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Transfert et droit de vivre

Par Michelle Larivey , psychologue

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Vos questions et nos réponses



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?



Question: l'expression ou l'assouvissement du besoin ?

Vous dites que "c'est le fait d'assumer nos besoins qui permet réellement de gagner le droit à l'existence et non le fait d'obtenir des réponses adéquates à ces besoins". Je ne comprends pas. Pire: je suis bouleversée par votre vision. Cela veut-il dire qu'il me suffit d'accepter mes besoins pour être "guérie du transfert"? Si c'est le cas, je peux vous dire que ça ne marche pas. J'assume maintenant que j'ai besoin de tendresse et j'en ai encore besoin.

Réponse

Ce qui permet le changement dans le "droit" d'être soi, c'est effectivement le fait d'assumer son besoin devant des figures transférentielles. Devant des figures transférentielles, ça signifie qu'il y en a plusieurs et que cette conquête ne se fait pas en une seule fois.

"Assumer" et "assouvir" un besoin n'est pas la même chose. Mais il faut absolument assumer son besoin pour pouvoir l'assouvir. Pensons à une personne qui a besoin de reconnaissance mais qui y résiste. Elle peut recevoir une grande quantité d'appréciation sans que cela ne change quoi que ce soit: son besoin est toujours aussi grand et sa sécurité personnelle toujours aussi précaire.

L'incapacité de cette personne à recevoir la reconnaissance s'explique par le fait qu'elle refuse d'avoir ce besoin. On peut remarquer, d'ailleurs, qu'elle nementionne jamais ce ce besoin aux personnes qui lui manifestent de la considération. Au contraire, elle se comporte comme si elle était indifférente.

Ce n'est que lorsqu'on a reconnu la légitimité du besoin qu'on devient capable de prendre les mesures pour le combler. Mais il ne faut pas croire qu'il sera nécessairement satisfait parce qu'on le reconnaît. Pour la croissance et l'équilibre psychiques, assouvir le besoin est aussi important que de l'assumer. Il ne suffit pas d'identifier un besoin de sucre lors d'une crise d'hypoglycémie; il faut en absorber pour retrouver l'équilibre. Il en est de même du besoin affectif: il faut consommer l'affection dont on a besoin pour rétablir l'équilibre et cesser d'être en manque d'affection.

Une fois son besoin assumé, la personne peut exprimer aux figures transférentielles l'importance qu'elles ont à ses yeux de même que celle de leur considération. Pour obtenir la confirmation dont elle a besoin, elle prendra dorénavant le risque de faire face à leurs critiques. Elle leur demandera donc, aussi souvent qu'elle en aura besoin, leur "évaluation".

Elle devra faire cette démarche systématiquement et durant un certain temps. (Plus un besoin est grand plus on met du temps à le combler.) Peu à peu, elle bâtira une confiance de base sur le sujet. Le besoin s'estompera, mais le tabou étant disparu, elle consentira à s'en occuper s'il survient de nouveau.

C'est aussi le fait d'assumer notre besoin qui nous permet de décider d'orienter nos demandes vers d'autres personnes que celles qui nous frustrent constamment. Ainsi on voit souvent une personne renoncer à obtenir de son conjoint la reconnaissance qu'elle a toujours attendue de lui alors qu'elle recevait, à la place, du dénigrement. Maintenant en accord avec elle-même, il lui est tout naturel de cesser de s'acharner à la rechercher auprès de lui. Elle se tourne vers des personnes davantage susceptibles de répondre à son besoin.


Question: la différence avec le transfert analytique?

Je suis familier avec le transfert envers l'analyste. J'ai été très surpris d'apprendre que l'on peut aussi faire des transferts sur d'autres que son psychothérapeute. D'après ce que vous dites, on aurait des transferts avec plusieurs personnes? Quelle est la différence entre tous ces transferts?

Réponse

Précisons d'abord quelques caractéristiques du transfert. C'est le phénomène par lequel on réagit à une personne comme si elle était une autre, en l'occurrence, l'un de nos parents. On reporte sur cette personne des attentes qu'on avait (et qu'on a parfois encore) à l'égard de ce parent. On répète aussi, les comportements qu'on avait avec ce parent, au sujet de ces attentes. Ces dernières sont la manifestation de besoins qui ne sont pas toujours conscients.

