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Conquérir sa liberté

Par Michelle Larivey , psychologue

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Vos questions et nos réponses


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Question: Exprimer ma différence et conflits interpersonnels

Comment exprimer sa différence, son désaccord sans provoquer de conflits ? J'ai l'impression si je m'exprime qu'il va y avoir conflit, dispute. Et cela arrive. Je ne suis jamais d'accord, et l'on dit que je suis négative. Faux. En réunion associative, avec certaines personnes il ne faut pas les contredire. Il faut donc rester calme, et posée, je ne sais pas très bien faire, car la colère m'envahit devant la nullité des gens.

Réponse

Il ne s'agit pas surtout d'éviter les conflits comme de savoir composer avec eux. Par définition, le fait d'exprimer des opinions différentes, d'avoir nos propres réactions, de manifester nos besoins particuliers comme de vivre ouvertement selon nos propres valeurs, tout ça peut facilement provoquer des heurts.

Cependant, le terme conflit ne réfère pas à la même réalité pour tout le monde. Pour certains il y a conflit dès que l'autre manifeste du mécontentement. Pour d'autres un échange musclé est synonyme de mésentente. Enfin, d'autres parlent de conflit lorsqu'il y a une lutte pour détruire ou pour empêcher quelque chose.

Lorsque je choisis d'affirmer un point de vue différent, je dois m'attendre à déranger. Est-ce que je ferai seulement lever quelques sourcils ou si je lancerai un débat animé? Est-ce que je vais me faire des ennemis? Cela dépend souvent de la manière dont j'introduis mon idée.

Si mon but n'est pas de heurter, mais plutôt de faire valoir une idée, il faut que je m'exprime de manière à atteindre cet objectif. Pour y parvenir, je dois tenir compte de mon interlocuteur, du contexte dans lequel nous sommes et souvent même du "momentum" comme disent les journalistes sportifs. En effet, il ne sert à rien de provoquer des résistances à mes propos ou de me mettre à dos les gens que je désire influencer.


Comment faire?

Parfois il est bon de me souvenir que tout le monde déteste se faire traiter d'imbécile. Je peux me rappeler également que beaucoup n'aiment pas se faire dire qu'ils sont dans l'erreur et que presque tous sont indisposés par l'arrogance. Ces rappels peuvent m'aider à aborder mes interlocuteurs avec une attitude qui ne suscite pas automatiquement leur résistance ou des réactions hors sujet.

Si nous sommes sensibles au ton de nos interlocuteurs, nous pouvons souvent détecter leurs réactions profondes. Très souvent, ces réactions portent sur notre attitude plus que sur nos idées. On peut souvent déceler, sous un "je ne suis pas d'accord" un peu sec, un message plus fondamental comme "tu t'imagines peut-être détenir le monopole de la vérité!" Une objection apparemment anodine comme "je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée" cache parfois une réaction bien plus intense comme celle-ci: "je n'ai aucune envie de t'écouter car tu ne tiens aucunement compte de mon point de vue".

Pour obtenir une ouverture de la part de l'autre il me faut moi-même faire preuve d'ouverture. Essentiellement, il s'agit

  1. de comprendre son point de vue (même s'il ne me plaît pas)
  2. et de reconnaître ce qu'il contient de bon à mes yeux. (Si je n'y trouve rien de bon, je puis au moins reconnaître ce qu'il présente de bon pour celui qui le défend.)
C'est ensuite seulement que je pourrai présenter mes idées comme un autre point de vue ou comme une bonification du leur.

Question: l'amour de soi

Je crois que la solution à tous nos problèmes est l'amour de soi. Combien de fois j'entends dire qu'il faut s'aimer soi-même, que c'est ainsi qu'on est heureux et que l'on peut aimer vraiment les autres. Mais personne n'explique ce que c'est au juste que de s'aimer soi-même et comment on y arrive. S'il-vous-plaît, donnez-moi un truc pour m'aimer d'une façon inconditionnelle car c'est le but de ma vie.

Réponse

Il n'y a pas de "truc" pour s'aimer soi-même comme il n'y a pas de truc pour aimer quelqu'un. On aime une personne parce qu'elle nous apporte quelque chose de bon et parce qu'on trouve chez elle des qualités qui ont de la valeur à nos yeux. Ce sont là les ingrédients essentiels qui déclenchent notre affection pour une personne.

Mais je ne pense pas qu'on puisse éprouver pour soi-même un amour identique à celui qu'on connaît pour les autres car on ne ressent pas d'affection pour soi-même. On peut par contre, avoir de l'importance à ses propres yeux, désirer se faire du bien, se respecter assez pour faire de la place à ce qui est important pour soi... Tout cela ne traduit toutefois pas de l'amour mais une attitude de bienveillance et de la considération à l'égard de soi.

Pour ces raisons, même si je pense qu'il est impossible de recevoir l'amour d'un autre à moins d'avoir une certaine valeur à ses propres yeux, je ne conseillerai jamais à quelqu'un de s'aimer lui- même. Je lui recommanderai, par contre, d'augmenter sa valeur à ses propres yeux.

