Ressources en Développement
Les psychologues humanistes branchés !













" La mort: un défi de la vie "

Par Jean Garneau , psychologue


| Avant d'imprimer ce document | Mise en garde | Retour à l'article | Autres articles |



Vos questions et nos réponses



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?


Question: tueries dans les écoles et jeux vidéo

    Vous avez écrit: "...lors de tueries un peu gratuites, particulièrement par des jeunes. Ce n'est qu'après coup que leur apparaît clairement le fait que la personne est vraiment morte et qu'il ne suffira pas d'insérer une nouvelle pièce pour qu'elle se relève et que tout revienne à la normale."

    Dois-je comprendre que vous croyez les jeux vidéo responsables des tueries dans les écoles ?


Réponse

Dans cet extrait, il est question d'une forme de déni: celle qui consiste à croire que la mort n'est pas réelle. Les jeux vidéo qui nous donnent trois "vies" pour nous laisser une marge d'erreur peuvent être vues comme une variante de cette forme de déni. La mort n'est pas vraiment réelle et il suffit d'une pièce pour obtenir trois chances supplémentaires.

Mais il s'agit ici d'un déni stratégique. Pour que le jeu demeure intéressant, chaque "mort"doit être vue comme une perte réelle. La triple vie est une astuce qui permet de rendre le jeu plus intéressant en présentant des difficultés plus grandes sans mettre fin trop rapidement à la partie. Dans ce contexte, chacune des trois vies est précieuse et la troisième encore davantage car elle correspond à une défaite, à la fin de la partie.

Peut-on croire que ces jeux aient une influence suffisante pour provoquer des événements horribles comme les tueries dans les écoles? Je ne crois pas que les conclusions de la science soient bien claires à cet égard; on entend plus souvent des opinions ou des craintes que des constatations scientifiques. Voici toutefois les hypothèses qui m'apparaissent les plus plausibles.

C'est probablement la banalisation de la violence extrême qui contribuerait le plus à de telles tueries. Bien plus, il me semble, que la technique des trois vies. À cet égard, je croirais que les films d'action "réalistes" et les dessins animés souvent très violents contribuent davantage à cette insensibilisation progressive que les jeux vidéo eux-mêmes. En effet, c'est l'habileté et non la destruction qui est habituellement la valeur suprême dans les jeux vidéo. La dimension combat sert plus à créer le défi qu'à créer la motivation essentielle. C'est la tâche à accomplir et non l'expression d'un élan intérieur. Si, pour une personne, la destruction devient plus importante que l'habileté, on peut croire qu'il y avait déjà un problème sérieux qui n'est pas un effet du jeu.

On peut croire qu'un enfant qui consacrerait tout son temps à se mesurer à des adversaires de jeu vidéo puisse en venir à ne plus distinguer très clairement cet univers électronique de la réalité. Mais il me semble que toute tentative de transposition dans l'univers social ne peut que provoquer rapidement un "réveil". Il faut beaucoup plus pour garder l'illusion intacte et la superposer aux personnes réelles.

Selon ce que j'ai pu en connaître, les récentes tueries semblaient relever de problèmes psychiques graves et non d'un usage excessif des jeux de combat. Mais dans le contexte où ces problèmes existent, on peut croire que les films et les jeux contribuent à alimenter l'imagination en donnant des formes un peu réalistes au désir de vengeance ou de destruction.

Les méthodes de réhabilitation qui s'appuient sur le contact direct du criminel avec sa victime ont été utilisées dans le contexte de crimes moins graves. Le contact réel et direct suppose, en effet, que la victime soit encore vivante.


Question: influencer après sa mort

    Vous décrivez une des formes d'évitement de la mort en disant: "Dans certains cas, la personne cherche à exercer son contrôle sur ses proches en associant des contraintes à un héritage. Dans d'autres, elle veut plutôt poursuivre une oeuvre qui lui tient à coeur en agissant après sa mort par l'entremise d'une entité comme une fondation. Parfois, il s'agit d'exercer une influence sociale à travers des publications qui restent disponibles après la mort. Mais dans tous ces cas, la constante reste la même: on veut continuer d'agir sur les autres après sa mort, on refuse de disparaître."

    Je ne suis pas convaincu qu'il s'agisse réellement du déni d'une réalité... il est effectivement possible de continuer d'avoir de l'influence sur les autres après sa mort par une publication par exemple. En quoi serait-ce un déni?


