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L'expression qui épanouit
Par Gaëtane Laplante, psychologue

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Vos questions et nos réponses



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?


Question: Prendre son besoin en charge

Je ne comprends pas très bien ce que vous voulez dire lorsque vous écrivez: "Il est bien important de faire part de mon besoin à mon conjoint, mais ça n'est pas surtout pour qu'il le prenne en charge..." À quoi ça sert de lui en parler si je ne peux m'attendre à une réponse? Je suis aussi bien de m'organiser moi-même avec mes besoins!

Réponse

Oui, ça paraît un peu paradoxal. Mais le fait de montrer mon besoin à mon conjoint est justement un ingrédient essentiel pour bien m'en occuper. Pourquoi en est-il ainsi?

Il est bien important ici de comprendre que le fait de s'assumer implique de se montrer ouvertement avec nos besoins devant la personne concernée. Par exemple, le fait d'avoir caché mon besoin d'être reconnue par mon conjoint n'aurait pas pu avoir d'effet épanouissant. C'est en me présentant avec mon besoin, que je prends l'importance que je recherche.

Faire connaître mon besoin exige que je passe par chacune des étapes suivantes car elles sont toutes essentielles pour s'assumer. Il s'agit de:

  1. Identifier la sensation et l'émotion, à la base de mon expérience.
  2. Identifier le besoin lié à cette émotion.
  3. Reconnaître ce besoin comme important et légitime.
  4. Faire connaître mon besoin à mon interlocuteur, au risque qu'il se fâche ou me rejette.
Comment quelqu'un d'autre pourrait-il vivre ces étapes à ma place? Il suffit d'essayer de l'imaginer pour constater que c'est tout à fait impossible! Comment pourrais-je compter sur l'autre pour identifier mon besoin avec autant d'exactitude, et s'en occuper aussi efficacement?

C'est pourtant le piège dans lequel tombent la plupart des amoureux dans la période de "lune de miel" . Souvent le réveil se fait amer et brutal! Eh oui! il n'est pas rare pour les amoureux de se donner le contrat réciproque de "rendre l'autre heureux". On entretient l'illusion que, si notre partenaire nous aime vraiment, il va deviner nos états d'âme et nos besoins et faire tout en son possible pour nous satisfaire.

Mais qu'arrive-t-il de ses propres besoins lorsqu'on est centré sur les besoins de l'autre? Le plus souvent, on nourrit alors des attentes secrètes équivalentes envers son partenaire et on cesse de s'occuper de nos propres besoins. Comme il est pratiquement impossible de répondre efficacement aux besoins de l'autre, chacun se réveille tôt ou tard frustré et déçu!

Chaque personne est la mieux placée pour s'occuper efficacement de ses besoins. Mais ça ne se fait pas dans le secret. Ca se fait dans une prise en charge, librement et ouvertement assumée!



Question: Un exemple irréaliste

Votre exemple de Juliette et Lucie me paraît très idéaliste. Je ne connais pas beaucoup de gens autour de moi, capables de réagir avec autant de calme, d'habileté et de maîtrise de leurs émotions. Je doute qu'il soit aussi simple et aussi facile dans la vraie vie de résoudre de tels conflits.

Réponse

Vous avez raison de penser que l'exemple de Juliette et Lucie est quelque peu idéaliste. J'ai intentionellement polarisé mes exemples pour les rendre plus compréhensibles. Mais cette option a aussi ses limites...

Dans la réalité, ça n'est effectivement pas toujours aussi simple. Les expressions faciles et harmonieuses sont plutôt l'exception, surtout lorsqu'il s'agit de sujets assez importants pour avoir un effet épanouissant. Rares sont les expressions où chacune des étapes et des exigences de l'expression épanouissante sont réalisées du premier coup.

Rien dans l'exemple ne laisse entendre que cette expression de Lucie est la première tentative. Ce serait plus probablement la mieux réussie d'une série de tentatives. Il est plus fréquent qu'on doive s'y essayer à plusieurs reprises avant de réussir, surtout lorsque l'enjeu est important.

S'exprimer de façon épanouissante est loin d'être facile! C'est une démarche qui demande du courage et de la persévérance. Lorsqu'on a déjà goûté au bien-être que procure une telle expression, il est plus facile de trouver l'acharnement nécessaire pour réussir.