Comment rehausser sa valeur? Essentiellement en s'investissant pour réaliser des choses qui nous tiennent à coeur. Nous avons tous des choses qui nous importent: des besoins, des relations, des projets, des causes... Or, pour réussir ce qui nous importe, il faut faire des efforts et souvent prendre des risques. C'est par ce chemin que nous parvenons à gagner de la valeur à nos propres yeux.

On laisse souvent croire qu'il faut d'abord s'aimer pour disposer de l'énergie nécessaire pour répondre à nos besoins, mais c'est exactement à l'inverse qu'il faut procéder. Comme on peut toujours identifier un besoin ou quelque chose qui a une certaine importance à nos yeux, il est possible de travailler assidûment à cet objectif. Ce faisant, notre sentiment de valeur ne va bien sûr pas se développer d'une manière spectaculaire mais il grandira petit à petit, au même rythme que nos réalisations. (C'est comme dans la nature: rien ne se développe d'une manière éblouissante, si ce n'est une fleur éphémère.)

Il est intéressant aussi de savoir que le sentiment de valeur n'est pas lié directement à nos réussites. Il provient plutôt de l'effort qu'on fait pour respecter ce qui nous tient à coeur et de la qualité de notre investissement. Ainsi, si la chose la plus importante à mes yeux est de m'affirmer tel que je suis, c'est le fait de m'exercer réellement à le faire qui alimentera ma valeur à mes yeux, même si au début je ne réussis qu'une fois sur cinq.

L'article de Jean Garneau, "Fidèle à moi-même", illustre bien mon propos en plus de servir de guide à qui veut augmenter sa valeur et son estime de lui.


Question: porter la responsabilité de ses besoins

Le chemin de la liberté peut s'avérer très difficile quand l'autre qui prétend nous aimer n'est pas prêt à nous aider. Que veut dire au juste "prendre en charge son besoin" quand la réponse à nos besoins implique l'autre?

Réponse

Porter la responsabilité de ses besoins peut signifier plusieurs choses.

  1. Cela veut dire d'abord considérer que "mes besoins appartiennent à moi seule". (Les autres ont leurs propres besoins et ils en sont aussi responsables). Ainsi exprimé, c'est une tautologie, mais il n'empêche qu'on voudrait parfois que nos besoins aient, pour l'autre, la même importance qu'ils ont à nos yeux, quitte à ce qu'ils renient les leurs.

  2. Cela veut aussi dire "exprimer son besoin" quand il est important que l'autre le connaisse. Mais cela ne signifie pas qu'on considère que le seul fait de dire son besoin oblige l'autre à y répondre. Il suffit parfois d'exprimer son besoin pour que l'autre en tienne compte, mais ça n'a pas à être ainsi. C'est possible à la conditioin que l'autre soit disponible à y répondre ou qu'il consente à faire ce qu'il faut pour y répondre.

    Mais l'autre n'est pas toujours disponible; il a sa propre vie et ses propres besoins. Il peut volontiers m'apporter un verre d'eau si ça lui fait plaisir de me faire cette douceur. Mais s'il le fait parce qu'il n'est pas capable de me refuser mes petits caprices, c'est malsain pour lui et pour moi. Tôt ou tard nous paierons tous les deux pour cet esclavage semi-volontaire.

    Il peut faire des choses qui demandent beaucoup plus d'investissement de sa part: mes rapports d'impôt, mes repas... S'il le fait avec plaisir, par affection pour moi, il n'y a pas de problème. S'il le fait parce qu'il considère que c'est un échange équitable compte tenu de ce que je fais de mon côté pour lui, tout va bien... il n'y a pas de pépins à l'horizon de la relation à ce sujet.

    Si, par contre, je compte sur les efforts de l'autre pour éviter de m'assumer, je m'engage dans un processus malsain à la fois pour moi et pour lui. Par exemple, si j'ai l'habitude de dire à mon amoureux que "j'ai le goût de faire l'amour" et que c'est une manière de lui remettre l'initiative dans les mains, cela équivaut à lui remettre la responsabilité de la satisfaction de mon besoin. J'agis probablement ainsi par peur de montrer mon désir et d'être refusée, ou parce que je suis intimidée à l'idée de le séduire pour éveiller son désir. Lui faire part de mon goût m'évite alors d'assumer mon désir. C'est un mauvais choix du point de vue de mon évolution sexuelle. Quant à mon partenaire, il souffrira éventuellement de mon évitement s'il n'en souffre pas déjà.

  3. Prendre mon besoin en charge signifie donc de poser toutes les actions "compromettantes" nécessaires à sa satisfaction. Même s'il est plus rassurant de laisser à l'autre le soin de prendre les initiatives plus audacieuses ou gênantes, c'est à moi de porter mon besoin en posant ces gestes. En assumant moi-même ces pas compromettants, je crée les conditions qui me permettront de profiter vraiment des résultats.

