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Je ne suis pas ton père!
(Le rôle de l'interlocuteur dans le transfert)

Par Michelle Larivey , psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 8, No 1: Janvier 2004


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Table des matières
    Introduction
    A- Comment on peut résoudre un transfert
    B- Conditions utiles à l’interlocuteur
    1. Être informé de la présence du transfert
    2. Être informé de son rôle potentiel
      • Se respecter totalement et en tout temps
      • Éviter d'aplanir les risques
      • S'abstenir de réparer l'oeuvre des parents
    3. Être informé chaque fois que le transfert est en jeu
    4. Disposer des capacités émotionnelles pertinentes
      • Oser se fier à son instinct
      • Accepter de frustrer l'autre pour se respecter
      • Être relativement à l'aise dans l'intensité émotionnelle
    C- Le contre-transfert de l’interlocuteur
    1. Qu'est-ce qu'un contre transfert
    2. Comment reconnaître son contre-transfert
    Conclusion

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Vos questions liées à cet article et nos réponses !




Introduction

      Pour alléger le texte, j'appellerai "protagoniste" la personne en transfert et "interlocuteur" celle qui est l'objet de ce transfert.
Le transfert occupe une place importante dans plusieurs genres de relations : parent/enfant, professeur/élève, professionnel/client, patron/employé, et même certaines relations entre pairs. Mais c'est dans la relation de couple et dans la relation psychothérapeutique qu'il exerce l'influence la plus déterminante.

Cet article ne touche pas le transfert qui se passe en psychothérapie car chaque approche le traite différemment. (Voir à ce sujet le chapitre sur la Résolution du transfert dans "L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne"

Il n'est question ici que du transfert qui se développe dans une relation intime (amour ou amitié) entre adultes. Les suggestions que je propose dans cet article s'appliquent mal aux autres relations qui ne comportent généralement pas l'intimité nécessaire. Je dois ajouter toutefois que les personnes qui comprennent ce phénomène psychologique et ont l'habitude d'être fidèles à elles-mêmes choisissent parfois instinctivement d'agir d'une manière qui ressemble à celle que je propose.

J'examine donc le rôle de l'interlocuteur dans une relation intime en tentant de répondre aux deux questions suivantes :
  • quelle sorte de coopération l'interlocuteur peut-il offrir et
  • en quoi celle-ci est-elle importante pour ne pas neutraliser le transfert ?
Ces questions sont cruciales pour chacun des deux partenaires. Cruciales parce que la manière de réagir aux réactions transférentielles du protagoniste exerce une influence déterminante sur sa démarche de résolution. Cruciale aussi parce que les relations intimes où les transferts sont ignorés ou neutralisés se soldent habituellement par une rupture de la relation ou par un éloignement émotionnel qui équivaut à une séparation.

A- Comment on peut résoudre un transfert

La résolution d'un transfert consiste essentiellement à assumer le besoin affectif qui était jusque-là ignoré ou camouflé derrière des comportements compulsifs stéréotypés. Pour assumer ce besoin, il s'agit essentiellement :
  • d'en reconnaître l'existence
  • de l'accepter
  • d'oser en être expressif
  • et de prendre les risques nécessaires pour le combler.
La résolution d'un transfert est une démarche progressive qui se complète à travers une successions de tentatives qui durent jusqu'à ce que la conquête du droit d'être soit complétée. Ce cheminement se fait généralement en contact avec un interlocuteur privilégié, mais il implique aussi plusieurs autres interlocuteurs pertinents par rapport à la même dimension du vécu du protagoniste.

B- Conditions utiles à l'interlocuteur

Il nous arrive tous d'être impliqués comme interlocuteurs dans certains transferts des autres. Lorsque nous développons une relation intime avec une autre personne, nous pouvons prévoir que nous serons ainsi utilisés tôt ou tard à cause de l'importance que nous accorde notre partenaire. Mais cette prédiction générale est bien insuffisante pour bien vivre ces expériences lorsque le protagoniste est un intime.


    1. Être informé de la présence du transfert
Le développement du transfert amène des réactions excessives, l'apparition de sujets "tabous" dans la relation, des comportements répétitifs menant généralement à une impasse répétitive, des réactions émotionnelles intenses sur un sujet donné (souvent le même). Il est important que tous ces "excès" prennent un sens pour l'interlocuteur. C'est pourquoi le protagoniste se rend un important service en s'expliquant sur ce point.

reflets déformésPour être efficace, cette explication doit d'abord révéler qu'il est aux prises avec des expériences de son passé, des difficultés qui ne sont pas réglées. Ensuite elle doit préciser de qui l'interlocuteur actuel est le représentant. Enfin, le protagoniste doit lui expliquer la démarche qu'il veut faire à ce sujet en l'utilisant comme substitut.

