Ressources en Développement
Les psychologues humanistes branchés !













"L’engagement amoureux "

Par Michelle Larivey , psychologue


| Avant d'imprimer ce document | Mise en garde | Retour à l'article | Autres articles |



Vos questions et nos réponses



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?


Question: Les demandes obscures

    Que peut-on faire devant un conjoint qui insiste pour qu'on s'engage tout en refusant lui-même de comprendre nos explications ou d'aller voir ce qu'il y a derrière? Mon mari me reproche sans cesse de ne pas m'engager et de ne rien faire pour notre couple. Il devient souvent très en colère en m'affirmant qu'il a tout mis dans la relation et qu'il ne lui reste plus rien; qu'il est vide parce que j'ai tout pris. Je tente de lui expliquer que je lui donne aussi peu parce que j'ai peur de lui et de sa violence, mais il ne veut pas l'entendre.

    Je lui rappelle, par ailleurs, que c'est moi qui travaille et pas lui, que c'est moi qui gère les enfants, moi qui m'occupe des papiers, etc... Il ne veut rien entendre! Je me sens écrasée...
Réponse

Notre pouvoir sur les choix de notre conjoint est toujours limité. Après avoir expliqué la situation de notre point de vue il ne reste plus qu'à miser sur notre comportement à son égard. "Attendre qu'il change" est très rarement la bonne solution pour arriver à notre bonheur ou même simplement à une satisfaction minimale. Un exemple concret illustrera cette notion.

    Si mon conjoint refuse de s'interroger sur la nature de ses demandes répétées pour identifier les besoins qui s'y cachent, il ne me reste qu'à me "comporter" d'une façon qui soit totalement fidèle à ma conviction. Autrement dit, il faut persister dans mon affirmation et refuser d'obtempérer à ses demandes. Je dois rester ferme pour lui dire qu'à mon avis il devrait s'interroger sur ses propres besoins au lieu de me relancer sans cesse.

MasqueLorsque nous tentons de répondre à des demandes qui n'ont pas vraiment de sens à nos yeux, nous ne nous respectons pas. Être fidèle à nous-même nous interdit d'exprimer les sentiments que nous ne ressentons pas ou d'agir comme si nous les éprouvions. C'est aussi par fidélité à nous-même que nous refusons de satisfaire des besoins sans les connaître ou de répondre à des demandes que nous trouvons démesurées. Dans ces conditions, il est impossible de répondre à ce que l'autre nous demande sans être faux par rapport à notre expérience, sans nous trahir nous-même. Et c'est ce que nous avons à affirmer en paroles aussi bien qu'en actes (voir «Fidèle à moi-même» ).

Mais l'ambivalence est souvent de la partie. Par exemple, je lui dis qu'il devrait s'interroger sur lui-même pour que nous sortions de cette impasse, mais je continue quand même à porter la responsabilité de le satisfaire. Même si je ne tente pas vraiment par mes actes de répondre à ses demandes, j'en porte quand-même le poids moralement, notamment en me sentant coupable de mon refus. (Voir: «L'ambivalence» et «La culpabilité» dans La puissance des émotions .)

La stagnation du couple sur un tel sujet s'explique souvent par l'interaction entre les demandes irrecevables d'une part et les attitudes qui traduisent cette prise en charge morale d'autre part. Bien entendu, cette dynamique reflète un noeud fondamental dans la relation, un scénario qui a des répercussions multiples sur les autres zones de la vie du couple.


    Les demandes «écrasantes»

C'est aussi cette prise en charge «morale» qui explique l'impression d'écrasement que je peux ressentir. En réalité, ce ne sont pas les demandes qui sont «écrasantes», mais plutôt ce que je me fais devant celles-ci. Plus précisément, ce sont les reproches que je me fais moi-même qui m'écrasent (habituellement ceux de l'autre avec lesquels je suis d'accord). Il est donc important d'examiner comment j'en arrive à cet accablement. L'autre n'a pas vraiment le pouvoir de m'accabler ainsi; c'est nécessairement moi qui me fais cela moi-même... Mais comment?

Il serait tentant d'expliquer mon écrasement par le harcèlement du conjoint qui persiste dans ses demandes et ses reproches. Mais là encore, il faut me demander pourquoi je tolère ces pressions répétées. Je considère comme stérile le genre d'échange que nous avons à ce sujet; je devrais me demander à quoi il me sert d'y participer. Je pourrais aussi m'interroger à l'inverse sur ce que la répétition de ce genre d'échanges me permet d'éviter de vivre ou de faire.

