Question: et si ça me réconforte de croire à un au-delà!
Reconnaître la réalité de la mort est une chose, mais affirmer sa finalité est autre chose. Comment pouvez-vous affirmer que la mort physique n'est pas un passage vers autre chose? Si la science ne peut le prouver, n'est-ce pas une question de croyance? Et alors, il ne s'agit pas de savoir si la croyance est juste; il suffit de savoir si elle nous est utile ou non.
J'aime croire qu'il existe autre chose après la mort et qu'une oreille est là pour m'écouter et me supporter dans mes difficultés. Ma croyance vaut bien la vôtre! Elle m'apporte énormément de réconfort de mon vivant et je crois qu'elle sera encore d'une grande importance pour m'aider à accepter la mort lorsque mon heure sera venue.
Réponse
D'abord, permettez-moi une parenthèse pour rappeler que je parle de psychologie et non de spiritualité, de religion ou de philosophie. Ce n'est pas à mes yeux une question de croyance aveugle ni une question de réflexion purement abstraite ou théorique. C'est une question qui s'applique à notre vie quotidienne comme personne humaine dans notre environnement réel. Je laisse donc de côté la dimension religieuse de la question pour m'attacher à son volet psychique et existentiel.
Toute croyance est un choix individuel arbitraire sur lequel il est inutile de discuter. Effectivement, une croyance en vaut bien une autre et chacun qui exerce un tel choix accepte d'emblée l'idée qu'il pourrait se tromper. C'est ça un acte de foi!
Mais pouvons-nous quand-même évaluer, chacun pour nous, à quoi nous servent nos croyances? Même arbitraires et indiscutables, elles ont toutes un rôle dans notre vie; elles y exercent une fonction particulières et ont des conséquences tout à fait réelles qui, elles, ne sont ni arbitraires, ni optionnelles.
L'ennui, avec les dénis existentiels (dont celui de la mort fait partie), c'est qu'ils ont tous un objectif de confort ou d'équilibre psychique, et non pas de véracité. Le principe général est le suivant: puisque tel aspect de la réalité me rend la vie difficile, je ferai comme s'il n'existait pas et ma vie s'en trouvera simplifiée. Un corollaire important de ce principe pourrait s'énoncer comme ceci: si cette réalité que je nie continue de se manifester, je la dénoncerai comme une injustice ou une erreur du destin.
Cette recette de vie pourrait être tout à fait commode: on élimine un problème en le déclarant "hors d'ordre". Si ça éliminait la pauvreté dans le monde ou la guerre, pourquoi contesterions-nous la solution au nom d'une recherche de véracité? L'avantage dépasse largement le prix à payer!
Mais si cette méthode ne fait que dissimuler la pauvreté et la guerre, si elle leur permet en plus de s'étendre davantage à l'abri des regards, alors c'est bien différent. Une certaine véracité devient alors vraiment cruciale dans le choix de la solution. Ce sont les conséquences réelles et concrètes qui sont le vrai critère applicable à la fonction psychique d'une croyance.
On peut le dire autrement: il serait ridicule de dénoncer une croyance qui aide une personne à s'épanouir plus complètement, à enrichir sa vie et à la vivre plus pleinement. Même s'il s'agissait d'une erreur, cette croyance serait encore un atout pour cette personne. Mais si cette même croyance limite les dimensions de son existence dans lesquelles elle peut s'épanouir, si elle l'amène à appauvrir (volontairement ou non) sa vie et à vivre moins complètement ce qu'elle est, alors il faut la remettre en question et examiner sérieusement quelle en est la fonction psychique réelle.
Alors, il me semble que la question pourrait se poser ainsi: quelles sont les conséquences réelles de ma croyance, particulièrement si je me trompe? S'il s'agit d'une douce illusion qui ne m'apporte que du réconfort ou du bonheur, il est inutile de la contester. Mais s'il s'agit d'une illusion qui m'invite à renier ou gaspiller mon existence réelle en échange d'espoirs vains qui ne seront vérifiables que lorsqu'il sera trop tard pour corriger ma direction, alors il est important de réfléchir pour identifier ce que je fuis ainsi.
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