Question: Vulnérabilité et expression authentique

N'est-ce pas un peu dangereux de se rendre aussi vulnérable dans nos expressions avec nos proches? Les gens qui nous entourent n'ont pas tous la sincérité et l'ouverture de votre Lucie. Certaines gens se font souvent un plaisir malsain d'utiliser nos faiblesses pour nous blesser le moment venu. Se montrer aussi vulnérable, ça ne me paraît pas une bonne façon de se protéger.

Réponse

La voie de l'épanouissement telle que présentée dans cet article, fait sans contredit la promotion de l'ouverture de soi. Cependant il serait faux de prétendre qu'une telle ouverture se doit d'être absolue! S'épanouir implique aussi la nécessité de se protéger.

Cependant, comme dans l'authenticité, l'ouverture de soi n'implique pas de tout dire, à tout le monde, tout le temps et dans n'importe laquelle situation. Ainsi, lorsqu'on choisit de s'ouvrir en vue d'une expression, il est bien nécessaire d'adapter cette expression à la situation et au niveau d'intimité et de confiance existant avec l'interlocuteur concerné.

Je ne m'exprimerai pas de la même façon, soit avec autant de détails précis et intimes avec une simple connaissance que si je m'exprime à un proche. Et ce, même si je parle de la même expérience. Lucie pourrait par exemple partager brièvement avec une collègue de travail sa satisfaction d'avoir fait une mise au point importante avec son amie Juliette. Mais, ce sera une expression tout à fait différente de celle faite à Juliette, beaucoup moins intime et personnelle.

On pourrait voir là une façon naturelle de se protéger, mais surtout de s'adapter à la réalité de cette relation, non intime. C'est donc par ce genre de discernement que je réussirai le mieux à me protéger.

Il est cependant nécessaire de trouver un sain équilibre entre la possibilité de s'ouvrir et celle de se protéger. Pour qu'il y ait contact, vie et croissance, l'ouverture se doit d'être aussi prioritaire que le besoin de se protéger.

Car, c'est en se montrant ouvertement que l'on peut se faire connaître et apprécier pour ce que l'on est vraiment. C'est un choix plus sain et satisfaisant que celui de se protéger.

Se cacher derrière une image et tenter d'être apprécié pour ce qu'elle représente est une entreprise stérile et décevante. Si vous l'avez expérimenté, même occasionnellement, vous conviendrez facilement que c'est une voie qui demande beaucoup d'énergie, génère énormément d'insécurité et donne de piètres résultats!

La voie de l'expression épanouissante suggère donc qu'il est important de se montrer ouvertement, car c'est la meilleure manière de développer la confiance en soi. Ainsi, plus je prends le risque (calculé) de m'ouvrir, plus je développe ma confiance en moi, et plus j'ai confiance, plus je suis apte à m'ouvrir.

Dans ce sens, même si l'ouverture implique certains risques, la voie de l'épanouissement donne incontestablement préséance à l'ouverture sur le besoin de se protéger. Mais il demeure nécessaire de veiller à notre sécurité réelle, même dans notre recherche d'épanouissement.



Question: Lorsque la solution dépend d'un autre

Comment fait-on pour s'assumer entièrement après avoir réussi à bien exprimer nos besoins, lorsque la solution du problème dépend de quelqu'un d'autre?

Réponse

D'abord, la solution du problème ne dépend jamais de quelqu'un d'autre! S'assumer, c'est d'abord porter son besoin à travers l'expression. Mais ça implique aussi la responsabilité de voir à sa satisfaction! Cette tâche n'incombe à personne d'autre!

Ceci dit, il ne faut pas considérer le fait "d'exprimer ses besoins" et de "s'assumer" comme une recette miracle! Il ne s'agit pas d'une solution qui garantit la satisfaction de tous les besoins. Car une fois l'expression faite, il arrive souvent que la satisfaction de nos besoins implique la participation de notre interlocuteur ou entre en conflit avec ses objectifs propres.

La meilleure façon d'assumer la responsabilité de la satisfaction de son besoin, c'est alors d'entreprendre une négociation avec son interlocuteur. Mais attention: il ne s'agit pas d'une négociation où chacun fait de son mieux pour l'emporter sur l'autre. Il s'agit au contraire d'une recherche à deux où l'objectif commun est de découvrir ce qui permettrait la satisfaction des besoins réels des deux interlocuteurs à la fois. Une négociation entre partenaires plutôt qu'entre adversaires. (Un prochain article de Jean Garneau dans La lettre du Psy approfondira ces questions.)

