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" La jalousie amoureuse "

Par Michelle Larivey , psychologue


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Vos questions et nos réponses



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Question: Assumer ses fantasmes d’infidélité

    Dans la partie C de "La Jalousie amoureuse" - La source de la jalousie - je lis ceci:

      " ...Mais il (le conjoint jaloux) n'assume pas les fantasme d'infidélité qui naissent en lui. ....... il est incapable d'assumer l'ensemble de son expérience de vie amoureuse: ses manques, ses désirs et les fantasmes qu'ils suscitent."

    J'aimerais avoir plus d'explications sur le sens de ces 2 phrases. Qu’entendez-vous par “assumer ses fantasmes d'infidélité” ? S’agit-il de passer à l’acte et d’être infidèle ? Parlez vous ici de fidélité et d’infidélité sexuelle, amoureuse, sentimentale, ou toutes à la fois ?
Réponse

Infidélité sexuelle, amoureuse ou sentimentale ?

L’infidélité dont il est question dans ce contexte est surtout de nature sexuelle. Mais il s’agit d’une expérience complexe qui rejoint la relation amoureuse et sentimentale tout autant que l’activité sexuelle proprement dite. L’importance relative de ces volets est très différente d’une personne à l’autre et encore plus d’un couple à l’autre. Selon la façon dont chacun conçoit la vie de couple et selon les ententes explicites ou implicites entre les partenaires, le conflit prend une coloration bien différente.

    Par exemple, un couple marié où les époux se sont juré une fidélité sans compromis traite facilement toute pensée lubrique suscitée par quelqu’un d’autre comme une faute grave qui doit cesser sans délai. Un autre couple où les partenaires veulent cheminer ensemble aussi longtemps que la relation les satisfait et leur permet de s’épanouir tolère plus facilement les tentations d’infidélité dans la mesure où elles ne conduisent pas à une relation sexuelle avec un tiers. Un troisième couple vivant dans une commune pourrait facilement tolérer les activités sexuelles avec d’autres partenaires tant que le lien de confiance ou l’attachement sentimental reste intact.
Dans chaque cas, ce sont les deux partenaires qui contribuent à définir les limites de la fidélité. Ils le font à travers un dialogue ouvert sur la question ou au moyen de messages implicites et de réactions indirectes en situation. Que la négociation soit explicite ou non, les conjoints arrivent, après un certain temps, à une définition commune qui, en principe, doit être respectée. Les conclusions communes sont plus claires et plus précises lorsque le dialogue se fait ouvertement, mais elles ne sont pas moins fortement investies (bien au contraire) dans les cas où la discussion se déroule à travers les événements de la vie. Si un des conjoints transgresse ces limites communes, on peut s’attendre à des réactions très fortes de son partenaire.

Mais tout ce qui précède n’a presque rien à voir avec la jalousie dont il est question dans l’article. Le fait que les clauses du contrat (implicite ou explicite) soient transgressées provoque naturellement des réactions fortes et une crise de confiance dans le couple. Il s’agit de réactions “après le fait” et non de réactions “préventives” comme on en voit toujours dans la jalousie amoureuse. Ce n’est pas vraiment de la jalousie, mais de la colère, de la déception, du ressentiment ou un effort de vengeance.


Les fantasmes d’infidélité dans la jalousie amoureuse

Lorsqu’un besoin demeure trop peu satisfait, il suscite naturellement l’apparition d’émotions dont la fonction est de signaler le déséquilibre. (Voir à se sujet “À quoi servent les émotions” ainsi que “Les genres d’émotions”.) Si la carence persiste, particulièrement lorsqu’elle se combine avec une inhibition, on voit apparaître des fantasmes reliés au besoin inassouvi. Ces produits de l’imagination servent à indiquer encore plus clairement la nature de l’insatisfaction et du besoin, ainsi que la direction à suivre pour y remédier à la situation. Le fantasme peut être comparé à une image ou un film qui nous suggérerait une façon concrète de répondre au besoin. Un peu comme un mirage qui apparaît au voyageur assoiffé dans le désert.

JalousieTout comme le mirage, le fantasme est une illusion. Il ne s’agit pas d’une action réelle, ni d’un projet d’action, ni même d’une façon adéquate de répondre au besoin. Il s’agit d’un message nous rappelant qu’il est urgent de trouver rapidement une solution au déséquilibre actuel. Le fantasme d’infidélité nous indique l’intensité de notre manque ; il est un messager du besoin et du désir.

L’intensité de la jalousie découle souvent de la gravité du manque de satisfaction sexuelle ou amoureuse. La personne jalouse devient extrêmement sensible à toute possibilité de satisfaction qui pourrait s’offrir à son partenaire. Elle reste constamment à l’affût et imagine souvent des “tentations” que l’autre ne voit même pas. Les protestations et les preuves de fidélité restent sans effet, car elles n’apaisent pas les manques de celui qui les reçoit. En effet, ce n’est pas de sécurité dont il a besoin, c’est de satisfaction.

Mais la personne jalouse ignore souvent (volontairement ou non) ses propres désirs. Elle les cache non seulement à son conjoint, mais aussi à elle-même. Incapable d’envisager de se satisfaire réellement, elle entreprend d’éradiquer toute apparence de désir chez son partenaire. Mais comme elle ne parvient pas à neutraliser vraiment son propre besoin, elle persiste contre toute évidence à soupçonner l’autre de rechercher les satisfactions ailleurs.


