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Question: Assumer ses fantasmes d’infidélité
J'aimerais avoir plus d'explications sur le sens de ces 2 phrases. Qu’entendez-vous par “assumer ses fantasmes d'infidélité” ? S’agit-il de passer à l’acte et d’être infidèle ? Parlez vous ici de fidélité et d’infidélité sexuelle, amoureuse, sentimentale, ou toutes à la fois ? Infidélité sexuelle, amoureuse ou sentimentale ? L’infidélité dont il est question dans ce contexte est surtout de nature sexuelle. Mais il s’agit d’une expérience complexe qui rejoint la relation amoureuse et sentimentale tout autant que l’activité sexuelle proprement dite. L’importance relative de ces volets est très différente d’une personne à l’autre et encore plus d’un couple à l’autre. Selon la façon dont chacun conçoit la vie de couple et selon les ententes explicites ou implicites entre les partenaires, le conflit prend une coloration bien différente.
Mais tout ce qui précède n’a presque rien à voir avec la jalousie dont il est question dans l’article. Le fait que les clauses du contrat (implicite ou explicite) soient transgressées provoque naturellement des réactions fortes et une crise de confiance dans le couple. Il s’agit de réactions “après le fait” et non de réactions “préventives” comme on en voit toujours dans la jalousie amoureuse. Ce n’est pas vraiment de la jalousie, mais de la colère, de la déception, du ressentiment ou un effort de vengeance. Les fantasmes d’infidélité dans la jalousie amoureuse Lorsqu’un besoin demeure trop peu satisfait, il suscite naturellement l’apparition d’émotions dont la fonction est de signaler le déséquilibre. (Voir à se sujet “À quoi servent les émotions” ainsi que “Les genres d’émotions”.) Si la carence persiste, particulièrement lorsqu’elle se combine avec une inhibition, on voit apparaître des fantasmes reliés au besoin inassouvi. Ces produits de l’imagination servent à indiquer encore plus clairement la nature de l’insatisfaction et du besoin, ainsi que la direction à suivre pour y remédier à la situation. Le fantasme peut être comparé à une image ou un film qui nous suggérerait une façon concrète de répondre au besoin. Un peu comme un mirage qui apparaît au voyageur assoiffé dans le désert. Tout comme le mirage, le fantasme est une illusion. Il ne s’agit pas d’une action réelle, ni d’un projet d’action, ni même d’une façon adéquate de répondre au besoin. Il s’agit d’un message nous rappelant qu’il est urgent de trouver rapidement une solution au déséquilibre actuel. Le fantasme d’infidélité nous indique l’intensité de notre manque ; il est un messager du besoin et du désir.
L’intensité de la jalousie découle souvent de la gravité du manque de satisfaction sexuelle ou amoureuse. La personne jalouse devient extrêmement sensible à toute possibilité de satisfaction qui pourrait s’offrir à son partenaire. Elle reste constamment à l’affût et imagine souvent des “tentations” que l’autre ne voit même pas. Les protestations et les preuves de fidélité restent sans effet, car elles n’apaisent pas les manques de celui qui les reçoit. En effet, ce n’est pas de sécurité dont il a besoin, c’est de satisfaction. Mais la personne jalouse ignore souvent (volontairement ou non) ses propres désirs. Elle les cache non seulement à son conjoint, mais aussi à elle-même. Incapable d’envisager de se satisfaire réellement, elle entreprend d’éradiquer toute apparence de désir chez son partenaire. Mais comme elle ne parvient pas à neutraliser vraiment son propre besoin, elle persiste contre toute évidence à soupçonner l’autre de rechercher les satisfactions ailleurs. Que faire avec ces fantasmes Comme l’émotion, le fantasme est une invitation de l’organisme à combler un besoin trop insatisfait et insuffisamment assumé. C’est l’inhibition qui constitue le coeur de la jalousie et cette dernière diminue rapidement lorsque les besoins et les désirs sont mieux assumés. Mais comment assumer ses fantasmes d’infidélité ? Faut-il les concrétiser dans une aventure extra-conjugale ou dans une relation amoureuse avec quelqu’un d’autre ? Assumer un désir n’est pas synonyme de le réaliser. Ce qui est vraiment nécessaire pour assumer un besoin, un désir, une émotion ou un phantasme c’est premièrement de se l’avouer clairement et, secondairement de l’affirmer ouvertement avec les personnes directement concernées. Se l’avouer implique qu’on le reconnaisse comme réel, avec toute son importance et son intensité. L’affirmer exige qu’on le fasse connaître comme une expression d’une dimension importante de soi-même