Ressources en Développement
Les psychologues humanistes !
Deuils et séparations
Par Jean Garneau , psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 3, No 8: Septembre 1999


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Résumé de l'article

Même si elles peuvent paraître différentes, les expériences du deuil et de la séparation se ressemblent profondément. Les deux nous obligent à un renoncement qui touche nos besoins psychiques les plus importants. La "sagesse populaire" propose plusieurs façons de réagir à ces situations: se distraire, passer à autre chose, transformer la peine en agressivité, trouver quelqu'un pour nous consoler, etc.

Jean Garneau explique comment ces expériences peuvent devenir des occasions d'épanouissement pourvu qu'on en relève les défis fondamentaux. En mettant en lumière les forces profondes qui sont en jeu, il propose des pistes qui permettent de mieux vivre ces pertes et d'en tirer tout le potentiel de vie.


Table des matières
    A. Introduction
    B. L'expérience de la perte
    1. Une séparation expressive
    2. Une fin attendue
    3. Une perte sans adieux
    C. Les ingrédients de la douleur
    1. Une relation satisfaisante ?
    2. Une rupture brutale
    3. Une décision extérieure
    4. Un manque important
    D. Les défis de la séparation
    1. Le renoncement
    2. Le risque de vivre
    E. Les blocages et leurs solutions

Vous pouvez aussi voir:
Vos questions liées à cet article et nos réponses !




A. Introduction


Nous avons tous perdu des êtres chers. Parfois c'est la mort qui nous les enlève, plus ou moins brusquement. D'autres fois c'est par une décision que se produit l'éloignement: une personne précieuse décide de nous quitter ou nous choisissons de nous en éloigner.

Que ce soit la mort ou la rupture qui provoque la séparation, nos réactions profondes se ressemblent. Nous sommes privés d'un être auquel nous accordions une place privilégiée dans notre vie. Nous perdons une personne qui avait un pouvoir important sur notre bonheur, sur la satisfaction de nos besoins les plus importants.

Certaines de ces pertes sont si difficiles à accepter que nous sommes incapables de nous en remettre vraiment, même après plusieurs années. D'autres sont plus rapidement résolues et ne nous retiennent pas dans le passé. Pourquoi?

J'ai l'intention, dans cet article, de mettre en lumière ce qui fait la différence entre les deuils interminables qui nous retiennent dans le passé et ceux qui nous permettent d'aller de l'avant en mordant à pleines dents dans la vie. À partir d'une meilleure compréhension de ces éléments, je crois qu'il est possible de mieux gérer nos deuils et nos séparations afin qu'ils deviennent des tremplins pour nous épanouir.

B. L'expérience de la perte


    1. Une séparation expressive
Certaines pertes sont imprévues: elles surviennent brusquement alors qu'on ne s'y attendait pas. Elles nous prennent par surprise en nous enlevant un être sur lequel nous comptions de façon importante pour la satisfaction de besoins importants, en nous privant d'une personne à laquelle nous étions profondément attachés.

    Jacques a 6 ans. Il est assis sur la terre sèche, sous le balcon, avec son chien dans les bras. C'est son compagnon de tous les instants et son meilleur ami. Son chien le regarde d'un air inhabituel; il semble l'implorer de faire quelque chose pour résoudre le problème. Mais Jacques sait que son compagnon est mortellement blessé et qu'il n'y peut rien. Tout ce qu'il est capable de faire, c'est de le tenir dans ses bras, de le flatter doucement et de lui dire qu'il l'aime en pleurant. Et doucement l'animal s'éteint, comme apaisé.
Parce qu'elle survient chez un enfant, parce qu'elle lui retire un être très cher, et parce qu'elle arrive brusquement, imprévue, nous avons tendance à croire que cette perte sera traumatisante. Nous prévoyons qu'elle laissera le petit Jacques en deuil pour longtemps, incapable d'assumer son impuissance devant l'absurdité d'une mort arbitraire et injuste. Mais cette perte n'est pas de celles auxquelles on reste accroché. Comme nous le verrons plus loin, tous les défis de la séparation y sont relevés avec succès.


    2. Une fin attendue
D'autres deuils arrivent comme un aboutissement, presque un soulagement. La mort ou la séparation est prévue et attendue; elle vient mettre un terme à une situation qui n'était plus synonyme de satisfaction, à une relation qui ne permettait plus de combler ses besoins. On y perd un être qui a déjà été cher mais qui n'est plus vraiment source de satisfaction. Fin d'une relation qui n'est plus vivante ou décès d'un être cher de qui on s'est éloigné: cette perte est d'une toute autre nature que la précédente.

