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Se renier par la "dépendance affective"
Par Michelle Larivey , psychologue


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Question: qu'est-ce que s'assumer?

Vous parlez souvent de l'importance de "s'assumer ouvertement" pour sortir de différents problèmes, dont la dépendance affective. Qu'est-ce que ça veut dire "s'assumer ouvertement"? Comment pourrais-je faire ça moi qui suis dépendant affectif?

Réponse

S'assumer est la clé du développement personnel. Plus une personne s'assume plus elle est un "sujet" dans sa vie, c'est-à-dire la personne en charge et aux commandes de sa vie. Par conséquent, son expérience est intérieure et valable à ses yeux, plutôt que projetée sur l'extérieur et ébranlée par le doute. Ainsi, plus elle s'assume, plus elle a du pouvoir sur sa vie et plus sa sécurité personnelle va croissant.

À l'inverse, moins une personne s'assume, plus elle se vit comme "objet". Plus elle tente de répondre aux standards d'autrui en se reniant, plus elle s'aliène et devient à la merci de son entourage. Dans ce cas, elle ne s'appartient plus, son pouvoir sur sa vie est limité et sa sécurité diminue régulièrement.

Devenir sujet, confortable avec soi-même et solide avec les autres, est un long processus. Il s'amorce à l'orée de la vie, mais toute personne doit continuer consciemment cette démarche, une fois adulte. J'ai déjà décrit ce qui nous pousse à poursuivre notre développement. (Voir "Aux sources du transfert").

On devient sujet plutôt qu'objet, en s'assumant petit à petit. Les articles "Conquérir la liberté d'être soi-même" et "Fidèle à moi-même" ont déjà traité de ce cheminement. Toutefois, comme il s'agit d'une notion cruciale je vais reprendre l'explication pour préciser davantage.

S'assumer c'est à la fois s'accepter et se prendre en charge. Assumer un besoin signifie donc accepter son existence et prendre en charge sa satisfaction.


1- Accepter le besoin

    D'abord reconnaître le besoin
Le terme accepter, dans ce contexte, veut dire "recevoir", "accueillir". Ce n'est pas une action volontaire mais bien un consentement venant de l'intérieur. Il est donc irréaliste de s'attendre à accepter d'emblée un besoin "conflictuel". Comment une personne "dépendante affective", dont une caractéristique importante est de se renier, peut-elle assumer son besoin d'être reconnue comme réalité valable?

À défaut d'accepter le besoin, on commence par "reconnaître" son existence. On lui fait d'abord une place dans son for intérieur. On fait, par la même occasion, une place à nos réactions à ce besoin: nos craintes, nos objections... Ces réactions peuvent souvent prendre la forme des affirmations suivantes. "Ce besoin est illégitime! "Je suis anormal!" "C'est dangereux d'avoir tant besoin!" "Je me sens vulnérable et je déteste!"

Une fois qu'on a consenti à son existence, il faut reconnaître ouvertement le besoin, c'est-à-dire le vivre devant les autres. Dans un premier temps il est souvent nécessaire de manifester nos craintes et nos objections. La nécessité de montrer nos résistances s'estompe à mesure qu'on assume mieux le besoin.

Pour cette étape plus "publique", le choix des interlocuteurs est crucial: il est indispensable qu'il s'agisse de personnes importantes à nos yeux. Le choix n'est pas compliqué à faire: sont éligibles toutes les personnes devant lesquelles il est difficile d'avouer et de vivre le besoin. Plus la difficulté est grande, plus le pas dans la direction "sujet" sera considérable.

    Respecter ses résistances
Cette démarche est ardue à cause de la peur du rejet. C'est pour cette raison qu'il faut absolument tenir compte de ses résistances. La résistance est un phénomène psychique sain et indispensable à la vie. Elle nous guide pour vivre ce qu'on est apte à vivre, en nous évitant de "perdre les pédales" ou d'être submergé par les émotions.

On tient compte des résistances sur n'importe quel sujet en y adaptant son rythme de travail, notamment en augmentant de façon graduelle l'intensité de la difficulté. Par exemple, en écrivant à une personne avant d'aborder le sujet en direct, en choisissant, d'abord des personnes avec lesquelles on est légèrement plus à l'aise, etc...

C'est en osant reconnaître ouvertement son existence qu'on commence à accepter le besoin. Ce n'est pas surprenant, car lui faire une place permet de l'apprivoiser. En plus, il arrive souvent que la réaction des autres ne soit pas aussi tragique qu'on l'anticipait. On a donc un peu moins de craintes la fois suivante.


2- Assouvir le besoin

Même si on a d'énormes résistances il faut chercher à assouvir son besoin. Cela implique souvent une action de la part de l'autre, mais pas toujours.

    Prendre, mais en contact
"J'ai manqué d'attention dans ma vie. Dans ma famille, les enfants étaient considérés comme "quantité négligeable". Chaque fois qu'une personne m'accorde de l'attention, je suis bouleversée, à la fois réjouie et triste."

Chaque occasion du genre représente une possibilité d'assumer mon besoin de valeur (celui qui me porte à vouloir avoir de l'importance pour l'autre). Pour l'assumer, je dois vivre les émotions qui émergent dans ce contact avec l'autre, les exprimer et demeurer sensible devant la réaction de l'autre. En d'autres termes, je dois demeurer vivante et en mouvement dans ce contact. C'est ce que nous appelons "répondre à ses besoins en étant en contact". Cette méthode permet de s'assumer. À chaque fois que je me porte ainsi, j'augmente ma solidité, je grandis un peu au plan psychique. (Voir "L'expression qui épanouit".)

