Ressources en Développement
Les psychologues humanistes !
Les impasses du deuil
Par Jean Garneau , psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 6, No 7c: 31 Août 2002


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Table des matières
  • Introduction
  • Les évitements et leurs enseignements
    • 1. Plonger immédiatement dans une nouvelle relation
      • La satisfaction
      • L’attachement
    • 2. Le culte du disparu
      • Déni de solitude
    • 3. La relation au-delà de la fin
      • Déni de la mort
    • 4. Maintenir le lien par les problèmes
      • Déni de finitude ou de liberté
  • Une vision d’ensemble
    • Trois types de deuil
    • Les moyens appropriés
  • Conclusion

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Les impasses du deuil
par Jean Garneau, psychologue


    Avertissement

      Cet article fait suite à Deuils et séparations. Il est préférable de lire ce dernier avant d’entreprendre celui-ci.


    Introduction

    Dans cet article, nous allons tenter de mieux comprendre les obstacles qui empêchent de compléter le deuil pour aller vers le renouveau. Pour cela, nous allons examiner les leçons que contiennent les évitements les plus typiques par lesquels nous tentons d’éviter les défis que nous imposent les séparations non désirées.


    Les évitements et leurs enseignements

    Il est toujours tentant, lorsque la vie nous force à renoncer à une personne chère, de chercher à éviter la douleur et la peine qui accompagnent cette perte. La première réaction de notre organisme est justement au service de cet évitement: nous refusons la perte au point d’en nier la véracité.

      Ce n’est pas vrai, c’est impossible, je ne peux y croire, je n’arrive pas à accepter l’idée.

    Peu importe que cette perte soit le résultat d’un décès ou d’un choix fait par l’autre (séparation). Nos réactions se ressemblent dans les deux cas parce que le défi est le même: renoncer à une relation qui était, à nos yeux, source de satisfaction (au moins un espoir de satisfaction éventuelle). Notre refus spontané nous amène à utiliser diverses méthodes pour éviter de vivre et de reconnaître notre perte et les douleurs ainsi que les frustrations qui en résultent.

    Comme ces évitements reposent sur un refus de la réalité, ils sont forcément voués à l’échec. Ils peuvent sembler efficaces pendant un certain temps, mais la réalité finit toujours par avoir le dernier mot!

    Si on examine de plus près ces échecs de l’évitement, on peut y puiser une meilleure compréhension des vrais défis du deuil et des dimensions dont les solutions doivent tenir compte. Dans ce deuxième article, je vous invite à faire examen de quatre méthodes d’évitement qui tendent à perpétuer le deuil.


      1. Plonger immédiatement dans une nouvelle relation

    C’est une des solutions les plus populaires au palmarès de la sagesse populaire et du "gros bons sens": passer à autre chose aussi rapidement que possible. Et il peut même arriver que cette solution s’avère efficace.

      Ma voiture m’a laissé tomber; elle est morte de vieillesse! Les réparations nécessaires auraient été tellement coûteuses que j’ai décidé de m’en débarrasser même si j’y était bien attaché. J’en ai trouvé une belle verte, presque neuve, avec un chauffage qui fonctionne vraiment! Quel bonheur!

      Mon nouvel amant ne répond plus. Je crois qu’il m’évite comme je le craignais depuis notre dernière rencontre. J’ai bien l’impression que c’est fini, après à peine plus d’une semaine... Dommage, je le trouvais amusant! ...Mais il y a ce gars qui travaille à l’étage en dessous; il me flirtait délicieusement dans l’ascenseur ce matin. Et il est vraiment beau! Je pourrais peut-être le croiser "par hasard" à l’heure du lunch...

    Dans ces deux exemples, le fait de "passer immédiatement à autre chose" pourrait être la meilleure solution et il serait probablement inutile de consacrer plus de temps ou d’énergie à "faire son deuil". S’il en est ainsi, c’est parce que la perte est peu importante.

