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" L'ivresse : la dérive des illusions "

Par Bruno Roberge , psychologue


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Question: Ivresse mentale

Lorsque vous parlez du terme Ivresse mentale, de quoi s’agit-il? En quoi est-ce semblable ou différent des trois autres formes d’ivresse dont traite votre article?

Réponse

Le terme «Ivresse mentale» n’est pas un concept scientifique accepté. Il n’est pas connu ni répertorié dans la littérature en psychologie. Ce terme nous vient de centres de traitements pour alcoolisme et autres toxicomanies aux U.S.A. ainsi que du mouvement Alcooliques Anonymes.

workaholic L’ivresse mentale ressemble aux autres formes d’ivresse dans le sens où la personne qui la vit est, comme dans les autres types, en plein déni de ses émotions. Elle fuit une situation de sa vie qui la dérange et la perturbe au lieu de rester en contact avec ses émotions et de faire face à sa réalité.

On utilise habituellement l’appellation Syndrome d’ivresse mentale en rapport avec les personnes qui sont aux prises avec un problème d’ivresse chimique et sont en voie de réhabilitation. On s’en sert pour désigner les situations où cette personne, étant abstinente de toutes substances, cherche à substituer le produit consommé par une pensée et même un comportement obsessionnel.

Par exemple, si je suis abstinent d’alcool depuis cinq ans et qu’à travers une période difficile de ma vie, je deviens obsédé par le travail au point de «m’enivrer» en travaillant soixante-dix heures par semaine. Le travail devient alors un nouveau moyen (une nouvelle drogue) pour fuir et éviter d‘être confronté avec mes émotions. Nous parlons dans ce cas d’un syndrome d’ivresse mentale.

Pierre est dépendant de la cocaine et de l’alcool. Il est abstinent de toute substance depuis trois ans. Récemment, il a vécu une rupture amoureuse qu’il n’a pas digérée. Alors, il s’est isolé et a consommé pour environ cinquante dollars par jour de vidéo pornographique. N’est-ce pas là un comportement de fuite, une fuite comparable à celle qu’il faisait avec l’alcool? Voilà à quoi ressemble le syndrome d’ivresse mentale.

Pour en savoir plus sur le sujet , nous vous suggérons de consulter, sur le site l'Étape, un article dont le titre est : «Signes avant-coureurs de rechute»


Question: Ivresse chimique et créativité

Que penser des nombreux artistes, qui s’isolent, consomment beaucoup d’alcool ou de drogue et qui produisit des chefs-d’œuvre? Je souhaiterais lire votre réflexion à ce propos.

Réponse

Nous savons pertinemment que les artistes sont pour la plupart des personnes sensibles qui sont en contact avec leurs émotions. Celles-ci sont souvent leur principale source d’inspiration. L’isolement, l’alcool et la drogue ont divers effets sur leur production.


    L’isolement

VanGogh L’isolement peut les aider à laisser libre cours à leur créativité sans être dérangés par des éléments extérieurs. Pour certains il peut être nécessaire car la solitude permet de laisser émerger les émotions qui alimentent leur création.

Mais pour d’autres, l’isolement est une réaction défensive qui ne favorise pas nécessairement la créativité ou le contact avec leur vie émotive. Dans ce cas, il s’agit plutôt d’un combat intérieur qui se reflète dans une production artistique. Il serait alors plus juste de parler d’expression que de création car le produit est surtout la manifestation d’une expérience qui ne trouve nulle part ailleurs une expression adéquate.


    L’alcool

L’alcool est un agent chimique dépresseur du système nerveux; il ralentit et inhibe le fonctionnement de la personne. Cet effet se fait sentir au plan émotif comme au plan physique.

Cependant, une petite quantité d’alcool est souvent un amplificateur des émotions alors que pris à des doses élevées, ce produit chimique devient un inhibiteur au niveau de la pensée et par le fait même de la créativité. On peut donc supposer que la consommation d’alcool n’est pas favorable, par elle-même, à la créativité.

Mais une personne qui a l’habitude de la consommation fréquente d’alcool développe une tolérance. Il lui faut une quantité de plus en plus grande du produit pour obtenir le même effet. On ne peut donc juger la quantité d’alcool consommée qu’en tenant compte des habitudes de la personne.

Nous connaissons, dans notre pratique professionnelle, des artistes qui ont produit des œuvres magnifiques sous l’effet de l’alcool. Mais en y regardant de plus près, nous constatons cependant que ces mêmes artistes arrivent à réaliser des chefs-d’œuvre sans consommation de substances. L’alcool n’est pas vraiment nécessaire à leur production.


    La drogue

Pour plusieurs artistes, ce sont souvent des médicaments, des drogues ou une autre forme de stimulant naturel qui leur sert d’amplificateur d’émotions. L’effet sur la créativité varie énormément d’un produit à l’autre.