Réponse

Le déni de la mort dont il s'agit ici ne réside pas dans le fait d'exercer une influence réelle après sa mort, mais dans le fait de vouloir le faire. Plusieurs auteurs disparus depuis des siècles exercent encore maintenant une influence majeure sur un grand nombre de personnes. Ceci ne détermine évidemment pas leur fonctionnement psychique d'autrefois ou la signification subjective qu'avaient alors leurs actes.

Par leur nature, certaines activités sont plus susceptibles d'exercer une influence durable. Le coureur a un impact qui se limite presque complètement au moment où il accomplit sa performance. Le compositeur et l'écrivain, par contre, ont peu d'impact au moment où ils écrivent; c'est uniquement lorsqu'une autre personne lit, joue ou entend l'oeuvre qu'ils deviennent efficaces dans leur impact.

La personne qui écrirait dans le seul but d'influencer les autres après sa mort aurait probablement un problème existentiel important. Comme dans plusieurs dénis de ce genre, elle mettrait sa vie actuelle au service d'une réalité qui n'existe pas encore. Elle miserait sur un pouvoir tout à fait illusoire en supposant que cette influence posthume lui apportera une satisfaction quelconque.

Mais il est rare, en réalité, qu'un tel but existe. La personne qui écrit espère normalement avoir un impact plus immédiat. Lorsque ce n'est pas le cas, lorsque la satisfaction recherchée est trop lointaine, il faut soupçonner un déni, probablement de la mort.

Elle peut penser au fait que ses écrits lui survivront et s'en réjouir. Mais son but principal demeure l'influence qu'elle pourra exercer sur ses premiers lecteurs ou la possibilité de communiquer à un plus grand nombre de personnes des idées ou des émotions qu'elle juge importantes ou valables. Elle peut également se dire qu'elle écrit pour laisser à l'humanité un testament spirituel ou intellectuel. Mais en réalité, son but est plutôt d'en finir avec ces conclusions qu'elle désire partager avec ses semblables. Le fait de l'écrire devient alors une façon de compléter la situation et de se libérer pour passer à autre chose.

Dans ce domaine comme dans plusieurs autres, ce ne sont pas les événements extérieurs qui donnent aux actions humaines leur signification. C'est plutôt leur valeur subjective et les choix intérieurs qui créent le sens véritable de la réalité qu'on observe de l'extérieur. Le déni est une volonté et une motivation, pas un fait historique.


Question: la mort est-elle vraiment réelle et définitive ?

    Je suis frappée par le ton affirmatif avec lequel vous parlez de la mort, comme si vous saviez vraiment ce que c'est. Sensible aux visions bouddhistes et Zen ainsi qu'aux recherches sur les expériences de personnes revenues d'un état proche de la mort et aux réflexions de plusieurs penseurs et chercheurs à propos des origines de la vie, il me semble que vos certitudes linéaires contrastent violemment avec la prudence et la modestie dont ils font preuve.

    Est-il possible que vos "certitudes" soient une manière de maîtriser le mystère qui entoure la mort comme la vie? Une théorie comme celle-là peut-elle aussi être une forme de déni?


Réponse

Pourquoi croire mes affirmations plus que celles de celui qui déclare être la réincarnation de XYZ? Pourquoi accepter une vision plutôt qu'une autre ?

Ce n'est certainement pas le ton affirmatif qui doit servir de critère. Nous savons tous que les affirmations les plus vigoureuses sont souvent celles qui cherchent à dissimuler de grandes incertitudes ou des insécurités. Mais le ton affirmatif ne doit pas suffire à discréditer une affirmation. Je peux dire qu'aujourd'hui il a plu sur Montréal et ce n'est pas mon ton qui en fera une vérité ou un mensonge. Les faits sont dans ce cas le seul vrai critère.

Il ne faut pas, non plus, que la sincérité devienne le critère unique. Je peux être dans l'erreur de façon tout à fait sincère, même sur des faits observables. C'est souvent le cas dans les illusions d'optique, chez les spectateurs d'un "magicien" ou dans l'hypnose. C'est également fréquent dans les souvenirs de situations plus ou moins traumatiques.

Que nous reste-t-il pour distinguer la vérité et la réalité ? Difficile à dire, car le seul accès que nous ayons à la réalité est d'abord subjectif. Rien ne nous permet d'affirmer que ce que nous percevons existe vraiment. Comme nous ne percevons rien sans que ce soit à travers un traitement que notre cerveau fait subir à l'information brute qui nous parvient par nos sens, la prudence nous indiquerait qu'il vaut mieux toujours douter.

