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Deuils et séparations
Par Jean Garneau , psychologue


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Vos questions et nos réponses



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?

 
Question: refaire ma vie avec un homme

Je ne comprends pas pourquoi je ne rencontre aucun homme avec qui je pourrais refaire ma vie. Je suis seule depuis plus de six ans avec mes trois grands enfants. J’en ai assez d’être seule et je manque cruellement d’affection et d’amour. J’envie mes amies qui ont un conjoint et vivent de belles choses à deux alors que moi personne ne m’attend à la maison et j’ai perdu espoir de rencontrer un homme. Pourtant, à 41 ans, je suis très jolie et une vraie bonne personne.

Il me semble que ca fait assez longtemps que je suis seule. Ma vie est très bien remplie. Je travaille et j’ai plusieurs activités mais la vie à deux me manque. C’est un gros vide dans ma vie. Que puis- je faire?

Réponse

Qu’on ait perdu son conjoint par un divorce ou un décès, il n’est pas facile d’établir une nouvelle relation amoureuse de qualité. Plusieurs obstacles plus ou moins évidents se dressent alors sur notre chemin.

    Les principaux obstacles
D’abord, on est blessé. Dans le cas d’un divorce, la fin de la relation a toujours été difficile, même dans les séparations les plus conviviales. L’échec de la relation laisse toujours des cicatrices psychiques importantes. Même dans le cas d’un deuil, la blessure est importante: on a perdu, sans que ce soit par choix, une personne à qui on tenait encore. Ce déchirement est toujours douloureux.

Pour éviter une nouvelle perte ou de nouveaux conflits, on est naturellement porté à aborder toute nouvelle relation avec une plus grande prudence et même avec méfiance. Intérieurement, on n’est pas disponible pour une nouvelle relation. Même le conjoint idéal serait inadéquat pendant cette période de fermeture.

En plus des blessures, il faut considérer les habitudes. Plus la vie à deux a duré longtemps, plus on y a développé des façons d’être et d’agir qui résultaient d’une adaptation réciproque. Ces habitudes permettent une importante économie d’énergie psychique en nous permettant de connaître à l’avance les résultats probables de diverses façons de faire. On sait comment approcher l’autre, comment provoquer une chicane, à quels moments il est plus disponible, quand il ne faut pas l’interrompre, etc. Toute nouvelle relation est nécessairement laborieuse à cause de l’absence de ces “sentiers battus”. Et tout nouveau conjoint est nécessairement évalué en fonction des meilleurs résultats de ces raccourcis automatiques et faciles que sont les habitudes et les rituels de l’ancienne relation.

Il y a aussi l’âge dont les effets sont multiples. À 15 ans, on est en pleine exploration: on apprend qui on est, comment sont les autres, qu’est-ce que l’amour, etc. On se lance plus facilement dans une nouvelle relation sans grandes précautions. Mais à 40 ans, on a une identité mieux établie, on sait ce qu’on attend d’une relation amoureuse, à quoi on tient dans plusieurs secteurs de sa vie (travail, famille, loisirs), nos goûts et nos activités sont plus clairement définis. Tout ceci nous rend nécessairement beaucoup plus sélectifs dans la recherche d’un conjoint possible. Les points communs à découvrir peuvent facilement être nombreux et très précis. Sans compter le sentiment d’urgence ou la perte de confiance qui viennent facilement avec les années.

Mais l’obstacle le plus important à l’établissement d’une nouvelle relation est probablement la peur de l’intimité. Créer un lien personnel capable de devenir une relation de couple exige un investissement personnel et une ouverture qu’on ne peut faire à la légère. C’est exigeant, impliquant, bouleversant, blessant, troublant et profondément “dérangeant”. Toute relation d’intimité réelle ne peut faire autrement que nous changer. Même lorsqu’on croit être prêt à une nouvelle relation, on n’est pas nécessairement disposé à accepter les bouleversements qui en font nécessairement partie.

    Que faire ?
La première chose à faire est d’évaluer très lucidement notre degré réel d’ouverture à une nouvelle relation. Ce que je vois le plus souvent dans mon bureau, ce sont des personnes qui croient être à la recherche de l’âme-soeur alors qu’elles sont fermées à double tour. Il est facile de croire que tous les partenaires intéressants sont déjà pris, qu’on a la malchance de ne rencontrer que des personnes profondément perturbées, qu’il n’y a aucun candidat potentiel dans notre environnement ou que tous ont les défauts les plus graves de notre ancien conjoint. On peut facilement s’illusionner à ce sujet en discutant longuement avec les amis des défauts évidents chez les candidats inadéquats qu’on a rencontrés.

Comment savoir si on est réellement disponible ou si on s’illusionne en se cachant à soi-même une fermeture défensive? Les indices sont nombreux. Voici quelques questions qui peuvent nous mettre sur la piste de nos vraies attitudes par rapport à la nouvelle relation.

    Est-ce que je m’entête à utiliser une méthode qui m’apporte habituellement des résultats non satisfaisants (retourner aux mêmes endroits, aborder les gens de la même façons, interpeller le même genre de personnes, ...)?

    Est-ce que j’adopte une attitude active ou passive dans ma recherche? (Attendre qu’on me trouve, qu’on m’invite, qu’on m’aborde, qu’on me réinvite, qu’on me séduise, qu’on me fasse des propositions, ...)