dans la situation actuelle. Une aventure extra-conjugale ou une nouvelle relation amoureuse pourraient parfois contribuer à la première dimension : s’avouer son besoin avec toute son importance et son urgence. Mais elle ne contribuerait pas aussi substantiellement à la deuxième qui exige qu’on le reconnaisse ouvertement devant la personne concernée en tant qu’une dimension importante de ce qu’on est. Comme la personne concernée est celle que le jaloux accuse d’infidélité, il est rare qu’une aventure soit un bon moyen d’assumer son besoin devant l’autre (à plus forte raison si on garde le secret sur l’aventure). Le passage à l’acte n’est pas la solution la plus efficace. C’est par l’expression complète qu’on réussit à assumer le fantasme et à récupérer les besoins qu’il servait à nous rappeler. C’est l’équivalent de l’action unifiante telle que définie dans la description du processus vital d’adaptation. (Voir La vie d’une émotion et Le processus de croissance à ce sujet.) Nous constatons en psychothérapie que la personne jalouse change rapidement d’attitude lorsqu’elle commence à assumer plus complètement les besoins qui sont à la source de ses fantasmes jaloux. Le fait de reconnaître son besoin au lieu de l’attribuer à son partenaire est particulièrement important dans cette démarche car il remplace l’inhibition du besoin. Consentant mieux à éprouver ses désirs, la personne n’a plus autant besoin de les remplacer par des complots imaginaires et des soupçons incessants. Si elle parvient à les affirmer ouvertement dans la relation avec son conjoint, elle contribue en plus à enrichir la relation et à la rendre plus satisfaisante pour les deux. Elle renouvelle ainsi la vitalité de cette relation que la jalousie avait souvent ébranlée. (Voir L’amour contact , Couple vivant et Évaluer la vitalité |
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Question: Jalousie et rivalité dans le couple Dans le couple, que dire de la jalousie à l'égard de son partenaire, pas forcément autour de son intérêt pour l'autre sexe, mais plutôt, par exemple, à l'égard de sa réussite, de son succès, ou autour de choses plus banales comme de son aisance à parler avec les autres, à aller vers les inconnus lorsque soi-même on est tétanisé, etc. Est-ce « normal » ? À quoi est-ce dû ? Réponse Nous pouvons vivre de la jalousie à l'égard de n'importe qui, y compris des personnes qui sont aussi proches de nous et aussi précieuses que notre partenaire de vie ou un parent. Il n'est pas rare qu'un enfant soit jaloux d'un de ses parents et inversement. Il n'y a rien d'anormal dans le fait de vivre cette émotion. La jalousie consiste à envier un attribut, un statut, une habileté, des possessions ou même des qualités morales de quelqu'un. Mais outre l'envie, il y a dans la jalousie une colère à l'égard de celui qui possède ce que l'on envie. Cette colère peut être vécue sous forme de révolte: «C'est injuste qu'il soit né dans une famille bien nantie alors que moi j'en ai arraché toute ma vie!» «Ma mère est trop belle; elle m'enrage!» Elle peut aussi se manifester par le mépris: «Elle n'est pas meilleure que nous; sa promotion, elle la doit à ses jupes courtes!» Ou encore «Il a du succès en affaires, mais c'est un pauvre mec!» (Voir la description de cette émotion dans le "Guide des émotions" ou dans "La puissance des émotions".) La colère contenue dans la jalousie peut être très intense. On entend parfois des énoncés comme «son succès m'enrage», «sa facilité à établir des contacts me rend furieux» ou «sa facilité à apprendre m'exaspère!» Ce n'est pas le vécu jaloux qui est problématique. Mais la façon de le vivre peut empoisonner, voire détruire la relation, ou, à l'opposé, la rendre stimulante et en faire une occasion de croissance. Voyons ce qui peut produire l'un et l'autre de ces résultats. Le choix de l'émulation Nous pouvons toujours mettre l'énergie de la colère au service de l'acquisition de ce que nous envions à l'autre. Dans ce cas, notre jalousie contribue à augmenter notre satisfaction. Non seulement sommes nous alors plus satisfait mais en plus nous faisons une acquisition. (Voir «La colère» dans «Le Guide des émotions» ou dans «La puissance des émotions».) Par exemple, imaginons que je me croie incapable de rivaliser avec la beauté de ma mère qui attire tous les regards. Si j'envie sa popularité, je peux tenter d'attirer l'attention avec des atouts différents. Je peux avoir une allure telle que je ne passe pas inaperçue. Ou encore, je peux travailler à la dépasser dans des secteurs qui sont davantage les miens.
