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Les genres d'émotions
Par Michelle Larivey, psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 2, No 7: Juillet 1998



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Résumé de l'article

    Dans cet article, Michelle Larivey introduit une nouvelle section de nos publications. Il s'agit du Guide des émotions qui donnera des explications précises sur la nature et l'utilité particulière de chaque expérience émotive. Dans cet article d'introduction, Michelle fournit une vision d'ensemble à partir de laquelle il sera possible de situer chaque émotion et de classer les différentes expériences émotives. Les émotions y sont distinguées des autres expériences qui les accompagnent parfois ou qui sont confondues avec elles (comme l'anxiété ou la culpabilité).



Table des matières
    A. Introduction
    B. L'importance des émotions
    1. Un système d'information
    2. Un système de communication
    3. Les quatre genres d'expériences émotives
    C. Les émotions simples
    1. L'émotion: indicateur de satisfaction ou d'insatisfaction
    2. Les émotions par rapport au besoin lui-même
    3. Les émotions par rapport au responsable ou à l'obstacle
    4. Les émotions d'anticipation
    D. Les émotions mixtes
    E. Les émotions repoussées
    F. Les pseudo-émotions
    G. Conclusion

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Vos questions liées à cet article et nos réponses !




A. Introduction


Il est indispensable de vivre nos émotions pour diriger notre vie de manière à en être satisfait. Pour cela, il faut savoir ce qui est un sentiment et ce qui n'en est pas. (Les termes sentiments et émotions sont utilisés comme des équivalents dans ce texte.) Comme plusieurs expériences émotives ressemblent comme des clones à des émotions, il est important de faire les distinctions qui permettront d'utiliser chaque expérience pour ce qu'elle est.

Ce texte présente la classification des émotions que j'ai élaborée depuis plusieurs années. En mettant ces informations à la disposition de tous, j'espère contribuer à démêler le vaste champ de la vie émotive et démystifier les émotions, aux yeux de certains. De plus, je sais que le fait de mieux comprendre le rôle des différentes expériences augmente beaucoup notre capacité de nous diriger dans cet univers souvent mystérieux. Je pense que "Le guide des émotions" a une grande utilité pour ceux qui s'intéressent à la question. Ce texte est une introduction nécessaire à son utilisation.


B. L'importance des émotions


Nous avons constamment des émotions, comme nous avons constamment des sensations. Le film m'ennuie et mon ami de coeur m'attend pour dîner. La décision est facile à prendre: je quitte le cinéma et j'accours chez lui. Mon enfant est malade, je suis inquiète. Malgré mon immense fatigue, je suis d'accord pour les nuits blanches qu'il m'impose. Voilà deux décisions prises à partir de l'information fournie par mes émotions. La plupart des émotions passent ainsi, presqu' inaperçues, car elles ne nous posent pas de problème. C'est lorsqu'elles nous dérangent que nous nous objectons et que nous tentons de les arrêter ou de les transformer artificiellement. Pourtant, qu'elles nous dérangent ou non, elles jouent le même rôle.


1- Un système d'information

L'article de Jean Garneau, "À quoi servent les émotions" est très éloquent sur leur rôle ainsi que sur les dangers de les éliminer de notre vie. Rappelons seulement que les émotions sont aussi importantes pour diriger notre vie psychique que les sensations au plan physique. Elles nous informent du fait que nous sommes "atteints" par les choses. Leur intensité nous indique combien "fort" nous sommes atteints. Elle est donc révélatrice du degré d'importance.

Si un geste, un événement nous atteint, c'est qu'il a une résonnance en nous. Il nous renvoie à un vécu qui a une signification subjective. Ainsi nous pouvons dire que ce qui nous touche correspond à un besoin en nous. Il peut s'agir d'un besoin plus ou moins grand, mais ce qui est certain, c'est qu'il est suffisamment important pour que nous soyons ainsi remués. Par exemple, mon employeur annonce une mise à pied prochaine.Comme je viens de gagner le gros lot à la loto, ça ne m'affecte aucunement. Mais si je n'ai pas gagné la loto et que par ailleurs je viens d'acheter une maison, je me ferai sans doute du mauvais sang. Dans le deuxième cas, mon équilibre, du point de vue sécurité est menacé. La situation éveille mon besoin actuel de sécurité. Le besoin révélé par une émotion est toujours un besoin présent, comme c'est le cas pour les sensations.