    Est-ce que mes critères sont axés sur l’exclusion ou la sélection? (Des critères qui identifient les satisfactions que je recherche ou qui définissent les genres de problèmes ou d’inconforts que je veux éviter.)
Il est facile de s’obstiner aveuglément au lieu de persister dans sa recherche. On peut facilement attendre que quelqu’un nous trouve au lieu de chercher vraiment. Il arrive souvent qu’on soit plus occupé à justifier nos refus qu’à trouver la personne qui nous convient. Ces erreurs stratégiques ne sont pas des accidents; il s’agit typiquement de façons indirectes d’exprimer une fermeture qu’on n’ose s’avouer clairement.

Si je découvre que je ne suis pas aussi disponible que je le croyais, j’ai tout intérêt à m’occuper de cet obstacle avant tout. Tant que je ne serai pas plus ouvert, mes efforts sont voués à l’échec. Il vaut mieux consacrer mon énergie à comprendre plus lucidement mes objections, à voir pourquoi je ne veux pas vraiment m’impliquer à nouveau dans une relation importante. Une fois ce problème résolu, le succès ne devrait pas se laisser attendre longtemps.

Si l’obstacle n’est pas dans un refus dissimulé de m’impliquer dans une nouvelle relation, il se trouve peut-être dans le refus de la nouveauté. En effet, l’établissement d’une véritable relation intime avec une nouvelle personne implique une large part d’inconnu et de changement personnel. Je ne peux reproduire vraiment mes anciens modèles avec une personne différente. Il faut accepter de créer de nouvelles façons d’être et de faire pour tenir compte des deux personnes à la fois.

C’est donc une attitude d’exploration et de création qu’il faut pour aborder la recherche d’une nouvelle relation. Il faut être prêt à vivre des expériences nouvelles et à s’ouvrir à des réalités différentes (en nous et chez l’autre) pour qu’un lien respectueux des deux personnes puisse se développer.

Il faut aussi être prêt à ce que diverses relations se développent dans des directions différentes. On ne peut décider à l’avance si on trouvera l’amour, l’amitié ou un contact social superficiel en abordant une personne qu’on ne connaît pas encore. Mais on a toujours le choix de se rendre disponible à la réalité de ce qui se développera dans le contact.

C’est seulement avec le temps qu’on peut dire qu’une relation est durable. C’est uniquement à l’usage qu’on peut conclure qu’une relation nous satisfait. C’est à travers l’expérience concrète du contact soutenu qu’on peut cerner quelles satisfactions particulières une relation nous apporte. Au départ, il ne peut s’agir que d’une aventure, du point de départ d’une expédition à la recherche d’un bonheur qui ne sera jamais définitivement acquis.


Question: le deuil sans parole

Il arrive que les nourrissons ou les bébés soient en deuil: ils perdent leurs parents, changent de famille d'accueil ou sont adoptés dans un autre pays. Comme ils ne parlent pas encore, ils sont mal équipés pour exprimer ce qu'ils ressentent et réussir la résolution du deuil. Comment peut-on les aider à faire ce cheminement ?

Réponse

Il est impossible de donner une réponse simple à cette question: plusieurs facteurs entrent en jeu pour rendre cette situation très complexe. Il faut tenir compte de l'âge de l'enfant, bien sûr, mais aussi de la qualité de sa relation antérieure avec le parent disparu (ou ce qui en tenait lieu). Il faut aussi prendre en considération le fait qu'une période de carence plus prolongée laisse des séquelles plus graves. On doit aussi tenir compte de la qualité de présence des "nouveaux parents". L'ampleur des problèmes et la nature des solutions dépendent de tous ces aspects.

Plus il s'agit d'un jeune nourrisson, plus le deuil n'a pas d'importance comme tel. L'existence d'une autre personne (mère) n'a pas d'autre réalité que les sensations qui sont éprouvées à son contact, une façon de se sentir pris, bercé, nourri. Lorsque la personne n'est pas directement en contact avec lui par la vue, l'ouïe ou le toucher, elle n'existe pas aux yeux du nourrisson. En changeant de personne, ce dernier peut être sensible à la différence dans ses sensations (ce ne sont plus les sensations familières), mais il pourra rapidement s'y habituer dans la mesure où elles sont agréables.

Plus l'enfant grandit, plus la perte d'une personne qui s'en occupait devient difficile à tolérer (même lorsque la satisfaction était peu élevée). La sécurité qui vient de la présence d'une personne connue et familière prend alors une importance accrue. Pour cette raison, il faut se soucier davantage de la transition entre une ancienne et une nouvelle mère chez le bébé. La relation avec une personne en particulier, même lorsqu'elle n'est pas physiquement présente, est établie dès 8-9 mois.

Pour bien comprendre ce qui se passe, il me semble utile de m'appuyer sur la théorie de l'expériencing qui dit (entre autres) que l'expérience vécue dépend directement de la façon dont elle est symbolisée (i.e. traduite à travers des mots, des gestes, des images, etc.). Autrement dit: nous ne pouvons réellement ressentir des émotions sans les symboliser et nous ne pouvons vivre que ce que nous sommes capables de symboliser.