Il peut arriver, pour diverses raisons, que ces négociations ne réussissent pas. Lorsqu'on ne parvient pas à trouver une solution commune qui permet de répondre aux besoins importants des deux partenaires, chacun demeure responsable de voir à sa propre satisfaction. C'est à chacun de trouver, à travers cette relation ou autrement, la façon de combler son manque. Lorsque le besoin est réellement assumé et qu'on ne s'entête pas à ne voir qu'un seul moyen d'y répondre, il n'est pas tellement difficile de découvrir des réponses.

En attendant l'article qui explicitera ces notions, on peut consulter "Je décide". Cet outil développe le thème de la responsabilité par rapport à nos choix et propose quelques exercices pratiques pour mieux s'y retrouver. (Voir l'outil "Je décide")



Question: Quand on perd ses moyens devant l'autre

Comment s'y prendre lorsqu'on souhaite sincèrement régler une situation mais qu'on perd ses moyens au moment de parler? Comment entreprendre la démarche que vous proposez lorsqu'on ne parvient pas à être à l'écoute de soi-même en s'adressant aux autres?

Réponse

Dans le Guide des émotions, on décrit ce genre de réaction en le nommant "confusion d'évitement". Vous retrouverez les explications complètes à l'adresse : http://www.redpsy.com/guide/confusion.html

En voici l'essentiel:

Dans cet état de confusion-évitement on se retrouve en conflit entre :

  • d un côté, son effort pour tenter de répondre à l'interlocuteur ou essayer d identifier ce qui l'habite et
  • de l'autre côté, sa réticence et sa non-disponibilité à le faire (à cause de diverses craintes, comme la peur de montrer ce qui se passe en soi).
La confusion vient du fait qu'on ne tient pas compte de ses objections et de sa réticence à assumer ce qui se passe. Et c'est tout le reste du cheminement vers l'expression épanouissante qui est paralysé.

Dans le Guide des émotions, on précise également comment sortir de cette confusion.

Il faut d abord prendre conscience du conflit entre son but et sa réticence (ne pas tenter de faire comme s'il n'existait pas). Il est important ensuite de chercher à assumer les peurs que cachent ce conflit: se les laisser ressentir. Ceci permet de comprendre à quoi elles sont reliées. Ça suffit souvent pour arriver à s'en libérer et ainsi avoir accès aux dimensions de son expérience qui étaient paralysées au départ.



Question: Les réactions devant une "expression épanouissante"?

J'ai découvert et pratiqué dernièrement avec mes proches ( mon père et une soeur), la technique de "l'expression épanouissante". J'ai été agréablement surprise des excellents résultats!

Mais quand j'ai tenté de m'exprimer de la même façon avec deux autres de mes soeurs, ça n'a pas fonctionné! Au lieu d'accueillir mon expression, elles ont réagi en me traitant de malade et de dépressive!

J'ai été complètement déroutée par leurs propos, car je n'ai aucun symptôme de dépression. Au contraire! Même mon mari me trouve radieuse! Quoique j'ai toujours eu peur de faire une dépression car deux de mes soeurs en ont fait.

Dans ma famille, je me suis souvent sentie ridiculisée comme dans cette expérience et j'ai toujours encaissé . Se peut-il que ces soeurs soient effrayées par le changement qu'elles observent chez moi et qu'elles tentent ainsi de me décourager en semant le doute chez-moi?

Comment réagir à ces remarques blessantes tout en restant fidèle à ma nouvelle façon de m'exprimer? Se peut-il qu'avec certains ce soit inutile et qu'on leur paraisse étrange ou malade?

Réponse

Comme je le spécifie dans l'article, s'exprimer de façon épanouissante n'est pas une garantie absolue de réussite. Il est possible que, malgré une expression tout à fait adéquate, certaines personnes y demeurent fermées. Cependant avant de démissionner, il peut être utile d'examiner plus attentivement les dessous d'une telle expérience. En comprenant mieux les implications cachées de certains aspects de la communication, il devient possible d'agir de façon plus adéquate et satisfaisante pour tout le monde concerné.