Les sensations sont ressenties elles aussi dans le présent et nous informent sur la situation présente. Chacune d'entre elles peut être considérée comme nous donnant le pouls sur un aspect de notre état physique du moment. Je vois un trou sur la chaussée, j'allonge le pas pour l'enjamber. J'ai un inconfort au dos, je change de position. J'ai l'estomac qui gargouille, je sais que j'ai faim. Je sens que je perds l'équilibre, j'essaie de le rattraper par divers mouvements. Tout comme nous avons plusieurs types de sensations qui nous renseignent sur différents aspects de la réalité (vue, ouïe, odorat, toucher, goût, mouvement) nous avons divers types d'émotions qui fournissent de l'information spécifique. Ainsi, la tristesse révèle un manque, l'impatience informe du fait que ce que nous faisons présentement n'a pas de sens, la colère surgit lorsque nous rencontrons un obstacle à notre satisfaction, etc...

Les émotions surviennent à l'occasion d'un contact avec le monde extérieur mais elles peuvent aussi être suscitées par ce qui se passe en nous. Par la seule pensée, nous pouvons déclencher une émotion. Un souvenir ravive ma nostalgie. Constater que je reproduis le même comportement me décourage. L'idée qu'il pourrait se choquer m'affole. L'anticipation de sa présence m'excite. Nous pouvons aussi avoir des émotions à partir de nos sensations. Ma douleur m'exaspère. Je deviens affolée en perdant le souffle. Les symptômes de mon angoisse me font paniquer.

Qu'elle provienne de nos pensées ou d'un événement extérieur, l'émotion a toujours la même fonction: elle nous informe. Ce n'est pas parce que nous n'aimons pas le message qu'elle nous transmet qu'il faut l'éliminer. Nous verrons, à mesure que nous préciserons le type d'information fourni par l'émotion, qu'il n'est pas rentable de manipuler sa vie émotive.

La fonction informative de l'émotion fait d'elle, au contraire, un instrument très précieux pour nous orienter. Sentir ma tristesse me permet d'identifier ce qui me manque et de choisir ainsi les actions appropriées pour y remédier. En ressentant mon impatience j'identifie non seulement que je suis en train de perdre mon temps, mais aussi ce qui est ma priorité actuelle. Assister à la joute verbale de mes deux collègues ne m'intéresse aucunement alors que je suis coincée par une importante échéance. Sentir à fond mon découragement m'amènera à des solutions que je n'ai jamais envisagées jusqu'à maintenant. La peine que j'ai à l'idée qu'il pourrait me rejeter me donne l'occasion de cerner l'importance de cette relation pour moi. Je peux ainsi en tenir compte en m'adressant à lui.


2- Un système de communication

Nous sommes ébahis par la variété des sons qui semblent servir de système d'échange chez les cétacés. Nous devrions être médusés par l'ampleur et la sophistication du registre émotionnel humain! Nous disposons d'une quantité phénoménale de mots et d'expressions pour rendre compte des différentes teintes de nos joies et de nos peines. Les mots et les autres formes d'expression de nos sentiments servent aussi à nous "dire" aux autres. Cette musique me transporte. J'ai à coeur de remettre un travail de grande qualité. Je tiens à obtenir ce contrat. Je suis fière de mon fils. J'admire ta compétence. Ton soutien m'est précieux. Je serai toujours là pour toi.

Sans émotion, nos échanges seraient moins nourrissants. Imaginons seulement que tous les gens avec lesquels nous sommes en rapport nous soient indifférents. Quel ennui! Imaginons que les livres, les oeuvres d'art, les films, la musique ne déclenchent aucune émotion en nous. Quel vide! Imaginons une relation amoureuse exempte d'émotion. Par définition, ce ne serait pas une relation amoureuse.

Ce sont les émotions qui font que nos relations avec les autres sont nourrissantes. À ce titre aussi elles ont une valeur inestimable. Plus on est capable de les ressentir, plus on peut se nourrir. On se nourrit alors des effets de nos actes ou de ce que les autres nous apportent parce qu'on absorbe, en quelque sorte, en ressentant. Plus on est capable d'exprimer et d'extérioriser nos émotions dans des actes, plus on est nourrissant pour les autres. Cela entre autres parce que nous leur communiquons des choses qui sont importantes pour nous. Or ce que nous vivons leur importe ou les concernent souvent.