Que faire avec ces fantasmes

Comme l’émotion, le fantasme est une invitation de l’organisme à combler un besoin trop insatisfait et insuffisamment assumé. C’est l’inhibition qui constitue le coeur de la jalousie et cette dernière diminue rapidement lorsque les besoins et les désirs sont mieux assumés.

Mais comment assumer ses fantasmes d’infidélité ? Faut-il les concrétiser dans une aventure extra-conjugale ou dans une relation amoureuse avec quelqu’un d’autre ?

Assumer un désir n’est pas synonyme de le réaliser. Ce qui est vraiment nécessaire pour assumer un besoin, un désir, une émotion ou un phantasme c’est premièrement de se l’avouer clairement et, secondairement de l’affirmer ouvertement avec les personnes directement concernées. Se l’avouer implique qu’on le reconnaisse comme réel, avec toute son importance et son intensité. L’affirmer exige qu’on le fasse connaître comme une expression d’une dimension importante de soi-même dans la situation actuelle.

Une aventure extra-conjugale ou une nouvelle relation amoureuse pourraient parfois contribuer à la première dimension : s’avouer son besoin avec toute son importance et son urgence. Mais elle ne contribuerait pas aussi substantiellement à la deuxième qui exige qu’on le reconnaisse ouvertement devant la personne concernée en tant qu’une dimension importante de ce qu’on est. Comme la personne concernée est celle que le jaloux accuse d’infidélité, il est rare qu’une aventure soit un bon moyen d’assumer son besoin devant l’autre (à plus forte raison si on garde le secret sur l’aventure).

Le passage à l’acte n’est pas la solution la plus efficace. C’est par l’expression complète qu’on réussit à assumer le fantasme et à récupérer les besoins qu’il servait à nous rappeler. C’est l’équivalent de l’action unifiante telle que définie dans la description du processus vital d’adaptation. (Voir La vie d’une émotion et Le processus de croissance à ce sujet.)

Nous constatons en psychothérapie que la personne jalouse change rapidement d’attitude lorsqu’elle commence à assumer plus complètement les besoins qui sont à la source de ses fantasmes jaloux. Le fait de reconnaître son besoin au lieu de l’attribuer à son partenaire est particulièrement important dans cette démarche car il remplace l’inhibition du besoin. Consentant mieux à éprouver ses désirs, la personne n’a plus autant besoin de les remplacer par des complots imaginaires et des soupçons incessants. Si elle parvient à les affirmer ouvertement dans la relation avec son conjoint, elle contribue en plus à enrichir la relation et à la rendre plus satisfaisante pour les deux. Elle renouvelle ainsi la vitalité de cette relation que la jalousie avait souvent ébranlée. (Voir L’amour contact , Couple vivant et Évaluer la vitalité









Question: Jalousie et rivalité dans le couple

Dans le couple, que dire de la jalousie à l'égard de son partenaire, pas forcément autour de son intérêt pour l'autre sexe, mais plutôt, par exemple, à l'égard de sa réussite, de son succès, ou autour de choses plus banales comme de son aisance à parler avec les autres, à aller vers les inconnus lorsque soi-même on est tétanisé, etc. Est-ce « normal » ? À quoi est-ce dû ?

Réponse

Nous pouvons vivre de la jalousie à l'égard de n'importe qui, y compris des personnes qui sont aussi proches de nous et aussi précieuses que notre partenaire de vie ou un parent. Il n'est pas rare qu'un enfant soit jaloux d'un de ses parents et inversement. Il n'y a rien d'anormal dans le fait de vivre cette émotion.

La jalousie consiste à envier un attribut, un statut, une habileté, des possessions ou même des qualités morales de quelqu'un. Mais outre l'envie, il y a dans la jalousie une colère à l'égard de celui qui possède ce que l'on envie. Cette colère peut être vécue sous forme de révolte: «C'est injuste qu'il soit né dans une famille bien nantie alors que moi j'en ai arraché toute ma vie!» «Ma mère est trop belle; elle m'enrage!» Elle peut aussi se manifester par le mépris: «Elle n'est pas meilleure que nous; sa promotion, elle la doit à ses jupes courtes!» Ou encore «Il a du succès en affaires, mais c'est un pauvre mec!» (Voir la description de cette émotion dans le "Guide des émotions" ou dans "La puissance des émotions".)

La colère contenue dans la jalousie peut être très intense. On entend parfois des énoncés comme «son succès m'enrage», «sa facilité à établir des contacts me rend furieux» ou «sa facilité à apprendre m'exaspère!»

Ce n'est pas le vécu jaloux qui est problématique. Mais la façon de le vivre peut empoisonner, voire détruire la relation, ou, à l'opposé, la rendre stimulante et en faire une occasion de croissance. Voyons ce qui peut produire l'un et l'autre de ces résultats.


Le choix de l'émulation

Nous pouvons toujours mettre l'énergie de la colère au service de l'acquisition de ce que nous envions à l'autre. Dans ce cas, notre jalousie contribue à augmenter notre satisfaction. Non seulement sommes nous alors plus satisfait mais en plus nous faisons une acquisition. (Voir «La colère» dans «Le Guide des émotions» ou dans «La puissance des émotions».)