Le nourrisson dispose de peu de symboles pour traduire son expérience: il a des sensations qu'il peut reconnaître et des moyens d'expression limités (pleurs, cris, sommeil...). Son expérience intérieure a une forme équivalente: surtout des sensations globales et des états généraux (bien-être, malaise, douleur). Ces expériences ne sont pas nécessairement (de son point de vue) reliées à des objets ou des personnes extérieurs à lui. Il n'est pas tellement pertinent, dans ce cas, de parler de deuil. La qualité des traitements reçus et du contact avec les personnes qui en prennent soin est, de loin, plus importante que l'identité des personnes.

Peu à peu, les instruments de symbolisation se développent et, avec eux, la qualité et la précision des expériences vécues. À compter de l'âge de 8 mois environ, le bébé commence à "concevoir" que la personne ou l'objet qu'il ne voit pas continue d'exister. Il lui est donc possible de s'attacher réellement à un individu particulier et, par conséquent, de souffrir de sa perte. S'il vient alors à être privé de la personne qui s'en occupe, il aura besoin d'une période de transition pour remplacer l'ancien lien par un nouveau. Un objet (la "doudou") peut alors être très important pour aider à "conserver" le lien rassurant avec l'ancienne personne.

Mais l'essentiel, c'est que l'expression puisse se faire librement, de la façon qui correspond au développement du bébé. Les réactions, les émotions doivent être encouragées et favorisées pour permettre de vivre la peine dans son ampleur véritable. Le mode d'expression est moins important: il sera adapté aux capacités du bébé selon son niveau de développement. Avec l'âge, les pleurs et les cris feront place au jeu symbolique, puis aux mots. L'important, c'est que l'expression se fasse. On peut être très utile si on reçoit cette expression de façon sereine et rassurante sans chercher à l'arrêter.

Il demeure que l'adoption d'un enfant est une aventure dont on ne connaît jamais à l'avance les obstacles. On ne peut connaître vraiment la qualité des soins et des relations qu'il a connues. On peut donc s'attendre à des surprises multiples et à un apprivoisement qui exige une grande patience. La satisfaction de donner une nouvelle chance pour une vie entière peut cependant être une récompense d'une qualité inestimable.


Question: la haine comme outil pour se séparer

Par expérience, je crois que le rejet ou la haine de la personne est une façon peu honorable mais efficace de mettre fin à la relation et de devenir prêt à passer à autre chose. Si je ne coupe pas de cette façon après une rupture, il me semble que je tombe dans un profond marasme. Je sais que c'est une fuite, mais il me semble qu'elle m'est utile. Est-ce qu'il y a des inconvénients à cette façon de faire?

Réponse

Il est vrai que le deuil semble moins douloureux lorsqu'on rejette la personne complètement, même sous de faux prétextes. On s'ennuie moins (ou pas du tout) de l'autre. On ne rêve pas à renouer pour retrouver les satisfactions perdues. On arrive même parfois à se trouver "bien débarrassé".

Pourtant, la douleur de la perte demeure réelle. Les manques ne sont pas moins vifs, ils sont seulement exclus de notre champ de conscience. Notre attention est simplement détournée vers notre colère ou vers les défauts de la personne perdue. C'est parce qu'on regarde ailleurs qu'on a l'impression de moins souffrir de la rupture, un peu comme si on allait "se changer les idées" en regardant un film captivant.

On pourrait dire qu'il n'y a pas de vrai problème dans cette façon de faire. Une douleur réelle qu'on ne ressent pas n'est-elle pas préférable à une souffrance consciente qui nous empêcherait de vivre?

Peut-être pas! La tristesse qu'on se cache en s'occupant à autre chose ne disparaît pas; elle nous rattrape dès que notre divertissement cesse de nous captiver. Ce n'est que partie remise. Mais là n'est pas le plus important.

Ce qui est vraiment grave dans l'utilisation du rejet pour éviter le deuil, c'est le sort que cette tactique fait subir à nos besoins. En rejetant la personne au complet, on doit rejeter tout ce qu'il y avait de satisfaisant dans notre relation avec elle, tout ce à quoi on tenait vraiment. Autrement, il nous serait impossible de croire à notre haine.

C'est donc à certains de nos besoins, ceux que cette personne comblait, que nous renonçons en niant la valeur de la personne et la douleur que nous avons en la perdant. Et notre prochaine relation sera appauvrie d'autant: ayant rejeté nos propres besoins, il nous sera très difficile de nous investir vraiment avec une autre personne dans le domaine particulier de ces besoins que nous avons reniés. Si jamais nous parvenons à redonner de l'importance à ces besoins, ce sera avec une grande crainte et bien des précautions.

Vaut-il mieux souffrir intensément d'un deuil important en reconnaissant la valeur de la personne qu'on a perdue et les satisfactions qu'elle nous procurait? Est-il préférable d'éviter cette souffrance en rejetant complètement la personne et en la considérant comme exécrable?

Dans le premier cas, on conserve une relation avec une personne dont les qualités ont une valeur à nos yeux, mais on conserve également la possibilité d'accorder de l'importance aux besoins qu'elle permettait de satisfaire et de s'investir avec quelqu'un d'autre pour les satisfaire à nouveau. Dans l'autre cas, c'est à la personne et aux besoins qu'on finit par renoncer, en limitant d'autant notre capacité de vivre.