    L’attachement que nous pouvons avoir envers notre automobile ou un nouveau flirt est plutôt superficiel. Comme ils ne sont que des moyens pour atteindre certaines satisfactions ou certains objectifs; ils ont peu d’importance en eux-mêmes. Si nous pouvons trouver un autre moyen d’obtenir les mêmes satisfactions, le renoncement n’est plus nécessaire. Le nouveau moyen peut même devenir rapidement supérieur à l’ancien du point de vue des satisfactions qu’il nous procure.

    Mais c’est une toute autre histoire lorsqu’il s’agit d’une relation durable. On ne perd pas seulement un moyen de satisfaction; on perd en même temps un ensemble efficace d’habitudes de vie et un équilibre dans la répartition des zones de responsabilité. Mais plus important encore, c’est aussi toute une relation, tout un vécu commun accumulé qui nous quitte. Alors, c’est à une personne, à notre relation avec elle et à notre attachement qu’il faut renoncer. Dans ce cas, même si la relation n’était pas vraiment une bonne source de satisfaction, le passage à autre chose n’est pas une méthode efficace pour sortir du deuil.

      Ma femme est partie avec un autre! Ce fut tout un choc, même si ce n’est pas tout à fait une surprise. Il y a longtemps que la flamme était éteinte entre nous. Pourtant, je n’arrive toujours pas à accepter que ce soit fini, même après trois mois. J’ai beau essayer de rencontrer quelqu’un d’autre, je ne réussis jamais à aller au-delà des comparaisons avec elle. On dirait que je suis de mauvaise foi: je trouve facilement des défauts à chacune qu’on me présente et j’ai une image un peu idéalisée de ma femme alors que je sais bien que nous avions vers la fin bien peu de contacts à part les chicanes qui ne conduisaient nulle part.

    Typiquement, c’est par manque de disponibilité que nous échouons dans cette tentative. Nos amis nous recommandent de "nous changer les idées", de nous distraire, de trouver un hobby ou de fréquenter de nouveaux partenaires. Mais nos efforts pour suivre ces conseils sont des échecs car le coeur n’y est pas. Les occasions nous semblent peu attrayantes, nos tentatives semblent sans saveur et, même lorsqu’elles nous procurent des moments agréables, elles nous laissent avec un vide qui nous attriste.


        La satisfaction

    Toute fin de relation nous oblige à remplacer un moyen d’obtenir satisfaction. Comme je l’ai expliqué dans Deuils et séparations, c’est le premier défi à relever, non seulement lorsque la relation était satisfaisante, mais aussi quand elle ne l’était pas. La personne qui subit la perte doit trouver de nouvelles façons de répondre aux besoins que l’ancienne relation permettait de combler ou pour lesquels elle promettait une satisfaction éventuelle.

    Paradoxalement, c’est souvent pour les relations les moins satisfaisantes que le deuil est le plus difficile à faire du point de vue de la satisfaction. Le plaisir réel semble moins difficile à remplacer que l’espoir d’une satisfaction éventuelle. Le renoncement à la relation est alors imbriqué dans la difficulté déjà existante à rechercher une satisfaction réelle.


        L’attachement

    Dans toute relation durable, nous accumulons une expérience commune qui nous attache à l’autre. Cet attachement ne repose pas nécessairement sur le caractère agréable des expériences vécues ensemble. Des éprouves surmontées créent souvent des liens très forts, même lorsque la relation a été de courte durée ou lorsque les satisfactions y ont été rares.

    Cet attachement à la personne maintenant absente rend plus difficile l’investissement dans une nouvelle relation. Le vécu commun irremplaçable est attaché à l’image de la personne disparue et il est impossible d’y renoncer rapidement. Toutes les satisfactions possibles dans une nouvelle relation apparaissent alors sans valeur devant elle.

