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La phobie démystifiée

par Michelle Larivey , psychologue

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Question: Mon problème réel, c’est ma peur de vomir!

    Je suis continuellement hantée par la possibilité de vomir, chaque jour, chaque seconde. Je ne peux plus vivre avec cette peur. Parfois je tombe dans un état de panique à l’idée que cela pourrait m’arriver. Cela m’a amenée à arrêter l’école. J’ai vu plusieurs psychologues qui m’ont dit que mon problème réel concernait ma relation avec ma famille. Mais ils se trompent; le vrai problème c’est cette phobie perpétuelle. Comment trouver un bon psychologue?


Réponse

Je comprends facilement que l'angoisse dans quelle une personne vit continuellement lui apparaisse comme son problème réel. On pourrait comparer cette situation à celle de quelqu'un qui souffre d'un affreux mal de dent. Il dira que son problème c'est cette douleur insupportable et on comprend que son désir le plus cher soit de se débarrasser de sa souffrance.

Supposons que, pour répondre à sa demande pressante, le dentiste lui prescrive des analgésiques comme seul moyen de régler son problème, et cela sans même établir un diagnostic. Quelles suites pouvons-nous prévoir?

D'abord, il faudra probablement augmenter régulièrement la force du médicament, car le "problème sous-jacent" à la douleur continuera de s'aggraver. Et par la suite, lorsque son malaise aura diminué ou disparu, cette personne se retrouvera avec un trouble méconnu qui a pris de l'ampleur à son insu. En effet, sans la douleur pour lui signaler la présence d'une carie ou d'une infection, elle négligera évidemment de s'en occuper. En conséquence, le problème continuera d'exister et sa situation, de se détériorer.

Il en est de même pour ces peurs qui ont une apparence «irrationnelle» et qui nous empoisonnent la vie. Si nous les considérons superficiellement, nous n'y trouvons pas de sens et nous concluons qu'il faut à tout prix nous en débarrasser pour retrouver la quiétude. Certains de professionnels de la santé soignent l'angoisse, la panique et les phobies dans cette perspective.

Ce n'est pas une solution satisfaisante à mes yeux et pour les professionnels qui ont une vision humaniste ou psychanalytique de ces problématiques. Nous dirons, comme les psychologues déjà consultés l'ont affirmé, que l'angoisse et la peur constante de vomir sont un «signal d'alarme». En d'autres mots, ce sont des réactions qui servent à attirer l'attention sur quelque chose qui ne va pas dans notre vie (autre chose que le symptôme lui-même, même s'il est très inconfortable).

Mais la plupart des gens qui sont aux prises avec ce genre de symptômes ont tendance à focaliser leur attention sur ce qui les dérange au premier niveau, c'est à dire sur leur symptôme (ici, la peur de vomir). Ils ont aussi tendance à être obsédés par ce symptôme au lieu de le considérer comme un signe.

Le professionnel qui comprend le mécanisme de l'angoisse et des phobies invite son client à porter son attention sur autre chose: sur ce qui ne va pas, par ailleurs, dans sa vie. Dans l'exemple qui nous occupe ici, les psychologues ont apparemment repéré un problème de relation avec la famille. Ils ont peut-être ainsi identifié l'origine du symptôme. Par exemple, la peur de vomir pourrait signaler que cette personne cherche à tolérer une situation insoutenable.

Il n'est pas nécessaire (et généralement pas possible) d'accepter d'emblée les conclusions du psychologue. En effet, n'étant pas dans la peau du client, il lui est difficile de cerner très précisément le problème vécu subjectivement par ce dernier. S'il a cru détecter un problème particulier (à partir de ce qui lui a été présenté en entrevue), il est bien possible qu'il vise juste. Mais il peut aussi se tromper. L'essentiel ici n'est pas qu'il identifie lui-même le problème exact, mais plutôt qu'il amène son client à se détourner du symptôme pour en rechercher la cause réelle.