Personnellement, je sais quelle option je préfère entre les deux! Mais il arrive que des gens croient préférable de sacrifier certains besoins dans l'espoir de moins souffrir.


Question: la vie après la mort

J'ai perdu une personne très chère dans un accident il y a plusieurs années. Je n'arrive pas à y renoncer et je continue de lui parler intérieurement, comme si elle était vraiment présente. Je ne peux accepter l'absurdité de cette mort prématurée. J'ai beau avoir une vie riche et passionnante, je demeure une handicapée de la vie, incapable de combler mon vide intérieur. Pourtant, je m'implique avec tout mon coeur dans mes relations avec ceux qui m'entourent.

Il me semble que la seule solution est de communiquer avec elle, avec son esprit qui existe toujours quelque part. Il me semble qu'en y parvenant, je pourrais être un peu apaisée. Est-ce possible?

Réponse

Plus on perd une personne précieuse, plus il est difficile d'accepter la perte et de renoncer à ce qu'on avait investi dans cette personne. Il est difficile de renoncer à la personne et aux satisfactions qu'elle nous apportait, mais aussi de renoncer à toutes celles qu'on espérait obtenir éventuellement.

Si on ne réussit pas à renoncer à la personne, à accepter qu'elle ne soit plus là, on garde certains de nos besoins attachés à cette personne et on en devient un peu prisonnier. Dans ces situations, le temps n'arrange rien: on peut rester longtemps amputé ainsi d'une partie de notre vitalité et de nos satisfactions les plus importantes. Tant que nos besoins restent accrochés à la personne disparue, ils ne peuvent être vraiment comblés avec toutes les autres que notre vie nous donne l'occasion de rencontrer. Ce ne sont pas les occasions qui manquent, c'est notre disponibilité intérieure.

Nous vivons l'équivalent lorsque nous disons à notre conjoint: "ce n'est pas être aimé que je veux, c'est que TOI tu m'aimes". Nous décidons alors de limiter la satisfaction de notre besoin à ce qu'une personne en particulier pourrait nous apporter. Nous prenons alors notre moyen de satisfaction préféré (le contact avec cette personne) pour notre besoin lui-même. En les rendant indissociables, nous garantissons que notre besoin ne pourra être satisfait. Habituellement, c'est dans les situations où nous n'avons pas confiance en nos ressources que nous ne faisons ce choix maladroit. Nous ne croyons pas en notre capacité de trouver sans aide la satisfaction que nous avions l'habitude d'attendre de cette personne particulière.

Espérer une satisfaction avec la personne disparue est le plus court chemin vers la frustration. Le fait de croire qu'on communique vraiment avec elle au-delà de la mort physique peut nous illusionner, mais ne nous procure pas réellement les satisfactions recherchées. Malheureusement, c'est souvent le contact direct avec nos besoins réels que nous perdons par la même occasion. Ils deviennent flous, notre insatisfaction reste vague et globale, et nous sommes de plus en plus impuissants à trouver des réponses qui permettent vraiment de les combler.

La meilleure solution à une telle situation est de chercher à revenir vraiment à la vie présente et tangible, aux satisfactions qu'on peut ressentir directement dans notre corps et non seulement dans notre conscience. Il faut, pour y arriver, accepter réellement le fait que l'autre n'est plus présent et que notre satisfaction n'est possible qu'avec les personnes qui existent concrètement dans notre environnement.

C'est ce choix, ce renoncement douloureux, qui seul peut nous libérer. Mais dès qu'on le fait vraiment, on devient capable de trouver d'autres personnes qui sont dignes de notre amour et avec qui nous voulons partager l'essentiel de notre vie. Elles peuvent se présenter d'abord comme des "transferts" (des personnes un peu équivalentes à celle qu'on a perdue). Si c'est le cas, on peut se servir d'elles pour compléter en partie notre relation avec l'autre et faire plus facilement le passage vers de nouveaux interlocuteurs. (Voir "Transfert et droit de vivre " à ce sujet.)

En somme, il ne faut pas oublier que le deuil interminable est celui où on rejette nos besoins par peur de renoncer à la personne disparue. Parfois c'est par peur de l'inconnu et des risques inhérents à toute nouvelle relation que nous faisons ce choix stérile. Parfois, c'est par une sorte de fidélité à la personne aimée: on ne veut pas la trahir en s'investissant ailleurs de la même façon ou avec la même intensité. Souvent aussi, c'est parce qu'on a perdu confiance dans nos moyens de trouver la satisfaction recherchée (après l'avoir obtenue assez facilement pendant un certain temps). La plupart du temps, c'est une combinaison de toutes ces raisons qui nous amène à reculer devant le défi d'une nouvelle vie.


Question: un "break" dans notre relation

Mon amant m'annonce qu'il veut prendre une distance pour quelques temps. Il a besoin de réfléchir sur notre avenir ensemble et trouve que "ça va trop vite". Il dit aussi qu'il n'est pas encore complètement guéri de sa dernière rupture, même s'il m'avait dit le contraire. Pourtant, cette relation était bonne pour nous deux: elle nous avait redonné le goût de vivre.