      Je n’arrive pas à m’intéresser à une autre femme. Même les plus attrayantes me semblent sans saveur. Dès qu’un moment plus nourrissant s’amorce, les souvenirs de moments plus tendres et plus intimes accaparent mon attention et je deviens distrait.


    Il est relativement facile de remplacer la source de satisfaction que constituait une ancienne relation; c’est une adaptation mineure qu’on peut compléter assez rapidement. Mais l’attachement exige un cheminement plus difficile où nous devons renoncer à la personne et, dans une large mesure, à la relation qu’on vivait avec elle. Bien sûr, on peut continuer d’aimer une personne qui nous a quitté. Mais il faut quand-même y renoncer si nous voulons continuer à vivre entiers, sans lui sacrifier les volets de notre existence dans lesquels elle était importante.

    Ce renoncement ne peut se faire rapidement; il faut y mettre de temps pour arriver à nous séparer vraiment et pour récupérer notre disponibilité devant la vie. Les personnes qui tentent d’amorcer une relation avec quelqu’un dont le divorce ou le deuil est trop récent constatent rapidement l’impossibilité d’un nouvel investissement sans cette période de séparation et de renoncement progressifs.


      2. Le culte du disparu

    On peut aussi éviter de vivre la séparation en se consacrant plus ou moins entièrement à la mémoire de la personne disparue. Cette méthode s’applique plus facilement dans le cas d’un décès, mais on peut aussi s’en servir à la suite d’une séparation non désirée. Dans les deux cas, cette forme d’évitement est dangereuse car elle ne laisse aucune place à la possibilité de se refaire une vie.

    On peut assez facilement déceler le motif principal de cette dévotion au passé: éviter de relever le défi de se faire une nouvelle vie. Il est clair, la plupart du temps, que la personne tient absolument à demeurer accrochée à cette ancienne relation en la gardant aussi "vivante" que possible. Mais cet asservissement volontaire a généralement une source moins visible où elle puise l’essentiel de sa force: le déni de la solitude.


        Déni de solitude

    Fondamentalement, il s’agit du refus d’assumer la responsabilité de voir à la satisfaction de ses besoins. Il s’agit d’une démission devant un des défis les plus fondamentaux de notre existence.

      Chaque personne est la seule qui ait vraiment la responsabilité de répondre à ses besoins. Si elle l’assume, elle consacre l’essentiel de sa vie à la recherche des satisfactions les plus importantes à ses yeux; c’est ce qu’on pourrait intituler "la quête du bonheur". Cette responsabilité englobe à la fois les besoins liés à la survie et ceux qui se rattachent à l’accomplissement.

    Alors que les énoncés du paragraphe précédent apparaissent comme des évidences presque banales à beaucoup de personnes, ils sont tout à fait révoltants et odieux aux yeux des autres. Ces dernières ne peuvent accepter ce défi de l’existence et en contestent violemment la validité. Elles tentent d’imposer un système de valeur fondé sur la générosité, l’altruisme, la charité, le partage ou la solidarité. La plupart du temps, cet effort ne conduit qu’à d’amères déceptions et au sentiment s’avoir été exploité: les attentes de réciprocité finissent toujours par être déçues.

    Il serait trop long d’expliquer ici les nombreuses forces en jeu dans ce pari absurde voué à l’échec. Les lecteurs intéressés pourront approfondir la question en lisant "Implications existentielles" dans "L’Auto-développement". Disons, pour le moment, que la personne nie sa solitude existentielle principalement parce qu’elle s’estime incapable de subvenir adéquatement à ses besoins.

    Pour la personne qui se consacre à la mémoire ou à l’oeuvre d’une autre, ce déni peut facilement devenir insoluble malgré l’importante perte de vitalité qui en découle. En se vouant à cette "cause", elle renonce à la définition de sa propre existence et aux capacités qui sont des éléments essentiels de son identité. Les forces nécessaire à la création d’une nouvelle vie après la séparation ne trouvent pas facilement l’occasion de se développer dans ces conditions.