Certains ont un effet plutôt stimulant sur l’organisme; ils activent les fonctions physiques et psychiques. Ils peuvent facilement stimuler une plus grande abondance dans le contenu ou un rythme plus rapide dans la production. D’autres agissent davantage comme l’alcool en ralentissant certaines fonctions ou en inhibant certains mécanismes défensifs. Dans ce cas, on peut s’attendre à une expression plus débridée mais d’une qualité plus approximative.

On peut donc croire que ces substances ont un effet direct sur le processus à travers lequel l’artiste réussit à produire son oeuvre et, par conséquent, sur les qualités du produit lui-même. Cet effet est-il suffisant pour générer l’inspiration ou une véritable création? Si on ne confond pas la production avec la création, on peut facilement en douter.


    Conclusion

Il est important ici de distinguer deux catégories d’artistes. Dans un premier groupe nous retrouvons des personnes souffrant de douleurs psychologiques et qui fuient leur souffrance à l’aide de substances susceptibles d’augmenter leur production artistique. Dans ce cas, l’oeuvre qui en découle est l’expression de ces malaises psychiques. Nous devons alors penser que ces personnes expriment leur désarroi plutôt que de considérer qu’il s’agit de création.

Dans l’autre groupe, on retrouve les personnes qui ont vraiment le sens artistique et qui n’ont pas besoin d’alcool ou de drogue pour laisser émerger leur inspiration. Celles-ci sont en contact avec leurs émotions et ne sentent pas le besoin de s’enivrer pour être inspirées. Nous parlons ici de véritable création plutôt que d’expression de douleurs psychiques.

Donc, les substances chimiques ne sont pas nécessaires pour un véritable artiste. Mais l’alcool et les drogues peuvent devenir des artifices de choix pour supporter l’expression de leur mal-être par les personnes qu’on pourrait considérer comme les artisans de la production artistique.


Question: Ivresse financière

Est-ce qu’on pourrait parler aussi d’une ivresse financière et tant qu’état de conscience altérée? Par exemple, chez la personne qui voudrait gagner le maximum d’argent et être de plus en plus riche, en allant jusqu’à prendre l’argent des autres?

Je connais une personne de ce genre à laquelle s’applique parfaitement cette phrase que vous écrivez: “l’éclosion d’un univers parallèle qui entraîne le déni des émotions nous rend sourd et aveugle face à la réalité extérieure”. Si cette ivresse financière existe et si on tient compte de ce déni, comment convaincre cette personne de se prendre en charge?

Réponse

Comme mon texte le mentionne, nous observons plusieurs formes d’ivresse. Certaines personnes vont s’enivrer de nourriture, d’autres de sorties continuelles qui les empêchent de faire face à leurs responsabilités quotidiennes.

monnaie Je peux certainement imaginer que la recherche compulsive d’argent pourrait correspondre à une sorte d’ivresse financière. Pour déterminer si c’est le cas pour une personne en particulier, il faudrait nous poser les questions suivantes.

  • Cette personne cherche-t-elle ainsi à combler des besoins non satisfaits?
  • Que veut-elle fuir dans sa course à la richesse?

Certaines personnes s’enferment dans une forme de pensée magique où elles croient que le bonheur est une question de richesse financière. (Lire Le bonheur .) L’important, pour arriver à une solution, est d’abord de découvrir quelles sont les émotions que cette personne tente de nier. (Lire: Pour une vie qui me colle à la peau .)

Mais la question n’est pas vraiment résolue par la réponse à cette question. Il faut se demander aussi s’il est possible de convaincre cette personne de se prendre en charge. Je crois que non car, dans notre vie personnelle, chacun de nous a l’entière responsabilité de ses choix et de son style de vie.

Comme psychothérapeute, je remets toujours entre les mains de la personne le pouvoir de s’auto-développer, de définir ses propres besoins et de passer à l’action pour les satisfaire. Les thérapeutes ne sont que des accompagnateurs, des guides qui outillent le client afin que celui-ci soit responsable de sa démarche personnelle et de sa croissance.

Je crois donc qu’il serait inutile de chercher à convaincre la personne qui souffrirait d’ivresse financière (ou autre). Mais on pourrait sans doute lui rendre service en lui fournissant des outils et en étant à l’écoute de sa dérive.

Comme je l’indique dans mon article, la dérive est une nécessité. Elle sert à émettre un signal d’alarme qui nous renseigne sur l’urgence de se prendre en main. Mais c’est à la personne en dérive que s’adresse ce message et c’est elle seule qui peut l’entendre vraiment.

Par exemple on peut très bien laisser traîner un livre pertinent dans l’espoir qu’il vienne aider à comprendre. N’est-ce pas là un message indirect et une invitation à en discuter? Si le signal arrive au moment opportun, il pourrait déclencher une réflexion, une ouverture ou même un dialogue fructueux.


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  1. Une question personnelle à laquelle vous voulez une réponse individuelle.

    Le psy virtuel est à votre disposition. Pour 50$ (canadiens) un de nos psychologues consacrera 30 minutes à vous répondre s'il estime pouvoir vous être vraiment utile. Il s'agit d'un genre de consultation individuelle et vous aurez la réponse en 3 jours.

    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

    Il vous suffit de nous faire parvenir votre question à



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