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Négocier avec un partenaire
Par Jean Garneau, psychologue

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Vos questions et nos réponses



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Question: La gratitude: un paiement insuffisant

    Vous écrivez "La gratitude ne peut suffire car elle ne procure qu'une satisfaction symbolique, un genre de flatterie de l'image de soi." Je trouve, au contraire, que la gratitude est souvent la seule façon adéquate de payer quelqu'un pour sa générosité. Pourriez-vous expliquer davantage votre point de vue sur cet aspect.


Réponse

Premièrement, il faut comprendre que la gratitude n'est rien d'autre qu'un symbole lorsqu'on l'examine du point de vue des besoins et de leur satisfaction. Contrairement à l'air, la nourriture ou l'affection, par exemple, elle ne correspond à aucun besoin réel et ne peut, par elle-même, apporter de satisfaction. C'est seulement ce que la personne qui la reçoit en fait qui peut lui donner une utilité quelconque. Sans cette collaboration, la gratitude est sans valeur réelle.

La seule façon dont la gratitude (tout comme l'admiration ou le mépris par exemple) peut m'atteindre, c'est à travers ce que j'en fais moi-même. Si je suis très inquiet à propos de ma valeur comme personne, je peut faire de cette gratitude une preuve de valeur et m'en trouver un peu rassuré. Mais cet apaisement sera de courte durée, car c'est mon image de moi qui sera "redorée" et non ma valeur elle-même.

La satisfaction que j'en aurai tirée sera semblable à celle que je prendrais à entendre quelqu'un qui me flatterait en m'attribuant des mérites exagérés (au moins à mes yeux). Mon image de moi-même pourrait s'en trouver un peu améliorée sur le moment, mais je saurais bien, au fond, que je ne mérite pas ces compliments (à mon avis). Et dans ce domaine, c'est notre propre opinion qui importe avant tout.

Dans des circonstances très particulières cependant, il arrive que le fait d'être reconnu ou apprécié puisse avoir une valeur réelle. C'est ce qui se passe lorsqu'on parvient à dénouer les noeuds de nos relations (voir : "Le transfert dans les relations" et "Aux sources du transfert" pour des explications plus détaillées.) Il serait trop long de fournir ici toutes les explications nécessaires. Michelle Larivey prépare un article complet sur cette question et nous le publierons aussitôt que possible.



Question: La culpabilité qui complique tout

    J'aimerais avoir plus d'explications sur la façon dont la culpabilité mêle les cartes, empêche de regarder la situation en face et camoufle les attitudes négatives. N'est-il pas normal de se sentir coupable lorsqu'une personne qu'on aime est malheureuse?


Réponse

Il est parfois normal de se sentir coupable lorsqu'une personne qu'on aime est malheureuse. Cette culpabilité est saine lorsque nous sommes la cause directe du malheur de l'autre. Mais il arrive souvent que des personnes se sentent coupables sans cette responsabilité réelle. Par exemple, bien des personnes ont de la difficulté à se sentir bien ou heureuses alors que quelqu'un d'autre pleure dans la même pièce, même si elles ne sont aucunement concernées. Ces dernières formes de culpabilité sont malsaines comme l'explique Michelle Larivey dans "Le guide des émotions". (Voir la fiche explicative: "La culpabilité" pour plus de détails.)

Mais que la culpabilité soit saine ou malsaine, elle risque de mêler les cartes et d'empêcher la personne "coupable" de voir avec lucidité les attitudes négatives de la "victime" et de reconnaître avec justesse son insatisfaction réelle. Voici des détails supplémentaires sur les façons dont la culpabilité pourrait agir dans l'exemple du couple développé dans l'article.

La personne qui a obtenu satisfaction (son film) sait, même sans que ce soit dit, que l'autre est insatisfait. Par culpabilité, elle sera tentée d'être malheureuse à son tour du malheur de l'autre (au lieu d'être heureuse du cadeau qu'il lui a fait). La culpabilité pourra aussi l'amener à se reprocher d'avoir exprimé clairement son besoin ou sa préférence, sans penser d'abord à l'autre (comme lui l'a fait). Enfin, il y a de fortes chances que, par culpabilité, cette personne n'ose pas jouir du film qu'elle voulait voir, car il ne plaît pas à l'autre. Enfin, la présence de la culpabilité l'entraîne dans un débat intérieur qui lui enlève toute disponibilité à comprendre ce que vit l'autre. C'est aussi ce manque de disponibilité qui fait qu'elle est incapable d'identifier comment l'autre contribue à saboter la relation.