La plupart du temps, cette information permet de dédramatiser la situation. En effet les réactions "excessives" dont l'interlocuteur croyait être la véritable cible prennent alors leur sens réel. Il se sent dégagé et même soulagé (même dans les cas où il soupçonnait déjà qu'il servait de remplacement à un père ou à une mère chargé d'un lourd contentieux). La révélation du protagoniste lui fournit un cadre de référence pour confirmer son intuition et se trouver moins personnellement impliqué dans le conflit.


    2. Être informé de son rôle potentiel
La révélation de la présence et de l'importance du transfert n'apporte qu'un soulagement partiel. Il faut encore trouver une façon adéquate d'agir dans ce contexte troublant. Comme on veut contribuer à une résolution complète et satisfaisante, les enjeux importants deviennent une source de pression qu'il n'est pas facile de maîtriser sans savoir comment nous pouvons contribuer. Le protagoniste peut contribuer grandement à l'efficacité de sa démarche en informant son interlocuteur sur les façons d'agir qui sont les plus favorables.


    Se respecter totalement et en tout temps
Contrairement à ce que l'on pourrait penser "à priori", l'interlocuteur n'a pas un rôle précis à jouer. Le plus important, c'est qu'il se respecte en tout temps. Mais pour la plupart des gens, il est très difficile de se respecter lorsqu'ils sont sollicités ardemment et à répétition, comme on peut l'être par une personne en transfert. Ce respect de soi est cependant la seule façon de faire si on ne veut pas déposséder le protagoniste de sa démarche et de la liberté qu'il pourrait y gagner.

Être totalement fidèle à soi c'est agir à partir de son propre centre, à partir de ce qu'il perçoit et ressent réellement. Lorsque sa perception est contestée, il peut la réviser ; mais il serait nocif de l'abandonner quand, après examen, elle demeure valable à ses yeux.

Agir à partir de ce qu'il ressent c'est se fier à ce qu'il éprouve vraiment plutôt que de choisir ses actions uniquement pour satisfaire le protagoniste, de céder à la manipulation ou encore de se conformer par compassion ou pour avoir la paix. (Ce sujet est développé dans "Fidèle à moi-même", chapitre 4 de "Les émotions source de vie" )

Je tiens à insister sur ce point : l'interlocuteur n'est pas au service du protagoniste. En aucun cas il ne doit se mettre à sa disposition dans le but de lui faciliter les choses. S'il veut lui offrir quelque chose, que ce soit parce que cela lui plaît à lui, parce que cela a un sens pour lui, et non pour aider.
    Je l'embrasse lorsque j'ai envie de le faire et non lorsqu'il me le demande. Si j'en ai envie lorsqu'il me le demande, je demeure fidèle à moi-même en répondant. Si je le fais pour lui éviter de vivre mon refus ou ma passivité comme un rejet, alors je suis en train de me mettre à son service et, par le fait-même, de nuire à sa démarche.
Qui es-tu-je ? Il faut bien reconnaître toutefois qu'il est facile d'avoir envie de répondre au besoin du protagoniste lorsque ce dernier est réellement en contact avec ce qu'il vit. Quand l'expression est vraie, quand il a osé se rendre vulnérable, l'interlocuteur est facilement touché, ému et même parfois très remué. Dans ce cas, l'ouverture du protagoniste suscite naturellement celle de l'interlocuteur et le contact s'avère nourrissant pour les deux.

Mais si l'approche du protagoniste ne le touche pas, quelle que soit la raison, il faut éviter de se renier, même légèrement, car cette concession aurait des conséquences négatives. Premièrement, parce qu'il est facile de percevoir le manque de saveur du contact forcé. Le protagoniste se retrouve alors nécessairement insatisfait, peut-être même en colère. Deuxièmement, parce qu'en se reniant pour répondre à son besoin, on laisse entendre que toute demande exige nécessairement une réponse. La vie nous enseigne au contraire qu'elle peut souvent nous frustrer, même lorsque nous croyons mériter mieux.