Par exemple, imaginons que je me croie incapable de rivaliser avec la beauté de ma mère qui attire tous les regards. Si j'envie sa popularité, je peux tenter d'attirer l'attention avec des atouts différents. Je peux avoir une allure telle que je ne passe pas inaperçue. Ou encore, je peux travailler à la dépasser dans des secteurs qui sont davantage les miens.


    Une compétition franche
Une compétition franche peut rendre notre cheminement plus facile. Elle nous amène en effet à faire face directement à la réalité brutale de notre jalousie et à nous en servir plutôt que de chercher à nous neutraliser. De même, si la personne que je jalouse est un proche, je peux lui avouer ce que j'envie et la colère qu'elle m'inspire. Si j'évite alors de l'accuser ou de lui reprocher ma carence, je peux au contraire me laisser influencer par elle, chercher chez elle l'inspiration nécessaire pour obtenir ce que je veux.

Plusieurs personnes veulent éviter une telle transparence parce qu'elles se sentent humiliées par le fait de reconnaître leur manque ou même leur aspiration. Mais les dangers de la jalousie secrète sont si grands qu'il vaut la peine de prendre le risque d'abîmer quelque peu son ego en se révélant.


Le choix de la destruction

À l'inverse, nous pouvons toujours faire des choix qui nous garantissent des résultats destructeurs. Deux options de ce genre sont particulièrement fréquentes (et souvent adoptées ensemble). La première consiste à dissimuler sa jalousie et la seconde à éviter de consacrer l'énergie de la colère à l'obtention de ce qui est envié. Dans ce dernier cas, la colère est utilisée au contraire pour essayer de détruire le partenaire sur l'aspect jalousé. Voyons ce qui en est à travers un exemple.


    Le sabotage du jaloux
    Sabine et Charles vivent en couple et ils possèdent en commun une entreprise qui les amène à faire des présentations conjointement. Ils ont chacun leur spécialité et présentent des volets différents de leur produit, mais ils doivent faire ces présentations ensemble. Sabine a beaucoup plus de facilité que Charles dans ce genre d'exercice. Sa personnalité et son expérience, supérieure à celle de son conjoint dans ce domaine, font qu'elle suscite d'avantage d'intérêt pour le produit et plus de ventes.

    Aux premières présentations, Sabine sortait stimulée et contente de sa performance. Charles se montrait plutôt maussade et critique. Malgré le succès incontestable de leur présentation, il ne cessait de souligner des défauts dans la prestation de Sabine. Leurs échanges tournaient invariablement en dispute, Sabine se demandant souvent ce qui se passait réellement. À ses yeux, ils auraient dû être tous deux heureux de la tournure de ces rencontres. Elle en vint à craindre «l'après» présentation.

    Au bout d'un certain temps, ce n'est plus «l'après» que craignait Sabine mais la prestation elle-même. En effet, toute concentrée dans ses explications il lui arrivait de rencontrer les yeux de son mari et d'y voir une lueur d'irritation. Cela la troublait, mais elle s'efforçait de ne pas se laisser déranger. Il n'était pas rare aussi que, pendant les présentations, Charles fît des blagues qui la mettait en cause et la rendaient mal à l'aise ou qu'il lui lançât des pointes qui la déstabilisaient. Elle en vint à vouloir qu'ils fassent des présentations séparées même si elle savait que ce choix était onéreux pour leur entreprise.
La forme malsaine de la jalousie nous amène à agir pour faire disparaître ce qui menace notre confiance. Il s'agit d'éliminer chez l'autre ce qui nous renvoie une image négative de nous-même. Une forme très destructrice de sabotage dont les deux partenaires sortent perdants.

    Chaque fois que Charles comparait sa performance à celle de Sabine, il se trouvait inférieur. Au lieu d'accepter leurs différences de styles ou de chercher à améliorer sa présentation pour obtenir des résultats comparables à ceux qu'obtenait Sabine, il s'employait sournoisement à la saboter. Ces tactiques de Charles ont d'abord nui à la satisfaction de Sabine. Mais elles auraient bien pu provoquer une destruction plus importante si elle avait choisi de se «mutiler» plutôt que de séparer leur travail.

    La renonciation du jalousé
Il arrive souvent que, devant ce sabotage plus ou moins camouflé, la personne jalousée choisisse de se conformer au désir apparent de l'autre. Dans l'espoir d'apaiser son partenaire ou même de sauver leur relation, elle renonce alors à exercer la qualité qui lui attire cette envie.

    Sabine devait trouver une solution à la détérioration de leur climat de travail. Elle choisit simplement de s'organiser pour ne plus travailler avec son mari, même s'il s'agissait d'une méthode moins efficace.

    Une personne moins confiante aurait peut-être renoncé à se trouver au premier plan lors des prestations. Constatant que sa façon d'être déplaisait à son partenaire, elle aurait alors tenté de modifier son style, de se faire plus discrète, renonçant ainsi au charisme qui la caractérisait. Elle aurait fait ce choix dans le but de protéger leur relation, pensant éviter les altercations si elle protégeait ainsi l'image de soi de Charles.
C'est un choix de ce genre que la personne jalousée est tentée de faire pour protéger l'autre d'une évaluation négative de lui-même. C'est un des effets les plus pernicieux de cet effort d'évitement. Contrairement à ce qu'on espère obtenir par ce sacrifice, un tel choix ne réussit aucunement à épargner la relation car la personne est déjà atteinte par l'agressivité destructrice de son partenaire et sait déjà, au moins confusément, que ce dernier est capable de la blesser délibérément pour éviter de faire face à un défi ou de subir une blessure narcissique.