    Paul a une quarantaine d'années et son père est mort cette nuit. Il éprouve un étrange mélange de vide et de soulagement; il souffrait tellement! Et Paul souffrait presque autant de devoir lui mentir sur la gravité de sa maladie.

    Mais c'est l'inquiétude qui domine en lui: il est soucieux de la façon dont sa mère survivra à ce départ. C'est parce qu'elle l'a demandé avec insistance que Paul a accepté ce mensonge, ce silence qui l'a gardé loin de son père pendant ses dernières semaines. Maintenant, il n'est plus sûr d'avoir eu raison d'accepter. Ce vide, ce manque qui l'habite lui fait croire qu'il a gaspillé une dernière chance d'exprimer son amour et sa reconnaissance. Il n'est pas vraiment satisfait de se retrouver avec sa mère et les autre enfants, à parler de sa bonté et à se rappeler de bons souvenirs avec nostalgie.
Contrairement à l'exemple du petit Jacques, un deuil comme celui-ci laisse des cicatrices durables. Même si la mort est prévue à l'avance et attendue comme un soulagement, même si la rupture n'a rien de brusque, le deuil ne se fait pas vraiment. On se retrouve avec une expérience incomplète qu'on ne parvient pas à "digérer". Paul ne pourra peut-être jamais renoncer complètement à ce qu'il a accepté de sacrifier: une dernière occasion de rejoindre son père et de lui faire connaître ses vrais sentiments. Il restera accroché à ce manque et y perdra une partie de sa vitalité.

On observe les mêmes difficultés dans certaines ruptures qui se font après une préparation de plusieurs années. Le détachement ne se fait pas vraiment; une des personnes reste accrochée à cette relation qui n'est plus vivante depuis longtemps. Elle garde un espoir de réconciliation ou un désir de vengeance qui l'empêche de devenir disponible pour une nouvelle relation plus satisfaisante. Pourtant, il y a longtemps que la relation n'est plus vivante et qu'elle ne rend personne heureux.


    3. Une perte sans adieux
Voyons une troisième situation: celle d'une mort subite et imprévue qui ne laisse pas, comme le premier exemple, la possibilité de vivre une ultime rencontre d'adieu. Il s'agit ici d'une perte brusque dans le contexte d'une relation satisfaisante.

    Frédéric vient d'apprendre que sa mère est morte cette nuit dans son sommeil. Il est complètement sonné! Rien ne laissait prévoir cette mort subite. Encore hier, elle était si vivante lorsqu'il l'a croisée. S'il avait su, il aurait pris le temps de jaser un peu, de l'embrasser, de manger avec elle... Mais non! Il n'avait pas le temps de s'arrêter.

    Et maintenant, il pleure comme un bébé. Heureusement que quelqu'un d'autre s'occupe des formalités, car il en serait bien incapable. Il est atterré par la violence de cette mort subite! Pourtant, c'est comme elle qu'il choisirait de mourir s'il avait le choix. Mais pour ceux qui restent...
Cette mort imprévue provoque des réactions violentes: un choc qui rend Frédéric incapable de réagir normalement, des crises de larmes intenses à répétition pendant plusieurs jours, une grande vulnérabilité psychique qui dure plusieurs semaines et une abondance de souvenirs qui émergent brusquement, accompagnés d'un flot d'émotions intenses. On s'attendrait à une longue période de deuil envahissant. Pourtant, l'équilibre de Frédéric se refait rapidement. Après plusieurs jours, ses réactions intenses du début font place à un désir de vivre renouvelé. Le deuil est devenu l'occasion de redécouvrir combien la vie est précieuse et combien il veut y faire de la place aux personnes qui lui importent.

Frédéric a laissé vivre ses réactions, il les a laissé s'exprimer librement. Il les a aussi partagées avec les personnes qui étaient assez proches. Malgré la force des émotions et l'ampleur qu'elles prenaient dans sa vie, il a choisi de leur faire cette place. C'est cette option qui lui a permis de faire rapidement les renoncements inévitables et de redevenir disponible pour vivre.

