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" Apprendre à m'aimer"
(Sortir de la dépendance affective)


Par Michelle Larivey, psychologue


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Vos questions et nos réponses



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?


Question: Amour et dépendance

Lorsque j'aime une femme elle devient le centre de ma vie. J'ai toujours peur qu'elle pense que je l'aime trop et qu'elle me trouve dépendant. Je ne veux pas qu'elle pense que je vais m'accrocher parce que je ne peux pas me passer d'elle. Je camoufle donc mon attachement et parfois cela donne lieu à des situations pénibles. Mais je ne vois pas d'autres solutions car je crains par-dessus tout le rejet.

Réponse

L'attachement fait partie de l'amour. Il exprime le fait qu'on tient à la personne aimée. Si on y tient, c'est parce que son contact est bienfaisant pour nous, qu'il nous permet de répondre à certains de nos besoins. ( Pour en savoir plus, voir la fiche explicative de l'amour )

Lorsque'on aime on est aussi forcément dépendant. Mais cette dépendance ne signifie pas nécessairement qu'on est à la merci de l'autre ou encore qu'il est indispensable à notre satisfaction. La dépendance est liée à notre besoin plus qu'à la personne elle-même. C'est notre besoin qui est incontournable et non la personne aimée qui est indispensable.

Prenons un exemple dans la nature: la plante qui a besoin d'eau. La qualité de son existence et même sa survie dépendent de cet élément. L'intermédiaire par lequel l'eau lui parvient est secondaire pourvu que l'eau soit d'une qualité suffisante et qu'elle soit dispensée au moment approprié. (Un arrosage trop abondant est néfaste.). Que l'eau provienne de la pluie, du jardinier ou d'un système d'irrigation ne change rien pour le bien-être de la plante.

Il en est de même des besoins affectifs. Ils doivent être suffisamment satisfaits pour assurer notre survie psychique et notre épanouissement. Mais les personnes avec lesquelles nous pouvons combler ces besoins sont nombreuses. Il peut donc y avoir plusieurs sources de satisfaction pour chacun de nos besoins. En fait, bien que cela puisse paraître choquant, aucune personne n'est réellement indispensable à la survie ou même au bonheur d'une autre.

Les personnes qu'on peut considérer comme indispensables à la vie ou à l'épanouissement d'une autre sont les parents. Mais même ceux-ci peuvent être remplacés par des substituts (des parents adoptifs, par exemple). On observe d'ailleurs dans la résolution du transfert que les besoins qui n'ont pas été satisfaits dans la relation avec les parents peuvent l'être, bien des années plus tard, dans une relation substitut, c'est-à-dire une relation transférentielle.

Il est impossible et il serait inutile d'éliminer la dépendance au plan affectif. C'est sur notre capacité de tolérer le rejet qu'il faut travailler s'il est trop difficile d'exprimer nos besoins et de prendre les initiatives nécessaires à leur satisfaction. Il est possible et même nécessaire d'arriver à vivre le rejet sans être démoli. C'est un des obstacles qu'il faut apprendre à surmonter si on veut continuer de grandir comme personne.


Question: S'attacher vs s'accrocher

Y a-t-il une différence entre s'attacher et s'accrocher? J'ai tellement peur de m'accrocher que je fais tout pour ne pas m'attacher. Je sais que le prix à payer est la solitude, mais c'est plus fort que tout.

Réponse

Oui, il y a une grosse différence entre s'attacher à quelqu'un et s'accrocher à lui. L'attachement est l'expérience qui découle normalement de l'amour. ( Pour en savoir plus, voir la fiche explicative de l'amour ) On en arrive à "tenir" à la personne ou à l'objet qui nous procure tant de satisfaction. (Voir la question précédente.) Plus la relation est satisfaisante, plus ce lien est fort.

S'accrocher c'est prendre l'autre comme une bouée. On s'appuie sur lui et on compte sur lui pour prendre en main, par exemple, notre vie affective. S'accrocher est donc la manifestation du refus de prendre la responsabilité de nos besoins. (Voir "porter la responsabilité de ses besoins"). Voici les deux principales façons dont cette résistance à soi-même se manifeste.