Plusieurs personnes veulent éviter une telle transparence parce qu'elles se sentent humiliées par le fait de reconnaître leur manque ou même leur aspiration. Mais les dangers de la jalousie secrète sont si grands qu'il vaut la peine de prendre le risque d'abîmer quelque peu son ego en se révélant. Le choix de la destruction À l'inverse, nous pouvons toujours faire des choix qui nous garantissent des résultats destructeurs. Deux options de ce genre sont particulièrement fréquentes (et souvent adoptées ensemble). La première consiste à dissimuler sa jalousie et la seconde à éviter de consacrer l'énergie de la colère à l'obtention de ce qui est envié. Dans ce dernier cas, la colère est utilisée au contraire pour essayer de détruire le partenaire sur l'aspect jalousé. Voyons ce qui en est à travers un exemple.
Aux premières présentations, Sabine sortait stimulée et contente de sa performance. Charles se montrait plutôt maussade et critique. Malgré le succès incontestable de leur présentation, il ne cessait de souligner des défauts dans la prestation de Sabine. Leurs échanges tournaient invariablement en dispute, Sabine se demandant souvent ce qui se passait réellement. À ses yeux, ils auraient dû être tous deux heureux de la tournure de ces rencontres. Elle en vint à craindre «l'après» présentation. Au bout d'un certain temps, ce n'est plus «l'après» que craignait Sabine mais la prestation elle-même. En effet, toute concentrée dans ses explications il lui arrivait de rencontrer les yeux de son mari et d'y voir une lueur d'irritation. Cela la troublait, mais elle s'efforçait de ne pas se laisser déranger. Il n'était pas rare aussi que, pendant les présentations, Charles fît des blagues qui la mettait en cause et la rendaient mal à l'aise ou qu'il lui lançât des pointes qui la déstabilisaient. Elle en vint à vouloir qu'ils fassent des présentations séparées même si elle savait que ce choix était onéreux pour leur entreprise.
Une personne moins confiante aurait peut-être renoncé à se trouver au premier plan lors des prestations. Constatant que sa façon d'être déplaisait à son partenaire, elle aurait alors tenté de modifier son style, de se faire plus discrète, renonçant ainsi au charisme qui la caractérisait. Elle aurait fait ce choix dans le but de protéger leur relation, pensant éviter les altercations si elle protégeait ainsi l'image de soi de Charles.
La victime est alors particulièrement vulnérable parce que deux éléments se combinent pour la menacer. Premièrement, elle ne possède pas la liberté intérieure d'être elle-même et deuxièmement elle se croit entourée de sympathie car c'est son conjoint qui est secrètement son rival. Dans ce contexte, elle a beau se révolter et se défendre, chaque attaque (tentative de démolition, injure perverse, attitude méprisante, critiques indues...) endommage davantage son image d'elle-même. Et en plus, parce qu'elle est consciente de sa dépendance à l'égard de son "bourreau" ainsi que de sa passivité face aux aspects intolérables de la relation, la victime perd petit à petit son estime de soi.