Dans cet exemple, un des éléments qui rend la communication plus complexe, c'est le fait que ça se passe entre deux soeurs. La réaction de nos proches à notre vécu ou à nos expressions nous rend toujours plus vulnérables et fragiles parce que nous tenons à ces relations.

Être critiqué par un proche, c'est risquer le rejet. C'est ce qui fait que nous pouvons être blessé plus facilement par leurs réactions. Même si ces personnes ont peu de compétence dans le domaine, nous leur accordons de l'importance parce que nous tenons à être perçus positivement par eux.

Un autre élément qui vient alimenter ici le conflit, c'est que la personne qui critique, trouve chez l’autre “une victime" qui entretient son attitude méprisante. En n'osant pas montrer à sa soeur l'importance qu'elle lui accorde de même que sa peur de la dépression, elle supporte et stimule son attitude méprisante.

Il faut comprendre que le mépris est une tentative de se placer au-dessus des autres, en portant sur eux des jugements négatifs. Il exprime donc à la fois de l'agressivité masquée et de la peur de confronter ouvertement la personne concernée. Il est donc tout à fait plausible de croire que la personne discrédite ainsi sa soeur pour masquer sa propre peur du changement.

En résumé, ce qui entretient ce conflit entre les deux soeurs , c'est un ensemble de sentiments masqués et non assumés de part et d’autre. Même si une personne fait preuve d'une certaine ouverture, elle n'assume pas totalement l'ensemble de son expérience. C’est en partie ce qui alimente l'emprise négative de l’autre.

Pour sortir de cet imbroglio, la direction à suivre est d'essayer d'assumer le plus complètement possible chacun des éléments de cette expérience. Ceci exige 1) de reconnaître devant sa soeur l'importance qu'elle lui donne ( ce qui répondra au besoin de sa soeur d'avoir de l'importance et réduira sans doute son attitude méprisante ) et 2) de reconnaître également sa peur de la dépression. Seule cette façon d’assumer son expérience peut permettre de se libérer de l'emprise de l’autres et de son attitude méprisante.

Pour une meilleure compréhension de ce qu'est le mépris, on peut consulter "Quand l'autre réagit mal ", dans "Les émotions source de vie". Jean Garneau y développe cette notion en répondant à la question "La tactique du mépris", à la suite de son article.



Question: Le désir sexuel inapproprié

Dans l'ensemble, il me semble que j'applique les principes dont vous parlez et je m'en trouve bien. Mais j'ai maintenant une situation, où je n'arrive pas à trouver une conduite. J'ai commencé à travailler pour un nouveau client et j'éprouve une forte attirance sexuelle pour la personne qui est mon contact. Ces sentiments me troublent dans le travail et je voudrais bien retrouver la paix qui est d'habitude la mienne. Je ne me vois pas agir "avec authenticité" en lui déclarant mon intérêt, car ceci serait déplacé dans notre relation professionnelle. De plus il existe des indications que cette personne ne constituerait pas un bon partenaire pour moi: différence d'âge et peut-être même de préférence sexuelle. Comment puis-je retrouver ma tranquillité sans avoir à discuter de mes sentiments avec lui?

Réponse

Il est souvent tentant de traiter certaines de nos émotions comme inappropriées ou indésirables. Évidemment, nous estimons alors qu’il ne serait pas opportun de les exprimer ou de les laisser voir. Et nous devenons inconfortables, embarrassés, gênés ou même honteux d’éprouver cette expérience que nous dissimulons avec tant de soin.

Pourquoi avons-nous tendance à refuser ainsi certaines expériences et non certaines autres? Comment se fait-il que nous soyons si inconfortables devant l’autre même quand nous réussissions à ne rien laisser voir de l’expérience intérieure qui nous dérange?

Les réactions émotives que nous repoussons ainsi sont celles qui ne sont pas incluses dans notre image de nous-mêmes; soit que nous les considérions comme étrangères à notre expérience, soit qu’elle nous apparaissent comme des faiblesses ou des défauts inacceptables. Au lieu de les intégrer dans notre identité, nous les traitons comme des intruses avec lesquelles nous ne voulons avoir aucun lien.