Question: Négocier la rupture

    J'ai rencontré un homme sur Internet avec qui je pensais vivre un coup de foudre. Nous nous sommes rencontrés... et nous nous sommes fréquentés... J'ai découvert qu'il était menteur, violent, alcoolique, qu'il me trompait avec une autre femme, etc.

    J'ai mis fin à notre relation qui a duré environ 6 semaines... Mais il n'accepte pas cette rupture. Il m'appelle encore, me dit qu'il m'aime, que je l'aime, que je ne peux refaire ma vie sans lui. Il veut me revoir, venir me rendre visite une fin de semaine. Il s'approprie ce qui m'appartient: il dit que c'est sa maison, son lit, son chien... etc.

    Je ne sais plus comment faire pour me libérer de lui. Je sais que je ne l'aime plus. En fait, j'ai plutôt peur de lui et de ce qui pourrait m'arriver. J'aimerais bien qu'il se concentre sur sa nouvelle flamme et qu'il m'oublie.


Réponse

Dans un cas comme celui-ci, on n'en est plus à négocier. Lorsqu'on ne tient pas à la relation, il faut d'abord se le dire clairement à soi-même, sans ambiguïté et sans ambivalence. C'est un premier pas nécessaire sur lequel toute la suite va pouvoir s'appuyer. Mais ce n'est pas si simple que ça peut le paraître...

Il est parfois difficile de sortir de l'ambiguïté. Dans certains cas, on ne veut pas déplaire, peiner l'autre ou le voir souffrir. Dans d'autres, on a de la difficulté à renoncer à ses attentions et à ses déclarations d'amour. Parfois même, comme ici, on peut craindre des représailles. Même si on ne croit pas vraiment à la sincérité de l'autre, on n'est pas forcément insensible à ses expressions intenses.

Pour bien voir clair en soi, il faut d'abord renoncer aux avantages. Il faut sacrifier les déclarations d'amour, bien sûr, mais aussi le sentiment de sécurité relative que nous donne le fait de ne pas dire clairement notre refus. Par crainte des bouleversements inévitables, nous avons souvent tendance à atténuer notre expression, à adoucir notre refus. Nous espérons éviter ainsi les émotions intenses et les réactions fortes, peut- être même violentes.

Le premier pas, c'est donc de sortir soi-même de l'ambivalence pour faire un choix clair et net. Ensuite, il sera plus facile de franchir la deuxième étape essentielle: donner à l'autre un message vraiment clair qui lui fera comprendre qu'il n'a aucune chance de succès. S'il ne croit vraiment plus qu'on va céder à ses déclarations enflammées, à ses larmes ou à ses menaces, il va peut-être se tourner vers une cible plus facile. C'est ce qui se passera normalement si cette personne est vraiment à la recherche d'une relation satisfaisante.

Mais il arrive que les deux étapes précédentes ne suffisent pas, que la personne continue d'insister malgré le fait qu'on a été vraiment clair et nullement ambigu. Dans ce cas, il faut se soucier aussi de notre sécurité. L'insistance de cette personne est le signe clair d'un désir ou d'une intention de "violenter" son interlocuteur. C'est l'équivalent psychique et interpersonnel d'une tentative de viol. Le dialogue et la négociation ne sont plus alors des outils adéquats.

Il faut plutôt s'appuyer sur une fermeté inflexible et sur les forces qui sont à notre disposition pour assurer notre sécurité et notre paix. Par exemple, couper immédiatement toute communication téléphonique ou toute conversation sur la rue, ne pas ouvrir sa porte, prendre des précautions pour ne pas se retrouver avec cette personne dans un lieu isolé et, évidemment, ne pas répondre au courrier électronique (mais en conserver une copie au cas où il faudrait faire appel aux autorités).

Les tentatives de harcèlement cessent rapidement dans la majorité des cas lorsqu'on adopte cette attitude après avoir averti l'autre bien clairement et sans ambivalence qu'on mettait fin à la relation. Si elles persistent, il est temps de les signaler aux autorités compétentes. La police, la compagnie de téléphone et la poste peuvent contribuer à résoudre certaines situations, surtout si elles sont bien documentées et tombent sous leur juridiction.