Pour moi, ce "break" c'est le début de l'agonie d'une relation en "phase terminale". Je ne veux pas rompre, mais ça me semble inévitable. Et en plus, parce que je reste dans le doute, je ne peux rien faire pour vivre mon deuil et tourner la page. Je ne peux pas, non plus, compléter la relation, parce qu'il ne communique plus avec moi. Je reste en suspens en croyant que tout est fini entre nous sans comprendre pourquoi.

Réponse

Je crois que cette proposition de temps mort arrive toujours lorsqu'une personne trouve que la relation prend trop de place dans sa vie. Plusieurs raisons peuvent amener cette demande; il ne s'agit pas nécessairement du début d'une rupture. Par exemple, la personne qui a peur de s'être trop attachée, celle qui désire fréquenter quelqu'un d'autre sans être infidèle, celle qui craint d'être trop dépendante ou qui croit le devenir, celle qui a l'impression que ça va trop vite, celle qui veut rompre mais ne veut pas faire de la peine, etc.

Souvent, la personne à qui on demande ce temps mort a tendance à opter d'emblée pour la dernière option: elle croit que l'autre veut rompre mais n'ose pas le dire clairement. Il est possible que ce soit la bonne explication, mais cette opinion correspond peut-être plus à ce qu'on craint qu'à la réalité.

On arrive à de meilleurs résultats en s'appuyant sur tout ce qu'on connaît de la relation et de son développement pour se faire une opinion sur ce qui se passe vraiment. À partir d'une vision d'ensemble plus réfléchie, il est plus facile de faire des choix qui nous conviennent vraiment.

Il ne faut pas oublier que lorsqu'une personne vient de vivre une rupture douloureuse, il lui est généralement difficile de s'engager réellement. Le désir de ralentir le rythme, d'espacer les contacts n'est pas nécessairement le signe d'une tiédeur nouvelle, mais souvent l'indice d'une peur d'être brûlé à nouveau. Ça ne signifie pas nécessairement une diminution de l'amour et ce n'est pas la preuve que ce qu'on a vécu auparavant était faux. Au contraire! Plus la relation est attirante, plus on est tenté de s'y lancer complètement, plus cette relation représente un danger de se tromper, d'être blessé à nouveau.

En somme, je crois qu'il ne faut pas donner arbitrairement à cette demande une signification qui corresponde à nos peurs. C'est une possibilité, mais il y en a plusieurs autres. Seul un examen lucide de l'ensemble de notre expérience commune récente peut nous amener à un diagnostic valable de l'état de la relation. Une fois cet examen complété il n'est pas trop tard pour décider d'investir dans la relation ou d'en faire son deuil.

Pour ce qui est de compléter une relation alors que l'autre refuse de nous rencontrer, j'en traite dans une des prochaines questions.


Question: le plus difficile: deuil ou séparation ?

Je ne suis pas entièrement d'accord avec la partie de votre article qui annonce le deuil comme étant potentiellement plus facile à supporter qu'une séparation. Je crois que le renoncement en cas de deuil peut être plus frustrant, car le deuil tue aussi l'espoir. On peut sombrer dans un sentiment de révolte vis-à-vis d'une situation contre laquelle on ne peut rien, et de là, vers l'angoisse et la dépression.

Réponse

Il est en effet possible de se révolter contre une situation à laquelle on ne peut rien. Une telle révolte conduit éventuellement à la rage (colère mêlée d'impuissance) ou à la dépression (colère retournée contre soi). Dans les deux cas, la personne se retrouve dans l'incapacité (au moins temporaire) de mettre un terme à la relation.

Je crois cependant que la révolte est tout aussi possible, de même que la rage ou la dépression, lorsqu'on est abandonné par une autre personne sans avoir de moyens de se défendre efficacement. C'est l'incapacité d'agir efficacement qui est au coeur de cette révolte. Lorsque la mort est vue comme une réalité inéluctable, elle peut amener à se révolter. Lorsque la volonté de l'autre est considérée comme toute-puissante, elle a les mêmes effets.

Si j'écris que le deuil est plus facile à supporter, c'est précisément parce qu'il autorise moins l'espoir. Il nous force un peu plus directement à constater que notre bonheur devra trouver d'autres voies. Dans une séparation, il est beaucoup plus facile de croire que "les choses vont s'arranger", ou que ce n'est pas vraiment définitif. Il arrive aussi beaucoup plus souvent que l'autre entretienne un tel espoir (pour adoucir le choc, éviter d'être agressé, neutraliser sa culpabilité, etc.).

L'ennui, avec ces faux espoirs, c'est qu'ils nous empêchent de vivre clairement notre deuil et de renoncer à nos "bonheurs perdus". Ils nous gardent "accrochés" et nuisent à notre capacité d'investir avec d'autres. Ils prolongent inutilement la période de transition et les souffrances qui en font partie sans apporter quoi que ce soit en retour.


Question: rompre en silence

Mon ami a rompu du jour au lendemain, en me reprochant indirectement de ne pas avoir eu la volonté de refuser ses avances. Lorsque j'ai voulu qu'on s'explique, il m'a tout simplement dit qu'il refusait de communiquer avec moi. J'ai eu beau pleurer, lui demander de terminer la relation proprement, il ne veut rien entendre. Je lui ai écrit 3 fois mais c'est toujours le silence total. Je lui parle encore dans mon coeur et on dirait que cette peine m'habitera éternellement.