C. Les ingrédients de la douleur


On se remet rapidement de certaines pertes alors qu'on reste inconsolable des autres. Quels sont les éléments qui font la différence? L'intensité de la douleur fait sûrement partie des dimensions importantes dont il faut tenir compte pour comprendre un deuil ou une séparation.

Cette intensité de la peine peut varier beaucoup d'une relation à l'autre. Certaines ruptures sont avant tout un soulagement alors que d'autres sont un déchirement intolérable. Voyons ce qui les distingue.


    1. Une relation satisfaisante ?
La qualité de la relation qu'on perd est évidemment une dimension importante. La perte est plus douloureuse lorsque la relation avec l'être cher était profondément satisfaisante, particulièrement lorsqu'elle permettait de combler plusieurs besoins ou de trouver des satisfactions rarement accessibles.

Lorsqu'on perd une personne avec qui la relation était peu satisfaisante ou même essentiellement frustrante, la perte peut être bien moins douloureuse. On peut même y trouver un soulagement important. Mais il est rare que ce soit aussi simple.

L'exemple de Paul est intéressant à cet égard: le décès de son père est un soulagement, mais pourtant il reste inconsolable. Il ne peut accepter de s'être privé de faire ses adieux à sa satisfaction et de vivre ouvertement avec lui cette séparation. C'est donc les regrets qui ont le plus d'importance même si la mort était la bienvenue. C'est la satisfaction potentielle qui prend le pas sur la frustration réelle.

Un autre exemple fréquent: celui de la personne qui quitte un conjoint violent et tyrannique, ou même un conjoint dont l'amour s'est éteint. Elle n'est pas forcément soulagée et libérée. Il arrive souvent qu'elle éprouve au contraire un manque, comme si elle avait vraiment perdu une importante source de satisfaction. Encore ici, c'est la possibilité (même improbable) de satisfaction qui l'emporte.


    2. Une rupture brutale
Un deuxième ingrédient qui rend la perte plus douloureuse et le deuil plus intense est le caractère soudain et imprévu de la séparation. C'est ce qui se passe dans les exemples du petit Jacques et de Frédéric.

C'est aussi ce qu'on observe lorsqu'un conjoint annonce brusquement à l'autre qu'il le quitte définitivement. La douleur est particulièrement cuisante et les réactions violentes lorsque la perte est aussi imprévue. Dans la plupart des cas, une telle séparation met fin à une relation relativement morte et statique pour les deux partenaires, mais la douleur éprouvée ignore cette dimension pour s'attacher au caractère soudain et imprévu de la perte.


    3. Une décision extérieure
Bien sûr, la fin de relation est généralement plus douloureuse pour la personne qui la subit. Dans le cas d'un décès, la question ne se pose pas, mais pour une séparation, on s'attend à ce que la personne qui décide de se séparer soit moins touchée que celle qui subit la rupture.

C'est habituellement le cas dans l'immédiat, mais il arrive souvent qu'au total ce soit l'inverse qui soit vrai. La personne qui décide de rompre est souvent celle qui a le plus souffert de la relation. Elle finit par choisir la séparation parce qu'elle ne peut accepter plus longtemps une relation trop terne, frustrante, abrasive ou destructrice. Sa difficulté de se séparer est moins visible au moment où elle l'annonce, mais c'est souvent parce que la période vraiment difficile prend fin à travers cette affirmation. C'est pendant la période où elle n'arrivait pas à se décider qu'elle a souffert de cette rupture. Au moment d'annoncer sa décision finale, la page est souvent déjà tournée et elle est déjà prête à s'engager dans une nouvelle vie.


    4. Un manque important
La souffrance d'un deuil peut varier en intensité à partir des dimensions ci-dessus. Mais cette intensité ne couvre pas toute la réalité du manque. Il reste à voir en quoi consiste le manque, le vide que laisse la personne disparue.

Principalement, on peut dire que le manque correspond à des besoins qui ne trouvent plus de réponse. La personne disparue servait à combler certains besoins qui se retrouvent maintenant négligés. C'est en partie ce qui justifie l'importance qu'on accorde à la peine qui suit la séparation. Cette tristesse, même lorsqu'elle est déchirante ou désespérée, est la représentante des besoins qui se retrouvent sans source de satisfaction. C'est à travers cette tristesse, en la vivant, qu'on retrouvera le goût de vivre et qu'on se remettra à la recherche de la satisfaction. Les exemples de Frédéric et de Jacques illustrent bien la place que doit prendre la tristesse pour conduire à cette ouverture.