3- Les quatre genres d'expériences émotives

Je distingue de toutes les autres expériences émotives, les émotions proprement dites que j'appelle les "émotions simples". Avec celles-ci, il n'y a rien d'autre à faire que de les ressentir. Il y a aussi ce que j'appelle les "émotions mixtes". Elles contiennent des émotions simples, mais souvent beaucoup d'autres choses qu'il est nécessaire d'identifier pour s'informer correctement. Ces expériences émotives doivent absolument être décomposées en leur plus simple expression pour en extraire l'émotion et pouvoir la ressentir. Viennent ensuite les "émotions repoussées" qui donnent lieu à des phénomènes à dominance corporelle. Ces expériences corporelles doivent être traitées de telle façon que l'émotion ou l'expression refoulée puissent être identifiée. Enfin, sous le vocable de "pseudo-émotions", je présente diverses expériences qui n'ont d'émotion que l'apparence. Il est indispensable de les traduire en émotions si on veut réellement s'en servir pour s'informer sur notre expérience.

On trouvera dans la section "Le guide des émotions" un résumé de ces quatre genres d'expériences émotives et des indications sur la manière de s'en servir. On trouvera aussi, le tableau de classification avec les expériences émotives rattachées à chaque catégorie. Enfin, une section du site sera consacrée à la description détaillée de chaque émotion ou expérience connexe. Chaque description comprendra un exemple ainsi que des explications sur la nature et la fonction de cette expérience. "Le guide des émotions" sera développé graduellement après la parution du présent article.

Vous trouverez

la liste des émotions simples

dans

Le guide des émotions!

Pour plusieurs d'entre elles, vous pourrez accéder à une fiche explicative!

C. Les émotions simples


On peut diviser les émotions en deux grandes classes, les positives et les négatives. Les positives rendent compte de la satisfaction, les négatives, de l'insatisfaction. Dans chacune de ces classes, il y a trois catégories. J'appelle les émotions qui renseignent sur le besoin lui-même, les émotions par rapport au besoin. J'appelle celles qui renseignent sur le responsable ou l'obstacle à la satisfaction, les émotions par rapport au responsable ou à l'obstacle. Enfin, la troisième catégorie porte le nom d'émotions d'anticipation. Voyons de plus près en quoi ces distinctions sont importantes.


1- L'émotion: indicateur de satisfaction ou d'insatisfaction

L'organisme vivant est toujours dans un équilibre instable. Cela s'explique par le fait qu'il est assailli par une multitude de besoins. Quand ses besoins sont satisfaits, il est en équilibre mais dès qu'un besoin apparaît, l'équilibre est rompu. De la petite plante sauvage à l'humain le plus évolué, tout organisme vivant a comme tâche de voir à ses besoins s'il veut demeurer en vie. Il a le devoir à la fois de se maintenir en vie et de croître. L'arbre doit assimiler l'eau, les minéraux et la lumière pour survivre et grandir. Il doit capter le gaz carbonique et relâcher l'oxygène. Il est indispensable qu'il réussisse à s'adapter au lieu où il se trouve, en contournant des pierres par exemple, pour réussir à pousser ou pour trouver le soleil.

Se maintenir en vie, pour l'humain et pour les animaux, cela veut dire répondre à leurs besoins de maintien et de croissance au plan physique, mais aussi, au plan psychique. Beaucoup de besoins physiques sont impérieux et les conséquences de les négliger, tellement évidentes qu'on les prend volontiers en charge. Il est clair, par exemple, que le sommeil est une nécessité et qu'on ne peut vivre sans se nourrir de façon appropriée.

Au plan psychique, les besoins sont évidents. Ce sont nos émotions qui sont chargées de nous révéler s'ils sont satisfaits ou non et à quel degré ils le sont. Je m'aperçois rapidement que j'ai besoin d'un contact stimulant parce que tout à coup, ma solitude me pèse et que j'ai une envie soudaine de voir quelqu'un. Si je m'adresse à un ami qui est plutôt demandant, je m'apercevrai rapidement que mon besoin n'est pas satisfait. Je deviendrai impatiente, je trouverai lourde sa demande d'écouter ses problèmes. Mes sentiments m'auront informé non seulement de mon besoin, mais encore de la qualité de ce que je me suis procuré pour y répondre. Mon impatience me révèle en fait que je n'ai pas trouvé réponse à mon besoin.