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Question: J'aimerais tellement avoir confiance Moi aussi je suis jalouse et c'est un sentiment frustrant. J'ai beau faire attention, me dire que ça ne sert à rien, j'ai quand-même la trouille que mon partenaire trouve quelqu'un d'autre mieux que moi. Pourtant il me prouve chaque jour qu'il m'aime, mais je pense quand-même que son amour n'est pas aussi fort que le mien, j'ai l'impression d'être délaissée, incomprise ; je me pose un tas de question et tout ça me gâche la vie. Alors, je ne sais pas qu'est-ce que je devrais faire pour arrêter de m'inquiéter chaque fois qu'on va à un endroit où il y a des filles. J'ai même parfois peur qu'il me laisse dans mon coin pour s'amuser avec ses amis. J'aimerais tellement être différente et avoir entièrement confiance, mais c'est plus fort que moi ! Que dois-je faire ? Réponse Dans la jalousie, le problème de confiance n'est pas celui qu'on croit reconnaître au premier coup d'oeil. On croit, à première vue, manquer de confiance dans la solidité des sentiments de l'autre. On craint qu'il ne nous soit pas fidèle ou même qu'il nous mente. Mais en réalité, c'est en nous-mêmes que nous manquons de confiance. C'est pour cette raison que toutes les preuves d'amour restent sans effet sur la jalousie ; elles sont des réponses qui n'ont rien à voir avec la question. La solution exige un long regard en nous-mêmes afin de comprendre les vraies sources du malaise. Ce n'est qu'après avoir compris quelle est la véritable question que nous serons en mesure d'y apporter des réponses réellement pertinentes, capables de changer notre expérience intérieure et de faire disparaître cette jalousie qui nous martyrise. En examinant de très près l'inquiétude jalouse de diverses personnes, on constate que les questions sous-jacentes sont bien différentes d'un individu à l'autre. Voici un échantillon des questions qui peuvent être en cause:
On peut aborder chacune de ces préoccupations des deux points de vue: celui du conjoint (m'aime-t-il vraiment, est-il capable de résister au désir) et celui du jaloux (est-ce que je l'aime vraiment, suis-je capable de résister au désir). Plus souvent qu'autrement, la véritable question se trouve dans la deuxième version. Dans tous les cas, la solution repose sur deux ingrédients essentiels:
Par contre, si nous croyons réellement que l'autre est avec nous par ignorance (il ne nous connaît pas) ou par charité (il n'ose pas nous quitter ou ne veut pas nous peiner), nous sommes dans une impasse à peu près insoluble. Seule une rupture pourrait être une solution réelle à ce problème à moins que nous changions radicalement d'opinion sur nous-mêmes. Autrement, la solution essentielle consiste à devenir le partenaire le plus intéressant ou le plus valable de tous. Et pour cela, il faut se mettre en valeur et affirmer ce que nous sommes vraiment. Curieusement (ça semble presque magique), en essayant ainsi de devenir une personne précieuse, on gagne de la valeur à nos propres yeux et de la confiance en nous-mêmes. Notre peur diminue alors sans difficulté. Les découvertes que permet ce regard sur nous-mêmes peuvent être étonnantes. Voici quelques exemples, accompagnés de solutions qui pourraient y correspondre (des actions dont le but serait de mieux répondre au besoin).
Comme le fait voir cette série d'exemples, la solution repose toujours sur un changement dans notre façon d'agir ; un changement où nous osons afficher plus ouvertement ce qui nous importe et ce que nous voulons. Mais contrairement à ce que ces illustrations laissent croire, il ne s'agit pas d'une action unique et simple. La réalité est plus complexe. C'est ce que permet de voir cet exemple plus élaboré (mais quand-même très abrégé) d'une démarche de ce genre et des résultats qu'on peut espérer en obtenir. L'outil "Cheminer avec ma jalousie" peut servir de guide dans un tel cheminement.
Parce que tous deux souffrent vivement de cette situation et parce que Monique considère son attitude comme injustifiée, elle a décidé de travailler à y voir plus clair. En examinant ses préoccupations réelles et ce qu'elle ressent pendant ces soirées, Monique constate rapidement qu'elle craint une chose par-dessus tout: que son mari soit attiré par une autre. Elle s'inquiète depuis quelques temps du fait que leurs relations sexuelles soient moins satisfaisantes et plus rares. Elle se trouve moche avec les cinq kilos supplémentaires qu'elle a accumulés depuis un an et estime que les autres manquent vraiment de modestie dans leur façon de s'habiller. Et elle devient très triste en pensant à sa fierté de se montrer sexy il n'y a pas si longtemps. Monique en arrive à une conclusion qui s'impose comme une évidence: elle se trouve trop moche pour garder son homme et craint de le perdre dès qu'elle cessera de le neutraliser. Elle