Pourtant, nous avons un nombre considérable de certitudes. Nous croyons que notre environnement physique et les personnes qui le composent existent réellement. Nous croyons que nous sommes vraiment à l'endroit où nous croyons être. Nous croyons que nous serons blessés ou tués si nous restons devant un véhicule qui arrive rapidement. Nous croyons aussi que la gravité continuera de s'appliquer à notre corps de la même façon pendant que nous ferons notre prochain pas. Nous croyons...

Notre survie dépend de toutes ces certitudes à propos desquelles nous pourrions facilement entretenir une variété infinie de doutes. Et ces certitudes, nous les appuyons avant tout sur notre expérience personnelle. Quand on apprend à conduire une automobile, on ne sait pas encore précisément comment elle réagira à nos diverses actions. C'est ce qui fait qu'on conduit trop brusquement et trop lentement à la fois. Mais avec l'expérience, on acquiert des certitudes qui nous permettent de prévoir efficacement l'avenir immédiat (les réactions du véhicule à nos actions).

La seule façon de répondre vraiment à cette question, c'est d'inviter chacun à examiner sa propre expérience, sans croire les affirmations de qui que ce soit. Tout comme nous avons besoin d'apprendre par expérience les lois générales de la physique pour les utiliser dans notre vie courante, nous avons besoin de vérifier dans notre vécu les théories qui prétendent nous dire comment vivre. Ce n'est pas une question de foi; c'est bien trop important et lourd de conséquences pour croire sans vérifier.

Personnellement, je n'ai jamais vu de manifestation satisfaisante de l'existence réelle d'une vie quelconque après la mort physique. Mais j'ai connu des personnes réelles qui sont mortes sans ressusciter et sans revenir me donner des signes crédibles d'une quelconque "autre vie". Les personnes qui ont tenté de me convaincre du contraire n'ont jamais réussi à me présenter des preuves qui me satisfassent, mais elles m'ont toujours laissé déceler dans leur discours (le plus souvent tout à fait sincère) des raisons de croire qu'elles avaient absolument besoin d'entretenir cette illusion (si c'en est une).

C'est donc avec une certitude qu'on pourrait trouver arrogante que j'affirme qu'à ma connaissance la mort est réelle et définitive, exactement conforme à ce que nous avons tous pu observer directement lorsque des personnes réelles sont mortes. Je n'ai aucun indice réel qui me permette de croire que ces personnes continuent d'exister "autrement".

Si votre expérience vous apporte des preuves réelles pour appuyer solidement une conclusion différente, je souhaite de tout coeur que vous viviez votre vie en fonction de vos propres certitudes. Il n'est pas du tout nécessaire que nous ayons les mêmes conclusions. Je préfère me tromper en vivant selon les convictions que je tire de mon expérience que d'avoir raison en restant dans un doute insoluble. Comme nous aurons chacun les conséquences qui correspondent à nos choix, il est normal que nous puissions prendre librement et individuellement les décisions qui les guident.

Je ne crois pas qu'il soit utile, pour avoir une vie pleinement satisfaisante, d'attendre que les preuves soient faites de la non-existence de tout ce que je crois irréel. Je préfère largement des certitudes dont la preuve définitive ne sera jamais faite. Comment pourrions-nous prouver qu'il n'existe nulle part dans l'univers connu et inconnu des êtres vivants semblables aux humains? C'est une chose impossible: on ne peut prouver une non-réalité. Est-ce une raison pour organiser sa vie en fonction de cette lointaine possibilité? Pas pour moi, pas ma seule vie!


Question: et si ça me réconforte de croire à un au-delà!

    Reconnaître la réalité de la mort est une chose, mais affirmer sa finalité est autre chose. Comment pouvez-vous affirmer que la mort physique n'est pas un passage vers autre chose? Si la science ne peut le prouver, n'est-ce pas une question de croyance? Et alors, il ne s'agit pas de savoir si la croyance est juste; il suffit de savoir si elle nous est utile ou non.

    J'aime croire qu'il existe autre chose après la mort et qu'une oreille est là pour m'écouter et me supporter dans mes difficultés. Ma croyance vaut bien la vôtre! Elle m'apporte énormément de réconfort de mon vivant et je crois qu'elle sera encore d'une grande importance pour m'aider à accepter la mort lorsque mon heure sera venue.