    La perte de confiance du jalousé
La perte de confiance est un autre effet pervers très fréquent de cet évitement. La personne s'inhibe alors volontairement, ce qui l'amène à obtenir de moins bons résultats. Elle en vient peu à peu à perdre confiance dans ses capacités.
    Une autre personne que Sabine aurait pu perdre sa confiance. Si Sabine n'avait pas changé la situation, elle aurait petit à petit accumulé les échecs. Troublée par les réactions de son partenaire, elle aurait emprunté un style qui ne lui convenait pas et ne pouvait donner les mêmes résultats que sa manière personnelle. Cette destruction aurait bien pu être un autre effet pernicieux de la colère mal orientée de Charles.

    La perte d'estime du jalousé
Dans certains cas la rivalité d'un conjoint est à l'origine d'une dynamique pathologique dans le couple. Cette dynamique peut prendre la forme de violence psychologique dans laquelle l'estime de chacun se consume peu à peu. C'est le cas lorsque le partenaire jalousé n'est pas suffisamment sûr de ce qu'il éprouve pour oser dénoncer les attaques pernicieuses de son conjoint. (Voir "Transfert et droit de vivre" http://redpsy.com/infopsy/liberte.html .)

La victime est alors particulièrement vulnérable parce que deux éléments se combinent pour la menacer. Premièrement, elle ne possède pas la liberté intérieure d'être elle-même et deuxièmement elle se croit entourée de sympathie car c'est son conjoint qui est secrètement son rival. Dans ce contexte, elle a beau se révolter et se défendre, chaque attaque (tentative de démolition, injure perverse, attitude méprisante, critiques indues...) endommage davantage son image d'elle-même. Et en plus, parce qu'elle est consciente de sa dépendance à l'égard de son "bourreau" ainsi que de sa passivité face aux aspects intolérables de la relation, la victime perd petit à petit son estime de soi.


    La perte d'estime de soi du jaloux
Mais la personne jalousée n'est pas la seule victime de ce sabotage systématique. Le jaloux en subit également les effets nocifs. Contrairement à ce qu'il espérait, son estime de lui-même n'est pas du tout rehaussée, bien au contraire.

    Malgré son action indirecte, Charles n'est dupe ni de sa rivalité, ni de sa mesquinerie à l'égard de Sabine. Toutes ses rationalisations ne lui évitent pas les blessures à son estime de soi chaque fois qu'il choisit l'attaque destructrice plutôt que de relever le défi de croissance. S'il persiste dans son évitement et si Sabine choisit de se restreindre, il y a fort à parier que leur relation ressemblera de plus en plus à celle de nombreux couples aigris qui s'accusent sans cesse mutuellement d'être responsables de l'échec de leur vie. (Voir «Who's afraid of Virginia Wolf» un ancien grand succès de Brodway porté à l'écran avec Richard Burton et Elisabeth Taylor.)









Question: Il m'ignore pour ses amis

J'accompagne mon ami, un passionné de musique, aux "jam sessions" qu'il fait avec ses copains. Mais alors, il me délaisse pour ne se consacrer qu'à la musique (et à eux). J'ai bien essayé de m'intégrer dans le groupe, mais sans résultat. Lui-même fait comme si je n'étais pas là et il dit que c'est à moi de m'intégrer. On se dispute là-dessus et malgré nos bonnes résolutions, il réagit toujours de la même façon. Je suis donc devenue jalouse de ses copains et je ne veux plus les voir. Mais je suis consciente que je le prive d'une certaine liberté car je lui impose de choisir entre ses copains et moi. Je sais aussi que cela empoisonnera notre relation

Je tiens à ma relation avec cet homme. Que faire avec ma jalousie?

Réponse

La source de la jalousie n'est pas dans le comportement de l'autre. Ma jalousie ne naît pas du fait que mon ami ne me porte pas attention ou ne facilite pas mon intégration dans son groupe. Par contre, cette situation est l'occasion de faire apparaître ce qui est à la source de ma jalousie.

Il faut d'abord identifier la symbolique du geste. Que signifie pour moi qu'il me délaisse pour se concentrer sur sa musique? Que signifie pour moi qu'il établisse une complicité avec ses amis plutôt qu'avec moi? S'il est difficile de répondre à ces question dans cette forme, je puis renverser la question ainsi: que signifierait à mes yeux qu'il s'active à me faire une place dans son groupe et qu'il soit aussi complice avec moi?

Vraisemblablement, ma réponse impliquera un besoin affectif. Par exemple, la symbolique pourrait être la suivante: ses efforts constitueraient une preuve non seulement de mon importance à ses yeux mais aussi du fait que j'occupe la première place dans son coeur. Voyant que la musique et la complicité avec ses amis passent avant son intérêt pour moi et mon confort, j'en viens à penser que je ne suis pas très importante pour lui que je passe en second. Il est vrai que dans la situation présente je n'occupe pas la première place dans ses intérêts... et je généralise cet état de fait. C'est par insécurité que je fais cette extrapolation; parce que je ne suis pas certaine de mon importance à ses yeux. Je fais cette interprétation aussi parce que je tiens à lui et donc, à ce qu'il m'aime.