      3. La relation au-delà de la fin

    Parfois la séparation est tellement difficile à vivre qu’il est bien tentant de créer une illusion permettant à la relation de se prolonger. Si la séparation est due à un décès, on voit surtout des tentatives de communiquer avec "l’esprit" du disparu. Mais on rencontre aussi des personnes qui entretiennent "en fantaisie" une relation assidue avec un proche qui les a quittées. Ces deux variantes équivalentes peuvent faire partie d’une phase importante dans le processus de séparation et de renoncement, mais elles peuvent aussi devenir une façon de rester accroché à l’ancienne réalité.

    S’il s’agit d’un deuil, cette solution permet de faire durer la relation aussi longtemps qu’on le désire: il suffit de croire qu’on communique avec la personne décédée. Le partenaire n’est pas en mesure de confronter l’illusion; son rôle est défini en fonction des besoins de la personne qui survit. Dans certains cas, cette relation qui transcende la mort est un fantasme plus qu’une illusion et elle est éprouvée comme telle. Il s’agit alors d’une étape transitoire qui permet de s’habituer plus progressivement à la perte.

    Lorsque la même méthode est utilisée dans une séparation, elle prend plutôt la forme d’une interprétation excessive des événements et même des non-événements. La personne attribue une signification interpersonnelle à des actions plus ou moins observables comme des silences, des absences, des déceptions, des attentes qui ne se réalisent pas ainsi que des habitudes qui ne sont pas respectées et des rituels oubliés. Typiquement, ces significations sont organisées en fonction de la relation entre la personne qui interprète et celle qui a quitté.

    Évidemment, si des contacts réels sont nécessaires, comme dans les cas de garde partagée des enfants, ces interprétations sont encore plus faciles et plus crédibles. Les interactions réelles et leurs impacts sur les événements suivants viennent appuyer et valider en partie les fantasmes qui servent à maintenir l’illusion d’une relation importante.


        Déni de la mort

    Le motif le plus évident de ces relations qui durent en fantaisie malgré la séparation est bien sûr le déni de la mort. Ce déni est le plus souvent nécessaire à cause de la conscience plus ou moins floue d’avoir mal profité de l’occasion de vivre que constituait la relation. On refuse d’admettre la fin parce qu’elle survient alors qu’on n’a pas encore vécu ce qu’on avait à vivre et exprimé ce qu’on a vécu. Ne vous séparez jamais sans... traite directement de cette réalité. C’est un thème qui est aussi examiné en détails dans la série d’articles sur la mort comme défi existentiel (La mort: un défi de la vie et Relever le défi de la mort).


      4. Maintenir le lien par les problèmes

    perseveration Cette façon de refuser la fin de la relation s’applique plus facilement dans le cas d’une séparation, surtout lorsque des réalités extérieures (des enfants ou un milieu de travail commun par exemple) imposent certains contacts entre les personnes après la rupture. La personne qui refuse une séparation complète peut alors assez facilement maintenir un lien en provoquant des situations problématiques.

      Depuis le divorce, Monique est constamment préoccupée de Daniel. Presque chaque jour, un nouveau contretemps vient bouleverser ses plans. Une réunion d’urgence au bureau, une panne de voiture, une blessure au pied, des détails qui l’empêchent de respecter ses engagements et obligent Monique à trouver des solutions d’urgence pour aller chercher leur fils à l’école ou chez la gardienne. Elle a l’impression d’être à la merci du prochain appel de son ex, qu'elle dooit se tenir à sa disposition.


    Pourquoi maintenir un lien aussi désagréable? Certainement pas dans l'espoir de reconquérir ainsi l’ancien partenaire de vivre des échanges agréables ou nourrissants! On croirait que la personne se complaît dans la guerre et la multiplication des escarmouches.

    Mais en y regardant de plus près, on peut constater que c’est surtout le pouvoir sur l’autre que cette personne recherche. Et la plupart du temps elle y parvient grâce à une complicité tacite de l’ex-conjoint. Sans cette collaboration plus ou moins consciente, la tentative de contrôle serait vite inefficace et cette tactique bientôt abandonnée.

