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Aux sources du transfert

Par Michelle Larivey, psychologue

Cet article est dabord paru dans le magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 2, No 6: Juin 1998
sous le titre "La source des noeuds"



Résumé de l'article

C'est dans nos relations les plus importantes, avec les personnes souvent les plus précieuses pour nous que nous développons une manière d'être qui produit des noeuds. Ces noeuds durcissent parfois au point de devenir incontournables. Le fait de ne pas les dénouer nous amène à des échecs ou à un forme d'adaptation où notre vitalité est laissée pour compte.Comment se forment ces noeuds ? Pourquoi existent-ils ? Quel est le rôle qu'ils peuvent jouer dans notre vie et notre développement psychique ?


Table des matières
    A. Introduction: les deux racines des noeuds
    B. Le besoin de se développer
    1. Devenir soi-même: la conquête d'une vie
    2. Nos premiers pas: avec nos parents
    C. Les expériences incomplètes
    1. Ressenti ou expression
    2. La recherche d'harmonie
    D. Comment se forment les noeuds?
    1. Les noeuds: des expériences incomplètes
    2. Les noeuds: des tentatives de développement
    E. Conclusion

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A. Introduction: les deux racines des noeuds


Pour bien comprendre ce texte il est préférable d'avoir lu "Les noeuds dans nos relations" . Dans ce texte, j'ai présenté ce que j'appelle "les noeuds" que nous rencontrons constamment dans nos relations les plus importantes. Ces noeuds se manifestent sous la forme d'insatisfactions chroniques devant lesquelles on a une impression d'impuissance. Nous butons régulièrement sur ces difficultés. C'est pourquoi je leur ai donné le nom de "noeuds".

Ces noeuds qui nous étouffent et nous empêchent d'avancer autant qu'on le voudrait, prennent racine dans deux genres d'expériences. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ils proviennent de nos tentatives de relever des défis de croissance personnelle. Ils proviennent aussi des expériences émotives du passé que nous avons négligé de vivre complètement.

L'objectif de cet article est de vous faire comprendre pourquoi il en est ainsi. Il s'agit de phénomènes naturels simples, au fond, mais il faut les comprendre pour arriver à démêler ce que l'on vit. Je fournirai donc quelques pistes qui permettront aux intéressés, de faire une auto-évaluation de leurs comportements qui engendrent des noeuds dans leurs relations. Commençons par quelques notions préalables qui contribueront à augmenter notre perspicacité.



B. Le besoin de se développer


1- Devenir soi-même: la conquête d'une vie

Durant toute notre vie, nous cherchons à nous développer. À travers son échelle de besoins, le psychologue Abraham Maslow a bien décrit cette réalité psychologique. Cette démarche consiste essentiellement à devenir soi-même. Cela veut dire, devenir de plus en plus capable de respecter ses besoins et ses valeurs et cela, devant qui que ce soit. Une fois cette liberté atteinte, nous nous consacrons à la raffiner.

Le besoin de se réaliser s'incarne à travers différentes préoccupations. L'exemple de Jérôme illustre bien la présence d'une préoccupation constante qui se manifeste partout dans sa vie. Les préoccupations se modifient à mesure qu'on avance. En d'autres termes, une fois la question réglée, une autre préoccupation émerge qui nous permettra de faire un autre pas.

Si nos préoccupations demeurent inchangées, sur une longue période de temps, ce n'est pas parce qu'on est borné ou encore anormal, comme plusieurs le pensent, c'est plutôt que nous ne sommes pas encore parvenus à relever le défi de cette conquête. C'est essentiellement parce que nous nous y prenons mal pour y parvenir.

Ces préoccupations de développement surgissent de l'intérieur. Elle n'ont rien à voir avec les exigences de changement qu'on s'impose ou que notre entourage cherche à nous imposer. Elles prennent la forme de diverses questions. Voici quelques exemples fréquents.

    "J'ai peur d'approcher les femmes qui m'intéressent. C'est désespérant pour moi car j'ai l'impression que je ne pourrai jamais partager ma vie avec quelqu'un qui répond à mes aspirations."