Il est important de suivre cette directive du psychothérapeute. Lorsque nous développons des symptômes aussi envahissants, c'est toujours parce que nous avons trop longtemps nié ou banalisé un problème réel et important. C'est en effet ce que nous avons naturellement tendance à faire lorsque le problème nous semble trop difficile ou impossible à résoudre. Mais cette méthode conduit directement dans une impasse où le problème ne peut que s'aggraver.

Si nous choisissons de nous attaquer au problème réel plutôt que de le dissimuler par l'anesthésie, il faut d'abord chercher à identifier ce qui ne va pas (dans la zone de vie identifiée par le thérapeute et dans les autres zones). La plupart des personnes que j'ai rencontrées en psychothérapie pour régler des problèmes de phobies subissaient une situation intolérable. C'est en trouvant une solution à cette situation indésirable qu'elles parvenaient à faire disparaître leur «peur irrationnelle».

Une fois qu'on a identifié le problème sous-jacent à l'angoisse, un psychothérapeute peut nous aider à le régler. Cette aide thérapeutique s'avère souvent indispensable lorsqu'on a évité une question au point de développer une phobie envahissante. Un des rôles les plus importants que joue alors le thérapeute, c'est de ramener notre attention au problème réel lorsque nous avons tendance à nous concentrer encore sur le symptôme (jusqu'à ce que nous prenions l'habitude de le faire de nous-même).











 
Question: Distinction panique vs agoraphobie

    J’aimerais savoir en quoi consistent les troubles panique et comment les distinguer de l’agoraphobie. Comment faut-il agir avec l’un et l’autre pour les aider à guérir.


Réponse

La personne qui explore notre site peut facilement le constater: nous n'écrivons pas sur les maladies mentales et autres troubles de la personnalité qui sont définis dans le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) ou ailleurs. Ce n’est pas un oubli: nous avons plusieurs bonnes raisons de ne pas vouloir le faire et il nous semblerait irresponsable d’agir autrement. Voici en bref les principales raisons...

  • Ces termes, tels qu'ils sont utilisés actuellement, ne sont que descriptifs et n’ont aucune valeur explicative. Ils appliquent un nom à un groupe de symptômes sans fournir quelque information que ce soit sur les causes ou les origines de ces symptômes ou de ces troubles.

  • Ces termes n'apportent rien à la compréhension de ce qui se passe intérieurement chez la personne diagnostiquée. Ils ne touchent que son comportement visible de l’extérieur.

  • Ces termes sont trompeurs car ils semblent plus faciles à appliquer qu'ils ne le sont en réalité. Ils sont très souvent mal utilisés par des personnes n'ayant pas la formation pour en comprendre la portée et les implications. Même certains professionnels de la santé qui ne sons pas spécialistes en santé mentale font régulièrement des erreurs grossières dans l’application de ces termes.

  • Ces termes ont été créés pour l'usage des professionnels du domaine. Ceux qui ont les connaissances nécessaires pour s'en servir adéquatement n'ont pas besoin de nos articles pour savoir de quoi il s’agit. Selon nous, les autres feraient mieux de ne pas essayer de s'en servir.
Nous comprenons les motifs qui amènent plusieurs personnes à vouloir en savoir davantage sur une maladie particulière. Les plus fréquents sont le besoin de comprendre ce qui se passe, la recherche d’une solution appropriée, la recherche d’une façon de s’adapter à la maladie d’un proche et le désir de savoir s’il y a un espoir de guérison. Il y a aussi parfois des motifs moins avouables comme la recherche d’arguments et d’armes pour blesser quelqu’un ou le projet de simuler un trouble. Il s’agit très rarement d’une simple curiosité gratuite...

Comme ces termes cliniques ne contiennent aucune information sur les causes ou les solutions, ils ne peuvent généralement servir à ceux qui cherchent à les connaître. Au contraire, en apposant une étiquette pour désigner un style de problème, ils ont tendance à prendre une signification bien plus large et plus figée que celle qu’ils ont vraiment: ils définissent la personne et ses capacités.