Comment peut-on arriver à se délivrer d'une telle souffrance quand la personne refuse de nous entendre et de s'expliquer? Devrais-je continuer mes tentatives de communication avec lui?

Réponse

C'est la rupture la plus difficile à vivre que celle où il est impossible de s'expliquer ou même de communiquer. C'est un rejet particulièrement difficile à digérer parce qu'on a le sentiment d'être jugé et condamné sans avoir la possibilité de se défendre ou de se justifier. Il me semble que deux aspects de ces situations peuvent aider à en sortir plus harmonieusement, sans y laisser des morceaux de soi.

Il faut bien distinguer ces deux aspects:
  1. le pouvoir sur nous qu'on accorde à l'autre et
  2. le caractère définitif de la séparation.
Pour le premier, la solution est possible en considérant la relation comme un transfert. Pour le deuxième, on peut s'inspirer du deuil d'un être cher pour identifier le chemin à parcourir.

Si on tient encore à communiquer avec l'autre après qu'il nous ait clairement indiqué qu'il refusait et qu'il ne changerait pas cette position, c'est la plupart du temps parce qu'on lui accorde une importance qui ne lui revient pas réellement. Son opinion nous semble d'une importance primordiale: son estime nous apparaît nécessaire à notre valeur, son accueil nous donnerait le droit de vivre, son désir nous transformerait.

Ce pouvoir est évidemment démesuré, mais il est ressenti comme s'il était bien réel. Michelle Larivey a expliqué dans "Conquérir la liberté d'être soi-même" et dans "Transfert et droit de vivre" comment ces réactions sont avant tout un effort de croissance de notre organisme et comment nous pouvons les utiliser pour élargir notre liberté de vivre.

Nous pouvons donc utiliser la relation terminée pour nous aider à reconnaître en nous des besoins auxquels nous avions renoncé et que nous cherchons à récupérer. Lorsqu'on y voit plus clair, il devient plus facile d'identifier les actions expressives que nous avons besoin de poser pour sortir de l'impasse.

Il devient clair, également, que l'interlocuteur le plus important n'est pas celui auquel on a affaire dans l'immédiat. C'est plutôt une autre personne, beaucoup plus importante dans notre vie (un de nos parents la plupart du temps). On découvre aussi, en examinant la situation de ce point de vue, que plusieurs autres personnes de notre vie actuelle pourraient être des équivalents. Et on se retrouve avec plusieurs personnes différentes qui sont autant d'occasions de mieux nous assumer.

Pour ce qui est de l'impossibilité de rencontrer la personne ou de communiquer avec elle, nous disposons de plusieurs outils pour compléter notre expérience malgré le manque de collaboration. Les outils sont les mêmes que si nous avions affaire à une personne décédée parce que notre interlocuteur est "hors de portée".

Comme on peut aller sur la tombe d'une personne décédée pour lui manifester ce qu'on a besoin de lui exprimer, on peut identifier un endroit que nous associons à l'ancien conjoint et aller y faire les expressions dont nous avons besoin. C'est la qualité de l'expression qu'on réussit est l'ingrédient essentiel au succès.

On peut aussi écrire des lettres qui ont pour but d'exprimer le plus exactement possible ce qu'on ressent, avec toute l'intensité et toutes les nuances qui en font partie. Il n'est pas important de mettre la lettre à la poste; il suffit qu'on s'en serve comme outil pour favoriser notre expression intégrale. On peut même dire que si on tient à expédier la lettre, c'est souvent par désir d'influencer l'autre, de le faire changer d'idée. Ce désir s'appuie, dans un cas comme celui-ci, sur une illusion malsaine. Il faut comprendre que c'est sur nous-mêmes que nous cherchons à agir à travers notre expression: sur notre capacité de cerner, de ressentir et de laisser vivre notre expérience véritable.

En somme, on peut remplacer la collaboration de l'autre par un effort de notre imagination. Le contact ainsi imaginé sera aussi efficace qu'une rencontre réelle dans la mesure où on fait vraiment un travail d'expression authentique. Si on cherche à influencer, on se rendra immédiatement compte du caractère futile de ces moyens qui n'atteignent que nous-mêmes.


Question: Deux genres de thérapie en même temps

Je souhaiterais faire une psychothérapie, mais j'hésite entre l'orientation psychanalytique (suis je prête à "m'explorer à fond") ou un thérapeute d'orientation humaniste. En fait je ne sais pas si je recherche les causes de mes problèmes (même si je pense savoir d'où ils viennent), ou si je cherche à les résoudre. Peut-on suivre deux sortes de thérapie en même temps ?

Réponse

Il est certain que le fait de suivre deux thérapies en même temps n'est pas une bonne solution. Il faut choisir (en fonction des types de résultats que vous voulez) et laisser la chance à la méthode choisie de donner ses effets. Le temps nécessaire peut être différent selon l'approche, mais aussi selon les buts poursuivis.

