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Les mythes amoureux:
(2) L'amour inconditionnel


Par Jean Garneau , psychologue


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Vos questions et nos réponses



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?


Question: estime de soi

    Pourquoi certaines personnes en viennent-elles à adopter l'amour inconditionnel comme règle de vie? N'y a-t-il pas des liens avec une faible estime de soi? Une façon d'être prêt à tout donner pour se faire aimer?


Réponse


Une faible estime de soi est en effet souvent au coeur de cette façon d'aborder les relations amoureuses. Elle peut en être la cause, mais elle en est aussi très souvent une des conséquences les plus graves. (Pour en savoir plus, voyez: Fidèle à moi-même)Pour bien comprendre ce qui se passe, il faut généralement préciser davantage car la faible estime de soi est un concept très large.

L'amour inconditionnel est un évitement du contact autant qu'une forme de respect. C'est souvent la peur du contact réel avec l'autre qui en est le motif principal. Plus précisément, c'est l'insécurité par rapport à ce qu'on vit ou à ce qu'on craint de vivre dans le contact. Cette peur a évidemment un lien avec la faible estime de soi, mais elle est beaucoup plus précise. Lorsque vient le temps de trouver des solutions, cette précision supplémentaire est précieuse.

Il en va de même avec la peur de s'assumer ouvertement, ou d'assumer ses limites réelles. Il s'agit souvent d'une difficulté d'affirmation. Elle est intimement reliée à l'estime de soi, mais le fait de l'identifier clairement comme problème d'affirmation contribue largement à la découverte des pistes de solution efficace.

Mais il faut reconnaître aussi que d'autres facteurs sont parfois plus importants. Par exemple, il arrive que l'amour inconditionnel soit le reflet d'une soumission excessive à un parent. Le conjoint est alors un équivalent de ce parent et le respect total est la manifestation de cette soumission. Dans ce cas, le lien avec l'estime de soi est secondaire.

De même, il arrive souvent que l'amour inconditionnel soit simplement une tentative de se conformer à un modèle. Que ce soit par compensation pour un univers aux exigences trop élevées ou par conformisme à un idéal inadéquat, la personne tente d'être à la hauteur de cette définition de l'amour. Comme il s'agit d'un mythe auquel il est impossible de correspondre vraiment, la personne n'est jamais vraiment à la hauteur. Dans ce cas, la mauvaise estime de soi n'est qu'un résultat et non la cause du problème.


Question: égocentrisme

    Je crois que vous faites erreur lorsque vous écrivez: "Il ne s'agit pas d'un comportement naturel. Toutes les espèces vivantes connaissent instinctivement la valeur de l'égoïsme par lequel chaque être devient responsable de veiller à sa survie et à sa satisfaction." Je trouve au contraire que l'égocentrisme est une façon immature et même infantile d'aborder les autres et qu'il faut considérer l'amour inconditionnel comme une variante de la générosité et de l'oubli de soi: deux vertus importantes qui distinguent les humains des animaux.


Réponse


Il faut d'abord distinguer l'égoïsme de l'égocentrisme. Le second est en effet une façon d'appréhender la réalité qui est caractéristique des enfants. Il consiste à se considérer comme le centre de l'univers, celui à partir duquel toute la réalité se définit. Dans cette vision des choses, le point de vue de l'autre n'a aucune existence réelle. La mère est l'objet qui m'apporte la nourriture et qui m'endort en me berçant. Le chien est la chose que je ne parviens pas à attraper.

L'égoïsme dont il est question ici est différent: c'est la motivation qui amène chaque être vivant à rechercher sa sécurité, son bien-être, sa satisfaction et son épanouissement. C'est la force dynamique qui permet de se mobiliser pour obtenir ces différents types de satisfaction à travers ses actions.

C'est également une attitude devant la réalité: celle qui m'amène à prendre en charge la satisfaction de mes besoins et à considérer que c'est à moi et à personne d'autre d'y voir. C'est la même attitude qui définit les autres comme responsables de leur propres satisfactions et non des miennes. Ils ne sont plus définis par mes besoins ou par l'usage que je peux en faire, mais par leurs propres motivations et leur propre dynamisme.