Mais en examinant le manque d'un autre point de vue, on y découvre des habitudes. Parce que la personne qu'on a perdue était une source régulière de satisfaction, elle contribuait à un équilibre que son départ ne permet pas de conserver. Cet équilibre correspondait à un "état normal", au niveau de satisfaction qu'on avait l'habitude d'atteindre de façon régulière.

C'est donc aussi à une habitude que correspond l'attachement qu'on avait pour la personne. Cet attachement est en quelque sorte le lien de dépendance que nous établissons avec l'instrument qui nous procure facilement une satisfaction importante. Le départ d'une personne précieuse nous fait souvent ressentir clairement cette dimension: l'attachement que nous avions pour elle et les multiples habitudes qui servaient à le créer en nous apportant des satisfactions faciles. C'est la dimension routinière et quotidienne de la satisfaction: c'est elle qui nous fait regretter, comme Frédéric, de n'avoir pas donné plus de place à ce qui était précieux. C'est aussi cet aspect qui nous amène, à l'occasion d'un décès, à redécouvrir l'importance de certains aspects de notre vie, à remettre nos priorités aux bons endroits.

D. Les défis de la séparation


Chaque deuil nous confronte donc à une question fondamentale: celle de la satisfaction de nos besoins psychiques les plus importants. Bien sûr, il a aussi des effets sur d'autres besoins et d'autres dimensions de notre vie, mais ce sont les besoins psychiques et interpersonnels qui sont au coeur de la difficulté.

Qu'il arrive par le décès d'un être cher ou par une décision de se séparer, le deuil nous oblige à nous mesurer à deux défis essentiels: renoncer à une réalité qui n'est plus et accepter les risques inhérents à la vie. Si on y parvient, le deuil devient un tremplin vers une vie nouvelle; autrement, il est l'occasion de perdre une partie de sa vitalité, de mourir un peu.


    1. Le renoncement
Ce renoncement est différent selon qu'il s'agit de la mort d'un être cher ou d'une séparation. La mort ne laisse aucun espoir de retour à la situation antérieure: on n'espère pas que la personne va ressusciter pour nous permettre de retrouver notre confort et notre bien-être. Ceci nous permet de parvenir plus facilement au renoncement qui est nécessaire pour compléter le deuil.

Lors d'une séparation, on peut plus facilement espérer que l'autre change sa décision, qu'il modifie son comportement ou même sa personnalité pour annuler cette perte. Il est plus facile d'espérer renouer un jour avec cette personne et retrouver avec elle la satisfaction perdue. Même si la relation est depuis toujours conflictuelle et peu satisfaisante, les motifs qui nous faisaient espérer une solution demeurent valables.

Le renoncement est donc plus difficile à réussir dans le cas d'une séparation, mais il n'est pas moins nécessaire pour autant. L'espoir n'est alors rien de plus qu'une illusion pour éviter de faire face à la perte réelle qu'on subit, ou même qu'on provoque en choisissant de se séparer. Cet espoir est illusoire même lorsque l'autre est d'accord pour essayer de changer son comportement ou sa décision. Il sert avant tout à se cacher la réalité.

      a) Renoncer à quoi ?

      • Une source de satisfaction
La mort nous facilite la tâche en nous forçant à admettre que la personne qui servait à notre satisfaction n'est plus là et que la satisfaction d'un ou plusieurs besoins importants est perdue avec elle. Nous perdons une source importante (un moyen privilégié) de satisfaction et nous ne pouvons facilement le nier. C'est d'abord à ce moyen d'obtenir la satisfaction que nous devons renoncer: pas au besoin mais au moyen d'y répondre.

      • Un espoir
Lorsque la relation était peu satisfaisante, la perte réelle est moins importante, mais la perte subjective n'est pas nécessairement diminuée. Souvent, la relation peu satisfaisante ou conflictuelle ne procurait qu'un espoir toujours déçu de satisfaction éventuelle, mais il est tout aussi difficile de renoncer à cet espoir illusoire qu'à une satisfaction réelle.