    "Je n'ai pas confiance dans les hommes. J'aime mieux vivre ma vie avec des femmes. Les hommes ne me manquent pas, mais j'aimerais tout de même être plus confortable avec eux."

    "Je pense que je ne suis intéressante pour personne. Je m'isole et m'organise mais je souffre énormément de solitude."

    "Ma relation de couple n'est pas satisfaisante. J'ai peur de tout faire éclater si j'en parle. Alors j'endure, mais je ne sais pas combien de temps je pourrai le faire."

    "La critique me tue. J'aime mieux éviter de m'exposer que risquer d'être jugé. J'en souffre, car je n'ai jamais de reconnaissance."
Certains de ces problèmes illustrent la difficulté d'être soi-même et de tenir compte de ses désirs et aspirations. Les autres démontrent la difficulté de respecter ce qui nous importe, devant ou avec d'autres. Ces deux difficultés représentent l'essentiel du défi du développement de soi. Ce développement est l'affaire d'une vie, mais c'est tous les jours que nous y sommes confrontés. C'est à travers la plupart de nos occupations que nous parcourons ce chemin et principalement au contact des personnes qui sont significatives à nos yeux. Nous commençons cette construction de notre personne dès notre apparition au monde. Nous la continuerons notre vie durant.


2- Nos premiers pas: avec nos parents

C'est avec nos parents, ou ceux qui les ont remplacés, que nous faisons nos balbutiements dans ce sens et que nous acquérons nos premiers outils de développement personnel. Nous progressons en nous adaptant aux conditions fournies par notre milieu ainsi qu'au style particulier des personnes qui sont importantes pour nous à ce moment-là. Ainsi, la capacité d'être soi-même et de se respecter au contact des autres, est tributaire de plusieurs facteurs. Il serait inutile de tenter de les énumérer tous. Il suffit de comprendre que lorsque nous arrivons à l'âge adulte nous avons un certain chemin de fait dans la direction de devenir nous-mêmes mais il nous reste encore beaucoup à faire. Voici deux exemples typiques.

    "J'ai l'impression de ne pas exister pour mes parents et que mes tentatives pour obtenir leur attention s'avèrent vaines. Je prends donc l'habitude de m'effacer et je conserve le message que je ne vaux pas la peine. Je m'abstiens le plus souvent de déranger en étant convaincue qu'il n'y a pas de place pour moi. À la longue, je développe, par rapport à moi, la même attitude que celle de mon entourage: j'accorde peu d'importance à ce que je veux et à ce que je désire. Je ne trouve pas que je vaux la peine d'essayer d'obtenir ce qui m'importe. De fait, je n'essaie même plus de l'obtenir. Ainsi je ne développe pas la capacité de me mobiliser pour obtenir ce que je veux dans la vie. De plus, comme il serait souffrant de désirer en vain, à répétition, je fais en sorte de n'avoir pas trop de désirs. Pour diminuer mes désirs, j'essaie de ne pas trop ressentir. Cela m'arrange d'autant plus que ce que je ressens se résume souvent à de la tristesse. Je me coupe de moi-même."

    "Je suis le centre d'attention de mes parents, recevant continuellement le message que je suis extraordinaire du seul fait que j'existe. C'est avec une toute autre attitude que j'aborde le monde. Il m'est facile de me considérer important, mais je souffre lorsqu'on ne m'accorde pas d'emblée un statut spécial. Gagner l'estime est quelque chose que je ne connais pas. Cela m'est dû. Faire ma place est aussi une chose qui m'est inconnue. Non seulement on doit me l'accorder, mais on doit m'accorder la première. Je suis incapable de souffrir la plus légère critique, habitué que je suis à ce que tout ce que je fasse soit considéré extraordinaire. Mes rapports avec les autres sont difficiles à plusieurs égards."
Nous arrivons à l'âge adulte en ayant atteint un certain niveau de développement. Nous avons également une certaine conception de ce que c'est qu'être une personne adulte et cette conception nous sert de guide. Nous possédons aussi un bagage d'outils: capacité de contact avec soi, de ressentir nos émotions, de les exprimer. Comme nous avons appris "par oreille", à l'occasion de relations avec des personnes qui avaient leurs propres difficultés de développement, il est normal que notre équipement soit incomplet. À cause de cela, il n'est pas étonnant que nos tentatives de développement soient souvent erratiques. Il n'est pas surprenant non plus que l'on doive vivre le même scénario à répétition avant d'arriver à comprendre ce qui se passe et à trouver des solutions satisfaisantes.