Bien sûr, les professionnels pour lesquels ces termes sont des outils de travail en comprennent bien les limites et ne tombent pas dans ce piège. Mais c’est parce qu’ils ont toutes les autres connaissances nécessaires à une compréhension d’ensemble. C’est aussi parce que leur entraînement clinique leur a enseigné les limites de cette classification.

Même dans le plus long des articles de La lettre du Psy, il serait impossible d’en dire assez pour permettre de faire les nuances nécessaires. Les explications seraient donc, selon nous, parfaitement inutiles et probablement nuisibles. Les certitudes qu’une personne pourrait en tirer ne seraient qu’illusoires.

Un professionnel qui connaît bien les personnes impliquées peut sans doute donner des conseils appropriés, au moins superficiellement. Mais c’est avant tout grâce à son habileté clinique et à la capacité d’en discuter avec l’autre qu’il est en mesure de se prononcer ainsi. Il serait bien incapable de donner des conseils judicieux sur une base générale, sans savoir à qui il s’adresse exactement.

Dans la plupart des cas, un professionnel répondrait aussi qu’une personne trop directement concernée et personnellement impliquée est mal placée pour être vraiment utile. Tout comme le médecin ne se soigne pas lui-même et comme l’avocat ne se défend pas lui-même, le psychologue se considère inapte à traiter ses proches ou lui-même.

Mais si on veut vraiment en savoir plus sur les catégories diagnostiques du DSM, il est facile de trouver ailleurs que sur notre site une documentation abondante. Apparemment, plusieurs professionnels ne voient pas les choses de la même façon que nous et considèrent le fait de copier des sections de leurs livres de référence comme une contribution valable..



Question: Phobie et maladie mentale

    Vous écrivez: "La phobie, quand elle n'est pas un des nombreux symptômes d'une maladie mentale grave, n'est pas un problème sévère en soi." Comment savoir s'il s'agit d'un symptôme de maladie mentale grave ou d'une simple phobie? Faut-il agir différemment sur la phobie dans ces deux situations?


Réponse

Quand on parle de phobie, il s'agit habituellement d'une phobie simple qui peut être considérée comme je le fais dans l'article. Les méthodes que je propose sont alors applicables et la personne est capable de constater si elles lui sont utiles ou non.

Mais on rencontre souvent, dans certaines maladies mentales graves, des peurs irrationnelles qui ressemblent à des phobies. Ces réactions "phobiques" font alors partie d'un ensemble: elles ne font que compléter un désordre plutôt généralisé et s'y insèrent comme une conséquence. par exemple, une personne qui est convaincue que tout le monde complote contre elle peut développer une peur excessive du téléphone ou des micros à l'intérieur de sa peur du complot. C'est comme un complément nécessaire.

Typiquement, la personne qui souffre d'une vraie phobie est consciente du fait que sa peur est inappropriée, excessive, irrationnelle. Habituellement, ceci n'a aucun effet réel sur l'intensité de sa peur, mais elle comprend qu'il s'agit d'une phobie.

Si la personne est convaincue du bien-fondé de sa phobie, certaine que le danger est réel, alors que son entourage est certain du contraire, il faut se poser des questions. L'aide d'un professionnel est alors nécessaire pour évaluer la place de la phobie dans le fonctionnement d'ensemble de la personne.

En cas de doute, il est toujours possible de consulter un spécialiste du psychisme pour en avoir le coeur net. Les phobies sont des signaux importants et il est toujours utile de s'interroger sur la nature des problèmes qu'elles rappellent à notre attention.



Question: Phobie vs panique

    Vous parlez de phobie et de panique sans préciser la différence entre les deux. S'agit-il de deux réactions semblables ou équivalentes? Est-ce qu'on peut les utiliser de la même façon?