Dans ce contexte, lorsque les autres deviennent des interlocuteurs ou des partenaires, c'est en tant qu'êtres distincts, autonomes et libres qu'ils le sont. La satisfaction que chacun tire alors de la relation ne vient pas des dons de l'autre personne, mais de la qualité du contact entre les deux et de l'énergie nouvelle que crée ce contact.

Par exemple, dans la relation sexuelle, les partenaires ne sont pas au service du plaisir de l'autre (générosité) ou occupés à se satisfaire en utilisant l'autre (égocentrisme), mais ils sont occupés à tirer le maximum de plaisir (égoïsme) du contact avec l'autre et de tout ce que cette rencontre provoque entre eux. La satisfaction de chacun s'appuie alors à la fois sur la réponse à ses propres besoins, sur la satisfaction que l'autre obtient et sur l'interaction entre les réactions vivantes (émotives et physiques) des deux.

Cette vision de l'égoïsme et de son importance vitale est considérée comme une erreur grave dans la plupart des religions. On lui préfère largement des vertus comme la générosité et l'oubli de soi qui correspondent bien mieux aux principes religieux fondamentaux: le sacrifice des plaisirs matériels au profit d'une autre vie et la soumission à des valeurs supérieures qui dépendent d'un être suprême auquel il faut vouer son existence terrestre.

La recherche de satisfaction (terrestre) et l'atteinte du bonheur (terrestre) n'ont jamais été les caractéristiques principales des visions religieuses de la vie. La plupart du temps, les satisfactions terrestres les plus importantes qui sont valorisées par les religions sont la sérénité et la sécurité d'être entre les mains d'un être suprême et la satisfaction de savoir qu'on est vraiment conforme à ses exigences. La vie amoureuse la plus satisfaisante n'est vraiment pas une priorité.


Question: la personne vulnérable

    Est-ce qu'il y a des situations où un amour inconditionnel ou généreux doit remplacer l'amour égoïste dont vous parlez? La personne gravement malade ou handicapée serait-elle une exception?


Réponse


Qui veut être aimé par pitié? Aimer inconditionnellement est très proche de la pitié hautaine qu'on réserve aux êtres qu'on croit faibles et incapables de subvenir à leurs besoins. C'est doublement vrai lorsque ce refus de juger s'applique aux actes, aux opinions, aux façons d'être. Est-ce moins vrai lorsqu'il s'agit d'une personne qui se trouve en état de vulnérabilité réelle? Est-il injuste de traiter un époux gravement malade avec les exigences de l'égoïsme fondamental des êtres vivants?

Il est vrai que la personne malade a besoin de soins particuliers. Ceux-ci dépendent directement de sa maladie et des pertes d'autonomie qui en découlent. Ils sont en quelque sorte imposés par le destin.

Ces besoins particuliers ne sont pas automatiquement des devoirs pour les autres. Mais il est souvent beaucoup plus difficile pour eux de résister à s'en faire des devoirs. De peur de paraître odieux, on est facilement porté à prendre l'autre en charge et à cesser de le traiter comme un être autonome. Certains considèrent même qu'il s'agit d'une supériorité des humains sur les animaux: la capacité d'avoir assez de compassion pour supporter les êtres plus faibles.

Mais ces motivations n'ont plus tellement de rapport avec l'amour et personne n'est vraiment dupe. La personne qui bénéficie de l'aide sociale ne se considère pas comme aimée, mais comme méprisée ou, au mieux, objet de pitié sociale. Ceux qui assument les frais de cette aide ne se sentent pas aimants: ils n'ont aucune satisfaction à cotiser pour ces services et ils en veulent plus ou moins ouvertement à ceux qui en bénéficient. Pourtant, c'est par compassion humaine que ces mesures ont été adoptées et conservées.

