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" Les mythes amoureux"
(1) Le grand amour


Par Jean Garneau , psychologue


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Vos questions et nos réponses



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Question: l'amour médiocre

Votre article me laisse l'impression qu'il ne faut pas chercher le grand amour. Pourtant, il me semble que c'est ce que tout le monde veut et que la seule autre option serait de chercher un amour médiocre. Mais je ne suis pas intéressée à l'amour tiède; je préfère encore la solitude!

Réponse

Ceci nous ramène à la distinction entre amour et adoration. Si on n'est pas aveuglé par une adoration sans nuances, est-ce qu'on peut aimer vraiment?

Il me semble que l'amour réel est une expérience qui s'appuie nécessairement sur une réalité. Idolâtrer un acteur n'a rien de commun avec un amour véritable. Pour aimer, il faut connaître et apprécier vraiment la personne pour ce qu'elle est réellement. Autrement, ce qu'on éprouve est tout au plus une illusion, peut-être même un délire ou une hallucination. Tout dépend ici du degré d'irréalité.

Les humains ne sont jamais parfaits et l'amour qu'on peut vraiment leur porter est toujours partiel. Cela n'en fait pas une expérience tiède ou neutre tout comme ça ne fait pas nécessairement d'eux des êtres médiocres. Le fait d'attendre la perfection de l'autre ou de nous-mêmes est le plus sûr obstacle à un amour véritable car il nous empêche d'apprécier la réalité. En définissant des critères qu'il est impossible d'atteindre, nous rejetons des qualités qui sont bien réelles et des émotions que nous pourrions vraiment éprouver.

À bien y penser, l'amour que nous éprouvons pour une personne en incluant ses défauts et ses imperfections est bien plus "pur" et complet que celui que nous pourrions ressentir devant une personne qui incarnerait la perfection. C'est alors, en effet, que nous aimons vraiment la personne elle-même en tant qu'être réel et distinct de nous.


Question: le test des trois ans

Vous dites qu'il faut environ 3 ans pour "tester" une relation. Je me demande quels sont les tests que'on peut faire pendant ces années pour vérifier si la relation est solide. Comment savoir si on peut demeurer ensemble pour la vie?

Réponse

Il est difficile de donner une réponse précise à cette question car l'expérience de vie commune qu'on accumule en trois ans est d'une grande complexité. Elle est faite d'un grand nombre d'événements, d'interactions et d'émotions qui sont les éléments dont sa richesse est faite. Voyons quand-même quels sont les ingrédients principaux.

Un critère très important, c'est la variété des échanges qui ont eu lieu entre les partenaires. Une relation amoureuse solide suppose que les deux personnes sont mutuellement satisfaisantes sur plusieurs plans. Les échanges émotifs sont au coeur de la relation tout comme les rapports physiques.

Mais chacun de ces deux terrains est lui-même complexe. Les échanges émotifs concernent la tendresse, mais également la colère, le désir, la joie et la tristesse. Les rapports physiques incluent les relations sexuelles, mais aussi la tendresse, la confrontation, la collaboration, la solitude et le repos. Et ces énumérations sont encore très partielles...

Vérifier la qualité d'une relation et s'assurer de sa solidité suppose qu'on fasse place à chacune de ces formes d'interaction, d'échange et de partage affectif et physique. Au minimum, il faut apprendre à s'apprécier, se confronter, s'exprimer, s'écouter et s'isoler en plus d'apprendre à faire l'amour ensemble si on veut créer une relation capable de durer.

Un autre critère essentiel que ces trois ans permettent de respecter est la capacité de résoudre des problèmes ensemble. Il faut avoir vécu ensemble des moments difficiles, des épreuves réelles, pour savoir si le couple est à la merci des événements.

Il est très facile de devenir ennemis lorsque les situations deviennent difficiles, de s'en prendre à l'autre plutôt que de s'associer à lui pour créer des solutions. Pour d'autres, c'est la tentation de prendre la situation en charge qui est l'obstacle principal: sous prétexte (sincère ou non) de protéger l'autre du problème, il est alors facile de cacher la situation difficile pour essayer de la résoudre soi-même, ce qui a pour effet d'exclure le partenaire de la relation. On dit souvent que les problèmes d'argent sont au coeur de bien des problèmes conjugaux. Je crois que c'est le cas lorsque ces problèmes financiers sont vécus en commun par les partenaires mais que ceux-ci ne parviennent pas à les affronter ensemble. Plutôt que d'être alliés contre le problème, ils deviennent des adversaires qui reprochent à l'autre d'être responsable.

Enfin, il faut mentionner la fidélité et la jalousie. Ces deux dimensions de la réalité conjugale doivent être confrontées par tous les couples stables. Il est rare que ces questions se posent dès le début de la relation. La plupart du temps, il faut attendre un bon moment avant que les questions d'infidélité ne deviennent vraiment importantes dans la relation de couple. La période de trois ans est à peine suffisante pour permettre au couple d'arriver à des solutions réelles, au terme d'un dialogue ouvert.

Mais il ne faut pas croire aux miracles: le fait de bien réussir les trois premières années de la création d'un couple n'est pas une garantie absolue. Rien ne permet de savoir à l'avance si on sera ensemble pour la vie, car il y a trop de choix de chacune des deux personnes qui exercent une influence majeure sur la suite de la démarche. Le fait de continuer à être un couple vivant est un choix continuel, une décision que chacun des deux partenaires doit prendre presque chaque jour.