Réponse

Il est possible de faire des crises de panique sans avoir de phobie. par contre, la personne qui souffre de phobie a des attaques de panique lorsqu'elle est en contact avec l'objet de sa phobie.

On comprend mieux les différents symptômes que sont l'angoisse, la panique et la phobie si on les met en relation les uns avec les autres. Au début, il y a l'angoisse. Elle sert à nous informer qu'il y a un problème auquel nous ne portons pas attention. (Voir: "L'anxiété et l'angoisse, les Vigiles de l'équilibre mental") L'angoisse peut être plus ou moins intense. Elle est accompagnée de manifestations physiques elle aussi, plus ou moins intenses: serrement au plexus, palpitation, malaise...

La crise de panique est une crise d'angoisse très intense. Comme cette dernière, elle survient brusquement, sans raison extérieure ap parente. On a l'impression d'être foudroyé de l'intérieur (Voir le poème "Chavirement"). Différentes manifestations physiques, typiques de l'angoisse, accompagnent cet épisode de panique: malaise, sueurs, palpitations, serrements au plexus, impression de perdre le contrôle... Il n'est pas rare d'obtenir un diagnostic médical de malaise cardiaque lorsqu'on consulte dans cet état.

La crise de panique est l'angoisse qui se manifeste plus fort. La fonction de la panique est donc la même que celle de l'angoisse: avertir qu'on néglige de régler des problèmes importants de notre vie.

Quant à la phobie, elle survient souvent à la suite des "attaques" de panique. Voilà comment cela se passe. La crise de panique est survenue plusieurs fois à des endroits "inappropriés". Elle nous a mis dans l'embarras plus d'une fois. On se met donc à craindre de se trouver aux endroits où les crises se sont produites de peur de subir une autre crise. Typiquement, en tant que personne angoissée on n'est pas porté à jeter un regard approfondi sur ce que l'on vit. Il n'est pas surprenant qu'on en vienne à penser que c'est "ce lieu" qui déclenche notre panique et non pas un élément intérieur. On commence alors à devenir phobique de ce lieu et de ceux qui lui ressemblent, car on craint qu'ils provoquent une crise de panique.

En résumé,

  1. L'organisme commence par envoyer des signaux à travers l'angoisse. On fait fi de l'angoisse.
  2. L'organisme envoie alors un signal plus fort: des crises de panique répétées. On cherche à éliminer ce symptôme.
  3. On associe ce symptôme à des lieux qui sont maintenant considérés comme des endroits " à haut risque de panique". On tourne le regard sur un danger extérieur alors que le problème est intérieur. Encore une fois, le message de l'organisme n'est pas reçu!



Question: La symbolique des phobies

    Je trouve intéressante l'idée que la phobie elle-même traduit toujours symboliquement le problème qui en est l'origine. Je me demande comment procéder pour interpréter les phobies à partir de cette symbolique. Avez-vous un répertoire de symboles qui pourrait aider à trouver plus rapidement?


Réponse

Attention! Il ne faut pas croire qu'en décodant le symbole on puisse accélérer la résolution du problème. Premièrement parce que le décodage est impossible et deuxièmement parce que la solution ne dépend pas surtout de ce décodage. Voyons sé parément chacune de ces deux raisons.

Interpréter la symbolique d'une phobie, c'est comme interpréter les symboles des rêves. On peut toujours essayer de faire des systèmes de décodage, mais il s'agit d'un effort voué à l'échec car chaque personne crée en très grande partie son répertoire de symboles. Même les symboles plus universels sont utilisés par chacun d'une façon personnelle. La correspondance symbole- signification est donc très incertaine.

par ailleurs, ce n'est pas pour rien qu'une personne développe une phobie: c'est parce qu'elle ne parvient pas à faire face à un problème important de sa vie. Il ne suffit pas de nommer le problème pour que cette personne soit plus apte à le résoudre. Il faut aussi qu'elle fasse le choix de s'en occuper, qu'elle trouve les bases de sécurité nécessaires pour prendre le risque de s'y confronter, qu'elle trouve le courage de persévérer dans sa recherche d'une solution véritable, etc.