  1. En misant sur la culpabilité de l'autre pour se faire prendre en charge.

    On lui laisse entendre qu'il est responsable de notre satisfaction, notre bonheur ou notre bien-être. On peut se reposer sur lui passivement: attendre qu'il devine nos besoins, nos préférences, nos désirs, nos frustrations. On peut faire pitié et être sans vie s'il ne s'occupe pas assez de nous. On peut le faire aussi d'une manière plus active: en multipliant les reproches, en faisant des demandes précises auxquelles on ne lui laisse pas réellement le choix de répondre...

  2. En ne laissant pas à l'autre la liberté de dire "non".

    On refuse et on nie la réponse négative de l'autre. On agit comme s'il n'avait pas le droit de refuser de répondre à nos besoins. On le tourmente, le harcelle ou le menace (cela peut aller jusqu'à la menace de suicide). On lui fait payer de toutes sortes de façons le culot qu'il a de ne pas nous aimer assez ou de ne plus nous aimer. Le cinéma a souvent exploité le thème de l'amante délaissée qui se venge. Les journaux nous rapportent des scènes matrimoniales d'horreur: le mari qui assassine la femme qui l'a quitté. Il existe des versions moins extrêmes mais de même acabit: celle qui n'accepte pas le divorce et qui fait payer, sa vie durant, le conjoint qui a osé déranger sa vie en cessant de l'aimer.


Question: Faire fuir en s'accrochant

Pourquoi une personne prend-elle ses distances lorsqu'elle nous trouve trop accrochée à elle?

Réponse

Pour comprendre, il suffit d'imaginer la vie qui se dessine pour celui qui reste aux côtés de quelqu'un qui a tendance à s'accrocher. (Voir question-réponse précédente.) Il n'est pas difficile de voir que la personne qui sert de bouée a d'excellentes raisons de fuir.

Ce n'est pas très nourrissant d'avoir la responsabilité de satisfaire l'autre. Même celui qui est porté à prendre les autres sur ses épaules s'en rend compte après un certain temps. Il sent que son énergie est drainée. Si l'autre est très lourd ou très exigeant, la relation n'est pas nourrissante et peut devenir toxique. Il s'y voit alors dévalorisé et culpabilisé; il ne reçoit lui-même que peu ou pas d'affection et de reconnaissance en échange de sa "générosité".

En plus d'être peu nourrissant, il est lourd d'être l'unique moteur d'une relation. Cela veut dire avoir les idées, prendre les initiatives et faire ce qu'il faut pour être satisfaisant pour l'autre. Il faut en plus réussir tout cela sans avoir accès directement aux besoins, aux sentiments, aux états d'âme de l'autre. Un tour de force impossible!

Enfin, côtoyer quelqu'un qui s'accroche c'est être en présence de quelqu'un qui ne se donne pas la peine d'être vivant. Une personne peu vivante est peu attrayante. La stimulation manque et la relation devient rapidement terne.

Il arrive parfois que de fréquents éclats émotifs donnent beaucoup de couleur à la relation. Mais si les scènes et les querelles ne conduisent pas à des améliorations satisfaisantes pour celui qui se vit comme la bouée, on ne peut considérer ces échanges comme une stimulation pour lui. La couleur émotive ne doit pas dans ce cas être considérée comme un signe de vitalité.

Ce sont les principales raisons qui portent à fuir ceux qui s'accrochent. En résumé on peut dire que, par son manque de réciprocité, une relation avec une personne qui s'accroche draine beaucoup d'énergie tout en étant peu nourrissante.


Question: Être ou ne pas être... expressif

Je ne pense pas être dépendante affective. Mais quand j'aime, j'aime fort et je suis démonstrative. J'ai l'impression de faire peur aux hommes. Dois-je me contenir et faire davantage l'indifférente.

Réponse

Il y a des personnes qui n'aiment pas qu'on soit trop expressif de notre amour, qui sont gênées par les manifestations d'affection. C'est souvent parce qu'elles-mêmes ne sont pas confortables avec leurs propres sentiments ou avec leurs besoins affectifs.