      Les multiples problèmes de Daniel servent à forcer Monique à demeurer à sa merci, à lui rendre régulièrement des comptes sur son emploi du temps, à ne pouvoir organiser sa nouvelle vie. Et ses ambivalences à elle, sa difficulté à s’affirmer ouvertement entretiennent cette interaction stérile en repoussant toujours la confrontation directe au terme de laquelle Monique sait qu’elle sera à nouveau accusée d’être cruelle et responsable de l’échec de la relation.


        Déni de finitude ou de liberté

    Cette lutte pour le pouvoir peut être au service de deux dénis existentiels différents. C’est la signification subjective des événements pour chaque personne impliquée qui permet de distinguer lequel des deux constitue l’enjeu fondamental de cette interaction sans issue.

    Lorsque le but recherché est avant tout de contrôler l’autre, par exemple de faire obstacle à l’établissement d’une nouvelle relation amoureuse ou de se venger d’avoir été abandonné, le déni de finitude est probablement le motif fondamental qui entretient cette interaction malsaine. La personne qu’on a quittée tolère mal sa situation d’impuissance et tente de compenser en s’appropriant un pouvoir sur l’autre à travers les problèmes qui servent d’appât. Et comme la relation antérieure était déjà chargée des mêmes enjeux, il arrive souvent que le partenaire entretienne ce scénario en n’osant pas reprendre son propre pouvoir sur sa vie.

    Il arrive aussi que le but principal soit d’échapper à la culpabilité. La personne ne veut pas assumer la responsabilité de la rupture et des nombreuses difficultés qui en résultent plus ou moins directement. En multipliant les problèmes et les urgences, elle provoque l’autre. Elle tente de l’amener à une exaspération qui lui fera abandonner ses précautions habituelles et la rejeter sans équivoque. Ce geste d’impatience deviendrait alors le prétexte pour en faire la responsable de tous les maux à venir.

    Ce jeu ne fonctionne qu’avec la collaboration du conjoint. C’est parce qu’il veut éviter à tout prix d’assumer cette responsabilité intolérable (à ses yeux) que ce dernier se laisse manipuler en volant au secours de son ex à chaque occasion. Il sait qu’il subira les accusations interminables dès sa première défection parce qu’il est lui-même peu confortable avec la responsabilité découlant de la liberté. Son propre déni devient alors l’ingrédient nécessaire pour maintenir une relation où la frustration et le ressentiment sont les principales émotions vécues par les deux partenaires.

     
    Une vision d’ensemble

    Nos deuils et nos séparations peuvent être plus ou moins difficiles à compléter parce qu’ils exigent de nous des courages différents. Un regroupement en fonction de ces exigences peut nous aider à orienter notre action et à savoir rapidement quel genre de démarche serait nécessaire pour une solution réussie.


      Trois types de deuil

    Certains deuils n’impliquent que la perte d’une source de satisfaction de nos besoins. Ils sont relativement superficiels et nous sommes alors peu portés à nous accrocher au passé. Pour les régler, il suffit de trouver une nouvelle source de satisfaction adéquate. Dès que nous y parvenons, nous pouvons reprendre le cours normal d’une vie productive tournée vers l’avenir.

    D’autres deuils impliquent en plus la perte d’une personne à laquelle les expériences de vie accumulées nous ont permis de nous attacher. La démarche du deuil est alors plus complexe et elle s’étend sur une plus longue période. En plus de trouver de nouvelles sources de satisfaction, nous devons renoncer à cette personne qui n’est plus dans notre vie, à la relation que nous avions avec elle. Il faut prendre le temps de dénouer notre attachement pour qu’il commence à appartenir au passé et devienne un souvenir. Il faut prévoir que le temps nécessaire sera proportionnel à l’importance des expériences vécues en commun.