Nos sentiments nous informent de manière très précise de notre équilibre au plan psychique et cela, de façon continue. Si nous aboutissons parfois dans des états de grand manque, comme c'est le cas dans la dépression, ce n'est pas parce que nous n'avons pas un cours de psychologie qui nous permettrait de décoder ce qui nous arrive. C'est plutôt parce que nous ne nous fions pas aux émotions que nous vivons dans cet état dépressif. Il faut dire, toutefois, que le décodage est parfois difficile parce que le langage que nous employons pour nommer ce que nous ressentons n'est pas toujours adéquat ni précis.

Les émotions ont comme fonction de rendre compte de notre degré de satisfaction. Cela, sans arrêt. C'est pour cela que j'ai divisé les émotions en deux classes. Les positives qui signalent la satisfaction et les négatives, l'insatisfaction. Pour marquer la satisfaction, nous disposons d'une variété de sentiments qui s'étendent du simple contentement à l'euphorie. Entre ces deux extrêmes, on rencontre le plaisir, la joie, le ravissement, la jouissance... Chaque sentiment traduit un vécu différent en nature et en intensité, mais tous sont indicateurs de satisfaction.

Pour marquer l'insatisfaction il y a aussi une longue série d'émotions qui vont du simple mécontentement jusqu'à la rage et la douleur. Entre celles-ci, l'ennui, la tristesse, la déception, la mélancolie, la colère, etc... Chaque émotion, dans ce répertoire aussi, traduit un vécu différent en nature et en intensité, mais toujours reflétant l'insatisfaction.


2- Les émotions par rapport au besoin lui-même

Il y a des émotions qui témoignent directement du besoin. C'est le cas de la tristesse, de l'ennui, de l'impatience, du mécontentement, de l'écoeurement, par exemple. Je suis seule et je me sens triste. Je ne suis pas suffisamment nourrie affectivement. Je m'ennuie au travail. Je trouve le temps long car il n'y a rien d'intéressant dans ce que je fais. Je suis exaspérée par cette discussion stérile. J'espérais une solution qui ne vient pas. Je suis mécontente de mes résultats d'examen. Ces résultats ne me conviennent pas. Je suis écoeurée de porter les problèmes de tout le monde sur mon dos. J'en ai trop fait. J'ai dépassé mes limites et je me retrouve avec un trop plein.

On trouve l'équivalent dans les émotions positives. Je suis contente de mon article. J'ai réussi à rendre clair un sujet difficile. Je suis joyeuse, remplie par toute l'affection que me témoigne mon ami de coeur. J'ai un plaisir fou à faire ce que je fais. Dans tous ces cas, mon sentiment rend compte du besoin satisfait. J'avais à coeur de bien réussir mon article. J'y suis arrivée. J'ai besoin de me sentir aimée. Ce besoin est rempli par mon ami. Ce que je fais correspond à ce que j'aime... j'adore cela.

Le seul fait de ressentir ces sentiments nous donne un accès direct au besoin. C'est si clair que lorsqu'il s'agit d'une insatisfaction, il est facile d'identifier la direction à prendre pour remédier à la situation. Pour que ma tristesse disparaisse, je dois trouver des relations qui me nourrissent affectivement. Mon ennui disparaîtra seulement si je trouve de nouveaux défis au travail. Je devrai mettre fin à cette discussion stérile pour que mon exaspération cesse. Je ne puis rien faire pour les résultats de ces examens. Je devrai donc travailler doublement pour me rattraper dans les suivants. Mon écoeurement ne pourra diminuer que si je cesse de faire ce qui ne me convient plus.


3- Les émotions par rapport au responsable ou à l'obstacle

Certaines émotions reflètent nos réactions à ce qu'on identifie comme étant la source ou l'obstacle à notre contentement. La source ou l'obstacle peut autant être soi-même qu'une autre personne ou une personne morale (comme une institution). L'affection, la fierté, l'amour sont du nombre des émotions par rapport au responsable ou à la source de la satisfaction. L'impatience, la colère et la haine font parties des négatives liées à l'obstacle.