Il est possible que la jalousie que je vis présentement enlève tout leur poids aux nombreuses preuves que j'ai souvent de mon importance pour lui. C'est souvent ce qui arrive lorsque l'insécurité est très grande.

Il est possible aussi que la situation présente ne fasse qu'exacerber un état de fait qui me fait souffrir. Par exemple, si je ne suis pas aimée de lui autant que j'en ai besoin et que je le souhaite.

Pour la santé de notre relation, la solution la plus néfaste qu'on puisse adopter serait d'exercer un contrôle quelconque pour qu'il ne voit plus ces amis. C'est la tentation généralement la plus forte dans la jalousie: celle d'éliminer l'occasion (qu'on considère habituellement à tort comme la "source").

Il est facile d'imaginer le scénario si j'opte pour cette solution et si mon ami y consent. Frustré d'être privée de quelque chose qu'il aime, il m'en tiendra rigueur. Cela est d'autant plausible si, de son côté, son intérêt pour la musique et sa complicité avec les copains ne sont pas incompatibles avec l'amour qu'il me porte.

Quelle est la bonne solution alors?

    Révéler le besoin au lieu de le camoufler
Remplacer les reproches concernant les "gestes" par l'expression du besoin. Par exemple:

"Je suis jalouse de l'importance que tu donnes à tes amis et ta musique. Je passe au dernier plan dans tes intérêts et j'ai l'impression de ne plus compter pour toi. C'est difficile à vivre car je veux au contraire être la personne la plus importante pour toi! Je t'aime et je veux non seulement que tu m'aimes, mais je veux en plus être la personne la plus importante de ta vie."

Même si j'ai déjà exprimé ce besoin, il faut que je l'exprime de nouveau. En fait, il me faut le révéler à chaque fois qu'il est en cause, c'est-à-dire à chaque fois qu'il est à l'origine de ma réaction. (Oui c'est compromettant! Et n'est-ce pas justement ce que j'attends de mon ami, soit qu'il se compromette à mon égard?)

Le fait que l'autre connaisse ce besoin n'est pas non plus une raison d'éviter de l'exprimer. Ce qui permet de résoudre le problème de la jalousie c'est en partie l'expression de ce besoin.

Et c'est aussi en faisant moi-même l'effort d'occuper la place que je désire que je réussirai à dépasser la jalousie. Mais il est possible que je ne réussisse pas à obtenir cette place. Il y a des moments, en effet, où je ne suis pas son centre d'attraction. À certains moments, la musique et les copains qui partagent cette passion deviennent son principal centre d'intérêt. Devant mon peu de chance de gagner cette compétition, je pourrais aussi décider de me retirer. Dorénavant, je n'assisterai pas à leurs séances de musique. Je les considérerai comme étant une situation qui leur est propre.

Il y a fort à parier que si je réussis à exprimer mon besoin lorsqu'il est présent, je pourrai me retirer de cette compétition sans amertume et sans culpabiliser mon ami. J'aurai alors résolu ma jalousie en reprenant possession de mon besoin.


Question: J'aimerais tellement avoir confiance

Moi aussi je suis jalouse et c'est un sentiment frustrant. J'ai beau faire attention, me dire que ça ne sert à rien, j'ai quand-même la trouille que mon partenaire trouve quelqu'un d'autre mieux que moi. Pourtant il me prouve chaque jour qu'il m'aime, mais je pense quand-même que son amour n'est pas aussi fort que le mien, j'ai l'impression d'être délaissée, incomprise ; je me pose un tas de question et tout ça me gâche la vie.

Alors, je ne sais pas qu'est-ce que je devrais faire pour arrêter de m'inquiéter chaque fois qu'on va à un endroit où il y a des filles. J'ai même parfois peur qu'il me laisse dans mon coin pour s'amuser avec ses amis. J'aimerais tellement être différente et avoir entièrement confiance, mais c'est plus fort que moi ! Que dois-je faire ?

Réponse

Dans la jalousie, le problème de confiance n'est pas celui qu'on croit reconnaître au premier coup d'oeil. On croit, à première vue, manquer de confiance dans la solidité des sentiments de l'autre. On craint qu'il ne nous soit pas fidèle ou même qu'il nous mente.

Mais en réalité, c'est en nous-mêmes que nous manquons de confiance. C'est pour cette raison que toutes les preuves d'amour restent sans effet sur la jalousie ; elles sont des réponses qui n'ont rien à voir avec la question.

La solution exige un long regard en nous-mêmes afin de comprendre les vraies sources du malaise. Ce n'est qu'après avoir compris quelle est la véritable question que nous serons en mesure d'y apporter des réponses réellement pertinentes, capables de changer notre expérience intérieure et de faire disparaître cette jalousie qui nous martyrise.

En examinant de très près l'inquiétude jalouse de diverses personnes, on constate que les questions sous-jacentes sont bien différentes d'un individu à l'autre. Voici un échantillon des questions qui peuvent être en cause:

  • la force de l'amour
  • la permanence des sentiments
  • la solidité de l'engagement
  • la capacité de résister au désir sexuel
  • l'impression d'être peu intéressant ou trop terne
  • la conviction d'être peu désirable
  • l'inhibition découlant d'une gêne excessive
  • une insatisfaction durable dans la relation.