Pour des indications supplémentaires sur la méthode qui correspond le mieux à des besoins particuliers, voici un document qui peut supporter la réflexion:



Question: Perdre l'affection des enfants

Il arrive parfois que le dernier obstacle à la séparation d'un couple soit la peur de perdre l'affection des enfants. M'aimeront-ils encore s'ils savent que le choix de divorcer est le mien alors que l'autre s'y refuse? Il me semble que cette crainte peut être assez forte pour s'abstenir ou retarder longtemps la décision nécessaire.

Réponse

Plus ou moins consciemment, nous investissons certains de nos enfants du pouvoir de confirmer notre valeur, de nous donner le droit d’être ou de nous permettre d’avoir nos besoins. Ce pouvoir que nous leur reconnaissons est exactement celui que nos parents ont eu au cours de notre développement. (Voir à ce sujet “Le transfert” ainsi que “Transfert et droit à l’existence” et “La conquête de l’autonomie”.)

Nous allons même jusqu’à utiliser avec nos enfants certains moyens que nous avions adoptés avec nos parents pour nous faire aimer. Un exemple fréquent: agir toujours de façon à leur plaire afin de ne pas perdre leur affection.

Il est naturel et utile de nous servir de nos relations de la vie de tous les jours pour travailler à résoudre ces transferts parentaux. Mais je ne pense pas qu’il soit bon de le faire avec nos enfants. C’est une méthode inefficace avec eux parce qu’elle a sur eux des effets négatifs tout en ne nous permettant pas de réussir l’effort de croissance auquel le transfert est destiné.

La grande dépendance de nos enfants à notre égard fait qu’ils sont fortement affectés par les besoins affectifs que nous cherchons à satisfaire avec eux. Nous avons tous vu des exemples de ce genre et nous avons pu constater les séquelles que cela leur laisse. Des enfants qui vouent une partie de leur existence à veiller au bonheur d’un parent ou à compenser pour le conjoint. Des enfants qui se donné la mission de ne jamais décevoir leurs parents qui, sans le savoir, s’identifiaient à eux. Ou encore, des enfants qui portent la responsabilité d’agir comme médiateurs entre les parents.

La situation de dépendance affective normale des enfants par rapport à leurs parents est en effet trop déterminante pour qu’ils puissent se respecter devant nos besoins (ou nos demandes). De plus, nos enfants sont en plein développement affectif; ils n’ont pas la force et la maturité psychiques nécessaire pour entendre les besoins des parents.

Mais en plus, le fait de faire ces demandes à nos enfants est une forme de tricherie qui met le succès hors de notre portée. Le transfert est en effet un effort de croissance: une tentative de résoudre, en nous assumant mieux grâce à nos capacités d’adultes, des impasses vécues pendant notre enfance avec nos parents et d’autres personnes d’une importance analogue. En choisissant une personne dépendante de nous pour résoudre l’impasse, nous croyons nous faciliter la tâche. Mais en réalité nous évitons de nous assumer vraiment et de relever notre défi de croissance. C’est pour cela que ces tentatives sont vouées à l’échec et qu’elles nous conduisent à l’immobilité et à la stagnation.

Que faire pour sortir de la paralysie?

Si nous ne parvenons pas à prendre nos risques sans “mettre nos enfants dans le coup”, je crois qu’il faut demander une aide professionnelle. L’aide d’un psychothérapeute compétent sur ces questions permettra de trouver d’autres moyens de régler nos problèmes.


Question: Le deuil en solitaire

J’ai bien compris, dans l’article sur le deuil, l’importance de ressentir et d’exprimer sa tristesse pour devenir capable de se renoncer vraiment à la personne disparue. J’ai compris aussi qu’il faut laisser à la tristesse le temps nécessaire pour la vider. Mais comment le faire quand l'entourage ne veut pas y faire face, c'est à dire quand vos proches amis vous disent qu'il va bien falloir s'y faire, mais ne tendent pas l'oreille ou la main pour recueillir vos émotions. C’est impossible quand on se retrouve seul à devoir vivre le deuil

Réponse

Plusieurs préfèrent, en effet, être accompagnés et supportés dans leurs deuils. Le fait de vivre la tristesse avec des proches peut facilement apporter un réconfort au moment où la douleur est la plus vive. C’est en partie pour cette raison que les humains ont inventé toute une panoplie de rituels autour de la mort: exposition de la dépouille, services religieux, cérémonies pour l’inhumation, etc. Chaque culture et chaque religion a ses rituels particuliers. Il s’agit le plus souvent de rassemblements qui fournissent à chacun l’occasion de compléter sa séparation avec la personne défunte.

Le plus souvent, ces rituels suffisent à la majorité des gens, mais laissent insatisfaites les personnes les plus affectées. Le fait de recevoir les condoléances et les témoignages d’appréciation des autres est un support important, mais insuffisant. Le deuil dure encore plus ou moins longtemps par la suite.

C’est le fait de ressentir et d'exprimer ses réactions qui permet de faire son deuil. Ce que les autres disent ou font ne peut nous suffire. Leur expression, y compris les condoléances, les aide à compléter leur propre séparation tout en manifestant un certain support, mais elle ne réalise pas la nôtre.

L’expression qui complète la séparation ne se limite pas au fait de parler à une personne qui compatit à notre douleur et adopte une attitude accueillante. Cette expression peut prendre diverses formes incluant l'écriture, le dessin, la danse, le chant, etc. L’écoute la plus importante, pendant cette expression, n’est pas celle qu’on reçoit des autres, mais celle qu’on s’accorde à soi-même.