constate en même temps qu'elle se neutralise encore plus et est devenue presque asexuée. Si leurs rapports intimes sont si tièdes, c'est en grande partie à cause de sa propre retenue. Elle décide de ne pas s'avouer vaincue sans avoir vraiment combattu. Son plan d'action s'élabore peu à peu en cours de route. Au début, elle veut simplement être plus vivante au plan sexuel. Elle décide d'abord d'abandonner ses vêtements trop amples qui servent à dissimuler son corps, quitte à être un peu gênée de porter plus ouvertement ses rondeurs. Elle se cache moins et se montre plus sensuelle et plus affectueuse ave Éric. Elle s'enhardit rapidement en constatant l'accueil enthousiaste de son mari. Un nouveau bijou met maintenant en valeur son petit bedon que ses nouveaux vêtements laissent souvent entrevoir de façon aguichante. Lors de la dernière soirée, elle a pris énormément de plaisir à danser avec plusieurs hommes charmants en plus de son conjoint. Elle se sent comme si elle avait rajeuni de dix ans et les relations sexuelles atteignent parfois une intensité qu'elle n'avait jamais connue auparavant. Éric aussi semble beaucoup plus vivant et énergique. Deux ingrédients sont essentiels au succès de la démarche malgré ses importantes difficultés. Le premier est la fermeté de la décision initiale: la décision de voir clair dans les causes de cette jalousie. Le second est la vigilance qui permet de garder en vue l'objectif de changement (à travers les vicissitudes inévitables du cheminement). On peut supporter cette démarche en s'inspirant de l'outil "Cheminer avec ma jalousie". |
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Question: se guérir de la jalousie
Réponse Pour résoudre un problème de jalousie, il faut avant tout comprendre que la réalité (comme les vrais sentiments de l’autre ou sa fidélité réelle) est peu importante. Ce qui compte, c’est l’interprétation que nous faisons, à partir d’indices plus ou moins clairs, ainsi que nos réactions à ces interprétations. Autrement dit, la jalousie n’est pas un problème de relation (interpersonnel) mais une façon de réagir intérieurement (intrapersonnel). Ce que nous faisons à partir de ces réactions intérieures est, en réalité, une tentative d’utiliser notre partenaire pour contourner ou neutraliser notre conflit intérieur. Si je suis jaloux, je vis dans la crainte de perdre une personne à laquelle je tiens beaucoup. Pour des raisons qui me sont propres, je crois que l’autre peut m’abandonner à tout moment. Rien ne parvient à me rassurer vraiment: aucun témoignage de fidélité ou d’amour ne me suffit, aucune preuve n’est assez forte pour me convaincre. Mais au lieu d’examiner mon insécurité de base et d’y trouver des solutions, je tente de calmer mon inquiétude en me faisant rassurer par l’autre. L’expression de ma jalousie sous forme de colère, de plainte ou de retrait, n’a pas d’autre but: amener l’autre à adopter un comportement rassurant. Je poursuis un seul but: contrôler les actions de l’autre. Michelle Larivey explique très bien ces dimensions dans sa fiche sur la jalousie amoureuse (dans le Guide des émotions). Évidemment, la stratégie du contrôle ne peut réussir. Même lorsque je parviens à obtenir le comportement rassurant que je réclame, mon inquiétude reste intacte. C’est bien normal: ce comportement n’a aucun effet sur les vraies causes de mon insécurité parce que l’autre n’a rien à y voir. Que ma conjointe cesse de s’amuser avec les autres et qu’elle se retienne de rire les blagues du voisin ne me rassure pas vraiment. Qu’elle annule ses sorties avec ses amies ne fait que retarder mon prochain moment d’angoisse. En fait, c’est lorsque le contrôle réussit le mieux qu’il est le moins efficace. Si, après plusieurs scènes intenses, ma femme cesse de réagir aux autres hommes et devient socialement asexuée, je suis doublement perdant. D’abord, je perds sa présence vivante et stimulante parce qu’elle ne peut être vivante à temps partiel. Mais je perds en plus la possibilité de résoudre mon angoisse car je n’ai plus l’occasion de distinguer quand elle augmente ou diminue. Je suis alors condamné à une inquiétude sourde et permanente qui m’empoisonne doucement sans se faire remarquer. Dans cette façon de comprendre la jalousie, on peut déceler les éléments essentiels de la méthode pour en sortir. La recherche des vraies causes de mon insécurité est évidemment au coeur de cette solution. L’exploitation des variations dans l’intensité de ma jalousie est l’autre ingrédient fondamental. L’abandon des solutions qui misent sur le contrôle de l’autre est le troisième pilier nécessaire. C’est en profitant des moments où ma jalousie devient plus vive que je peux le plus facilement progresser dans ma compréhension des sources de mon insécurité. Ces moments sont des occasions de ressentir plus clairement les manques