validation fondamentale de ce que je suis que je n’accepte pas le rejet évident. En fait, j’espère convaincre cette personne de ma valeur afin d’acquérir, en la validant ainsi, une valeur personnelle qui ne m’appartient pas encore. (Voir à ce sujet “Le transfert dans les relations” et “Transfert et droit de vivre”.)


L’essentiel de la solution

Dans chacune de ces situations, c’est d’abord sur un retour à soi-même que repose la solution. Plutôt que de céder à la forte tentation d’examiner le comportement de l’autre, c’est à cerner nos vrais besoins que nous devrions investir nos premiers efforts.

Mais cette identification n’est pas une tâche aussi facile qu’on pourrait le croire. Il faut notamment distinguer nos besoins des moyens auxquels nous avons pensé pour y répondre (voir http://redpsy.com/infopsy/noeuds3-qr.html#autre). Il faut aussi identifier notre vrai besoin alors qu’il se dissimule parfois derrière une image familière et rassurante (nos habitudes) ou adopte une forme socialement acceptable (conventionnelle) qui ne le respecte pas vraiment. L’aide d’un psychothérapeute est souvent nécessaire pour parvenir a faire clairement toutes les distinctions nécessaires.

Lorsque les besoins sont bien identifiés, la situation change de façon radicale. Le fait de savoir clairement ce que nous recherchons nous donne automatiquement du pouvoir sur notre satisfaction. En nous laissant le choix des moyens qui peuvent, dans les circonstances où nous sommes, nous procurer les satisfactions auxquelles nous aspirons, cette connaissance multiplie nos capacités et nos occasions de répondre à nos besoins réels.

L’autre personne devient alors un des moyens qui s’offrent à nous. Et souvent, nous constatons alors que cette personne est bien loin de constituer le meilleur moyen pour obtenir satisfaction.

Dans la question telle qu’elle est résumée ci-haut, il est clair que la personne choisie n’est pas un bon choix si on cherche une réponse satisfaisante. Quelles que soient ses raisons, cette personne ne se montre pas disponible. En identifiant bien précisément ce qu’on cherche à satisfaire avec elle, il est possible d’investir ses énergies dans des relations plus prometteuses.


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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

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