J'ai raté mon train et j'en veux au discourtois qui est monté dans le taxi que j'ai hélé. Et je m'en veux aussi de l'avoir laissé faire. Ma colère porte sur les obstacles: l'individu qui m'a pris mon taxi et moi qui ne suis pas intervenue pour l'arrêter. J'ai une immense affection pour cet enfant. Je lui attribue une partie de mon bonheur de vivre parce qu'avec lui je me sais utile et aimée. Je suis fière de ce que j'ai accompli jusqu'ici dans ma vie. Je reconnais mes efforts et ma persévérance dans mon exigence de qualité. Je suis en colère contre la collègue de mon mari avec laquelle il a l'air d'aimer passer tout son temps. Je lui en veux car je pense qu'elle est responsable de la détérioration de notre couple.

Les émotions en rapport avec la source ou l'obstacle informent aussi sur le besoin mais ce n'est pas cette information qui se situe au premier plan. À cause de cela, il peut arriver qu'on perde le besoin de vue et qu'on s'acharne à retrouver la source ou à éliminer l'obstacle. Dans ces deux cas, il est possible que nous fassions fausse route pour arriver à la satisfaction. Si je suis impatiente parce que je trouve notre discussion inutile et que ma solution est d'accuser les autres d'insipidité, il y a de fortes chances que je ne sois pas satisfaite. Si, par contre, j'introduis un sujet qui me tient à coeur et que je travaille à y faire adhérer les membres du groupe, je mets toutes les chances d'être satisfaite de mon côté.

De la même façon, la colère contre la collègue de mon mari me dit que je lui attribue la responsabilité et aussi que je suis affectée par la détérioration de notre couple. Je pourrais tenir compte uniquement de ma colère et mettre mon énergie à détruire l'image de cette femme auprès de mon mari. On pourrait dire, dans ce cas, que l'arbre me cache la forêt parce que ce n'est pas en mettant toute mon énergie à rendre cette femme moins intéressante que je redonnerai vie à notre couple.


4- Les émotions d'anticipation

Les émotions de cette catégorie sont vécues par rapport à ce qui pourrait survenir. Elles sont donc déclenchées par l'imagination. Il est important de reconnaître ce type de sentiments afin de les utiliser pour ce qu'ils sont.

L'anticipation peut être positive comme dans les émotions de type désir: l'excitation, l'appétit... Elle peut être négative comme dans le cas de l'inquiétude, la peur, la panique, la terreur. Ou encore mixte: le trac qui est fait à la fois de la crainte d'échouer et de l'excitation de réussir.

Malgré que cette catégorie d'émotions repose sur l'imagination, celles-ci donnent autant d'indications que les autres sur nos besoins. La peur, par exemple, nous permet d'identifier un danger potentiel et de prendre des mesures pour y faire face en protégeant ce qui nous importe. De ce fait, elle met en lumière ce qui nous importe. Il arrive même que la peur nous révèle sur nos besoins, des informations qui nous surprennent. Je pensais n'avoir plus de sentiments amoureux pour mon épouse. Voilà qu'elle est menacée du cancer et que la peur de la perdre m'envahit.

Même lorsqu'elles sont irréalistes, nos peurs nous permettent d'identifier ce à quoi nous tenons. Nos peurs sont donc précieuses. Quoi qu'en disent les tenants de la pensée positive, ce sont les façons de s'informer et d'agir avec le type d'information que nos peurs nous procurent qui sont parfois inefficaces et non le fait de les ressentir comme tel.

Vous trouverez

la liste des émotions mixtes

dans

Le guide des émotions!


D. Les émotions mixtes


Elles ont l'apparence d'émotions. Elles sont en fait un amalgame d'émotions et de subterfuges pour nous voiler ce que nous vivons réellement. La ruse est parfois assez efficace pour nous déjouer nous-mêmes. À moins d'avoir affaire à des gens avertis, on berne aussi les autres. Elles sont des expériences qui sont en partie défensives. Contrairement aux émotions simples, dont le but est de nous informer, on pourrait dire qu'elles tentent de nous "désinformer".

Il faut donc examiner soigneusement ces expériences afin d'identifier de quoi elles sont faites. Si nous ne faisons pas cela, elles nous maintiennent dans la stagnation. Savoir précisément de quoi elles sont composées permet également de comprendre pourquoi elles ont un effet pernicieux sur nous et sur nos relations.

La reine des émotions mixtes est sans doute la culpabilité. Mais il faut distinguer la saine culpabilité de celle qui est malsaine. La jalousie, le mépris, la pitié, le dégoût et la honte font aussi partie de ce cortège malicieux.

Vous trouverez

la liste des émotions repoussées

dans

Le guide des émotions!