Enfin, le fait d'apprendre de la bouche même du protagoniste que la meilleure manière de collaborer à la résolution de son transfert est de demeurer rigoureusement fidèle à lui-même peut parfois légitimer l'interlocuteur dans ce choix. Cette déclaration ne le met pas à l'abri d'éventuelles pressions pour qu'il se renie : malgré cet avertissement il ne doit s'attendre à aucun support de la part du protagoniste "dans le feu de l'action". Au contraire ce dernier aura souvent recours à ses astuces préférées pour obtenir qu'on minimise ses risques. L'interlocuteur aurait alors avantage à dénoncer ces ruses.
    "Je sais que lorsque tu te mets au lit avant moi tu t'attends à ce que te rejoignes, mais jamais tu me le dis. Par contre, ta froideur irradie la chambre lorsque je n'obtempère pas à ta demande silencieuse. Elle s'étend à toute la maison le lendemains et je dois subir ton hostilité. Il t'arrive même de bouder durant plusieurs jours. Je ne suis pas débile! Je sais bien que tu me punis de n'avoir pas répondu à ton attente. Qu'à cela ne tienne! Je ne prendrai pas la responsabilité de deviner tes besoins et de t'épargner le risque de les prendre en charge. (Voir "L'hostilité" )

    Éviter d'aplanir les risques
Au début de son travail sur le transfert le protagoniste est habituellement aux prises avec deux difficultés importantes. (1) Accepter de se rendre vulnérable en exposant son besoin et (2) faire lui-même la démarche pour répondre à ce besoin (i.e. le prendre en charge). Il craint alors les risques qu'il courrait s'il posait les gestes nécessaires ou s'il exprimait clairement ce qu'il désire. Il compte alors sur son interlocuteur pour endosser son évitement. Voici un exemple.
    Françoise prend son courage à deux mains pour enfin exprimer à son mari son besoin de reconnaissance. Elle lui dit combien elle l'estime et à quel point son jugement sur ce qu'elle est et sur ce qu'elle fait est important pour elle. Elle lui demande de la féliciter et de souligner ses "bons coups" chaque fois qu'elle en aura besoin.

    Elle sera évidemment déçue car Rémi ne pourra pas répondre à son attente "chaque fois qu'elle en aura besoin". Ceci la mettra en rage et l'entraînera dans des querelles stériles.
En faisant cette demande, Françoise espère faire d'une pierre deux coup. Premièrement remettre à Rémi la responsabilité de sa satisfaction. Deuxièmement éviter de se sentir vulnérable aussi souvent que son besoin émerge.

Il est tentant pour un ami ou un amoureux qui veut son bien d'accepter ce mandat, particulièrement parce qu'il est conscient de lui épargner un inconfort important. S'il ne sait pas que cet inconfort doit nécessairement être vécu pour qu'elle sorte de l'impasse, il acceptera en toute bonne volonté, sans savoir qu'il lui enlève par le fait même une occasion de faire un pas de plus dans la résolution de son transfert.


    S'abstenir de réparer l'oeuvre des parents
Dotés d'une âme de sauveur, certains vont plus loin en se confiant eux-mêmes le mandat de réparer les erreurs des parents. Ils veulent réparer les blessures et combler les carences subies dans son enfance par le protagoniste. C'est un choix qu'ils paient souvent très cher!

Ils se sacrifient de bon coeur, oubliant leurs propres besoins et leur propre croissance jusqu'au moment où ils découvrent que leur abnégation n'a rien donné. Leur conjoint n'a rien réglé et n'est pas plus avancé. Si quelque chose a changé, c'est dans le sens d'une plus grande détérioration.
    Toute ma vie avec elle j'ai tenté de compenser pour son passé de petit être maltraité en l'aimant et en la choyant par tous les moyens. Elle a été non seulement au centre de ma vie, mais au centre de toute notre famille. Pourtant, plus souvent qu'autrement elle se montrait méchante à mon égard. Je le tolérais et taisais ma souffrance car je comprenais qu'elle déversait sur moi sa souffrance du passé. Avec le temps, elle est devenue de plus en plus égocentrique et exigeante. Je l'ai finalement quittée avec l'impression d'avoir sacrifié vainement vingt ans de mon existence. Quelle tristesse!

    3. Être informé chaque fois que le transfert est en jeu
On peut accélérer nettement le processus de résolution en révélant la présence de son transfert chaque fois lorsqu'il joue dans une interaction. Cette précaution permet à l'interlocuteur de faire la part des choses, c'est-à-dire de ne recevoir, dans ce qui lui est exprimé, que la part qui s'adresse véritablement à lui. Cela a son importance car la distinction est difficile à faire lorsque l'interlocuteur est lui-même en réaction transférentielle. (Nous y reviendrons plus loin.)

En outre, cette façon d'agir permet d'éviter la plupart des affrontements et des escalades qui ne sont pas vraiment liés à la réalité transférentielle vécue. Elle dissipe l'équivoque et désamorce dans l'oeuf bien des conflits impertinents.