Lorsque ça semble être le cas, on a intérêt à discuter ouvertement de cette question. Le nouveau partenaire préfère-il vraiment que nous contenions nos émotions et notre expression? Si oui, pourquoi?

À la lumière des réponses à ces questions, on peut rapidement savoir si on est intéressé à une relation durable avec cette personne. Il faut prendre une décision et non commettre l'erreur fréquente qui consiste à espérer un changement majeur. Il est illusoire d'établir une relation sur l'espoir que l'autre changera. Il n'est pas plus réaliste de croire qu'on parviendra à se satisfaire d'une relation où il nous faut neutraliser notre expressivité naturelle.


Question: Les émotions contradictoires

Je tente de m’appuyer sur les deux piliers fondamentaux que vous énoncez: reconnaître ce que l’on vit réellement et développer sa capacité de porter son expérience devant des personnes importantes. Mais je suis dans une impasse. Je ressens profondément ancrées en moi deux tendances contradictoires. D’un côté, une envie de symbiose avec l’autre, une recherche de chaleur et de douceur, un désir de contact tendre et intime. De l’autre, une colère terrible, permanente, qui remonte en surface de temps à autre et qui voudrait détruire toute expérience imprégnée d’amour. Je dois reconnaître que les deux sont réelles et font partie de moi, mais je ne sais pas dans quelle direction partir. Je ne peux négliger aucune de ces vérités en moi. Comment sortir de cette confusion ?

Réponse

Je sais qu’il peut être troublant de ressentir des émotions opposées et aussi intenses que ce que vous décrivez. Il est tentant de penser qu’il vaut mieux privilégier une de ces expériences et camoufler l’autre autant que possible. Cet écartèlement est difficile à accepter pour deux raisons principales.

Premièrement parce que nous ne savons pas ce que sous-tend cette expérience. Plus nous résistons à lui faire une place réelle, plus il est impossible d’en comprendre la vraie teneur. Le chapitre “La vie d’une émotion” dans le livre Les Émotions source de vie décrit en détail comment on peut faciliter son processus émotionnel pour comprendre en profondeur son expérience psychique.

Deuxièmement, il est gênant d’avoir des émotions extrêmes et mystérieuse en présence d’une autre personne. Si en plus il s’agit d’émotions qu’on éprouve envers elle, c’est encore plus embarrassant. Mais si on arrive à laisser cette émotion se dérouler il est certain qu’on en trouvera le sens. Elle prendra alors une signification qui nous apparaîtra fort précieuse.

Il n’est pas facile de s’autoriser à vivre à fond cette émotion devant l’autre. À cause de cela, il peut être judicieux de se retirer lorsqu’elle survient. Il faut alors prendre soin de ne pas chasser ce que l’on vit mais, au contraire, de demeurer ouvert pour le ressentir à fond et laisser apparaître tout ce qui vient à ce sujet. Souvent il est bien utile d’écrire dans son journal, à mesure que se développe l’expérience émotionnelle.

Lorsqu’on est plus confiant dans son expérience émotive, on peut tolérer de demeurer dans l’inconnu même devant l’autre. Par exemple, on ne comprend pas pourquoi on éprouve cette vive colère, on ne sait pas ce qui nous pousse à vouloir rejeter massivement l’autre ou un comportement précis qu’il a eu, mais on accepte de réagir ainsi. C’est une acceptation aveugle qui repose sur la conviction que nous avons une “bonne raison” intérieure de réagir ainsi. Un peu plus tard, en restant en contact avec notre expérience, on finit par comprendre.

Mais si on n’arrive pas à s’abandonner à ces expériences intenses il est possible qu’une psychothérapie soit nécessaire. Le psychothérapeute nous aidera à acquérir les attitudes et les habiletés nécessaires pour y arriver.


Question: Aider son conjoint à résoudre ses problèmes

Comment quelqu'un qui est sûr de ses besoins en amour et qui est allé au fond de lui-même pour s'assurer de ses sentiments, de ses besoins face à sa relation et de ses besoins personnels peut-il aider sa conjointe à traverser le désert de la dépendance affective sans y laisser sa propre peau ?