Question: tomber en amour

J'‘aimerais avoir plus d'explications sur ce qui se passe quand on "tombe en amour". Grand amour ou pas, il y a des moments où on "tombe" amoureux sans que ce soit par un choix raisonnable. Le "coup de foudre", ça existe! Comment expliquez-vous pourquoi ça nous arrive?

Réponse

On se sert de l'expression "tomber en amour" pour souligner un aspect bien particulier de l'expérience: le fait qu'on ne choisit pas consciemment ou raisonnablement d'éprouver cet amour. On dit ça pour indiquer qu'il ne s'agit pas d'un choix volontaire, mais d'un élan intérieur spontané qu'on serait incapable de créer ou d'empêcher. Quand on dit "le coup de foudre", on insiste sur le fait que c'est de l'extérieur que cette expérience est déclenchée alors qu'on parle plus volontiers de "tomber en amour" si on veut souligner que c'est de l'intérieur de nous que l'élan se déclenche.

Mais on ne tombe pas en amour avec quelqu'un qui nous répugne, que nous méprisons ou qui nous terrorise. C'est toujours avec quelqu'un qui nous attire, que nous estimons ou dont nous voulons être proche. Il y a donc, dans l'expérience de "tomber en amour", une forme de choix qui se fait en conformité avec ce que nous apprécions.

Si nous avons l'impression de ne pas avoir le choix, c'est surtout parce que l'intensité de notre élan vers l'autre nous semble considérable. Nous sommes tellement attirés que nous avons l'impression de ne pas avoir le choix, de ne pas être capable d'y résister. Mais en fait, nous n'avons alors aucun désir de résister à cet élan; nous voulons au contraire y céder tout à fait.

Alors, il me semble que le fait de se dire qu'on n'a pas le choix est une forme de mensonge. On choisit vraiment avec enthousiasme. Mais on veut peut-être éviter d'assumer complètement ce choix dont les résultats ne sont jamais garantis. Plutôt que de décider que je veux tout faire en mon pouvoir pour réussir cette relation, il est moins compromettant de me dire que je n'ai pas le choix, que je suis victime de cet élan de mon coeur qui m'attire vers l'autre.

Plus on attribue à l'autre des qualités "magiques" qui nous amèneront des satisfactions que nous sommes incapables d'atteindre autrement, plus il nous semble le moyen essentiel sans lequel ces satisfactions sont impossibles et plus nous serons tentés de déclarer que nous n'avons pas le choix. C'est alors que l'expression "tomber en amour" est la plus juste. Elle exprime non seulement l'absence de choix derrière laquelle nous cachons nos craintes, mais elle traduit en plus une faiblesse réelle, celle de la personne qui renonce à sa capacité de faire les choix qui lui procureront le bonheur.


Question: l'amour passion

Je suis étonné de ne pas vous voir développer ici les thèmes de l'amour passion et du "coup de foudre". Pourquoi ne sont-ils pas inclus dans ce que vous intitulez "Le mythe du grand amour"?

Réponse

Je veux d'abord distinguer les deux: le coup de foudre et l'amour passion. Le premier entre dans la catégorie des expériences où on refuse d'assumer son choix intérieur. Il est expliqué ci-dessus en même temps que l'expression "tomber en amour". Quand à l'amour passion, c'est une expérience mieux assumée: on aime passionnément, de tout son être, mais sans prétendre qu'on n'y peut rien ou que c'est malgré soi. Au contraire, on affirme sa passion comme un élan personnel auquel on consent vraiment.

En somme, même si les deux expériences peuvent se ressembler énormément, elles se distinguent clairement par l'attitude que nous avons envers ces élans amoureux. Cependant, nous parlons de passion dans la mesure où il y a quelque chose de déraisonnable dans l'attrait ou l'amour que nous éprouvons, dans la mesure où nos émotions sont assez puissantes pour dominer notre jugement, pour devenir une obsession.

L'amour passion n'est donc pas tout à fait assumé. Celui qui parle de sa passion exprime aussi qu'il s'en considère le jouet, qu'il se croit dominé par elle. On pourrait comparer ce mélange paradoxal à l'expérience d'une personne qui se jetterait volontairement dans un torrent: le choix volontaire initial inclut le fait d'être emporté et dominé ensuite par une force qui nous dépasse. On fait habituellement ce choix pour obtenir les émotions qui nous viendront de cette perte de contrôle réelle mais volontaire.

Mais c'est à un niveau plus important que l'amour passion n'est pas une expérience vraiment assumée. Ce sont les besoins affectifs en jeu qui sont faussés par un camouflage subtil. Dans l'amour passion, on met résolument l'accent sur la dimension sexuelle de la relation: c'est le désir qui reçoit toute la publicité. Typiquement, les besoins émotifs en jeu dans la relation demeurent dans l'ombre, comme s'ils n'avaient pas d'importance.

C'est ce qui fait qu'on observe souvent un manque paradoxal de contact réel dans ces relations passionnées. C'est aussi ce qui les condamne la plupart du temps à l'échec: les besoins affectifs n'étant pas ouvertement assumés, ils ne peuvent trouver satisfaction et la relation ne peut servir à une croissance émotive.


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