    4. Disposer des capacités émotionnelles pertinentes
besoins entremêlésCertaines qualités personnelles de l'interlocuteur peuvent lui rendre l'existence plus facile, plus agréable et plus vivante pendant la démarche de résolution. Ce sont essentiellement des dispositions qui supportent la dimension la plus cruciale de son rôle, le fait de se respecter lui-même en contact avec l'autre. On pourrait donc dire que ces qualités contribuent à son "talent naturel" en tant qu'interlocuteur transférentiel.


    Oser se fier à son instinct
L'interlocuteur le moindrement en contact avec lui-même le perçoit rapidement lorsqu'il n'a rien à voir avec la réaction du protagoniste. En osant réagir comme tel il renvoie ce dernier à lui-même et le force en quelque sorte à l'introspection.

Se fier à son instinct lorsqu'on ne dispose pas suffisamment d'information sur une situation est une manière de demeurer fidèle à soi. C'est un choix qui est souvent difficile à faire car la pression du protagoniste va dans le sens contraire. La peur de briser le lien, la crainte du rejet et même parfois le simple désir d'avoir la paix peuvent le faire renoncer à prendre une position qui contrarierait le protagoniste.


    Accepter de frustrer l'autre pour se respecter
Il est impossible, dans une relation entre deux êtres distincts, que les deux soient constamment satisfaits des choix de l'autre. La frustration est nécessairement présente dans toute relation.

Certains trouvent difficile de vivre avec cette réalité; ils ont tendance à prendre l'autre en charge et à se considérer comme responsables de sa satisfaction. Lorsqu'un interlocuteur de ce genre fait un choix qui déplaît au protagoniste, il s'expose à la culpabilité. Il peut même avoir l'impression de le trahir. (Voir "La culpabilité" à ce sujet.)

Cette difficulté prend sa source dans un déni existentiel. La vie nous confronte à une réalité qu'on pourrait résumer ainsi: "chaque individu est profondément seul et, en conséquence, c'est à lui seul qu'incombe la responsabilité d'assumer sa vie et sa satisfaction". C'est cette solitude existentielle que tente de nier la personne qui se considère comme principale responsable de la satisfaction du protagoniste. (Pour plus de détails à ce sujet, voir "Implications existentielles" dans "L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne" ).


    Être relativement à l'aise dans l'intensité émotionnelle
Le transfert se dessine à partir d'un grand nombre d'expériences émotionnelles qui, dans le passé, n'ont pas été vécues à fond, ni exprimées complètement aux parents. La charge est grande, les émotions très intenses, les besoins souvent criants et les réactions à la satisfaction des besoins empreintes elles aussi d'émotions fortes.

L'interlocuteur capable de faire face à cette charge, celui qui consent à se laisser atteindre et à vivre ses propres émotions est celui qui bénéficie le plus du travail de résolution du protagoniste. Cette capacité lui permet de vivre avec l'autre des moments de grande intensité qui ne pourront que les rapprocher.

C- Le contre-transfert de l'interlocuteur

    1. Qu'est-ce qu'un contre transfert
Il y a toujours une composante transférentielle dans l'attrait qui poussent deux personnes à se lier intimement. En fait toute relation chargée d'émotion peut-être considérée comme transférentielle et elle l'est habituellement pour chacun des deux partenaires. (Voir "Résolution du transfert" dans "L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne" ).

À cause de l'importance que prend le transfert du protagoniste, celui de l'interlocuteur peut passer inaperçu durant un certain temps avant de faire surface, exacerbé par celui du protagoniste. Ce que nous appelons le contre-transfert, c'est la réaction transférentielle de l'interlocuteur au transfert du protagoniste. Un exemple permettra de concrétiser cette définition.
    Annie travaille à devenir plus autonome. Au lieu d'acquiescer automatiquement aux dires d'Antoine et d'adopter ses opinions, comme elle a toujours fait, elle discute, s'oppose, émet ses propres opinions. Le changement d'Annie irrite Antoine. L'effacement, la docilité et la malléabilité d'Annie font partie des traits qui l'avaient d'abord attiré. Ces mêmes qualités ont ensuite contribué à la conservation d'un certain équilibre dans la relation. Jusque-là, l'attitude de sa femme confortait à Antoine dans le rôle qu'il avait joué dans sa famille d'origine: celui d'idole de sa mère. Il jouissait auprès de cette dernière d'un statut particulier: celui de détenteur de la vérité. Et ce pouvoir surfait lui donnait l'impression d'être "quelqu'un".