Les réponses à ces questions me permettront de choisir en connaissance de cause. Je pourrai alors décider de conserver ma position de «victime» ou de m'en libérer en remettant à mon conjoint la responsabilité d'identifier ses besoins et de se compromettre pour trouver la satisfaction recherchée.


    Les questions connexes

Les questions qui concernent les demandes et les besoins ne sont jamais simples dans un couple. C'est surtout parce que chacun y défend ses enjeux transférentiels et que notre premier réflexe, lorsque nous sommes en transfert sur un sujet, c'est d'adopter une position défensive (voir «Le transfert dans les relations» et «Aux sources du transfert»).

Si on choisit de travailler à la véritable résolution de ces impasses en s'attaquant à leurs dimensions transférentielles, de nouvelles questions s'imposent naturellement.
  • Pour quelles raisons j'accepte d'en faire autant?
  • Pourquoi je tolère un tel partage des responsabilités de notre vie alors que je le trouve injuste?

La recherche des réponses m'amène tôt ou tard à constater que cette acceptation apparente (dans les faits et non dans les choix conscients) engendre chez moi une colère invisible. Une colère qui se manifeste principalement par le repli, l'éloignement et le refus de donner davantage...


Question: Les demandes hostiles

    Mon mari fait souvent des colères en me reprochant mon manque d'engagement avec lui. Il refuse de m'exprimer clairement ses besoins, mais ne se prive pas de critiquer mon comportement. Quand je veux lui expliquer les raisons de ma distance, il me répond qu'il se fiche de ce que je vis. Cela m'enrage et ne me dispose aucunement à répondre à ses besoins.

Réponse:

Certaines façons de demander sont principalement hostiles. Leur but principal est d'agresser l'interlocuteur. Typiquement, elles prennent la forme de reproches et sont empreintes de colère. Elles ont aussi la caractéristique suivante: celui qui les exprime ne manifeste aucune ouverture à s'explorer ou à se faire connaître.

Insistance agressiveL'expression de la colère peut alors faire croire à une réelle implication, mais un examen plus attentif nous permet de constater une complète fermeture. La colère sert d'écran à la vulnérabilité que l'expression du besoin laisserait nécessairement paraître. C'est pourquoi la personne se contente d'en rester aux reproches, même s'ils ne conduisent jamais à la satisfaction de ses besoins. Il est très rare, en effet, que les reproches hostiles débouchent sur un épanchement quelconque du conjoint. Et s'ils le font, c'est toujours par culpabilité ou par peur et non pas désir réel de procurer une satisfaction ou de répondre au besoin.

Au contraire, les demandes hostiles suscitent généralement de la colère chez celui à qui elles sont adressées car il a naturellement tendance à se défendre. C'est le cas même lorsque l'agressivité n'est pas clairement manifestée, comme dans l'hostilité qui, par définition, est difficilement palpable. (Voir «hostilité».)

C'est pour ces raisons que les demandes hostiles débouchent typiquement sur les variantes déjà connues d'un débat tout à fait inutile et sans pertinence actuelle. Par exemple: «Oui mais je fais autre chose...» , «Toi non plus tu ne... ». Comme d'habitude, ce débat ne conduira à rien de mieux qu'une rupture dans la communication.

Le sujet de «la justice des échanges», n'est pas sans pertinence en lui-même. Mais il l'est dans ce cas parce qu'il sert essentiellement à détourner l'attention des véritables sujets qui sont en cause, soit: l'hostilité, le véritable besoin de celui qui fait le reproche et son ouverture réelle. La suite de la discussion conviendra tout à fait à ce dernier car elle lui permettra de se soulager par l'expression de sa colère sans avoir à se compromettre davantage.

La solution, pour la personne qui fait face à ces demandes hostiles, repose sur deux supports essentiels: (1) refuser d'entrer dans le débat stérile et (2) maintenir sa question pertinente jusqu'à l'obtention d'une réponse satisfaisante. Cette attitude est très difficile à maintenir pour la personne qui prend en charge, même moralement, la satisfaction de son conjoint et pour celle qui vit de la culpabilité à son endroit. (Voir la question précédente.)


Question: L'absence de demande qui est une demande!

    Mon épouse a tendance à s'éloigner de moi lorsqu'elle est insatisfaite de nos rapports. Je reconnais facilement ce signe parce que nous en avons souvent parlé. Elle m'en veut beaucoup de ne pas deviner ses besoins. Pourtant, je me trouve très attentif à elle. J'ai l'impression qu'elle est insatiable et je commence à en avoir raz-le-bol!