E. Les émotions repoussées


Les expériences que j'ai classées dans cette catégorie sont à forte connotation corporelle. Il s'agit de malaises plus ou moins grands qui résultent du fait de repousser une émotion. Il peut s'agir d'une émotion que l'on cherche à éteindre ou à minimiser. Il peut s'agir d'une préoccupation importante dont on cherche à se détourner. Le malaise peut aussi venir du fait qu'on repousse une action que l'on sait que l'on doit poser afin de se respecter.

Certains des phénomènes corporels de cette catégories sont considérés comme des émotions à cause de la portée émotionnelle qu'ils ont. L'angoisse fait partie de cette catégorie. En fait l'angoisse est un inconfort physique plus ou moins intense résultant du fait d'occulter un sujet important de notre vie. Les symptômes physiques reliés à l'angoisse sont très inconfortables et parfois même incommodants. Ils suscitent de la peur, parfois même de la panique chez celui qui les vit. L'angoisse est un phénomène très répandu. J'ai expliqué en quoi celle-ci et l'anxiété consistent et comment s'en servir, dans un texte intitulé "L'angoisse et l'anxiété: les Vigiles de l'équilibre mental" . Malheureusement, chez de plus en plus de personnes, la fuite systématique de préoccupations majeures donne lieu à des crises de panique. La peur de ces crises porte à éviter toute situation où elles sont susceptibles de se produire. Voilà comment les phobies commencent à apparaître.

En plus de l'angoisse, dans cette variété de manifestations on peut signaler la fébrilité, l'anxiété, la tension musculaire. Qui n'a pas connu le poing dans le dos, la migraine du conflit, la douleur à la nuque, la mâchoire barrée, le noeud à l'estomac? La surexcitation, la difficulté de concentration et d'attention, la perte de conscience, quand elles ne sont pas dues à des troubles d'ordre physique, peuvent être considérées comme résultant d'émotions repoussées.

Les mêmes symptômes physiques peuvent prendre place lorsqu'on s'efforce non pas de repousser le ressenti, mais d'en éviter l'expression. La tension musculaire sert aussi à contenir ou retenir l'expression émotionnelle. Je suis très en colère; je parle les dents serrées. Le bégaiement est une illustration spectaculaire de ce genre de retenue. À certains moments, le contrôle qu'on exerce sur notre expression est tel qu'on a l'impression d'être figé, paralysé. Des maux de têtes, des nausées sont parfois la manifestation d'un vécu auquel on n'ose pas être fidèle. J'en ai assez de me taper cette corvée, mais je n'ai pas le courage de dire non. Et ce, malgré un mal de tête débilitant. On connaît aussi la boule dans la gorge de la peine refoulée, les tremblements qui s'échappent de la rétention trop longtemps exercée, les tics nerveux.

Dans tous ces cas et beaucoup d'autres dont il sera question petit à petit dans "La lettre du psy" et dans le Guide des émotions, il est nécessaire de décoder ces réactions si on désire les dépasser pour reprendre contact avec les émotions elles-mêmes. Si on ne fait pas cela, on stagnera dans divers symptômes qui la plupart du temps, créeront beaucoup plus de malheur dans notre vie que le fait de faire face à ce que nous vivons.

Vous trouverez

la liste des pseudo-émotions

dans

Le guide des émotions!

F. Les pseudo-émotions


Le fait de pouvoir commencer une phrase par "je me sens" ne garantit pas que j'évoque un sentiment. Nous confondons souvent avec des émotions, des concepts qui traduisent notre réalité ou encore des images utilisées comme métaphores. Nous prenons aussi des états d'âme ou des attitudes pour des émotions. Voyons quelques exemples de ce genre pour illustrer l'importance de traduire ces expressions en sentiments.


Divers concepts

Le rejet, par exemple, est une action. Je suis l'objet du rejet de quelqu'un. Je ne peux donc "me sentir rejeté". Par contre, le fait d'être rejeté par quelqu'un provoque des sentiments chez moi: douleur, rage, découragement... Je ne peux pas non plus "me sentir de trop". Ce que j'exprime par cela, c'est la perception que je ne suis pas désirée. Cette impression, qui peut être tout à fait juste, provoque en moi certaines émotions. La solitude non plus n'est pas un sentiment bien qu'on utilise souvent l'expression "je me sens seul". Je puis être seul et parfaitement content de l'être, éprouver un soulagement. Je puis être seul et me sentir triste. La solitude n'est donc pas une émotion et aucune émotion y est liée de façon constante.