    L'équilibre est maintenant rompu par la démarche de changement d'Annie. La perte de pouvoir sur elle ébranle son impression d'être "quelqu'un". Le travail de résolution du transfert d'Annie le menace donc au plus haut point.

    Pour se protéger il tente d'abord de dissuader Annie de poursuivre sa psychothérapie, dénigrant à la fois la formule et le psychothérapeute. Puis il se met à réagir violemment lorsqu'Annie affiche son désaccord ou lui adresse une critique. Comme ses colères ne réussissent pas à neutraliser Annie, il se met à la dénigrer, pour miner sa confiance en elle et obtenir ainsi qu'elle redevienne plus passive. Cette tactique a déjà été efficace dans leur relation, mais elle provoque maintenant d'intenses réactions chez Annie et elle engendre des querelles d'une ampleur jamais vécue entre eux. Ces disputes donnent lieu à de longues bouderies d'Antoine.
Lorsque ses réactions deviennent aussi intenses, l'interlocuteur se trouve devant un choix crucial : accepter de devenir conscient de ce que le changement de l'autre éveille en lui ou mettre tout en branle pour retrouver l'équilibre relativement confortable connu jusque-là. L'enjeu véritable de ce choix, c'est l'existence de la relation elle-même. Si la croissance du protagoniste ne stimule pas le désir de croissance de l'interlocuteur, c'est généralement le début de la mort de la relation. Que cette mort se concrétise par une séparation de fait ou une séparation de coeur où chacun mène sa vie sans contact réel avec l'autre, il s'agit d'une rupture.

À ma connaissance, les liens intimes durables s'expliquent par la capacité des partenaires à se laisser atteindre profondément et par leur ouverture à se remettre en question. C'est sur ces qualités qu'ils s'appuient pour que leur relation devienne un lieu où ils se stimulent mutuellement dans leur croissance personnelle.


    2. Comment reconnaître son contre-transfert
Qui écrit le scénario ?On reconnaît le contre-transfert aux mêmes indices qu'un transfert. Le plus évident est sans doute l'émergence d'une émotion d'une intensité disproportionnée par rapport à l'événement réel qui vient de survenir dans la relation. C'est le cas d'Antoine dans l'exemple qui précède: il réagit avec une violence excessive à l'opposition ou aux critiques d'Annie.

Un autre indice se présente à travers les attentes ou les demandes inappropriées dans le cadre d'une relation réelle. Dans l'exemple plus haut, Antoine s'attend à ce qu'Annie renonce à être une personne complète, faisant appel à son propre jugement, manifestant ses propres opinions, etc... Il lui demande de se renier pour préserver son illusion d'être "quelqu'un" telle qu'il l'a développée au contact de sa mère.

Un troisième signe: les réactions stéréotypées, c'est-à-dire des comportements figés qui réapparaissent de façon identique dans diverses situations analogues. Antoine rage toujours lorsqu'il est contredit. Il devient violent ou boude. Ses réactions sont tout à fait prévisibles.

Enfin, la présence du contre-transfert peut être décelée à partir de la réaction automatique et "compulsive" qu'il engendre. Ce mode de réaction sert à éviter de ressentir et, par le fait même, rend impossible un contact réel. Par exemple:
    Luce fuit systématiquement tout homme qui lui plaît et qui s'intéresse à elle. Elle s'empresse de lui trouver des défauts qui la justifient de s'esquiver.
L'empressement de fuir est son moyen pour éviter d'éprouver les émotions que suscite son intérêt pour ces hommes. Parce qu'elle reste ainsi inconsciente de son vécu, elle ne peut établir un contact réel, fondé sur ce qu'elle vit vraiment. Luce répète systématiquement ce comportement depuis des années; à un point tel que ses amies la taquinent volontiers à ce sujet. Elle ne pourra changer ce mode de réaction stéréotypé que lorsqu'elle sera prête à se pencher sur ce qu'elle vit réellement dans ces situations et à éprouver les émotions qu'elle fuit maintenant.

Conclusion

Il est facile d'agir comme interlocuteur avec une personne en transfert avec soi. Au fond, il suffit de rester vraiment fidèle à soi-même et évitant les compromis auxquels on nous invite avec insistance. Mais cela demande un certain investissement.

Cet investissement en vaut vraiment la peine si on désire améliorer la qualité de la relation en troquant des comportements stéréotypés pour du contact réel. Lorsqu'on relève ce défi, l'interlocuteur comme le protagoniste en tirent un profit inestimable : celui d'une vraie relation entre deux êtres distincts qui se respectent.


      Michelle Larivey, psychologue
      Ressources en Développement


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