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Les genres d'émotions
Par Michelle Larivey , psychologue

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Vos questions et nos réponses


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Question: Le bien fondé de cette catégorisation des émotions

    Je suis curieux de connaître l'endroit où vous avez déniché le tableau des "genres d'émotions" présenté dans votre "Guide des émotions". Je cherche cette information depuis longtemps et c'est la première fois que je trouve quelque chose du genre: une ordination et des définitions.


Réponse


J'ai conçu cette catégorisation et précisé la signification des différentes expériences émotives à partir de mes lectures, de mon expérience clinique et de ma propre vie émotive. J'y travaille depuis une vingtaine d'années. J'ai enrichi ma réflexion en échangeant avec d'autres professionnels et je continue à le faire.

Le tableau des expériences émotives est une organisation qui est très utile à un psychothérapeute d'approche humaniste. Mais ce n'est pas le seul tableau utile qu'on puisse concevoir. Il est particulièrement commode en Auto-développement car on doit absolument distinguer ce qui est réellement une émotion et ce qui n'en est pas si on ne veut pas aboutir dans un cul-de-sac. En effet, une partie du travail thérapeutique en Auto-développement consiste à réhabiliter le processus émotionnel. En d'autres termes, le client y apprend à ressentir et à se servir de ses émotions.

Il en est de même des expériences émotives qui découlent de l'évitement. Il faut les distinguer des émotions réelles sans quoi on tournera en rond très longtemps. J'ai rencontré des gens qui avaient tenté de ressentir ou d'analyser leur angoisse durant plusieurs années sans réussir à s'en débarrasser. Lorsqu'ils ont focalisé sur ce que leur angoisse leur servait à de repousser, ils ont pu avancer. Voir à ce sujet l'article "L'anxiété et l'angoisse, les Vigiles de l'équilibre mental."



Question: Émotion vs sentiment

    Dans le texte "Les genres d'émotions", vous considérez les termes émotion et sentiment comme des équivalents. Y a-t-il une différence entre les deux?


Réponse


Il y a une différence entre "sentiment" et "émotion". Le sentiment réfère à une expérience émotionnelle qui s'apparente à un état émotif. Comme la tendresse, l'affection, ou l'amertume, par exemple. Ce sont des expériences qui, contrairement aux émotions, ne sont pas accompagnées de multiples sensations corporelles fortes. Même lorsqu'il devient intense, le sentiment n'a pas le caractère envahissant de l'émotion. Il faut une écoute attentive de soi pour le repérer et le ressentir. Délicatesse et subtilité sont des caractéristiques des sentiments. On parle d'ailleurs de personnes sentimentales pour dire qu'elles sont faciles à atteindre, à émouvoir, à attendrir et qu'elles valorisent la subtilité émotionnelle.

L'émotion réfère a une réaction intérieure vive caractérisée par l'intensité. Elle est ponctuelle alors que le sentiment est plus durable. Elle s'accompagne de réactions physiques plus ou moins nombreuses et fortes comme dans le cas de la peine, de la colère, de la rage. L'émotion surgit et parfois envahit, contrairement au sentiment qui s'installe plus discrètement, même s'il est important.

Nous employons les deux termes presque indifféremment dans nos écrits, souvent pour éviter la répétition du même mot. Cela ne pose pas de problèmes car leur fonction dans l'organisme est la même et la façon de s'en servir pour s'informer sur son expérience, aussi la même.



Question: Émotion vs sentiment: oui mais...

    Vous dites que les émotions et les sentiments sont des équivalents qui peuvent être distingués par leur intensité. Comme l’intensité des émotions est plus grande, faut-il en conclure qu’elles correspondent à des besoins plus importants ?


Réponse


Nous utilisons en effet les deux termes comme s’ils étaient interchangeables. C’est parce que les sentiments et les émotions servent à la même chose: nous informer continuellement sur notre équilibre intérieur et l’état de nos besoins. Comme les deux groupes d’expériences ont la même fonction, il apparaît généralement inutile de les distinguer.

Comme l’a démontré le psychologue Eugene Gendlin, les sentiments et les émotions ont toujours une base physique; c’est dans notre corps qu’ils naissent et c’est à travers nos sensations que nous pouvons y avoir accès. Mais ils ne peuvent être réduits à des sensations car ils comportent toujours une signification psychique. On pourrait dire que le sentiment et l’émotion sont des expériences corporelles interprétées: ils prennent leur identité à partir de la signification que nous leur donnons.

Mais quand on distingue le sentiment et l’émotion, on accorde une place différente aux sensations. On reconnaît généralement que la composante corporelle du sentiment est plus subtile et moins intense que celle de l’émotion. En fait, la différence d’intensité fait même partie de la distinction entre les deux: l’émotion est toujours plus intense que le sentiment, plus envahissante, plus portée aux éclats violents. Le sentiment, au contraire, est plus subtil, plus délicat. Il exige une attention plus soigneuse pour devenir clair et occuper le centre de notre conscience.