Citons enfin dans cette catégorie, l'ambivalence. L'ambivalence est quelque chose que l'on fait. On hésite entre deux possibilités. On balance entre deux choix. On peut faire cela plus ou moins longtemps sur un même sujet et plus ou moins souvent dans sa vie. On est ambivalent parce qu'on a divers sentiments à l'idée de faire un choix ou l'autre, mais l'ambivalence elle-même n'est pas un sentiment.


Des images

Nous employons très souvent des images pour traduire ce que nous ressentons. Se sentir "au-dessus", "petit", "loin", "étouffé", "écrasé" sont des approximations de sentiments. Ces expressions imagées sont vite trouvées et nous évitent parfois l'effort d'avoir à préciser ce que l'on ressent. Quelque fois, par contre, on a l'impression quelles traduisent plus justement ce que nous vivons.


Des états

Je suis calme, serein, confus, déprimé, vide... Il s'agit d'états. Ceux-ci sont inévitablement teintés d'une saveur émotionnelle. Je suis calme, mais il se peut qu'il s'agisse du calme froid de quelqu'un qui est extrêmement en colère et qui veut maîtriser la situation. Je puis être calme et m'ennuyer, calme et triste. Suis-je déprimé plein de tristesse ou chargé d'une colère sourde que je réprime? Par définition, un état est stable, alors que l'émotion est toujours mouvante.


Des attitudes

Enfin, on méprend aussi des attitudes pour des émotions. Être curieux, ouvert, chaleureux, hostile sont des façons d'être. Être curieux fait que je suis toujours prêt à connaître et expérimenter de nouvelles choses. Être chaleureuse veut dire que je suis portée à être aimante avec les gens. Je me sens généreuse veut dire en fait que je suis "disposée" à l'être. Quelqu'un qui a une attitude hostile est toujours prêt à s'opposer, à se quereller. Être ouverte signifie que je suis disposée à laisser être ce qui est, à me laisser toucher. Il s'agit donc de prédispositions à agir dans un sens ou dans un autre.


Des évaluations

Enfin, les méprises de sentiments les plus pernicieuses sont sans doute les évaluation que nous prenons pour des émotions. Je me sens stupide (sic), nulle, débile... Il serait plus juste de dire "je me trouve", car la stupidité, la débilité et la nullité sont impossible à ressentir. Or, par définition, une émotion ça se ressent.

Lorsque l'on veut s'informer réellement, il est capital d'aller au-delà de ces formulations et de se demander ce que l'on ressent dans cette situation. Je me sens "petit" et j'ai quel sentiment à ce sujet? Nous sommes loin l'un de l'autre et j'éprouve quoi par rapport à toi ou par rapport au fait que nous soyons à ce point distants? On doit trouver les sentiments qui sont ainsi formulés pour mieux s'informer dans ces situations.


Tout au long de ce texte, je n'ai donné que quelques exemples pour illustrer le fait que notre langage ne rend pas toujours compte de notre réalité intérieure. J'ai insisté sur cela parce qu'il est capital de bien cerner et de formuler correctement notre expérience pour l'aider à évoluer. Ce n'est que de cette façon que nous pouvons ressentir les émotions. Ce n'est qu'en ressentant nos émotions que l'on peut "avancer" sur le sujet que nous vivons. Ce n'est qu'en vivant nos émotions qu'on peut compléter les boucles de vécu. Sinon, on est voué à accumuler des expériences incomplètes.

Les distinctions que j'ai fournies sont sommaires. Elles pourront toutefois servir de guide en attendant une élaboration au sein de la nouvelle section "Le guide des émotions".


G. Conclusion



La peur des émotions est malheureusement assez généralisée. Les objections à leur expression, encore davantage. Quand on décide d'apprivoiser sa vie émotive on s'aperçoit que telle la bête apparemment effrayante de nos fantasme, elle gagne à être connue. On se rend compte d'abord que tout ce qu'on vit a un sens mais on constate en plus qu'il est facile de saisir ce sens quand on "s'écoute de l'intérieur". Ce qui donne un air effrayant à ce qui se passe en nous, c'est le fait de le regarder à distance, de l'extérieur et de tenter de l'interpréter ou de le deviner. C'est ainsi qu'on demeure un étranger pour soi-même. N'est-il pas normal de n'être pas tout à fait à l'aise avec un étranger?

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