On peut aborder chacune de ces préoccupations des deux points de vue: celui du conjoint (m'aime-t-il vraiment, est-il capable de résister au désir) et celui du jaloux (est-ce que je l'aime vraiment, suis-je capable de résister au désir). Plus souvent qu'autrement, la véritable question se trouve dans la deuxième version.

Dans tous les cas, la solution repose sur deux ingrédients essentiels:

  1. connaître clairement et précisément l'insatisfaction, le besoin ou l'insécurité qui est en cause dans notre expérience de jalousie;
  2. assumer pleinement cette découverte et ce qu'elle implique (au lieu de la dissimuler en tentant de contrôler le comportement et l'expérience de notre partenaire).


Par contre, si nous croyons réellement que l'autre est avec nous par ignorance (il ne nous connaît pas) ou par charité (il n'ose pas nous quitter ou ne veut pas nous peiner), nous sommes dans une impasse à peu près insoluble. Seule une rupture pourrait être une solution réelle à ce problème à moins que nous changions radicalement d'opinion sur nous-mêmes.

Autrement, la solution essentielle consiste à devenir le partenaire le plus intéressant ou le plus valable de tous. Et pour cela, il faut se mettre en valeur et affirmer ce que nous sommes vraiment. Curieusement (ça semble presque magique), en essayant ainsi de devenir une personne précieuse, on gagne de la valeur à nos propres yeux et de la confiance en nous-mêmes. Notre peur diminue alors sans difficulté.

Les découvertes que permet ce regard sur nous-mêmes peuvent être étonnantes. Voici quelques exemples, accompagnés de solutions qui pourraient y correspondre (des actions dont le but serait de mieux répondre au besoin).

  • Jalousie: j'ai peur qu'il soit attiré par une autre et me soit infidèle
  • Besoin: je veux être aussi désirable que je l'étais au début de notre relation
  • Action: j'agis de façon séduisante et j'exprime mon désir

  • Jalousie: j'ai peur qu'il passe toute la soirée avec ses amis
  • Besoin: je manque d'assurance dans ce groupe où je me sens étrangère
  • Action: je prends l'initiative de parler à ceux qui me semblent intéressants

  • Jalousie: je crois qu'il cherche à séduire cette fille
  • Besoin: je voudrais bien séduire ce beau gars
  • Action: j'invite ce gars à danser pour vérifier mon intérêt

  • Jalousie: ça m'énerve qu'il accapare ainsi toute l'attention
  • Besoin: je me trouve vraiment ennuyante et isolée
  • Action: j'amorce une conversation avec quelqu'un qui m'intéresse

  • Jalousie: il est distant et s'occupe de tous les autres avant moi
  • Besoin: je suis insatisfaite de la faible qualité de notre contact
  • Action: je choisis entre la rupture et un renouvellement majeur


Comme le fait voir cette série d'exemples, la solution repose toujours sur un changement dans notre façon d'agir ; un changement où nous osons afficher plus ouvertement ce qui nous importe et ce que nous voulons. Mais contrairement à ce que ces illustrations laissent croire, il ne s'agit pas d'une action unique et simple.

La réalité est plus complexe. C'est ce que permet de voir cet exemple plus élaboré (mais quand-même très abrégé) d'une démarche de ce genre et des résultats qu'on peut espérer en obtenir. L'outil "Cheminer avec ma jalousie" peut servir de guide dans un tel cheminement.

    Monique craint énormément les soirées où elle se rend avec Éric. Elle répète chaque fois le même manège malgré son désir sincère de se contrôler. Elle fait une scène avant de partir sous un prétexte quelconque et arrive à la fête furieuse contre Éric et contre toutes les femmes qui s'y trouvent. Elle passe la soirée à surveiller la façon dont il se comporte avec les autres et à se montrer hostile chaque fois qu'il l'approche. Ils sont toujours parmi les premiers à quitter la soirée et le retour à la maison se fait dans un silence glacial entrecoupé de soupirs impatients, mais sans les éclats habituels car Monique a décidé de cesser ses crises de jalousie et ses reproches mal justifiés.

    Parce que tous deux souffrent vivement de cette situation et parce que Monique considère son attitude comme injustifiée, elle a décidé de travailler à y voir plus clair. En examinant ses préoccupations réelles et ce qu'elle ressent pendant ces soirées, Monique constate rapidement qu'elle craint une chose par-dessus tout: que son mari soit attiré par une autre. Elle s'inquiète depuis quelques temps du fait que leurs relations sexuelles soient moins satisfaisantes et plus rares. Elle se trouve moche avec les cinq kilos supplémentaires qu'elle a accumulés depuis un an et estime que les autres manquent vraiment de modestie dans leur façon de s'habiller. Et elle devient très triste en pensant à sa fierté de se montrer sexy il n'y a pas si longtemps.

    Monique en arrive à une conclusion qui s'impose comme une évidence: elle se trouve trop moche pour garder son homme et craint de le perdre dès qu'elle cessera de le neutraliser. Elle constate en même temps qu'elle se neutralise encore plus et est devenue presque asexuée. Si leurs rapports intimes sont si tièdes, c'est en grande partie à cause de sa propre retenue. Elle décide de ne pas s'avouer vaincue sans avoir vraiment combattu.