Faut-il en conclure que les émotions correspondent à des besoins plus importants que ceux qui sont représentés par des sentiments ? La réponse est “oui et non”, selon le point de vue qu’on adopte.

Il faut d’abord comprendre qu’a priori chaque besoin a une importance égale aux autres. Mais cette importance varie continuellement selon la qualité et la quantité des satisfactions qu’il obtient. Plus un besoin est négligé, c’est à dire en déséquilibre ou en carence, plus il a tendance à devenir urgent et à prendre ainsi de l’importance. C’est ce déséquilibre qui amène chaque besoin à devenir dominant lorsqu’il est trop négligé et à disparaître lorsqu’il est comblé.

Ceci pourrait nous faire croire que l’émotion nous donne des messages plus intenses parce qu’ils correspondent à des déséquilibres plus importants. En fait, cette intensité de l’émotion ne signale pas un besoin plus fondamental ou prioritaire en soi, mais un déséquilibre plus marqué, donc un besoin plus longtemps négligé. Par son caractère envahissant, l’émotion nous laisse moins le choix de l’ignorer; elle force la porte de notre conscience dans des situations qui comportent une certaine urgence.

Réciproquement, les sentiments nous transmettent des messages plus nuancés et plus subtils que nous pouvons facilement ignorer s’ils nous semblent inopportuns. Non seulement nous pouvons les refuser, mais nous pouvons même les faire disparaître complètement, c’est à dire les repousser avant qu’ils nous apparaissent consciemment. Ils ne nous envahissent pas, mais ils s’offrent timidement à nous. Il faut être attentif pour les voir apparaître.

Par conséquent, on pourrait conclure que les sentiments permettent une adaptation plus précise et plus continuelle en nous fournissant les premiers indices d’un manque ou d’un déséquilibre. Si nous les ignorons ou si nous refusons d’en tenir compte, les émotions viendront éventuellement prendre la relève en nous donnant des signaux plus intenses et plus envahissants que nous ne pourrons ignorer aussi facilement.



Question: Ressentir ses émotions conflictuelles

    Au risque de paraître idiot, je vous demande comment faire pour ressentir mes émotions (surtout celles qui me dérangent ou me font peur). J'essaie de chercher pourquoi je les ressens, d'où elles viennent mais je constate que cela ne m'aide pas à les ressentir.


Réponse


Ressentir est aussi naturel que respirer. Pourtant bon nombre d'entre nous respirons très mal et ne savons plus comment ressentir quand il s'agit d'émotions embarrassantes. Aussi curieux que cela puisse paraître, il n'est pas facile d'apprendre à ressentir ses émotions. Je ne pense pas arriver à vous l'enseigner uniquement avec cette réponse. Voici cependant quelques idées qui pourront peut-être vous aider.

1- D'abord, ne pas perdre mon temps à essayer de ressentir des choses qui ne sont pas réellement des émotions. Le "Guide des émotions" est utile pour discriminer.

2- M'inspirer de ce que je fais quand j'éprouve une émotion qui ne me pose aucun problème.


Par exemple, lorsque je suis contente, je laisse libre cours à mon contentement tant qu'il est présent. Il ne me vient pas à l'idée de chercher "pourquoi" je suis contente ou encore d'expliquer ce sentiment par quelque chose qui s'est passé antérieurement dans ma vie. Je ne m'objecte pas non plus en me disant: "je ne devrais pas sentir cela", " il est anormal d'être contente" etc...

3- M'inspirer de la manière dont j'éprouve une sensation.

Pour retracer la manière de ressentir une sensation, faire volontairement l'expérience d'en éprouver une. Pour cela, je choisis une sensation qui ne me pose pas de problème sinon, j'aurai avec elle la même attitude qu'avec certaines émotions, soit de m'en défendre (par exemple, ne pas choisir une douleur).

Je me place ensuite en situation pour éprouver une émotion et je procède de la même façon que pour la sensation. Voici quelques situations qui sont propices à l'émergence d'une émotion: regarder quelqu'un qui est important pour moi (ou sa photographie), parler avec quelqu'un qui provoque des réactions en moi, visionner un film...

4- Plusieurs fois par jour, faire l'expérience de ressentir mes sensations.

Par exemple, marcher en ressentant les sensations dans mes pieds, me concentrer sur le goût des aliments, sentir l'effet des caresses sur mon corps, écouter de la musique en étant sensible aux diverses tonalités, éprouver mes divers malaises ou douleurs, etc...

Ce genre d'exercice profite à celui qui veut perfectionner sa capacité de ressentir ses émotions car c'est la même attitude de "réceptivité" qui lui permettra de réussir.

Le Programme "Savoir Ressentir" contient quelques exercices de sensations corporelles et d'attention globale à soi ("awareness"). Ces exercices ont pour objectif de développer une "attitude de réceptivité" à son expérience. Malgré qu'il s'agisse-là d'une attitude naturelle, il n'est pas facile de retrouver cette réceptivité face à soi-même. On a pris l'habitude de se concentrer sur l'extérieur de soi comme sur ses tâches, sur les événements, sur les autres. Lorsqu'on s'arrête sur soi c'est surtout pour suivre ses pensées. Or l'attention globale à soi est une des habiletés indispensables pour identifier tout ce qui se passe d'important et pour arriver à ressentir toutes ses émotions.