Nous avons alors tendance à croire que ces expériences ne sont pas tolérées par notre environnement. La culture de notre pays, la mentalité de notre milieu de travail, les problèmes personnels de notre conjoint ou les susceptibilités de nos amis nous apparaissent la plupart du temps comme les obstacles les plus importants à l’expression ou aux manifestations de cette expérience.

Pourtant, on remarque facilement que ces expériences éliminées sont très différentes d’un individu à l’autre. Les critères peuvent même être inverses d’une personne à l’autre. Par exemple, ce gestionnaire considère toute forme d’agressivité comme une erreur à éviter alors que son collègue estime qu’il s’agit d’une forme d’expression utile et même importante pour permettre la résolution de certains problèmes.

On le voit souvent aussi dans les couples. Une des deux personnes est très expressive de son affection, par exemple, alors que son conjoint est particulièrement retenu dans ce domaine. Très souvent, les zones de confort et de liberté de deux conjoints sont ainsi complémentaires.

Au fond, si on y regarde de près, il faut bien reconnaître que l’obstacle à notre expression n’est pas vraiment notre environnement ni notre interlocuteur. Ce sont nos propres normes et nos inhibitions personnelles qui nous interdisent de vivre ouvertement certaines dimensions de notre expérience. L’expression nous rendrait plus vulnérables parce que nous n’acceptons pas vraiment cette émotion et nous choisissons de la dissimuler pour nous protéger.

Cette protection est évidemment peu efficace car nous savons que cette expérience est présente, même lorsque nous la cachons parfaitement. Le reproche venant de nous, nous n’y échappons pas en trompant nos interlocuteurs. Au contraire, la dissimulation aggrave l’inconfort en créant une situation où la vérité pourrait nous échapper et se manifester accidentellement. Le fait de retenir notre expérience ajoute l’angoisse à cette émotion que nous refusions. (Voir http://redpsy.com/infopsy/anxiete.html )


Que faire pour retrouver l’harmonie?

Essentiellement, il s’agit de nous réconcilier avec nous-mêmes, de reconstituer notre unité intérieure en trouvant une façon d’intégrer cette expérience dans notre identité. C’est tout un programme! L’atteinte de l’objectif pourrait s’étendre sur une longue période. Voyons plus concrètement ce qu’il est possible de faire.


    “Réapproprier” les objections

D’abord, il faut abandonner les prétextes et reprendre possession de notre vécu. En cessant de nous imaginer que ce sont les autres qui ont des objections à ce que nous éprouvons, il devient possible d’amorcer un cheminement. Autrement, nous restons irrémédiablement paralysés. Il faut donc reprendre possession des objections que nous attribuons aux autres.

Pour y parvenir, il est souvent efficace de chercher à identifier chacune des objections que nous avons à la libre expression de cette émotion. Le fait de les écrire peut aider à les cerner beaucoup plus précisément.

Et lorsque nous estimons avoir identifié toutes nos objections, nous pouvons nous servir de celles des autres pour en découvrir de nouvelles. Nous pouvons essayer de formuler chacune des objections que, selon nous, les autres pourraient avoir, puis décider arbitrairement que cette objection rejoint une des nôtres. En effet, si l’objection d’un autre était parfaitement étrangère à celles que nous avons, elle serait sans effet sur nous. Elle n’aurait alors aucune importance à nos yeux, pas assez pour figurer dans notre liste des objections possibles.


    Identifier la pertinence

Une fois que toutes les objections sont bien identifiées, nous pouvons entreprendre l’étape la plus cruciale: celle où nous chercherons à cerner en quoi l’expérience que nous repoussons est expressive de notre réalité intérieure et personnelle. La question-clé pourrait se formuler ainsi: “Qu’est-ce que le fait d’éprouver ce désir, cette colère, cette peur... face à cette personne dans cette situation exprime de moi, de ma réalité présente, de ma vie à ce moment-ci?”

Cette étape de la démarche vise à retrouver la pertinence et l’importance réelle de l’émotion que nous refusons. En nous questionnant ainsi, nous pouvons découvrir le message vital essentiel que porte cette expérience qui nous dérange.