Il ne faut pas s'illusionner: lorsque des mesures équivalentes sont assumées individuellement, les résultats pour l'un et l'autre ne sont pas meilleurs. La personne qui bénéficie de la générosité d'un parent ou d'un conjoint devient bientôt psychologiquement endettée. Son estime d'elle-même commence bientôt à en souffrir et à provoquer des sautes d'humeur inattendues. Parfois, l'insécurité de cette situation l'amènera à vérifier les limites de la réalité en ayant des exigences qui relèvent du caprice plus que du besoin. De même, la personne qui se montre généreuse commence tôt ou tard à se sentir lésée par cette situation. Elle résiste à voir ces réactions qu'elle considère mesquines ou inavouables, mais cela ne les empêche pas de se développer. Et bientôt, cette relation faussée remplace l'amour qui en était la cause.

Il faut, pour sauver la relation, trouver le courage de redéfinir la relation d'une façon qui tienne compte de la nouvelle réalité imposée par la maladie ou le handicap. Il faut redonner à chacun des interlocuteurs la responsabilité réelle de sa vie et de sa satisfaction. Les soins particuliers qui sont devenus nécessaires sont alors des contraintes dont il faut tenir compte et non des devoirs qui définissent la relation.


Question: l'amour-contact

    Vous parlez de l'amour-contact comme d'un idéal à atteindre. Je n'ai jamais vu ce concept auparavant. D'où vient-il et comment pourrais-je en apprendre davantage à ce sujet?


Réponse


Il y a longtemps que nous considérons le contact comme la dimension la plus importante des relations interpersonnelles, et encore plus particulièrement des relations amoureuses saines. Il semble en effet que l'évitement du contact soit à l'origine de la grande majorité des problèmes relationnels. En fait, si on en croit la définition de certains thérapeutes gestaltistes, l'évitement du contact serait au coeur de tous les mécanismes de défense et, par conséquent, des problèmes psychiques.

Mais la rédaction des articles sur les mythes amoureux a provoqué la cristallisation de ce concept qui nous apparaît maintenant comme fondamental. Il nous semble évident que l'amour de qualité est avant tout affaire de contact entre deux êtres distincts. Nous croyons que le concept d'amour-contact englobe implicitement toutes les dimensions les plus importantes de la relation amoureuse lorsqu'elle est sainement vécue.

Le mot amour distingue ce type particulier de relation d'intimité. Le terme contact implique deux entités distinctes ayant une existence autonome et un point de rencontre entre les deux. Il ouvre la porte aux rapprochements doux et tendres tout comme aux frottements vigoureux et aux conflits nécessaires au maintien de la relation.

"L'amour est un sport de contact" nous apparaît comme un titre particulièrement évocateur dont nous prévoyons tirer bientôt un article complet afin de définir plus complètement ce concept riche.


Question: Payer ses entrevues de psychothérapie

    Pourquoi faut-il payer ses entrevues de psychothérapie? C'est une relation tellement personnelle et intime; il me semble qu'il serait préférable que l'argent n'entre pas en ligne de compte dans cet univers où la compréhension et la compassion sont les dimensions les plus importantes.


Réponse


Il y a plusieurs raisons pour cela et elles touchent différentes dimensions de la situation. C'est tellement important qu'il faut parfois inventer des équivalents lorsqu'il n'est pas nécessaire de payer, comme, par exemple, lorsque les coûts de la psychothérapie sont assumés par le gouvernement ou un assureur.

La raison la plus simple et la plus évidente est que le psychothérapeute doit gagner sa vie. On ne peut pas devenir expert de la psychothérapie sans y consacrer plusieurs années en plus des études universitaires nécessaires pour devenir un professionnel de la santé. Environ trois ans d'études théoriques, d'entraînement pratique, de supervision régulière et de travail intensif sur ses problèmes personnels qui pourraient nuire au cheminement des clients. Tout ça après des études universitaires de 5 ans ou plus.