    Il arrive aussi que notre perte ait des implications beaucoup plus complexes parce que la relation qui a pris fin nous servait à éviter une dimension importante de la vie. Comme cette relation était en partie au service d’un déni existentiel, sa fin crée en nous un déséquilibre difficile à résoudre. Nous avons alors tendance à nous accrocher à cette personne disparue dans l’espoir de pouvoir continuer à éviter un défi de la vie que nous ne pensons pas être capables d’assumer vraiment. Cette tentative est évidemment vouée à l’échec.


      Les moyens appropriés

    Pour les deuils qui n’impliquent que la satisfaction de nos besoins, la solution est simple. Il suffit de consacrer notre énergie à la recherche d’une nouvelle source de satisfaction au moins équivalente à l’ancienne. Notre deuil est complété lorsque nous avons trouvé ce nouveau moyen.

    Lorsqu’il s’agit d’une relation où notre attachement à la personne est important, il faut combiner deux genres de moyens pour bien réussir notre deuil. Nous avons besoin de temps et de conditions propices pour renoncer à la personne disparue de notre vie. Nous devons pour cela nous laisser le temps de vivre nos réactions à la perte et trouver des lieux ou des interlocuteurs qui nous permettront de les exprimer sans retenue. Ce n’est que lorsque cette expression sera suffisamment avancée que nous pourrons vraiment entreprendre de nous occuper de la deuxième dimension, la recherche de nouvelles sources de satisfaction qui nous permettront de recommencer à vivre vraiment en fonction de l’avenir.

    Mais lorsque la relation servait à éviter de faire face à des réalités fondamentales de notre vie comme la mort, la solitude, la finitude ou la liberté, alors nous avons tendance à nous accrocher de toutes nos forces au passé. Ce n’est pas tant parce que l’ancienne relation était satisfaisante. Si nous nous accrochons ainsi, c’est avant tout parce que nous ne voulons pas faire face à ces défis de l’existence.

    Dans ce cas, les étapes normales du deuil ne s’appliquent plus aussi bien. Elles prennent une signification différente et il arrive souvent qu’on reste bloqué en cours de route. Même lorsque nous parvenons à relever le défi, c’est à la suite d’une crise existentielle intense que bien peu de personnes parviennent à traverser avec succès sans une aide professionnelle. Il est donc important, si le deuil contrecarre un déni existentiel, d’entreprendre une psychothérapie afin de nous aider à confronter avec succès les angoisses et les déséquilibres intenses qui en résultent nécessairement. Autrement, on risque de rester accroché au passé ou de recréer un nouvel équilibre instable dans une nouvelle relation dont la fonction principale sera de favoriser le même déni avec toutes ses conséquences (voir "Implications existentielles").

     
    Conclusion

    La perte d’un être cher est toujours une expérience difficile, même lorsque la relation ainsi perdue n’était pas tellement satisfaisante. Le retour à une vie axée sur le présent et sur la poursuite du bonheur se fait à travers des étapes bien connues que plusieurs auteurs ont bien décrites. [Voir à ce sujet "Vivre le deuil au jour le jour" du Dr. Christophe Fauré (ISBN 2-290-07151-X)]

    Ce processus de deuil peut être plus ou moins difficile et prolongé selon l’expérience de vie et l’attachement qui nous lie à l’autre. Mais lorsqu’il devient interminable, c’est souvent parce que la relation avait une utilité importante dans un déni existentiel et que sa fin nous plonge dans une crise dont les ramifications dépassent largement celles de la relation et touchent à l’ensemble de notre équilibre psychique.

    En reconnaissant ces situations et en adoptant les moyens appropriés à la résolution d’une crise existentielle, on évite un gaspillage considérable d’énergie et de temps. Plus, on permet à la perte de se transformer en étape de croissance en nous amenant à assumer des réalités fondamentales qu’on refusait jusqu’alors.

    Jean Garneau
    Ressources en Développement





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