Réponse

D'abord, permettez-moi une parenthèse pour rappeler que je parle de psychologie et non de spiritualité, de religion ou de philosophie. Ce n'est pas à mes yeux une question de croyance aveugle ni une question de réflexion purement abstraite ou théorique. C'est une question qui s'applique à notre vie quotidienne comme personne humaine dans notre environnement réel. Je laisse donc de côté la dimension religieuse de la question pour m'attacher à son volet psychique et existentiel.

Toute croyance est un choix individuel arbitraire sur lequel il est inutile de discuter. Effectivement, une croyance en vaut bien une autre et chacun qui exerce un tel choix accepte d'emblée l'idée qu'il pourrait se tromper. C'est ça un acte de foi!

Mais pouvons-nous quand-même évaluer, chacun pour nous, à quoi nous servent nos croyances? Même arbitraires et indiscutables, elles ont toutes un rôle dans notre vie; elles y exercent une fonction particulières et ont des conséquences tout à fait réelles qui, elles, ne sont ni arbitraires, ni optionnelles.

L'ennui, avec les dénis existentiels (dont celui de la mort fait partie), c'est qu'ils ont tous un objectif de confort ou d'équilibre psychique, et non pas de véracité. Le principe général est le suivant: puisque tel aspect de la réalité me rend la vie difficile, je ferai comme s'il n'existait pas et ma vie s'en trouvera simplifiée. Un corollaire important de ce principe pourrait s'énoncer comme ceci: si cette réalité que je nie continue de se manifester, je la dénoncerai comme une injustice ou une erreur du destin.

Cette recette de vie pourrait être tout à fait commode: on élimine un problème en le déclarant "hors d'ordre". Si ça éliminait la pauvreté dans le monde ou la guerre, pourquoi contesterions-nous la solution au nom d'une recherche de véracité? L'avantage dépasse largement le prix à payer!

Mais si cette méthode ne fait que dissimuler la pauvreté et la guerre, si elle leur permet en plus de s'étendre davantage à l'abri des regards, alors c'est bien différent. Une certaine véracité devient alors vraiment cruciale dans le choix de la solution. Ce sont les conséquences réelles et concrètes qui sont le vrai critère applicable à la fonction psychique d'une croyance.

On peut le dire autrement: il serait ridicule de dénoncer une croyance qui aide une personne à s'épanouir plus complètement, à enrichir sa vie et à la vivre plus pleinement. Même s'il s'agissait d'une erreur, cette croyance serait encore un atout pour cette personne. Mais si cette même croyance limite les dimensions de son existence dans lesquelles elle peut s'épanouir, si elle l'amène à appauvrir (volontairement ou non) sa vie et à vivre moins complètement ce qu'elle est, alors il faut la remettre en question et examiner sérieusement quelle en est la fonction psychique réelle.

Alors, il me semble que la question pourrait se poser ainsi: quelles sont les conséquences réelles de ma croyance, particulièrement si je me trompe? S'il s'agit d'une douce illusion qui ne m'apporte que du réconfort ou du bonheur, il est inutile de la contester. Mais s'il s'agit d'une illusion qui m'invite à renier ou gaspiller mon existence réelle en échange d'espoirs vains qui ne seront vérifiables que lorsqu'il sera trop tard pour corriger ma direction, alors il est important de réfléchir pour identifier ce que je fuis ainsi.


Vous avez une question qui demeure sans réponse ?
Deux options vous sont offertes:


  1. Une question personnelle à laquelle vous voulez une réponse individuelle.

    Le psy virtuel est à votre disposition. Pour 50$ (canadiens) un de nos psychologues consacrera 30 minutes à vous répondre s'il estime pouvoir vous être vraiment utile. Il s'agit d'un genre de consultation individuelle et vous aurez la réponse en 3 jours.

    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

    Il vous suffit de nous faire parvenir votre question à



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?

Vous pouvez réagir à cet article ou en discuter avec les autres lecteurs...


Vous pouvez lire...


Vous n'avez pas encore trouvé ce que vous cherchiez ?

Retour au menu

ReD Tous droits réservés © 2001 par Ressources en Développement inc.
Nous n'exprimons aucune opinion concernant les annonces google
Si vous voulez reproduire ou distribuer ce document, lisez ceci
Communiquer avec ReD
Pour aller plus loin dans votre exploration !