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Question: Les demandes obscures
Je lui rappelle, par ailleurs, que c'est moi qui travaille et pas lui, que c'est moi qui gère les enfants, moi qui m'occupe des papiers, etc... Il ne veut rien entendre! Je me sens écrasée... Notre pouvoir sur les choix de notre conjoint est toujours limité. Après avoir expliqué la situation de notre point de vue il ne reste plus qu'à miser sur notre comportement à son égard. "Attendre qu'il change" est très rarement la bonne solution pour arriver à notre bonheur ou même simplement à une satisfaction minimale. Un exemple concret illustrera cette notion.
Lorsque nous tentons de répondre à des demandes qui n'ont pas vraiment
de sens à nos yeux, nous ne nous respectons pas. Être fidèle à nous-même nous interdit d'exprimer les sentiments que nous ne ressentons pas
ou d'agir comme si nous les éprouvions. C'est aussi par fidélité à
nous-même que nous refusons de satisfaire des besoins sans les connaître
ou de répondre à des demandes que nous trouvons démesurées. Dans ces
conditions, il est impossible de répondre à ce que l'autre nous demande
sans être faux par rapport à notre expérience, sans nous trahir nous-même. Et c'est ce que nous avons à affirmer en paroles aussi bien qu'en
actes (voir «Fidèle à moi-même»
).
Mais l'ambivalence est souvent de la partie. Par exemple, je lui dis qu'il devrait s'interroger sur lui-même pour que nous sortions de cette impasse, mais je continue quand même à porter la responsabilité de le satisfaire. Même si je ne tente pas vraiment par mes actes de répondre à ses demandes, j'en porte quand-même le poids moralement, notamment en me sentant coupable de mon refus. (Voir: «L'ambivalence» et «La culpabilité» dans La puissance des émotions .) La stagnation du couple sur un tel sujet s'explique souvent par l'interaction entre les demandes irrecevables d'une part et les attitudes qui traduisent cette prise en charge morale d'autre part. Bien entendu, cette dynamique reflète un noeud fondamental dans la relation, un scénario qui a des répercussions multiples sur les autres zones de la vie du couple.
Il serait tentant d'expliquer mon écrasement par le harcèlement du conjoint qui persiste dans ses demandes et ses reproches. Mais là encore, il faut me demander pourquoi je tolère ces pressions répétées. Je considère comme stérile le genre d'échange que nous avons à ce sujet; je devrais me demander à quoi il me sert d'y participer. Je pourrais aussi m'interroger à l'inverse sur ce que la répétition de ce genre d'échanges me permet d'éviter de vivre ou de faire. Les réponses à ces questions me permettront de choisir en connaissance de cause. Je pourrai alors décider de conserver ma position de «victime» ou de m'en libérer en remettant à mon conjoint la responsabilité d'identifier ses besoins et de se compromettre pour trouver la satisfaction recherchée.
Si on choisit de travailler à la véritable résolution de ces impasses en s'attaquant à leurs dimensions transférentielles, de nouvelles questions s'imposent naturellement.
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Question: Les demandes hostiles
Certaines façons de demander sont principalement hostiles. Leur but principal est d'agresser l'interlocuteur. Typiquement, elles prennent la forme de reproches et sont empreintes de colère. Elles ont aussi la caractéristique suivante: celui qui les exprime ne manifeste aucune ouverture à s'explorer ou à se faire connaître. L'expression de la colère peut alors faire croire à une réelle
implication, mais un examen plus attentif nous permet de constater une
complète fermeture. La colère sert d'écran à la vulnérabilité que
l'expression du besoin laisserait nécessairement paraître. C'est
pourquoi la personne se contente d'en rester aux reproches, même s'ils
ne conduisent jamais à la satisfaction de ses besoins. Il est très
rare, en effet, que les reproches hostiles débouchent sur un épanchement
quelconque du conjoint. Et s'ils le font, c'est toujours par
culpabilité ou par peur et non pas désir réel de procurer une
satisfaction ou de répondre au besoin.