  4. Prendre mon besoin en charge signifie aussi de "faire moi-même les efforts pour le satisfaire" plutôt que de compter sur les autres pour les faire. Par exemple, je mets les autres au service de mes besoins si, tout en ayant la santé pour gagner ma vie, je choisis de me laisser entretenir pas l'assistance sociale sous prétexte que les prestations sont plus élevées que le maigre salaire que je suis capable de gagner. Si au contraire j'accepte de porter moi-même mes besoins, je ferai le nécessaire pour augmenter mes revenus; en travaillant davantage, en augmentant ma compétence ou encore en me mobilisant pour inventer des solutions. Je paierai moi-même le prix pour ce que je veux.

  5. Porter la responsabilité de mes besoins signifie également "d'assumer les conséquences" de ce que je fais pour les combler. Imaginons que je décide de prendre une semaine de vacance en sachant que mon conjoint et ma famille n'aiment pas le dérangement que cela leur cause. Il faudra bien que j'accepte qu'ils ne se réjouissent pas avec moi.

    Il serait tentant de faire pression sur eux pour qu'ils m'endossent parce que cela m'éviterait de vivre une certaine culpabilité. Si j'ai cette tendance, il me faudra être vigilante pour ne pas les accuser injustement de vouloir me rendre coupable (de me manipuler pour que je change d'idée) s'ils ne jouent effectivement pas cette carte. Ma culpabilité est à moi, bien sûr et elle n'est pas forcément générée par les autres. C'est peut-être ma manière personnelle d'avoir de la difficulté à déranger les autres pour voir à mes propres besoins.

  6. Prendre la responsabilité de mes besoins, enfin, signifie "d'assumer les conséquences" de ce que j'omets de faire pour les combler. Imaginons que devant le mauvais accueil qu'a reçu mon projet de voyage je décide de renoncer à cette semaine de vacance. Je prends cette décision parce que je ne veux pas vivre avec le désaccord de ma famille et de mon conjoint (je me sens trop coupable!). (Fiche explicative de la culpabilité.) Si je refuse la responsabilité de ma satisfaction, je les ferai sans doute payer pour ma décision au lieu de considérer que j'ai fait le choix de me priver de vacances parce qu'il était plus facile pour moi que d'affronter leur désaccord.
La notion de responsabilité personnelle paraît si complexe quand on s'y objecte (mais tellement évidente quand on l'accepte) qu'il faudrait un article complet pour l'expliquer à fond. Une lecture sur les dénis de la solitude et de la liberté, toutefois, pourrait compléter avantageusement la réponse que j'ai donnée à votre question. (Cf. "Les questions existentielles", dans "L'Auto- développement: psychothérapie dans la vie quotidienne").


Question: conflit avec le besoin de l'autre

Le chemin de la liberté peut s'avérer très difficile, surtout lorsqu'on transige avec des personnes qui n'éprouvent pas le même besoin que nous. Par exemple, je désire me rapprocher de la ville pour être plus autonome, mais il faut pour cela vendre la maison que je possède conjointement avec l'autre personne qui ne veut pas déménager? Que puis-je faire pour assumer mon besoin?

Réponse

Il est rare que l'autre éprouve le même besoin que soi. On a une influence sur cela, mais elle est assez limitée. Par exemple, je puis parfois susciter le désir chez mon partenaire mais à d'autres moments il est trop absorbé par ses préoccupations ou trop fatigué pour manifester seulement une ouverture. À ce moment, je ne peux pas compter sur lui pour répondre à mon besoin.

Mais la question n'est pas vraiment de viser à avoir les mêmes besoins au même moment. Non seulement il est rare que ceux-ci coïncident, mais encore nous n'aurons jamais des besoins identiques puisque nous sommes deux êtres différents. Quand on est en relation, la question est plutôt d'arriver à ce que chacun soit satisfait.

Si on veut atteindre cet objectif facilement, il est très important de distinguer les différents concepts qu'on confond habituellement avec le besoin. Par exemple, le "moyen" est souvent confondu avec le besoin. Il faut aussi distinguer le besoin de la "demande". Par exemple, je souhaite qu'on m'offre des fleurs non pas parce que j'ai besoin de fleurs mais parce que ce geste signifie quelque chose pour moi, c'est un symbole. Une "préférence", un "caprice" ne sont pas des besoins. Par ailleurs, il faut être conscient du degré d'importance et d'urgence de nos besoins. Dans son article "Négocier avec un partenaire", Jean Garneau apporte des précisions très utiles sur ce sujet.

Lorsque le moyen privilégié par un des partenaires ne convient pas à l'autre, il est très utile d'identifier avec précision quel besoin de chacun est en cause, de même que l'importance de celui- ci. L'article de Jean Garneau met aussi en lumière le fait que la qualité de la relation à court terme et à long terme est un enjeu capital dans la négociation entre partenaires. En tenant compte de tous ces éléments, il est toujours possible de trouver une solution qui convienne réellement aux deux parties. Mais il faut parfois faire preuve de créativité!



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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

    Il vous suffit de nous faire parvenir votre question à


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