En fait, lorsqu'on s'entête à chercher la satisfaction dans une relation toujours frustrante, c'est parce qu'on a de la difficulté à faire ce renoncement. On continue à essayer, contre toute évidence, au lieu d'accepter l'échec et de s'ouvrir aux autres sources de satisfaction que nous offre la vie. Le plus souvent, c'est par peur qu'on préfère cette frustration connue à l'incertitude de la recherche de satisfaction, qu'on choisit de continuer à se plaindre plutôt que de rompre.

      • Une garantie de satisfaction
Une relation établie nous procure un "taux de satisfaction" relativement stable et prévisible. Nous savons par expérience à quels besoins elle permet habituellement de répondre. Nous pouvons facilement prédire dans quelle mesure une situation particulière nous conduira à la satisfaction. C'est un peu comme une assurance: la réponse est toujours disponible et elle est obtenue à travers des gestes habituels qui ne comportent plus vraiment de risque.

Bien sûr, ces garanties ne sont que partielles et les satisfactions qu'elles nous procurent sont relativement incomplètes, mais elles exigent si peu d'effort qu'on peut s'en satisfaire longtemps. Et lorsqu'on perd ces satisfactions automatiques, une forme de paresse psychique nous amène à leur attribuer une qualité qu'elles n'avaient pas vraiment. On tombe alors dans le regret nostalgique et on oublie les limites de la relation qui n'est plus; on rêve à ce qui aurait pu être, à ce qu'on aspirait à vivre. C'est pour la même raison qu'on a souvent tendance à attribuer aux morts des qualités qu'on ne leur reconnaissait pas de leur vivant.

C'est donc aussi à une forme de sécurité qu'il nous faut renoncer. La relation établie depuis longtemps est un univers prévisible où on connaît presque complètement à l'avance les réponses de l'autre ou les conséquences de nos gestes. On peut donc y contrôler précisément les risques qu'on prend. Dans une nouvelle relation, au contraire, on ignore en grande partie quel genre de réponse on recevra. L'incertitude remplace la sécurité.

      b) Pourquoi renoncer ?
La première et la plus importante raison, c'est le contact direct avec notre besoin que ce renoncement rend possible. En acceptant vraiment de se laisser atteindre par le fait qu'on a perdu une source de satisfaction importante, relativement facile et rassurante, on retrouve directement le manque que cette perte occasionne. En éprouvant ce manque, sous la forme d'une grande tristesse la plupart du temps, on reprend contact avec le besoin dans toute son intensité. Si le petit Jacques parvient à se libérer rapidement du deuil de son chien, c'est parce qu'il a la possibilité et le courage de vivre pleinement cette perte. Cette ultime rencontre lui permet de garder intacts les besoins qu'il comblait avec son chien.

C'est la force de ce besoin ressenti qui nous amènera à vouloir remplacer la source (réelle ou illusoire) de satisfaction que nous avons perdue. Autrement dit, c'est la tristesse du deuil qui permet de revenir à la recherche de la satisfaction et du plaisir. C'est aussi cette tristesse vécue avec toute son intensité et son ampleur qui permet de redevenir capable d'accepter et de vivre le plaisir lorsqu'il est disponible.

On peut donc dire, en résumé, que la peine, les pleurs et la douleur sont les pas qui permettent de parvenir à renoncer à ce qui n'est plus. Mais c'est ce renoncement qui ouvre la porte à la recherche du plaisir et de la satisfaction, deux forces essentielles au choix de vivre. L'exemple de Frédéric, qui vit librement sa peine avec toute son intensité, montre bien la place que la douleur doit prendre dans le renoncement. S'il avait choisi de bloquer cette expérience, il n'aurait pas pu redevenir aussi rapidement capable de s'investir dans la vie.


    2. Le risque de vivre
L'autre défi essentiel que nous propose toute forme de séparation, c'est celui de nous engager dans de nouvelles relations et d'y prendre les risques fondamentaux qui font partie de la vie. Je pense surtout aux risques de changer, d'apprendre et de s'ouvrir. Si nous reculons devant ce triple défi, nous sommes contraint de rester accroché au passé et d'y perdre une partie de notre vitalité.

      a) Le risque du changement
En plus de renoncer à un moyen habituel et facile d'être satisfait sans trop d'imprévus, il nous faut accepter de changer. Pour sortir du deuil, c'est notre façon d'être et nos habitudes qu'il nous faut quitter pour faire place à la vie.