Le même programme comprend aussi un fascicule et une cassette audio qui enseignent la respiration propice à ressentir. Il est nécessaire de respirer en profondeur pour sentir clairement ses émotions et ses sensations. La respiration courte, au contraire, génère de l'anxiété. Nous avons installé sur notre site, un outil visant à améliorer sa respiration.



Question: La difficulté d'identifier les émotions

    Comment faire pour savoir ce que je ressens et être certaine que je ne me trompe pas? Il arrive souvent que mon ami me dise que ce que je ressens n'est pas ce que je crois ressentir. Cela me fâche. Je lui réponds qu'il n'est pas en moi pour savoir ce qui s'y passe. Il réagit alors en m'accusant d'être défensive. Je me dis qu'il doit avoir raison et je deviens toute mêlée. Comment être sûre de ce que je ressens?


Réponse


Une chose est certaine: je suis la mieux placée pour savoir ce que je ressens! Une deuxième chose est certaine: pour trouver ce qui se passe réellement en moi, je dois me soustraire à la pression exercée par quelqu'un qui tente de se substituer à ma conscience de moi-même.

Lorsque mon interlocuteur me considère "défensive", je m'attends à ce qu'il accorde peu de crédit à mes propos parce que, par définition, je me cacherais la vérité. De plus, si je suis défensive, je n'en suis pas consciente. Je suis donc dans une situation bien particulière qu'on pourrait appeler, d'aliénation. Dès lors, je suis en danger de me discréditer moi-même sous l'influence de mon interlocuteur à qui je fais plus confiance qu'à moi-même.

C'est dans une position d'aliénation de ce genre que se trouve souvent celui que l'on dit "dépendant affectif". Que ce soit dans une relation de couple, avec un expert, avec un gourou ou dans une secte, il consent à son interlocuteur un pouvoir d'expert sur son expérience. Il lui accorde ce pouvoir essentiellement parce qu'il lui fait plus confiance qu'à lui-même.

Comment garder mon pouvoir de nommer mon expérience, pouvoir que l'autre tente de s'arroger ou que je lui remets, faute de confiance en moi? Voici une façon de faire que je trouve très efficace. Elle a le mérite, à la longue, d'aider à augmenter la confiance en soi.

1- Me retirer momentanément du contact avec cette personne.

Seule, il est plus facile de me concentrer sur moi que lorsque je suis en présence de quelqu'un qui a cet ascendance sur moi.

2- Écrire, le plus honnêtement possible, tout ce qui est présent en moi dans le moment.

Faire de la place à mes émotions car ce sont elles qui m'informent. Si je veux analyser mon comportement, le faire après avoir écrit tout ce que je ressens, sans quoi je ferai une analyse "à vide". À ce stade, il est important que j'écrive uniquement pour me clarifier, sans intention d'en faire part à qui que ce soit. La méthode du "Journal" est efficace pour voir clair.

3- Me fier totalement à ce que je constate en moi au cours de cet exercice.

4- Porter l'expérience que je vis devant l'autre en "tolérant" de ne pas être approuvée, cela, même si c'est difficile.


La recherche honnête, le consentement à mon expérience et l'action de l'assumer sont les trois principaux piliers de la confiance en soi dans une relation inter personnelle. Plus je les expérimente, plus j'augmente ma confiance en moi. C'est petit à petit que cette confiance se développera.



Question: Les émotions négatives

    Lorsque vous présentez les émotions simples, vous parlez d’émotions positives et négatives. Pour moi, les émotions sont avant tout les retentissements de notre être par rapport aux événements passés, actuels ou futurs de la vie, qu’ils soient réels ou fictifs. Pourquoi les qualifier de positifs et négatifs ?


Réponse


Une lecture attentive du texte “Les genres d’émotions” permet de constater que Michelle Larivey est tout à fait d’accord avec votre critique et avec votre vision générale des émotions. (Voir Les genres d’émotions et La puissance des émotions .) En fait, elle conteste souvent l’expression populaire qui désigne certaines émotions comme négatives ou positives.

Mais en examinant le schéma intilulé “Inventaire des émotions simples” on peut voir que celles-ci sont classées en deux groupes : positives et négatives. Comme il s’agit d’un tableau-synthèse sommaire, les termes utilisés sont choisis pour leur valeur évocatrice plus que pour leur exactitude. Le but du tableau est de permettre d’obtenir rapidement une compréhension globale du sujet. C’est l’article qui explique les détails et fournit les précisions. Comme le qualificatif positif-négatif s’applique à l’état du besoin et non à la valeur de l’émotion elle-même, Michelle Larivey a jugé que cette exception était justifiée et acceptable.



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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

    Il vous suffit de nous faire parvenir votre question à


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