Réponse:

Attente romantiqueBien des gens pensent à tort que le fait de deviner les besoins de l'autre est une des plus belles preuves d'amour. Même si l'ouverture et la sensibilité à ce que l'autre vit peuvent être des manifestations de l'amour, il en va tout autrement dans le cas de la prise en charge de ses besoins. Celui qui est porté à prendre en charge les personnes qu'il aime aurait avantage à examiner de plus près les motifs qui l'animent lorsqu'il agit ainsi avec une personne adulte et viable.

En fait, il est plutôt nocif de me donner la responsabilité de «deviner» les besoins de l'autre (sauf, évidemment, dans le cas des nourrissons et des enfants qui n'ont pas encore la capacité de manifester clairement leurs besoins). Cette attitude est nocive parce qu'elle invite l'autre à éviter d'assumer ses besoins, à négliger de les identifier et à attendre passivement qu'ils soient comblés de l'extérieur.

C'est lorsque nous laissons paraître ou affirmons publiquement nos besoins, en prenant les risques nécessaires pour les combler, que nous assumons nos besoins affectifs. Comme je l'ai expliqué dans «Conquérir ma liberté d'être», ceci est capital pour le développement de chaque personne. C'est de cette façon qu'elle fait la conquête de son droit à l'existence. (Voir: «Transfert et droit à l'existence».)


    L'assimilation de la nourriture affective

Bien que cela puisse paraître étrange, nous «n'assimilons» jamais la nourriture affective qui nous est donnée sans que nous ayons d'abord une attitude d'ouverture à notre besoin. C'est précisément ce qui fait défaut chez la personne qui souhaite être devinée sur ses besoins. Elle n'est pas «ouverte» à ceux-ci: elle n'est pas prête à les assumer à ses propres yeux et aux yeux des autres (quelles que soient les raisons qu'elle invoque pour s'en justifier). C'est cette fermeture secrète qui explique son incapacité d'assimiler et, par conséquent, le fait que son besoin semble insatiable.

C'est tout le contraire qu'il faut pour satisfaire le besoin, combler la carence si nécessaire et arriver au point où les satisfactions normalement disponibles dans la vie quotidienne seront suffisantes. Il faut que la personne accepte l'existence de son besoin et fasse des démarches nécessaires pour le combler, même si ces tentatives la rendent nécessairement vulnérable.

Même dans le cas où la réponse au besoin est obtenue sans que l'étape ci-dessus soit réussie, il faut encore que la personne qui «reçoit» ce qu'elle veut sans avoir manifesté son manque, réussisse à assumer son besoin demeuré silencieux. Elle le fait alors en exprimant le contentement qu'elle éprouve, en affirmant l'importance pour elle de ce qu'elle reçoit et en précisant le besoin qui est ainsi comblé. Dans ce cas aussi elle doit prendre l'initiative de «se compromettre ouvertement» en faveur de son besoin affectif.

Les premiers pas que nous faisons pour ainsi prendre notre besoin en charge semblent toujours très difficiles car nous nous plaçons alors dans une position très vulnérable. Mais avec l'entraînement, c'est plutôt le plaisir et la satisfaction qui sont les émotions dominantes dans notre expérience. Et nous obtenons en prime le sentiment de grandir un peu plus à chaque tentative du genre.


Vous avez une question qui demeure sans réponse ?
Deux options vous sont offertes:


  1. Une question personnelle à laquelle vous voulez une réponse individuelle.

    Le psy virtuel est à votre disposition. Pour 50$ (canadiens) un de nos psychologues consacrera 30 minutes à vous répondre s'il estime pouvoir vous être vraiment utile. Il s'agit d'un genre de consultation individuelle et vous aurez la réponse en 3 jours.

    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

    Il vous suffit de nous faire parvenir votre question à



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?

Vous pouvez réagir à cet article ou en discuter avec les autres lecteurs...


Vous pouvez lire...


Vous pouvez utiliser...


Vous n'avez pas encore trouvé ce que vous cherchiez ?

Retour au menu

ReD Tous droits réservés © 2002 par Ressources en Développement inc.
Nous n'exprimons aucune opinion concernant les annonces google
Si vous voulez reproduire ou distribuer ce document, lisez ceci
Communiquer avec ReD
Pour aller plus loin
dans votre exploration !