La négociation ne peut s'appliquer dans des cas de ce genre parce qu'il s'agit de situations où une personne cherche à imposer unilatéralement sa volonté à l'autre. Il s'agit d'une guerre et non d'une négociation. Pour négocier, il faut un certain équilibre entre les forces en présence; il faut une situation où deux adultes autonomes veulent en venir librement à une entente satisfaisante pour les deux.



Question: Négocier avec un enfant

    Pour favoriser le développement de nos enfants, nous tentons de négocier avec eux des solutions à tous les problèmes que nous rencontrons. C'est formateur, mais c'est aussi très exigeant! Il n'est pas toujours facile de leur faire comprendre l'importance des points que nous apportons comme la nécessité d'heures de sommeil régulières ou d'une alimentation équilibrée.

    Et puis, même si je trouve l'idée de ces négociations bonne en principe, j'ai souvent l'impression que nous "trichons" un peu. Il arrive que je trouve qu'on a facilement obtenu que les enfants se rangent sagement à notre opinion. C'est comme s'ils décidaient eux-mêmes de faire ce que nous voulions.


Réponse

Il est difficile de bien négocier entre adultes qui s'aiment. Comme on l'a vu dans l'article, nous sommes souvent tentés de céder trop vite, de nous sacrifier, etc. Pourtant, ça se passe entre adultes relativement autonomes.

Les liens entre les parents et les enfants sont au moins aussi forts que ceux du couple. Les mêmes pièges existent donc quand on entreprend de négocier avec son enfant. Mais en plus, les interlocuteurs ne sont pas égaux ni autonomes. Le pouvoir réel est réparti de façon très inégale (tout comme les responsabilités qui y correspondent). Ce pouvoir inégal et le manque d'autonomie réelle de l'enfant font qu'une négociation "normale" est impossible.

Mais ça ne signifie pas que toute possibilité de négociation soit exclue. Il suffit de comprendre les caractéristiques particulières d'une négociation entre interlocuteurs liés par un lien de dépendance réelle pour être en mesure de choisir les sujets qui se prêtent à une négociation saine et d'adopter des méthodes appropriées. Il faudrait un article entier pour expliciter toutes les dimensions importantes à considérer, mais voici quelques pistes de réflexion.

Il faut être clair sur la question du partage du pouvoir; qui a le pouvoir réel de décider, et les responsabilités qui en découlent. La personne qui assumera les conséquences, qui sera responsable de réparer les pots cassés, est celle qui peut assumer les exigences du pouvoir. L'équilibre entre les pouvoirs du parent et de l'enfant varie selon les domaines de la vie et évolue naturellement avec l'âge. Un des meilleurs sujets de négociations entre parents et enfants est justement cet élargissement progressif du pouvoir cédé par le parent à l'enfant, en fonction de la capacité de ce dernier de l'assumer réellement.

Un piège se présente souvent dans ces négociations et il est important de l'éviter. Il est tentant de chercher à faire croire à l'enfant qu'il a lui-même choisi ce que nous, parents, estimions préférable pour lui, dans son intérêt. On ne peut quand même pas accepter une alimentation composée essentiellement de chips, boissons gazeuses et crème glacée! J'estime qu'il vaut mieux identifier clairement la marge de manoeuvre qu'on est réellement prêt à accorder à l'enfant, plutôt que de prétendre lui en donner davantage et de se retrouver ensuite forcé à le manipuler pour l'amener à prendre une décision "adéquate" ou acceptable.

On peut également s'inspirer d'une partie de la réponse à la question précédente. Lorsqu'on se retrouve en situation où une personne exerce le pouvoir sur l'autre, il ne faut plus songer à la négociation. C'est particulièrement important avec les enfants, car ils n'ont pas les capacités intellectuelles de comprendre ce qui se passe vraiment. Ils savent "instinctivement" que quelque chose n'est pas clair, mais ils n'ont pas les moyens de savoir quoi. Et comme ceci se passe avec les personnes les plus importantes de leur vie, leurs parents, leur trouble est encore plus angoissant et incompréhensible.

En somme, il faut être particulièrement lucide sur les questions liées au pouvoir et à la responsabilité si on veut négocier avec ses enfants. Prendre le temps d'identifier clairement les pouvoirs qu'on consent à céder et ceux qu'on choisit de conserver, puis agir en conséquence, avec une position clairement établie sur ces points.



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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

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