On reconnaît une réaction transférentielle au fait qu'elle est disproportionnée par rapport à la situation qui la provoque. Par exemple,

  • "il me regarde d'un air chaleureux et je suis tout bouleversé";
  • "elle semble préférer une autre que moi; j'ai peur qu'elle me rejette";
  • "elle parle d'une manière affirmative; je m'oppose automatiquement";
  • "il est président et, de ce fait, il m'impressionne".
La situation thérapeutique est idéale pour susciter l'apparition du transfert. Dans la mesure où le professionnel demeure peu expressif de lui-même, le client peut facilement lui "prêter un vécu". Les idées qu'il se fait sur son thérapeute sont révélatrices de ses conflits et besoins fondamentaux.

Dans la vie de tous les jours, ce n'est pas la neutralité des gens qui nous permet d'avoir accès à nos réactions transférentielles. C'est leur attitude, leur gestes et parfois même seulement leur statut, comme l'illustrent les exemples ci-haut. Ces réactions spontanées et viscérales révèlent tout autant nos conflits et besoins fondamentaux que les réactions que nous aurions devant un psychothérapeute peu expressif. C'est parce que je prête une signification au regard chaleureux, qu'il me bouleverse. Je suis tout chaviré par ce regard, parce que j'en conclue que j'ai de l'importance pour lui. Or, cette signification, je l'invente à partir de mes conflits et de mes besoins.

On fait donc, avec les personnes de notre vie, les mêmes extrapolations qu'avec notre analyste ou notre psychothérapeute. Les interprétations et les extrapolations portent sur le même sujet fondamental: nos besoins psychiques les plus importants. J'ai expliqué dans "Le transfert dans les relations", pourquoi il en est ainsi.

Essentiellement, les besoins exprimés par le transfert sont cruciaux du point de vue du développement. Le "droit à l'existence" est une recherche fondamentale, régie par la force de vie qu'est la "tendance actualisante". Cette dernière s'apparente à une énergie intérieure qui nous pousse à rechercher constamment l'équilibre, le mieux-être ou la croissance, selon les situations et nos possibilités.


Question: le transfert dans la vie courante

Le transfert n'est-il pas un problème que l'on doit régler en thérapie? N'est-il pas dangereux de faire ce travail dans la vie courante, sans aide thérapeutique?

Réponse

Le seul danger de travailler à la résolution de ses transferts dans la vie courante, c'est de se révéler à des personnes à qui il n'est pas réellement opportun de le faire. Dans la mesure toutefois, où ce travail se fait "en contact", il n'y a pas de conséquence désastreuse à prévoir. La pire est peut-être de perdre la face. Mais qu'il y a-t-il de grave à perdre la face?

Il est plus dangereux, à mon avis, de ne pas travailler à "résoudre" ses transferts car cela nous condamne à évoluer très lentement dans nos scénarios répétitifs. Et les échecs répétés qui en résultent mettent en péril la qualité de notre vie et la survie de nos relations importantes.

Mais en fait, que ce soit d'une façon consciente ou non, tout le monde cherche à régler ses transferts. Par exemple, même si nous trouvons toujours le moyen de nous retrouver dans les mêmes impasses, nous ne répétons pas exactement les mêmes scénarios. Nous apprenons, d'une fois à l'autre. Nous tentons de régler nos conflits avec les personnes qui ont de l'importance à nos yeux. Nous tentons de "faire la paix" avec nos parents avant qu'ils ne meurent, etc...

À cause de cela, il est juste de dire que nous tentons d'avancer dans nos sujets conflictuels et nos relations transférentielles. C'est une démarche que nous faisons naturellement mais par "tâtonnement". C'est pour cette dernière raison qu'elle est longue et frustrante.

En Auto-développement, nous "outillons" nos clients pour les rendre capables de diriger cette démarche de résolution de leurs transferts. À travers la relation avec le psychothérapeute ou avec les participants des groupes de thérapie, ils prennent d'abord conscience de leurs transferts qui ressemblent à ceux de leur vie quotidienne. Ils travaillent d'abord à leur résolution avec l'aide du psychothérapeute et peuvent ensuite le faire par eux-mêmes. C'est un travail complexe et raffiné, mais un défi humain et universel.

Un chef d'orchestre est capable de déchiffrer les partitions et reconnaître les sons de tous les instruments pour les harmoniser. Il n'est pas si étonnant de constater que l'humain peut acquérir l'expertise nécessaire pour diriger la symphonie de son propre développement personnel. Il suffit qu'il ait les connaissances et les habiletés requises pour le faire.


