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Question : Subjectivité - Pour ou contre ?
Sur un coup de tête, j'ai contacté un astrologue qui a établi mon thème natal. J'ai retrouvé dans ses conclusions des traits de mon caractère ; certains parfaitement connus de moi, d'autres beaucoup moins clairs, de ceux que je ne comprenais pas, des nuances subtiles, des traits opposés. Le fait de rencontrer ces aspects de ma psyché, comme des "tendances profondes", par le biais de l'astrologie (ça aurait pu être autre chose, mais je ne sais pas quoi), m'a permis de ne pas considérer mes difficultés particulières dans certains domaines (la communication de mes émotions par exemple) comme une inadaptation pathologique venant de mes mauvais choix passés, de ma négligence, de mon refus d'évoluer. Au contraire, grâce à cette information "objective", je peux considérer cela comme un élément inhérent à ma personnalité profonde. Je peux travailler avec, travailler dessus, car cet élément est "sain". La subjectivité seule (dans l'infinité des stimuli venant du rapport avec les autres et le monde) m'a conduite au doute angoissant : si certaines choses sont si difficiles pour moi, c'est que je n'ai pas fait ce qu'il fallait pour que ça soit facile (faute, culpabilisation etc...). Qu'en pensez vous? Ceci soulève deux questions bien différentes : quelle place la subjectivité mérite-t-elle réellement et quelles sont les validations objectives qui peuvent aider à la nuancer ? Je vais les traiter séparément, mais dans l’ordre inverse. La subjectivité est-elle fiable ? Par définition, la connaissance subjective est le reflet à la fois de ce qui est perçu et de celui qui perçoit. Elle est donc déformée dans une certaine mesure et il est difficile pour la personne qui perçoit de connaître l’ampleur de cette déformation. Cette connaissance est-elle plus ou moins fiable qu’une connaissance objective ? Notre héritage cartésien nous invite à conclure sans hésiter à la supériorité indiscutable de la connaissance objective. Mais en réalité, cela n’est pas aussi évident que nous serions portés à le croire.
Ces exemples nous rappellent l’importance de nous appuyer sur une définition valable de l’objectivité. Dans la question ci-dessus, c’est l’opinion d’un tiers qui permet de discipliner la subjectivité en apportant un autre point de vue sur les mêmes réalités. Cette option est tentante par sa simplicité, mais elle n’offre aucune garantie réelle : le point de vue de l’autre n’est pas moins subjectif, il est simplement biaisé par des facteurs différents (les caractéristiques personnelles et les objectifs de cette autre personne). Ceci nous ramène à l’option du consensus : en multipliant les points de vue individuels, les biais de chacun devraient s’annuler entre eux pour nous laisser une approximation satisfaisante de la réalité objective. Pour y croire, il faut ignorer les biais collectifs qu’on retrouve dans tout groupe de personnes. Le fait de voyager un peu nous amène généralement à découvrir avec étonnement que la réalité telle que nous la connaissions n’a rien d’évident si on change de pays ou de continent. Les différences sont aussi évidentes si on considère, dans une même ville, des sous-groupes définis par l’age, les antécédents culturel ou le niveau socio-économique par exemple. Les “vieux” de 25 ans (selon les ados) sont-ils en réalité de jeunes “blanc-becs” (comme le croit celui qui approche la soixantaine) ? Le consensus est une affaire d’homogénéité dans la subjectivité et non
Alors, il nous reste la science ! Après tout, la méthode expérimentale se définit par une recherche de vérité objective qu’on puisse mesurer. Il doit être possible de nous fier sur les conclusions scientifiques pour avoir un solide critère de véracité. Mais la plupart des résultats des recherches scientifiques ne nous parviennent qu’à travers les résumés que nous en font des journalistes ou des vulgarisateurs. La simplification contribue à leur diffusion efficace, mais elle crée en même temps des distorsions et introduit des erreurs que les chercheurs ne peuvent pas facilement corriger. Tout en étant très utile aux spécialistes, la vérité scientifique n’est pas tellement conviviale pour les non-initiés. Pire encore : la science ne nous est d’aucun secours lorsque vient le temps de savoir ce que nous éprouvons et de comprendre nos problèmes psychiques. Nous n’y trouvons que des observations qui nous semblent relativement grossières ou simplistes comparativement à ce que nous vivons. Elle nous permet la plupart du temps de nous classer dans un groupe qui nous ressemble sans nous éclairer beaucoup sur les solutions qui s’appliquent à notre situation. Personne n’accepte volontiers de se considérer comme une simple statistique.