que je crains et d’identifier plus directement les privilèges que je ne veux pas perdre. Il suffit que j’interroge mon expérience intérieure (au lieu de surveiller mon conjoint) chaque fois que j’éprouve le pincement particulier de la jalousie pour arriver assez rapidement à identifier ce qui m’inquiète vraiment. À compter du moment où j’ai identifié la vraie préoccupation qui se cache derrière mes élans jaloux, la moitié du problème est réglé. Il est alors plus facile, en effet, de laisser tomber les tentatives de contrôle pour explorer la question et rechercher de nouvelles solutions. En effet, l’insécurité qui m’envahissait jusqu’alors est remplacée, en bonne partie, par une nouvelle réalité: le vrai problème que j’évitais par ma jalousie. Dès lors, je peux m’attaquer à la recherche de solutions appropriées à mon vrai problème. La plupart du temps, ces solutions s’appuient sur une mobilisation personnelle, sur un effort positif. Au lieu d’en vouloir au rival dont le charme m’inquiète, je peux étudier ses trucs pour m’en inspirer et relever le défi. Au lieu de sommer ma conjointe de baisser les yeux pour ne pas voir les beaux hommes du voisinage, je peux me donner la peine de devenir le bel homme qu’elle prendra plaisir à regarder. En somme, il s’agit d’abord d’identifier la source de ma crainte, puis de m’appuyer sur mon envie pour identifier de nouvelles ressources personnelles à développer. Au bout de cette démarche, c’est une nouvelle version de moi-même qui m’attend: une personne dont la confiance est nettement augmentée. |
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Question: vivre avec un jaloux
Réponse Je ne vais pas reprendre les explications de la fiche sur la jalousie et de la question précédente. Je vais m’appuyer sur elles pour examiner le point de vue de la personne dont le conjoint est jaloux. D’abord, il faut comprendre que les témoignages d’amour et les preuves de fidélité sont inutiles. Le problème n’est pas dans la relation; il appartient à la personne qui éprouve la jalousie. Le fait de tenter de rassurer la personne jalouse ne peut conduire qu’à de fausses solutions. La première fausse solution qui peut nous tenter est d’exprimer notre amour en réponse aux expressions d’inquiétude de notre conjoint. Cette méthode est inefficace et même nuisible. Elle ne réussit pas à rassurer parce qu’elle ne répond pas à la vraie question du conjoint. Ce sont ses raisons de s’inquiéter qui sont importantes et non nos sentiments réels. Il faut que ces raisons deviennent conscientes et explicites avant qu’on puisse y apporter des réponses utiles. En plus, cette solution est nuisible parce qu’elle nous amène à l’exaspération. Nous devenons frustrés et impatients d’exprimer notre amour sans que l’autre le reçoive ou en tienne compte. Notre impuissance à nous faire entendre nous amène directement à une colère de plus en plus intense qui peut briser la relation. La deuxième fausse solution, consiste à adopter un comportement rassurant. En ne voyant plus les autres hommes, en devenant sexuellement éteinte avec tout le monde sauf mon conjoint, je tente d’apaiser son inquiétude. Cette méthode est peut-être encore pire que la précédente. Elle ne réussit pas davantage, mais elle a l’inconvénient supplémentaire de diminuer ma vitalité. En neutralisant mes réactions devant les autres hommes, c’est toute ma sexualité que j’éteins plus ou moins subtilement. C’est donc une partie essentielle de la vie de la relation que je neutralise ainsi, car je ne peux pas être vivante seulement “à temps partiel”, être sexuée seulement avec mon conjoint. Comme cette solution mise sur un évitement de l’action et de l’expression, elle ne provoque pas de réactions vives chez moi ou chez l’autre. Peu à peu, imperceptiblement, la relation meurt étouffée et une distance invisible s’installe. Comble de malheur, mon conjoint se sent alors négligé (il a raison) et sa crainte de me perdre s’en trouve confirmée. La seule solution valable, c’est de demeurer aussi vivant que je le peux, aussi ouvertement que j’en suis capable, tout en invitant l’autre à faire l'introspection nécessaire pour trouver la source de sa jalousie. Si je suis capable, en plus, d’accueillir l’expression de ses craintes et de ses réactions sans chercher à les neutraliser, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour favoriser l'épanouissement de notre relation. En résumé, on pourrait dire que mon devoir principal, en tant que conjointe d’une personne jalouse, est de rester vivante et expressive pour fournir à l’autre de bonnes occasions d’explorer ses craintes et pour que notre relation reste un univers vivant et nourrissant. Dans la mesure de ma disponibilité réelle, je peux ajouter une attitude d’accueil et de support devant son expression. |
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