Question: Incapable d'exprimer à mon psychothérapeute

Je suis en psychothérapie depuis deux ans et je suis encore incapable d'avouer à ma psychothérapeute à quel point elle est importante pour moi et combien je suis attachée à elle. Jamais je n'oserais lui dire que je me sens abandonnée comme une enfant lorsqu'elle part en vacances. Jamais je n'oserais lui dire que je crains constamment de la perdre. J'ai peur de ce qu'elle pensera de moi et de me mettre à pleurer au point de ne plus pouvoir parler. Je sais que je cherche la tendresse et l'affection et que j'en ai un immense besoin. Je manque de confiance en moi et j'ai toujours besoin de sentir quelqu'un pas trop loin si je vais mal ou si je me sens déprimée. Je sais que ce n'est pas en fuyant que je vais aller mieux, mais je n'arrive pas à faire autrement.

Réponse

Le psychothérapeute attentif, compréhensif, capable de vous recevoir dans tout ce que vous vivez devient rapidement une personne très importante pour la personne qui fait peu confiance à ses émotions et peu de place à ses besoins. Elle fait rapidement sur ce thérapeute un "transfert positif". Elle le considère comme le "bon parent" par lequel elle s'attend à être soutenue et parfois même prise en charge. La relation est alors tout à fait inégale et le client trouve qu'il est très compromettant d'avouer ouvertement l'importance que son thérapeute a pris.

Ce n'est pas dans toutes les approches thérapeutiques que le psychothérapeute utilise le transfert. Lorsque c'est le cas, le psychothérapeute est soucieux, d'une manière ou d'une autre, d'aider son client à reprendre possession de son pouvoir. Il lui fournit l'occasion et le soutient partiellement pour qu'il s'assume devant lui. Mais pour ce faire, le thérapeute doit être informé de ce que vit son client.

C'est évidemment très difficile pour le client d'avouer l'importance de son thérapeute quand il considère son besoin comme exagéré ou infantile. Paradoxalement, il faudrait déjà l'assumer pour pouvoir l'exprimer. Ce n'est pas le cas!

Par contre cette situation est idéale pour travailler à assumer sa dépendance, ses attentes et les besoins psychiques qu'ils sous-tendent. La meilleure solution est souvent d'y aller par étapes. Voici un exemple de cheminement graduel dans ce domaine..

  1. On peut commencer par écrire à son thérapeute. Il est plus facile d'identifier clairement tout ce que l'on vit à l'égard d'une personne qui a de l'ascendant sur nous quand on n'est pas en sa présence. On trouve mieux également les formulations qui traduisent bien nos sentiments, nos attentes, nos besoins. Il est indispensable, durant cette opération, de demeurer en contact avec soi-même, ouvert aux émotions qui émergent pendant qu'on écrit. Cette conscience contribue à la reprise de possession de ce vécu.

  2. Ensuite, on peut lire cette lettre à haute voix. Encore ici, il est important de demeurer en contact pendant qu'on le fait. Il suffit souvent de la lire à haute voix, comme si on s'adressait à son thérapeute, pour ressentir davantage la charge et l'impact de ce qu'on a écrit.

  3. Le pas suivant pourrait être d'annoncer à son thérapeute qu'on lui a écrit et de lui parler de nos réticences à lui remettre cette lettre. À partir de ce moment, parce qu'il est informé, le psychothérapeute peut plus facilement nous aider à examiner nos résistances (nos peurs). Il peut aussi nous soutenir dans la confrontation graduelle de ces peurs.

  4. Enfin, lorsqu'on est prêt à en prendre le risque, on peut lui remettre la lettre ou, encore mieux, la lui lire.
Si on choisit de la lire, il est capital de demeurer en contact en le faisant, c'est-à-dire, de rester ouvert à ses émotions. Il faut aussi demeurer vivant devant les réactions du psychothérapeute, car elles provoqueront des émotions et il faudra ressentir et exprimer ces émotions pour que le risque de se montrer donne des résultats. C'est en effet à cette condition que l'on assumera davantage nos émotions et nos besoins.

La lecture du texte de Gaëtane La Plante "L'expression qui épanouit" peut aider à se préparer.

Il faut considérer cette première expression comme l'amorce de la résolution de ce transfert, c'est-à-dire de la reprise de possession de ses sentiments et des besoins à l'égard du thérapeute. À partir du moment où ce sujet est ouvert, le client peut continuer de réagir ouvertement au psychothérapeute. Chaque fois, ce sera une occasion d'assumer davantage ses sentiments et ses besoins. C'est ainsi que petit à petit, il récupère son droit de vivre: son droit d'avoir ses émotions et ses besoins.



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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

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