Mais il ne suffit pas de prendre une bonne formation pratique. Il faut aussi y consacrer une partie importante de ses activités professionnelles pour maîtriser toutes les habiletés nécessaires. Ce n'est pas une occupation dans laquelle on peut exceller sans s'y investir à fond. On ne peut se contenter de faire de la psychothérapie dans ses loisirs, simplement pour le plaisir ou pour rendre service. Plusieurs personnes qui font appel à des thérapeutes amateurs l'apprennent à leurs dépens.

Dans les services publics, cette raison n'existe pas. C'est le gouvernement qui assume les coûts et le psychothérapeute n'a pas besoin de l'argent de son client pour payer son loyer. C'est dans ces conditions qu'on peut constater que cette raison n'est pas la seule ou la plus importante; seulement la plus impérieuse.

Les autres raisons sont plus déterminantes car elles touchent directement la nature de la relation entre le thérapeute et son client, en plus d'avoir un impact sur les problèmes pour lesquels ce dernier consulte. Voici en bref les plus importantes.

Lorsque le client paie directement le thérapeute pour ses services, il se débarrasse d'une dette qui nuirait éventuellement à son développement et à son autonomie. Si le service qu'il a reçu est très satisfaisant, s'il a une grande importance dans sa vie, le client est naturellement porté à être très reconnaissant.

Cette reconnaissance est normale, mais à cause de la nature de la relation entre le thérapeute et la personne qui le consulte, il est important qu'elle ne devienne pas un lien permanent ou une dette qu'il serait impossible de rembourser adéquatement. Il faut que le client récupère sa liberté et son pouvoir entiers afin de continuer à devenir maître de son existence.

Le fait de payer les entrevues contribue à cette récupération et au détachement qui la rend possible. En payant pour les services rendus, le client acquitte sa dette réelle et se libère de celles qu'il pourrait se créer. Le professionnel est payé pour son temps et son travail, mais c'est le client qui bénéficie des effets positifs comme c'est lui qui souffre lorsque les résultats ne sont pas satisfaisants. C'est envers lui-même qu'il peut surtout être reconnaissant lorsqu'il est heureux de ce qu'il obtient car c'est la qualité de son implication et l'efficacité de ses efforts qui sont les principaux responsables.

Un autre facteur important est lié à la signification symbolique de la relation thérapeutique. Il est plutôt normal de réagir à un psychothérapeute comme s'il était notre parent. C'est le phénomène du transfert, connu depuis plus d'un siècle.

Cette tendance à faire des liens entre la relation thérapeutique et la relation parent-enfant est l'expression des forces de croissance qui agissent chez le client. Il s'agit d'une tentative naturelle visant à résoudre des problèmes qui n'ont pas encore trouvé leur issue. C'est pour cette raison que le transfert est au coeur de la démarche psychothérapeutique lorsqu'elle conduit à des changements majeurs.

Cette relation transférentielle peut facilement nous porter à croire que la psychothérapie devrait être aussi "gratuite" que celle que nous avons avec nos parents ou nos enfants. L'écoute attentive, la sensibilité compréhensive et le profond respect du thérapeute nous semblent n'avoir d'autre fondement possible qu'un amour généreux et sincère, ou tout au moins une profonde amitié.

Le fait de payer le thérapeute nous aide à ne pas oublier qu'il s'agit avant tout d'un service professionnel et d'un travail réel, non pas d'un simple élan du coeur. Tout en permettant qu'on l'utilise pour régler des problèmes avec nos parents, le thérapeute nous rappelle la réalité à chaque entrevue: il nous reçoit à son bureau pour répondre à notre demande d'aide en faisant appel à ses connaissances spécialisées et à son expérience professionnelle.

Cette vérité peut être bien terne comparativement à l'accueil chaleureux et à la compréhension que nous obtenons, mais elle est en même temps une libération. Il n'est pas nécessaire d'être aimable, agréable ou sympathique pour bénéficier de cette présence bénéfique; il suffit de payer le prix convenu.


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