Par ailleurs, au cours de nos tentatives de développement nous accumulons inévitablement des expériences incomplètes. Leur présence jouera aussi un rôle dans la formation des noeuds relationnels. Voyons d'abord ce qu'on entend par "expériences non finies".










C. Les expériences incomplètes


1- Ressenti ou expression

Il s'agit essentiellement d'un vécu affectif qui n'a pas été "digéré" ou assimilé, qui demeure comme "en suspens" dans notre mémoire psychique. Ce vécu est incomplet en ce sens que les émotions n'ont pas été ressenties ou exprimées complètement. Bien entendu lorsque les émotions ne sont pas entièrement ressenties il est impossible de les exprimer ou encore de poser une action qui en tienne compte totalement. Le fait de faire avorter ainsi ces expériences est une sorte d'accroc à notre équilibre émotionnel. C'est pour cela que l'organisme ne peut le tolérer. Cette notion est loin d'être évidente. Elle mérite des explications. Mais commençons par une analogie, celle de la digestion.

La digestion est un processus en plusieurs étapes. Les étapes sont constantes et le but est toujours le même: l'assimilation de l'aliment. Cette assimilation a pour but de nourrir l'organisme, pour son maintien ou pour sa croissance.

Les expériences affectives ont une fonction identique. Elles nous nourrissent psychiquement et contribuent à nous construire. Comme la digestion, l'assimilation psychique se fait à l'intérieur d'un processus dont chacune des étapes est indispensable. Une première étape cruciale dans ce processus est celle qui consiste à ressentir les émotions. Si cette étape est vécue complètement, elle entraîne automatiquement d'autres étapes. C'est le fait de passer à travers toutes ces étapes qui nous permet de bien tenir compte de la manière dont nous avons été atteints. C'est ensuite, par nos gestes et nos paroles, que nous arriverons à nous respecter. Voici d'abord un exemple d'expression contenue.

    "Il m'est arrivé souvent d'être ridiculisé lorsque j'étais jeune. J'étais gros, j'en avais honte et je fondais littéralement lorsque ceux qui se disaient mes copains se moquaient de moi. J'avais beaucoup de peine. J'étais humilié et parfois, quand ça durait trop longtemps, je devenais enragé. Je ne leur montrais aucun de mes sentiments. Je baissais la tête et j'attendais que cela finisse. Aujourd'hui, quand j'y pense, je leur en veux encore. Dès que je perçois de la moquerie dans les propos de quelqu'un, la moutarde me monte au nez. Mais encore, je n'ose rien dire."
Voici maintenant un exemple de ressenti incomplet.

    "J'ai perdu ma mère au début de l'adolescence et elle me manque depuis ce temps-là. J'avais si peur de cette peine qui m'apparaissait sans fond, que je m'en distrayais autant que je pouvais. Je pense que j'ai enterré ma sensibilité dans les livres et dans mes études. Aujourd'hui, je pense encore souvent à elle. Je ne veux pas avoir d'enfant de peur de les perdre ou de moi-même les abandonner comme ma mère a fait. En fait, tout attachement et toute séparation me font très peur."
Il n'y a pas que les expériences incomplètes du passé qui s'inscrivent en nous. Il nous arrive encore de le faire dans le présent. Certaines situations sont tellement intenses qu'il est difficile de se laisser les vivre entièrement du premier coup. La terreur dans le cas d'une agression, par exemple, est difficile à tolérer. Il faut parfois s'en couper pour être capable de faire ce qu'il faut dans la situation: se défendre, se sauver, etc... Dans certains contextes retenir nos réactions est une question de sécurité. Ce peut-être le cas si quelqu'un nous menace avec une arme.

Toute émotion repoussée resurgira éventuellement. Pourquoi en est-il ainsi?