C'est à la condition d'agir ainsi en contact que je pourrai laisser pénétrer en moi ce que l'autre m'apporte à travers l'attention ou l'affection qu'il m'adresse. C'est donc une condition nécessaire pour nourrir mon besoin.

    Prendre l'initiative
Mon besoin m'appartient. L'autre a ses propres besoins. On pourrait dire que chacun en a plein les bras avec la responsabilité de ses propres besoins. Dans cette perspective, il est juste que chacun prenne ses risques pour sa propre vie. Mais juste ou pas, il est essentiel de porter la responsabilité de la satisfaction de mon besoin car cette condition est indispensable pour que la réponse de l'autre m'atteigne vraiment et que mon besoin soit réellement comblé.

Il y a presque toujours un risque à prendre des initiatives et c'est toujours compromettant. La difficulté est encore plus grande si on résiste au besoin. La crainte s'amplifie aussi lorsque l'importance de l'autre est très grande. Un refus est difficile à encaisser car on le vit comme un rejet et il ébranle notre valeur. Ce qui est extraordinaire pour l'estime de soi, toutefois, c'est qu'un "non" survenant après qu'on ait pris un risque est beaucoup moins déstabilisant. En général, la fierté d'avoir osé se porter l'emporte sur l'impression de rejet.

Pour que le besoin soit assumé, les initiatives doivent, elles aussi, être prises "en contact" (c'est-à-dire en se laissant ressentir, en s'exprimant et en se laissant atteindre par les gestes et les mots de son interlocuteur). Tout ce que l'on fait en se durcissant ou en s'engourdissant pour ne pas ressentir est sans valeur pour aider à s'assumer.

    Se réajuster dans la situation
Quelque fois, il s'agit seulement d'ajouter un geste, une parole, pour satisfaire mon besoin. Serrer davantage son bras, rapprocher ma chaise de la sienne, l'embrasser avec plus d'ardeur... Ça me semble risqué et la tentation est grande de m'abstenir ou de le faire en catimini. Si j'ose le faire en contact, je m'offre une occasion supplémentaire d'assumer mon besoin.

Il se peut toutefois que les autres, surtout les êtres aimés, ne soient pas sympathiques à mon besoin. Il importe alors d'identifier si c'est la manière de le manifester qui est irrecevable ou son existence.

Par exemple, si je cherche à ce que l'autre s'approche pour me prouver son amour en me renfermant sur moi-même d'une manière hostile, ce n'est pas mon besoin qu'il refusera, mais la manière de l'exprimer. D'autres fois, c'est le moment choisi qui l'indispose: je l'aborde pendant qu'il est concentré, par exemple.

De telles informations sur l'impact de ma façon de faire sur l'autre sont capitales. Elles me permettent un réajustement qui peut rendre mes efforts et mes risques plus rentables.

Assumer un besoin conflictuel demande du temps. Le travail se fait plus rapidement si on s'en occupe assidûment, c'est-à-dire tous les jours.


Question: boulimie et dépendance affective

La boulimie ne serait-elle pas la manifestation d'une dépendance affective?

Réponse

On ne peut jamais faire avec certitude une simple équivalence comme celle sur laquelle s'appuie cette question. Il faut examiner ce qui en est pour chaque personne. Heureusement, il n'est pas extrêmement difficile de trouver la réponse lorsqu'on se pose la question pour une personne en particulier.

Mais même s'il était possible de faire une telle déduction générale, elle serait inutile. En effet, la personne concernée doit découvrir elle-même en quoi consiste son problème et à quoi sert son symptôme avant de parvenir à des solutions. Voici donc comment on peut aborder cette question afin d'arriver à des réponses utiles.

Manger abondamment sans avoir faim ou ressentir la faim alors qu'on est repu sont des signes qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Pour savoir de quel signe exactement il est question, il faut y regarder de plus près.

La clarification ne sera pas longue à venir si je demeure attentive à mon expérience (à ce que je vis). Par exemple, en prenant soin d'identifier ce que je ressens au moment de la fringale et en ressentant à fond les sentiments émergés je saurai rapidement quels sentiments et quels besoins me poussent à manger d'une manière compulsive. Je peux porter la même attention à mon expérience pendant que je mange, ainsi qu'après avoir mangé.

Nos rêves aussi méritent une attention car ils peuvent nous en dire long sur nous. Les souvenirs, de même que tout ce que je vis dans le présent et que je peux associer au comportement boulimique, peuvent également être pris en compte.

Tout ne devient pas clair d'un seul coup, mais en faisant de tels exercices à répétition, il est possible de faire des découvertes éclairantes. Des découvertes que personne d'autre que moi ne peut faire (même pas mon psychothérapeute) parce que j'ai un accès à ma vie intérieure que personne d'autre ne peut avoir. C'est cette connaissance de moi "de l'intérieur" qui m'amène à faire ce qu'il faut pour changer.

En fait, si pour me comprendre sur un sujet, je suis prête à consacrer à ce que je vis la même énergie et la même attention minutieuse que je mets à faire un casse-tête, j'y arriverai. L'utilité d'une telle compréhension, "de l'intérieur" et donc spécifique à moi, n'est d'aucune façon comparable aux étiquettes devenues si populaires en psychologie.


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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

    Il vous suffit de nous faire parvenir votre question à



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