Cela ne nous condamne pas pour autant à cheminer à l’aveuglette en nous heurtant sur tous les obstacles que la vie met sur notre chemin. Nos sens sont des outils de connaissance nous donnant accès à la réalité qui nous entoure ainsi qu’à ce qui se passe en nous. Notre intelligence nous permet d’utiliser les informations de nos sens ainsi que nos souvenirs des expériences déjà vécues pour en tirer des conclusions sur la situation dans laquelle nous sommes. Elle nous permet même de corriger dans une certaine mesure les erreurs que notre subjectivité introduit dans nos perceptions et nos conclusions. Par exemple, connaissant ma tendance à croire tout le monde sur parole, je peux choisir de vérifier plus soigneusement ce qu’on me dit dans les situations où il est important que je sois bien informé. Il faut aussi comprendre que notre subjectivité constitue souvent un atout précieux. Elle nous permet en effet d’aborder la réalité sous un angle nous permettant de déceler plus rapidement les dimensions de notre environnement qui peuvent apporter des réponses à nos besoins les plus importants du moment. Parce que chacune de nos perceptions est influencée par nos émotions (représentantes de nos besoins), nous avons naturellement tendance à accorder plus d’attention à ce qui pourrait répondre à nos besoins ou à ce qui nous permet de les identifier clairement. Par exemple, la personne affamée accorde plus d’attention aux messages publicitaires qui proposent de la nourriture; elle a même tendance à trouver ces messages plus attrayants que lorsqu’elle est rassasiée. Mais pour le psychologue humaniste, la question essentielle n’est pas de déterminer si la subjectivité est avantageuse ou non. Il n’en fait pas la promotion, mais il considère qu’elle existe, qu’elle est toujours présente et qu’il est important d’en tenir compte dans la compréhension du fonctionnement humain. La réalité subjective n’est pas la seule qui existe, mais elle est la seule qui nous soit directement accessible. Discipliner notre subjectivité Lorsque nous cherchons à nous comprendre, nous devons tenir compte du fait que notre vision est toujours le reflet de nous-mêmes, en plus de comporter une part de véracité “objective”. Nous ne pouvons nous fier aveuglément à nos perceptions ou à nos opinions, même si c’est, au fond, tout ce que nous avons pour nous guider. Cela pose le problème évoqué plus haut : quel critère devons-nous utiliser pour vérifier l’exactitude de notre compréhension ? Nous ne pouvons compter ni sur la perception des autres, ni sur l’objectivité, ni sur la science pour nous informer sur ce qui se passe vraiment en nous et dans notre environnement. Il ne reste donc que notre vision subjective, malgré ses limites évidentes. Comment pouvons-nous exploiter notre subjectivité pour corriger notre image de nous-mêmes lorsqu’elle est erronée ? La solution doit tenir compte de notre point de vue subjectif et l’intégrer à notre recherche de vérité. La direction la plus prometteuse, à mon avis, est l’exploitation de notre expérience. Plus précisément, il s’agit de tenir compte de l’ensemble de notre expérience de vie accumulée, mais aussi d’enrichir notre bagage par de nouvelles expériences dans le domaine qui nous préoccupe.
Ce phénomène n’a rien de magique ; il ne s’agit que d’un autre effet de notre interprétation subjective et de la perception sélective qui en fait partie. Nous tournons plus facilement notre attention vers les réalités qui répondent à un besoin ou à une préoccupation immédiate. Nous considérons naturellement avec plus de soin les faits qui apportent des réponses à nos questions les plus importantes du moment. Notre organisme sélectionne spontanément l’information qui semble la plus pertinente pour notre adaptation immédiate.
Objectif ou subjectif ? La question présente la rencontre avec un astrologue comme un événement ayant permis de changer la perception de soi en y intégrant de nouvelles dimensions et une nouvelle interprétation. L’auteur de la question va plus loin en considérant l’apport de celui-ci comme une contribution objective qui a permis de faire la différence entre l’impasse d’une vision subjective erronée et l’ouverture à de nouvelles possibilités de changement et d’intégration. Cette rencontre aurait pu prendre un grand nombre d’autres formes et elle aurait pu avoir de toutes autres conséquences. Qu’on s’appuie sur l’astrologie, la religion, la philosophie, la science-fiction, les livres de psychologie, les citations des personnages célèbres, les commentaires des amis, le tarot ou les réflexions d’un psychothérapeute ne change rien d’essentiel. C’est l’attitude avec laquelle on aborde ces “informations” qui fait la différence. Si nous choisissons de leur accorder notre confiance, nous interpréterons ces événements comme des signes pertinents. C’est par cette interprétation que nous rendrons pertinents pour notre vie actuelle des énoncés qui sont assez vagues pour être malléables par notre subjectivité. Nous sélectionnerons ceux qui rejoignent le mieux nos préoccupations et nous orienterons nos interprétations en fonction de ce que nous recherchons.
Le même phénomène se produit avec les événements qui surviennent par hasard dans notre vie quotidienne. La rencontre imprévisible d’un ami, l’accident fortuit ou la chanson dont les paroles nous frappent deviennent des signes que nous interprétons en fonction de nos désirs et de nos manques. Nous ignorons chaque jour des milliers d’événements pour nous attarder à celui qui prend un sens plus important à nos yeux. Tant que nous considérons ces “messages” comme des occasions d’alimenter notre réflexion en la poussant plus loin, nous respectons notre subjectivité et nous en faisons un instrument de connaissance. Mais nous sommes en danger lorsque nous les considérons comme des vérités objectives qui se mettent sur notre chemin en vertu d’une volonté ou d’une connaissance extérieures. Dans ce cas, nous attribuons à cet être extérieur un pouvoir qui est le nôtre et nous y renonçons par le fait même. Nous nous privons alors de la sagesse inhérente à notre organisme et à sa méthode subjective de connaissance expérientielle. Nous l’attribuons à un tiers et devenons dans la même mesure dépendants du pouvoir qu’il détient grâce à notre généreuse naïveté. | |
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Le livre La puissance des émotions le site de l’A.H.P. à http://ahpweb.org Vous pouvez en discuter sur... Vous n'avez pas encore trouvé ce que vous cherchiez ?
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