2- La recherche d'harmonie

Tout être vivant recherche l'harmonie. C'est parce que le vécu en suspens constitue un accroc à son équilibre que l'organisme ne peut le tolérer. Il le garde donc en mémoire et le fait resurgir à la première occasion similaire.

Comment reconnaître une émotion qui surgit du passé? Typiquement, l'émotion ou la réaction signalant une expérience non finie est plus intense que la situation actuelle ne l'exigerait. Quand on se dit qu'on réagit trop fort, quand on trouve notre réaction étrange, quand notre interlocuteur est très surpris, il y a des chances qu'une partie de notre réaction s'adresse à une situation antérieure.

    "J'ai une peine démesurée à l'occasion de la mort de ma belle-mère. Je pleure, à travers le deuil présent, la perte de ma mère que je n'ai pas pleurée complètement."

    "Je revis, devant l'attitude hautaine de la fille de mon conjoint, les mêmes émotions que devant les sarcasmes répétés de ma soeur aînée durant toute ma jeunesse. J'ai la même réaction spontanée de cacher ma rage derrière une grande froideur et de couper le contact avec elle."

    "Chaque critique me ravage comme le faisaient celles de mon père. Je me rappelle encore avec une certaine douleur que même lorsque je tentais de me dépasser je n'échappais pas à la dureté de son perfectionnisme. Comme dans le passé, je ne laisse rien paraître de ma réaction."
Dans ces exemples, les personnes sont aux prises avec des expériences de leur passé qu'elles n'ont pas assimilées. Elles se sont empêchées de ressentir complètement combien elles étaient atteintes ou elles ne se sont exprimées que partiellement. L'apparition de la réaction liée au passé est une précieuse occasion d'intégrer enfin cette expérience. À chaque fois, cela permet d'augmenter notre équilibre.

Nous avons maintenant une idée plus précise de ce qu'on appelle expériences incomplètes. Voyons comment elles contribuent à former des noeuds dans nos relations actuelles.



D. Comment se forment les noeuds?


Souvent nous souffrons de nos sentiments pour les autres. Nous voudrions vivre autre chose ou être autrement. Souvent nous ne sommes pas libres d'être nous- mêmes. Souvent nous avons des réactions qui nous semblent trop fortes ou infantiles. C'est à tâtons que nous passons à travers ces expériences émotives en cherchant à "être normal". C'est justement en se forçant à "vivre ce qui n'est pas" et à "réagir autrement qu'on réagit" qu'on tisse nos noeuds ou les renforce.


1- Les noeuds: des expériences incomplètes

Les expériences incomplètes doivent être complétées. Il faut profiter de toutes les situations où elles surgissent pour le faire. Mais ce n'est pas ce que l'on fait généralement. Comme on ne comprend pas la pertinence de leur apparition, on cherche à s'en débarrasser. Ce faisant, on répète sensiblement le même scénario que les fois précédentes.

    a) Repousser de nouveau son sentiment
    "J'ai vécu beaucoup de séparations, tout au long de mon enfance. J'ai du quitter ma grand-mère qui était comme une deuxième mère pour moi. À plusieurs reprises, j'ai été séparée de mes amis parce que le travail de mon père l'appelait à des mutations. Ma meilleure amie d'enfance est morte de la leucémie alors qu'elle avait six ans. Ce ne sont là que quelques exemples des multiples déchirements que j'ai vécus. Je me souviens d'avoir pleuré, d'en avoir souffert. Depuis des années, toutefois, je pleure en visionnant un film où des gens qui s'aiment doivent se séparer, où des animaux qui sont liés doivent être éloignés les uns des autres."
Suis-je détraquée, anormale? Non, tout ça est parfaitement normal. Mes pleurs sont un réflexe pour ajuster ma vie émotive. Je pleure maintenant ce que je n'ai pas pleuré complètement autrefois. Il en sera ainsi tant que je n'aurai pas versé toutes les larmes que j'ai retenues dans mes multiples séparations.

Par ignorance, par gêne, on cherche à faire cesser ces émotions inattendues. Au mieux, on cherche à contrôler leur débit pour les vivre "au compte-gouttes" plutôt que d'ouvrir le "barrage". Le résultat c'est qu'il nous faut beaucoup plus de temps pour en venir à bout.

    b) Inhiber de nouveau son expression
Pour d'autres expériences incomplètes, c'est l'expression qui a été inhibée. On pourrait dire que nous sommes "restés pris avec" car aucun geste ou aucune parole ne nous a permis d'aller au bout.