    Son plan d'action s'élabore peu à peu en cours de route. Au début, elle veut simplement être plus vivante au plan sexuel. Elle décide d'abord d'abandonner ses vêtements trop amples qui servent à dissimuler son corps, quitte à être un peu gênée de porter plus ouvertement ses rondeurs. Elle se cache moins et se montre plus sensuelle et plus affectueuse ave Éric.

    Elle s'enhardit rapidement en constatant l'accueil enthousiaste de son mari. Un nouveau bijou met maintenant en valeur son petit bedon que ses nouveaux vêtements laissent souvent entrevoir de façon aguichante. Lors de la dernière soirée, elle a pris énormément de plaisir à danser avec plusieurs hommes charmants en plus de son conjoint. Elle se sent comme si elle avait rajeuni de dix ans et les relations sexuelles atteignent parfois une intensité qu'elle n'avait jamais connue auparavant. Éric aussi semble beaucoup plus vivant et énergique.

Cet exemple simplifié peut être trompeur en laissant croire que tout se déroule assez rapidement et sans heurt. En réalité, il s'agit d'une démarche qui peut facilement prendre six mois ou plus et qui comporte des reculs et des impasses en cours de route. C'est toujours un cheminement de croissance qui nous oblige à affronter nos limites et à sortir de nos zones de confort.

Deux ingrédients sont essentiels au succès de la démarche malgré ses importantes difficultés. Le premier est la fermeté de la décision initiale: la décision de voir clair dans les causes de cette jalousie. Le second est la vigilance qui permet de garder en vue l'objectif de changement (à travers les vicissitudes inévitables du cheminement).

On peut supporter cette démarche en s'inspirant de l'outil "Cheminer avec ma jalousie".


 
Question: se guérir de la jalousie

    Je suis très jalouse et je ne me comprends pas. Je n’ai pas de raison de m’inquiéter: je suis belle, j’ai un emploi intéressant et lucratif, mes amis m’adorent et mon ami me répète souvent qu’il m’aime. Mais il suffit qu’il parle à une autre femme pour que je devienne agressive. S’il trouve une autre femme belle, je me renferme sur moi-même. Je ne sais pas quoi faire pour que ça cesse.

Réponse

Pour résoudre un problème de jalousie, il faut avant tout comprendre que la réalité (comme les vrais sentiments de l’autre ou sa fidélité réelle) est peu importante. Ce qui compte, c’est l’interprétation que nous faisons, à partir d’indices plus ou moins clairs, ainsi que nos réactions à ces interprétations.

Autrement dit, la jalousie n’est pas un problème de relation (interpersonnel) mais une façon de réagir intérieurement (intrapersonnel). Ce que nous faisons à partir de ces réactions intérieures est, en réalité, une tentative d’utiliser notre partenaire pour contourner ou neutraliser notre conflit intérieur.

Si je suis jaloux, je vis dans la crainte de perdre une personne à laquelle je tiens beaucoup. Pour des raisons qui me sont propres, je crois que l’autre peut m’abandonner à tout moment. Rien ne parvient à me rassurer vraiment: aucun témoignage de fidélité ou d’amour ne me suffit, aucune preuve n’est assez forte pour me convaincre.

Mais au lieu d’examiner mon insécurité de base et d’y trouver des solutions, je tente de calmer mon inquiétude en me faisant rassurer par l’autre. L’expression de ma jalousie sous forme de colère, de plainte ou de retrait, n’a pas d’autre but: amener l’autre à adopter un comportement rassurant. Je poursuis un seul but: contrôler les actions de l’autre.

Michelle Larivey explique très bien ces dimensions dans sa fiche sur la jalousie amoureuse (dans le Guide des émotions).

Évidemment, la stratégie du contrôle ne peut réussir. Même lorsque je parviens à obtenir le comportement rassurant que je réclame, mon inquiétude reste intacte. C’est bien normal: ce comportement n’a aucun effet sur les vraies causes de mon insécurité parce que l’autre n’a rien à y voir. Que ma conjointe cesse de s’amuser avec les autres et qu’elle se retienne de rire les blagues du voisin ne me rassure pas vraiment. Qu’elle annule ses sorties avec ses amies ne fait que retarder mon prochain moment d’angoisse.

En fait, c’est lorsque le contrôle réussit le mieux qu’il est le moins efficace. Si, après plusieurs scènes intenses, ma femme cesse de réagir aux autres hommes et devient socialement asexuée, je suis doublement perdant. D’abord, je perds sa présence vivante et stimulante parce qu’elle ne peut être vivante à temps partiel. Mais je perds en plus la possibilité de résoudre mon angoisse car je n’ai plus l’occasion de distinguer quand elle augmente ou diminue. Je suis alors condamné à une inquiétude sourde et permanente qui m’empoisonne doucement sans se faire remarquer.

Dans cette façon de comprendre la jalousie, on peut déceler les éléments essentiels de la méthode pour en sortir. La recherche des vraies causes de mon insécurité est évidemment au coeur de cette solution. L’exploitation des variations dans l’intensité de ma jalousie est l’autre ingrédient fondamental. L’abandon des solutions qui misent sur le contrôle de l’autre est le troisième pilier nécessaire.