Nous le savons déjà: la vie est changement et mouvement. Pour revenir à une vie satisfaisante, il est essentiel de nous remettre en mouvement. La possibilité de trouver de nouvelles sources de satisfaction en dépend directement. Mais ce mouvement exige que nous acceptions de changer, de sortir du terrain connu et familier, de devenir différent.

Refuser de changer, c'est essayer de revenir en arrière pour retrouver des satisfactions et des manques connus. C'est aussi appuyer sa sécurité sur l'immobilité au lieu de l'agilité. Dans un univers stable, cette stratégie pourrait être efficace, mais elle est bien mal adaptée dans un contexte mouvant.

      b) Le risque d'apprendre
Relever le défi de la vie, c'est aussi accepter de partir à la recherche de nouvelles sources de satisfaction. C'est essayer de nouveaux moyens sans savoir quels résultats ils donneront. C'est prendre le risque de se tromper souvent, de faire des erreurs et d'être déçu ou blessé. La découverte n'est possible qu'au prix de tous ces risques.

Le risque d'apprendre est proche parent du risque de changer, mais il s'en distingue par son caractère plus activement engagé. Pour apprendre, il faut être en recherche active; il ne suffit pas de consentir à vivre sans ses habitudes familières et ses repères habituels, il faut créer des situations, faire des expériences. C'est dans cette démarche que nous avons à faire face au risque d'être blessé ou déçu.

      c) Le risque de s'ouvrir
Mais les deux risques précédents ne peuvent donner de résultats sans un troisième risque encore plus exigeant: le risque de se laisser atteindre. Sans cette ouverture et cette vulnérabilité volontaires, il serait impossible d'être touché par de nouveaux interlocuteurs et d'y trouver de nouvelles formes de satisfaction. On serait voué à regretter les anciennes satisfactions et à comparer sans cesse les nouvelles personnes à celles qu'on n'a plus.

Ce choix est le plus crucial et le plus difficile. La personne qui a laissé vivre sa peine et qui l'a laissé s'exprimer librement est mieux placée pour y parvenir. En s'ouvrant à sa douleur, elle a créé les conditions pour être ensuite ouverte aux satisfactions qu'offre la vie. Mais la personne qui a retenu ses larmes et combattu sa tristesse éprouve une difficulté insurmontable lorsque vient le temps de s'ouvrir à une nouvelle personne. En se refermant volontairement pour éviter la douleur du deuil, elle s'est coupée de sa capacité de ressentir et, par conséquent, de sa capacité de satisfaction et de plaisir.

C'est pour cette raison qu'il est important de laisser à la période de tristesse ou de dépression tout le temps et tout l'espace qu'il lui faut. Plus le manque est éprouvé et exprimé complètement, plus il devient facile ensuite d'ouvrir les yeux sur ce qui est capable de le combler et de trouver de nouvelles sources de satisfaction.

On voit souvent des personnes qui, après une rupture, choisissent au contraire de renoncer à s'impliquer dans toute nouvelle relation amoureuse. De peur de vivre pleinement la souffrance de la rupture, mais encore plus par crainte de risquer une nouvelle déception, ces personnes décident de rétrécir volontairement leur vie en éliminant les satisfactions qui découlent d'une relation intime durable. Cette décision ne parvient qu'à réduire les risques de déception en évitant la recherche de satisfaction; elle ne permet aucunement d'éliminer le besoin lui-même. Comment s'étonner qu'après un certain temps, ces personnes se retrouvent déprimées ou sans vitalité?

E. Les blocages et leurs solutions



Nous avons identifié plusieurs forces qui sont en jeu dans un deuil ou une rupture. Il reste maintenant à examiner les difficultés qu'on rencontre lorsqu'on tente de vivre aussi harmonieusement que possible une séparation ou un deuil. Quels sont les blocages les plus typiques et comment faire pour les résoudre? Voilà les deux prochaines questions auxquelles il faudra répondre.

Avant de proposer mes pistes de réponse, je veux inviter le lecteur à faire sa propre réflexion et à contribuer à la préparation de la suite.

Je vous laisse donc, pour le moment, avec la question ci-dessous. Vos réflexions me permettront de développer la suite en l'adaptant à vos préoccupations.


Compte tenu des éléments de réflexion présentés dans ce texte et en vous appuyant sur votre expérience de vie, quel est votre point de vue sur ces deux dimensions:

  1. les blocages qui empêchent de faire son deuil d'une relation
  2. les façons d'agir pour ne pas rester accroché après la fin de la relation.


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