    "J'ai subi les nombreux sarcasmes et mauvais traitements de la part de ma soeur aînée sans faire autre chose que de me replier sur moi-même avec ma peine et ma rage. Lorsqu'elle ou d'autres me font des choses semblables aujourd'hui, j'ai tellement de peine et de rage que je n'ose pas réagir. Tout au plus je laisse paraître que je ne suis pas contente."
Pour compléter le vécu du passé et pour ne pas continuer d'accumuler les expériences incomplètes, je devrais réagir aux situations actuelles en respectant intégralement l'intensité de mes sentiments. Cette ouverture me permettrait d'identifier "à qui d'autres" s'adresse cette réaction qui m'étonne. Mais ce que nous faisons le plus souvent c'est de réagir en étant conscients de l'exagération de notre réaction, mais sans savoir quoi faire d'autre. Certains le font même beaucoup: ils "ventilent" régulièrement leurs réactions sur leur entourage. Réagir sans plus de conscience ne leur permet toutefois pas de dénouer les expériences passées.


2- Les noeuds: des tentatives de développement

Nous sommes continuellement occupés à conquérir la capacité d'être nous-mêmes et de nous respecter dans nos relations avec les autres. Cette démarche de développement, toutefois, ne se fait pas en ligne droite ni sans heurt. Elle se fait, au contraire, à travers beaucoup d'obstacles. Les échecs de notre enfance proviennent à la fois de nos capacités déficientes à composer avec notre vie émotive et des réponses de ceux qui nous entouraient. Ces deux types d'obstacles nous ont conduits à des noeuds relationnels. Si nous continuons de relever nos défis de croissance de la même manière que nous le faisions avec eux, nous rencontrerons les mêmes noeuds. Mais la force de développement des êtres vivants est vive. Les moyens que nous prenons pour réussir ce que nous n'avons pas réussi dans le passé sont parfois étonnants.

    a) Répéter la situation
      (1) Rechercher des situations similaires
Sans en être vraiment conscients, nous cherchons à nous trouver dans des situations qui vont nous permettre de réussir ce que nous n'avons pas réussi antérieurement.

Jérôme qui a tant besoin d'exister pour quelqu'un afin de confirmer sa valeur, choisit, comme épouse, une femme qui ne semble pas très douée pour lui donner ce qu'il cherche. Elle est très indépendante et valorise l'indépendance. Elle est peu expressive et peu sensible aux besoins de Jérôme. En ce sens, elle ressemble beaucoup à la mère de ce dernier: une femme affairée qui s'impatientait devant le moindre besoin d'attention de son fils.

      (2) Sauter sur l'occasion
Les besoins de croissance sont si impérieux que l'on dirait qu'on est doté d'un sonar qui détecte ce qui est susceptible de nous toucher dans des situations qui apparemment ne le devraient pas. C'est ainsi qu'on s'attache à des détails, à des choses secondaires. À cause de cela, les personnes impliquées sont souvent très surprises de notre réaction.

    Mon ami me fait un compliment. Je suis insultée. Je suis choquée par son ton qui me semble moqueur. J'y vois donc une critique plus qu'un compliment. Il est abasourdi."

    "Le groupe d'étudiants auquel j'enseigne est très intéressant et stimulant. L'un d'entre eux, toutefois, me cause beaucoup de soucis car il n'a jamais l'air intéressé. Quoi que je fasse, il me regarde d'un air hautain et critique. Il m'empoisonne la vie. C'est au point que c'est toujours avec beaucoup d'angoisse que j'entre dans cette classe."

      (3) Transformer les relations
À la longue, par notre façon de réagir on réussit à changer le climat de la relation. Ce faisant, on provoque l'autre à réagir comme on a besoin qu'il réagisse pour nous retrouver dans la situation initiale qu'on a besoin de résoudre.