Réponse

Même les spécialistes du domaine n'osent pas s’y aventurer ou essayer de faire la psychothérapie de leurs proches. En tant que conjoint, on est trop impliqué pour être vraiment utile, sauf en tant que personne réelle avec des réactions réelles. Le rôle d'aidant devrait toujours être assumé par quelqu'un d'autre (même si les étudiants en psychologie sont souvent tentés de croire le contraire).

Cette prudence n’est pas limitée aux psychothérapeutes. Dans plusieurs professions, on considère qu’il est naïf, maladroit ou contraire à l’éthique de prendre des proches comme clients. Mais en psychothérapie cette réalité est encore plus évidente à cause de la nature de la relation thérapeutique.

Il faut comprendre que la relation entre un thérapeute et la personne qui le consulte n’a rien d’une relation “ordinaire”. En effet, la personne qui demande de l’aide se met volontairement dans une position de grande vulnérabilité en exposant ses faiblesses et ses doutes. Elle doit pouvoir compter de façon absolue sur le fait que son psychothérapeute n’utilisera pas contre elle le pouvoir qu’elle lui donne ainsi et qu’il se consacrera entièrement à la poursuite de son mieux-être.

Une autre dimension est essentielle au succès: le fait que la personne désire vraiment être aidée. Tous les psychothérapeutes l’apprennent très rapidement: on ne peut aider une personne malgré elle ou à son insu. Ce n’est pas une question de bonne volonté ou d’habileté, c’est une affaire de motivation et une condition essentielle pour que les apprentissages et les progrès soient vraiment assimilés.

La maturité personnelle ou la pureté des motifs de la personne qui veut aider l’autre ne sont pas des garanties suffisantes de la qualité de l’intervention. Si nous avons beaucoup à gagner personnellement à travers les progrès ou les succès d’un autre, nous ne sommes pas en mesure de l’aider vraiment car nous n’avons pas tout à fait la capacité de le laisser faire ses choix, notamment ceux qui pourraient lui convenir tout en nuisant à nos intérêts ou à notre satisfaction. En tant que conjoint, nous avons toujours beaucoup à gagner ou à perdre dans le cheminement de notre partenaire.

Cette limite définit en même temps l’utilité réelle d’un conjoint ou d’un proche dans la psychothérapie d’une personne: être un interlocuteur, une personne réelle qui donne accès à ses vraies réactions. Malheureusement, la plupart des gens ont justement tendance à faire l’inverse: à faire des efforts énormes pour aider, quitte à se renier complètement.

La personne qui entreprend une psychothérapie trouve un professionnel du domaine pour l’aider. C’est avec celui-ci qu’elle obtient le support, l’empathie, les questions habiles, les interprétations et les explications qui l’aident à voir plus clair en elle-même et dans sa situation. Mais ce contexte favorable est vite limité s’il ne s’appuie pas sur des expériences de vie réelle dans des relations plus “normales”.

C’est avec les personnes qui peuplent sa vie de tous les jours qu’elle peut vivre ces expériences: avec son conjoint, ses enfants, ses parents, ses frères et soeurs, ses collègues, ses patrons et subalternes. Sans ces interlocuteurs représentants du quotidien, la psychothérapie se déroule en vase clos, dans un vide interpersonnel qui élimine artificiellement les contraintes de la réalité extérieure et laisse faussement croire à une toute-puissance de l’imaginaire et de la vie intérieure. Mais dans la mesure où elle obtient de son entourage des réactions authentiques et claires, elle peut profiter du contexte thérapeutique pour examiner et comprendre les événements de son existence réelle.

En somme, nous recommandons toujours d'inviter un proche qui a besoin d’aide à consulter un professionnel de la psychothérapie. Ça lui permet d’obtenir une aide de meilleure qualité tout en bénéficiant de la contribution essentielle d’une personne réelle dans sa vie de tous les jours. Et ça permet à l’autre de continuer à assumer ses responsabilités comme personne vivante: voir à sa sécurité personnelle et à la satisfaction de ses besoins.

Mais attention: ce ne sont pas la plupart des médecins ni tous les psychologues ou psychiatres qui ont la compétence pour faire de la psychothérapie. Il leur faut une formation pratique spécialisée en plus des diplômes nécessaires à l’obtention de leur titre professionnel.


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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

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