En réalité, le fait d'être écouté, accueilli ou supporté dans notre expression n'est pas nécessaire au succès. C'est un facteur qui peut faciliter notre travail. Mais pour être vraiment utile, cet accueil doit venir d’une personne avec qui nous avons déjà une relation qui nous permet d’être ouverts. Sa qualité dépend également de la relation de cette personne avec le disparu.

Plusieurs raisons peuvent expliquer que nos interlocuteurs soient moins accueillants qu'on le voudrait. Par exemple, l’accueil est plus froid si on s’adresse à une personne avec qui notre relation ou celle du défunt est mauvaise, si on s’exprime de façon trop contenue ou neutre, si on répète une expression semblable. De même, la personne qui a peur de l’intensité de sa propre tristesse peut facilement être fermée ou même hostile à celle qu’on voudrait exprimer devant elle.

Le fait d’être mal accueilli ne nous dégage pas de notre besoin d'expression libératrice. Le besoin reste entier car il dépend de notre expérience intérieure. Ce refus ne fait que délimiter les lieux où il nous est possible de réussir facilement cette expression ainsi que les interlocuteurs qui nous facilitent la tâche.

Mais si on rencontre uniquement des personnes peu disponibles, il est possible qu’elles réagissent toutes à une forme de répétition dans notre expression. C’est souvent le cas lorsque la qualité de l’expression est insuffisante pour permettre de compléter le deuil. La fermeture apparente des autres peut alors être un reflet de notre propre fermeture invisible. Elle peut alors nous aider à voir que nous restons accrochés parce que notre expression reste trop incomplète.


Question: Impression de trahir l’être aimé en y renonçant

J'ai perdu récemment mon enfant de trois ans dans un accident de voiture. Vous parlez de séparation, d'accepter de quitter l'être mort pour pouvoir vivre autre chose, pour vivre tout simplement, pour continuer avec les vivants. Je comprends bien tout cela, mais comme c'est dur! J'ai l'impression insoutenable de l'abandonner, de laisser mon enfant derrière nous, de le trahir, de ne pas avoir le droit de continuer à vivre sans lui. Pensez-vous que le temps y fasse quelque chose? Je pense pas qu'il me soit possible un jour, de penser à lui sans douleur. C'est un arrachement.

Avant que ça nous arrive, lorsqu'on se prend à imaginer de tels faits en écoutant les faits divers, en regardant un film etc... on pense tout simplement qu'on ne pourra pas y survivre, que la perte d'un enfant, de son enfant, est intolérable, insurmontable, et qu'on en mourra, là, sur place. Mais non, la vie continue et pour moi, actuellement, c'est ça qui est dur : avoir survécu à cet accident, avoir survécu à la mort de mon enfant.

Réponse

C'est en effet un déchirement intolérable de perdre son enfant. C'est sans doute encore pire de le perdre si jeune dans un accident. Car en plus de la relation déjà présente, c'est tout l'avenir qu'on imaginait et sur lequel on comptait qui disparaît soudain sans nous avoir laissé le temps de nous préparer. Et on n'y peut rien... on ne peut pas en appeler de ce verdict injuste!

La peine, la révolte, la culpabilité, le manque... tout ça doit être ressenti dans son ampleur véritable avant qu'on soit prêt à renoncer et à revivre. Ça peut être long et il faut prendre le temps nécessaire. Chacun est différent à cet égard; il n'y a pas de durée fixe à respecter. Il ne sert à rien de chercher à accélérer le mouvement; le mieux que nous puissions faire, c'est de laisser venir en nous ces émotions et de les laisser prendre leur vraie place et leur vraie intensité.

Lorsque nous avons la pénible impression de trahir la personne disparue en envisageant de vivre sans elle, c'est souvent parce que nous trahissons notre propre existence en négligeant certains aspects de nos réactions. Il faut alors mettre le soin nécessaire pour retrouver les dimensions négligées: chaque réaction qui monte en nous a sa raison d'être et chacune doit être vécue. C'est le prix à payer pour ne pas rester accroché au passé.

Ces réactions négligées peuvent être bien subtiles ou très troublantes. Ce n’est pas pour rien qu’on les refuse alors qu’on en accepte d’autres.

Dans chaque deuil nous rencontrons plusieurs dimensions qui souvent se contredisent entre elles. La peine de la perte se mélange avec la colère d’avoir été abandonné. Les souvenirs attendris s’entremêlent avec la révolte d’avoir subi le grand bouleversement d’une perte prématurée. L’attachement se confond avec le besoin de prendre une distance, etc. Il est souvent difficile d’accepter certains pôles complémentaires que nos émotions nous présentent.

Peu à peu, si nous laissons vivre ces émotions, la douleur diminue et la nostalgie remplace la détresse. Et on se surprend à voir les beautés de la vie comme des joyaux aussi précieux que la personne disparue. On revient à la vie et au présent, alourdi mais enrichi par cette expérience douloureuse. Le souvenir n'est alors plus douloureux, il est plutôt précieux, comme celui d'un bel amour de jeunesse auquel on repense en souriant intérieurement.

Mais il faut parfois beaucoup de courage pour parvenir à cet aboutissement.


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