    "La femme que j'ai épousée était douce et aimante. Après quelques années elle est devenue acariâtre. Que s'est-il passé? Il me semble que je me retrouve à vivre avec ma marâtre de belle-mère. En fait, bien que son affection m'ait attiré, j'étais incapable de la recevoir. J'ai été avec elle aussi fermé qu'avec la femme de mon père qui me détestait. Mon épouse a beaucoup tenté de me faire parler, m'ouvrir. À la longue elle s'est découragée de réussir. Petit à petit elle a pris ma fermeture comme un manque d'amour à son égard. Elle est frustrée. Elle m'attaque de plus en plus vigoureusement. Je me renferme de plus en plus. J'ai l'impression de revivre le passé. J'ai l'impression que notre couple est détruit."

    "J'étais certaine que cet homme ne serait jamais violent avec moi. C'est pour cela que je l'ai choisi. Il n'avait jamais levé le petit doigt sur personne. Pourtant, à certains moments avec moi, il devient hors de lui et me frappe. Je m'aperçois que j'ai avec lui la même attitude passive et hostile que j'ai eue dans mes relations antérieures avec les hommes qui m'ont battue. Il dit qu'il ne peut me rejoindre quand j'ai cette attitude et qu'il n'y arrive qu'en étant violent."
Pour un oeil aiguisé, il est évident qu'à travers ces péripéties nous recherchons à créer des situations qui sont susceptibles de nous permettre d'évoluer. Nous cherchons à nous placer dans la situation qui nous permettra de relever le défi de croissance que nous n'avons pas réussi à relever encore. Dans chacune de ces situations nous évoluons au moins un peu. Nos progrès reposent sur la manière dont nous utilisons ces situations.

    b) Répéter les mêmes comportements
Nous faisons des efforts pour nous trouver dans une situation suffisamment semblable à celle qui nous permettrait de relever des défis de développement. Malheureusement ces efforts sont en quelque sorte annulés par le fait que même si nous réussissons à recréer cette situation, nous nous conduisons d'une manière identique à ce que nous avons toujours fait.

      (1) Jérôme
Jérôme se préoccupe de sa place dans plusieurs de ses relations. Il se contente de constater son manque et de profiter des situations où son besoin était comblé. Jérôme s'accommode de ces situations, comme il l'a toujours fait, même petit. Il s'organise, par ailleurs, pour avoir une vie intéressante. Son leitmotiv: ne pas compter sur les autres et sur leur affection.

      (2) Jasmine
Comme elle l'a fait jadis avec sa mère et continue de le faire, Jasmine passe sa vie à faire des pieds et des mains pour éviter les critiques, la désapprobation et le rejet. Pour elle, l'approbation des autres est le signe qu'elle est "correcte". Elle désire tant cette approbation qu'elle réagit souvent à ce sujet avec des personnes qui ont peu d'importance dans sa vie. La postière qui hausse le ton en lui laissant entendre qu'elle devrait connaître le prix d'un timbre, la met dans tous ses états. Sa réaction: s'expliquer longuement pour prouver qu'elle n'est pas "si bête qu'on pense." Comme elle fait toujours avec sa mère, elle se justifie.

      (3) Olivier
Olivier vit avec sa fiancée et son associé des sentiments semblables à ceux qu'il vit depuis toujours avec sa mère. Une certaine peur d'être critiqué et le sentiment omniprésent de ne pas être à la hauteur. Il agit avec ces personnes comme il a toujours agi avec sa mère. Il subit leur attitude autoritaire en rageant intérieurement et en se dévalorisant d'agir ainsi. Olivier a presque toujours l'impression de vivre dans un étau. Il a quitté plusieurs femmes avec lesquelles la relation avait bien commencé parce, qu'à la longue, il étouffait. Il s'aperçoit qu'il est attiré par les femmes qui sont capables de s'affirmer mais constate qu'il est incapable de s'affirmer devant elles. Il s'efforce toujours d'être à la hauteur sans jamais y parvenir. Il tente donc plutôt de passer inaperçu, s'effaçant, faisant passer ses besoins après ceux de l'autre.