C’est en profitant des moments où ma jalousie devient plus vive que je peux le plus facilement progresser dans ma compréhension des sources de mon insécurité. Ces moments sont des occasions de ressentir plus clairement les manques que je crains et d’identifier plus directement les privilèges que je ne veux pas perdre. Il suffit que j’interroge mon expérience intérieure (au lieu de surveiller mon conjoint) chaque fois que j’éprouve le pincement particulier de la jalousie pour arriver assez rapidement à identifier ce qui m’inquiète vraiment.

À compter du moment où j’ai identifié la vraie préoccupation qui se cache derrière mes élans jaloux, la moitié du problème est réglé. Il est alors plus facile, en effet, de laisser tomber les tentatives de contrôle pour explorer la question et rechercher de nouvelles solutions. En effet, l’insécurité qui m’envahissait jusqu’alors est remplacée, en bonne partie, par une nouvelle réalité: le vrai problème que j’évitais par ma jalousie.

Dès lors, je peux m’attaquer à la recherche de solutions appropriées à mon vrai problème. La plupart du temps, ces solutions s’appuient sur une mobilisation personnelle, sur un effort positif. Au lieu d’en vouloir au rival dont le charme m’inquiète, je peux étudier ses trucs pour m’en inspirer et relever le défi. Au lieu de sommer ma conjointe de baisser les yeux pour ne pas voir les beaux hommes du voisinage, je peux me donner la peine de devenir le bel homme qu’elle prendra plaisir à regarder. En somme, il s’agit d’abord d’identifier la source de ma crainte, puis de m’appuyer sur mon envie pour identifier de nouvelles ressources personnelles à développer. Au bout de cette démarche, c’est une nouvelle version de moi-même qui m’attend: une personne dont la confiance est nettement augmentée.

 
Question: vivre avec un jaloux

    Mon mari est terriblement jaloux. Même si je l’aime profondément et même si je lui suis totalement fidèle, il me surveille et me soupçonne constamment. Il suffit que je parle à un collègue pour qu’il me fasse une scène interminable dans laquelle il m’accuse de vouloir le tromper. J’ai beau tout faire pour être modeste dans mon habillement et dans mes façons d’agir, ça ne donne rien. Je ne sais pas combien de temps je pourrai encore subir ces crises. Est-ce que je peux faire quelque chose pour l’aider et sauver notre couple ?

Réponse

Je ne vais pas reprendre les explications de la fiche sur la jalousie et de la question précédente. Je vais m’appuyer sur elles pour examiner le point de vue de la personne dont le conjoint est jaloux.

D’abord, il faut comprendre que les témoignages d’amour et les preuves de fidélité sont inutiles. Le problème n’est pas dans la relation; il appartient à la personne qui éprouve la jalousie. Le fait de tenter de rassurer la personne jalouse ne peut conduire qu’à de fausses solutions.

La première fausse solution qui peut nous tenter est d’exprimer notre amour en réponse aux expressions d’inquiétude de notre conjoint. Cette méthode est inefficace et même nuisible.

Elle ne réussit pas à rassurer parce qu’elle ne répond pas à la vraie question du conjoint. Ce sont ses raisons de s’inquiéter qui sont importantes et non nos sentiments réels. Il faut que ces raisons deviennent conscientes et explicites avant qu’on puisse y apporter des réponses utiles.

En plus, cette solution est nuisible parce qu’elle nous amène à l’exaspération. Nous devenons frustrés et impatients d’exprimer notre amour sans que l’autre le reçoive ou en tienne compte. Notre impuissance à nous faire entendre nous amène directement à une colère de plus en plus intense qui peut briser la relation.

La deuxième fausse solution, consiste à adopter un comportement rassurant. En ne voyant plus les autres hommes, en devenant sexuellement éteinte avec tout le monde sauf mon conjoint, je tente d’apaiser son inquiétude.

Cette méthode est peut-être encore pire que la précédente. Elle ne réussit pas davantage, mais elle a l’inconvénient supplémentaire de diminuer ma vitalité. En neutralisant mes réactions devant les autres hommes, c’est toute ma sexualité que j’éteins plus ou moins subtilement. C’est donc une partie essentielle de la vie de la relation que je neutralise ainsi, car je ne peux pas être vivante seulement “à temps partiel”, être sexuée seulement avec mon conjoint.

Comme cette solution mise sur un évitement de l’action et de l’expression, elle ne provoque pas de réactions vives chez moi ou chez l’autre. Peu à peu, imperceptiblement, la relation meurt étouffée et une distance invisible s’installe. Comble de malheur, mon conjoint se sent alors négligé (il a raison) et sa crainte de me perdre s’en trouve confirmée.

La seule solution valable, c’est de demeurer aussi vivant que je le peux, aussi ouvertement que j’en suis capable, tout en invitant l’autre à faire l'introspection nécessaire pour trouver la source de sa jalousie. Si je suis capable, en plus, d’accueillir l’expression de ses craintes et de ses réactions sans chercher à les neutraliser, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour favoriser l'épanouissement de notre relation.

En résumé, on pourrait dire que mon devoir principal, en tant que conjointe d’une personne jalouse, est de rester vivante et expressive pour fournir à l’autre de bonnes occasions d’explorer ses craintes et pour que notre relation reste un univers vivant et nourrissant. Dans la mesure de ma disponibilité réelle, je peux ajouter une attitude d’accueil et de support devant son expression.


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