Par exemple, une personne pourrait en arriver à la conclusion que ce désir apparemment inapproprié ne s’adresse pas vraiment à la personne sur laquelle il s’est cristallisé, mais qu’il exprime une frustration ou un ennui ailleurs dans sa vie sexuelle. Une autre pourrait découvrir qu’il s’agit d’un attrait réel envers cette personne, l’expression d’un plaisir éprouvé à son contact, d’un plaisir d’être vivant. Ce plaisir engloberait alors les connotations sexuelles déjà évidentes, mais aussi plusieurs autres dimensions qui étaient demeurées dans l’ombre jusqu’alors.


    Une expression harmonieuse

La suite est relativement facile: à compter du moment où nous avons repris possession de nos objections et compris la place réelle que vient occuper cette expérience dans notre existence actuelle, on peut plus facilement se demander ce qu’on veut faire pour vivre cette émotion de façon plus harmonieuse. Il s’agit simplement de chercher quelle forme d’expression tiendrait compte à la fois de nos objections et de l’importance réelle de cette émotion.

Bien sûr, ceci nous amène typiquement à sortir des sentiers battus que constituent nos zones de confort. Il faut oser être différent, assumer davantage un nouvel aspect de ce que nous sommes. Il s’agit toujours d’un défi et d’une occasion de devenir plus complètement nous-mêmes. En choisissant les pas que nous sommes prêts à faire et en franchissant les obstacles un à la fois, nous pouvons faire de ces expériences de riches opportunités.



Question: les coûts de l'expression

Exprimer ses émotions n'est il pas parfois une façon de ne pas tenir compte des autres et de les traiter sans respect?

Face à un frère agressif et dominateur, j'ai choisi de me taire pour ne pas jeter de "l'huile sur le feu". J'espérais qu'en étant compréhensif avec lui , il finirait par comprendre et changer son attitude. Mais ce n'est pas ce qui est arrivé. Il n'a pas changé d'attitude et la situation est devenue intolérable. J'ai même développé des symptômes de toutes sortes: un ulcère d'estomac, des démangeaisons de peau, des problèmes d'insomnie etc. Je ne vois pas vraiment les avantages à exprimer ses émotions comme le fait mon frère. En tant qu'interlocuteur , ça m'a coûté très cher.

Réponse

Cette question illustre bien deux façons malsaines de communiquer. La façon de s'exprimer du frère dans le présent exemple, rejoint bien le style de Pierre et Richard décrits dans "L'expression qui épanouit".

On peut considérer ce type d'expression comme un genre de défoulement , suite à un trop plein. Ou peut-être même que la façon de s'exprimer du frère en question ressemble à une forme de terrorisme psychologique, très agressif et dominateur. C'est possible.

Cette façon de s'exprimer n'est pas du tout conforme aux règles de l'expression épanouissante. Il y manque entre autres deux aspects bien importants d'une expression réussie.

    1) Une expression assumée. Celle qui respecte profondément mon expérience et à laquelle je consens.

    2) Une expression ouverte. Je suis alors sensible aux changements qui se passent en moi pendant que je m'exprime, mais aussi ouvert à entendre ce qu'exprime mon interlocuteur.
Donc, même si ce frère s'exprime apparemment avec force et conviction, on ne peut le considérer comme un modèle à suivre. L'effet qu'il a sur son interlocuteur est indiscutablement nocif. Cependant, le frère n'est pas le seul responsable de l'échec de cette communication.

Il est vrai qu'il n'est pas habituellement facile de prendre sa place face à des personnes qui s'expriment ainsi avec force et agressivité. On a souvent tendance à se laisser impressionner ou à tenter d'arranger les choses "en achetant la paix". Comme l'illustre très bien cet exemple, et comme ça se passe le plus souvent dans la vie, réagir ainsi ne fait qu'empirer les choses. Ca permet à ce genre d'interlocuteur d'exercer encore plus de pouvoir sur nous et ça nous amène à nous retrouver écrasé.

Là aussi, dans la position de l'interlocuteur, les mêmes règles (s'assumer et rester ouvert) demeurent importantes. Se respecter de la sorte, ça n'est pas conciliable avec l'attitude de celui qui "achète la paix".

La personne qui subit l'expression de l'autre est alors nécessairement consciente de l'inconfort et des émotions que lui font vivre l'attitude blessante de l'interlocuteur "terroriste". Il est bien important alors de tenir compte de ces émotions et de trouver une façon constructive de les exprimer. L'impatience et la colère bien gérées, peuvent faire partie d'une réaction saine dans une situation semblable.


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