Ces trois personnes se plaignent de ne pas avancer bien qu'elles fassent de constants efforts. Pourquoi n'avancent-elles pas? Pourquoi n'arrivent-elles pas à se vivre pleinement et à se sentir bien avec les personnes importantes de leur vie? Voici quelques autres raisons qui contribuent au maintien du "statu quo."

    c) Attendre que l'autre change
Jérôme, Jasmine et Olivier continuent d'agir de la même façon comme s'ils s'attendaient à ce qu'un déclic se produise et qu'un changement survienne. Ce changement, ils attendent qu'il se produise chez les autres.

Jérôme pourrait dire: "si un jour ils pouvaient se rendre compte de ma valeur et la reconnaître, je serais enfin comblé".

Si Jasmine livrait ses pensées intimes, elle dirait probablement: "si un jour ma mère m'acceptait enfin telle que je suis, si les gens cessaient d'être critiques à mon égard, je pense que je pourrais vivre détendue et enfin heureuse".

Quant à Olivier, on l'imagine souhaiter "que toutes les personnes devant lesquelles il est si difficile pour moi de m'affirmer deviennent plus douces et acceptantes. Je pourrais alors enfin avoir droit à l'erreur".

Souvent convaincus que la solution réside dans un changement chez les autres, on attend cette transformation. Non seulement on l'attend, mais on essaie de la provoquer. Obnubilé par l'effet que l'autre nous fait, on a peu de disponibilité pour l'introspection qui pourtant pourrait nous révéler d'autres solutions.

    d) Demeurer inconscient de ses besoins
La concentration sur l'autre nous permet d'éviter de jeter un regard lucide sur ce que nous vivons dans ces noeuds. La plupart du temps nous sommes peu conscients des besoins qui sont à l'origine de nos efforts. Toute notre énergie est concentrée à obtenir que l'autre agisse d'une façon qui nous convienne. Si nous devenons inventifs quant aux moyens d'être satisfaits, c'est pour imaginer toutes les façons dont l'autre pourrait enfin régler notre problème. C'est ainsi que nous passons parfois nos "commandes" à nos proches qui refusent ou s'empressent d'obtempérer. Qu'ils acceptent ou refusent ne contribuera pas à défaire le noeud. La situation sera peut- être moins tendue, mais elle engendrera souvent d'autres difficultés relationnelles.

Occulter nos besoins et focaliser sur le comportement de l'autre présente un avantage: on est moins forcé de s'impliquer. Mais au total, les désavantages sont beaucoup plus nombreux.

    e) Cacher sa dépendance
On préfère ne pas être en contact avec nos besoins car ils témoignent de notre dépendance. Il est souvent difficile d'admettre qu'un autre a une immense importance pour nous cela, même quand il s'agit d'un conjoint ou d'un parent. Lui avouer c'est se rendre vulnérable. L'idée de dépendance fait peur. Beaucoup d'auteurs et de pseudo- psy nous encouragent d'ailleurs à cultiver cette crainte. C'est donc souvent en se basant sur leur rationnel boiteux qu'on cherche à dissimuler notre dépendance.

Pour dissimuler l'importance de l'autre et de notre besoin nous devons prendre des distances ou faire des "joutes inter personnelles" qui nous permettent de nous cacher. Parfois nous choisissons de nous durcir. Ce faisant, nous n'exprimons souvent qu'une partie de notre vécu, celui sur lequel nous nous sentons en contrôle. L'expression incomplète de tout vécu important, nous l'avons vu, conduit à des noeuds ou les perpétue. Se cacher à soi-même et cacher à l'autre ce que nous vivons d'important à son égard est un des moyens les plus efficaces de tisser des noeuds dans lesquels enchevêtrer nos relations.



E. Conclusion


Tant que la raison d'être des noeuds nous échappe, on les considère comme des encombrements dont il faut se débarrasser en évitant les sujets "brûlants" ou en se séparant des personnes avec lesquelles on les vit. Une fois qu'on comprend leur raison d'être, ils peuvent devenir des occasions recherchées pour relever un défi de croissance. Pour réussir ces défis toutefois il est important d'identifier ses façons de contribuer aux noeuds. C'est d'autant plus important que chacun des partenaires a ses propres noeuds dans la relation. Il nous reste ensuite à nous outiller psychologiquement pour les dénouer et retrouver la vitalité qui y est emprisonnée.

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