Au contraire, les demandes hostiles suscitent généralement de la colère chez celui à qui elles sont adressées car il a naturellement tendance à se défendre. C'est le cas même lorsque l'agressivité n'est pas clairement manifestée, comme dans l'hostilité qui, par définition, est difficilement palpable. (Voir «hostilité».) C'est pour ces raisons que les demandes hostiles débouchent typiquement sur les variantes déjà connues d'un débat tout à fait inutile et sans pertinence actuelle. Par exemple: «Oui mais je fais autre chose...» , «Toi non plus tu ne... ». Comme d'habitude, ce débat ne conduira à rien de mieux qu'une rupture dans la communication. Le sujet de «la justice des échanges», n'est pas sans pertinence en lui-même. Mais il l'est dans ce cas parce qu'il sert essentiellement à détourner l'attention des véritables sujets qui sont en cause, soit: l'hostilité, le véritable besoin de celui qui fait le reproche et son ouverture réelle. La suite de la discussion conviendra tout à fait à ce dernier car elle lui permettra de se soulager par l'expression de sa colère sans avoir à se compromettre davantage. La solution, pour la personne qui fait face à ces demandes hostiles, repose sur deux supports essentiels: (1) refuser d'entrer dans le débat stérile et (2) maintenir sa question pertinente jusqu'à l'obtention d'une réponse satisfaisante. Cette attitude est très difficile à maintenir pour la personne qui prend en charge, même moralement, la satisfaction de son conjoint et pour celle qui vit de la culpabilité à son endroit. (Voir la question précédente.) |
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Question: L'absence de demande qui est une demande!
Bien des gens pensent à tort que le fait de deviner les besoins de
l'autre est une des plus belles preuves d'amour. Même si l'ouverture et
la sensibilité à ce que l'autre vit peuvent être des manifestations de
l'amour, il en va tout autrement dans le cas de la prise en charge de
ses besoins. Celui qui est porté à prendre en charge les personnes qu'il
aime aurait avantage à examiner de plus près les motifs qui l'animent
lorsqu'il agit ainsi avec une personne adulte et viable.
En fait, il est plutôt nocif de me donner la responsabilité de «deviner» les besoins de l'autre (sauf, évidemment, dans le cas des nourrissons et des enfants qui n'ont pas encore la capacité de manifester clairement leurs besoins). Cette attitude est nocive parce qu'elle invite l'autre à éviter d'assumer ses besoins, à négliger de les identifier et à attendre passivement qu'ils soient comblés de l'extérieur. C'est lorsque nous laissons paraître ou affirmons publiquement nos besoins, en prenant les risques nécessaires pour les combler, que nous assumons nos besoins affectifs. Comme je l'ai expliqué dans «Conquérir ma liberté d'être», ceci est capital pour le développement de chaque personne. C'est de cette façon qu'elle fait la conquête de son droit à l'existence. (Voir: «Transfert et droit à l'existence».)
C'est tout le contraire qu'il faut pour satisfaire le besoin, combler la carence si nécessaire et arriver au point où les satisfactions normalement disponibles dans la vie quotidienne seront suffisantes. Il faut que la personne accepte l'existence de son besoin et fasse des démarches nécessaires pour le combler, même si ces tentatives la rendent nécessairement vulnérable. Même dans le cas où la réponse au besoin est obtenue sans que l'étape ci-dessus soit réussie, il faut encore que la personne qui «reçoit» ce qu'elle veut sans avoir manifesté son manque, réussisse à assumer son besoin demeuré silencieux. Elle le fait alors en exprimant le contentement qu'elle éprouve, en affirmant l'importance pour elle de ce qu'elle reçoit et en précisant le besoin qui est ainsi comblé. Dans ce cas aussi elle doit prendre l'initiative de «se compromettre ouvertement» en faveur de son besoin affectif. Les premiers pas que nous faisons pour ainsi prendre notre besoin en charge semblent toujours très difficiles car nous nous plaçons alors dans une position très vulnérable. Mais avec l'entraînement, c'est plutôt le plaisir et la satisfaction qui sont les émotions dominantes dans notre expérience. Et nous obtenons en prime le sentiment de grandir un peu plus à chaque tentative du genre. |
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