Ceci étant dit, on peut quand même se servir de la symbolique pour tenter de cerner le problème. En identifiant l'effet que nous fait le lieu dont on a la phobie, d'abord et en s'interrogeant ensuite sur les endroits et les personnes de notre vie avec lesquels on vit la même chose, il est possible d'avoir une approximation du problème. Une certaine dame qui étouffait dans les endroits publics étouffait aussi avec son mari. Un homme qui se sentait coincée dans les pièces exiguës se sentait aussi pris entre les exigences de son ex-femme et celles de sa nouvelle.



Question: La cause des différentes phobies

    Pouvez-vous expliquer à quoi sont dues la claustrophobie et la peur des plumes?


Réponse

Il existe plusieurs types de phobies: peur de l’avion, peur des hauteurs, peur d’être pris dans un lieu clos comme un ascenseur ou une pièce exigüe, peur d’un animal (chien, serpent, etc.), peur d’un insecte (araignée, fourmi, etc.), etc. Il existe même des phobies reliées à des objets comme la peur des plumes dont vous parlez.

Ces phobies ont toutes la même caractéristique: il s’agit d’un symptôme signalant qu’il y a un problème dans un secteur de notre vie. Même s’il y a des phobies qui sont plus encombrantes que d’autres, l’objet de la phobie (avion, chien, plume) n’est pas important en soi. Ce qu’il faut considérer c’est qu’il s’agit d’un cri d’alarme de notre psychisme, une alarme signalant l’existence d’un problème important.

Ceci est tellement vrai qu’il arrive souvent qu’une phobie qu’on a éliminée artificiellement, fait place à une nouvelle phobie ou à un autre type de symptôme. C’est pour cela qu’il n’est pas utile de tenter d’interpréter le sens d’une phobie à partir de l’objet sur lequel elle porte. C’est le message que nous envoie le psychisme qu’il faut chercher à comprendre.

Par exemple une personne aérophobe entreprend de se “désensibiliser” de sa peur de l’avion. Le processus de désensibilisation consiste (1) à recevoir de l’information devant faire diminuer la peur, (2) à s’exposer à la situation pour s’y familiariser (3) et à acquérir des techniques de relaxation permettant de contrer l’émergence de la panique. La technique de désensibilisation ne s’adresse aucunement aux causes de la phobie, soit le problème non résolu. Elle vise uniquement à faire disparaître le symptôme qu’est la phobie.

Le psychisme n’est pas dupe d’une telle procédure. Généralement, la désensibilisation n’entraîne pas une résorption complète de la phobie. Aussi, lorsque la personne se trouve en situation, doit-elle constamment se raisonner et avoir recours à ses exercices de relaxation. Dans le cas où la désensibilisation a enrayé la phobie, le psychisme achemine son message par le truchement d’un autre symptôme. Celui-ci est souvent une autre phobie, mais il peut prendre une forme différente (angoisse, problème physique, etc.).


Question: Pourquoi certains ont des phobies?

    Les personnes phobiques ne sont pas les seules à négliger des aspects de leur vie et à laisser des problèmes en plan. Pourquoi la phobie s’attaque-t-elle à elle à elles mais pas aux autres?


Réponse

Le psychisme envoie toujours des messages pour signaler la présence de problèmes négligés ou occultés. Il y a une gradation dans l’intensité des messages qui va du simple inconfort à la maladie physique ou mentale. Jean Garneau a expliqué d’une manière éloquente, dans l‘article “À quoi servent les émotions”, combien le fait de négliger des sujets qui ont de l’importance pour nous entraîne une descente aux enfers. On trouvera aussi des explications sur les conséquences de “faire l’autruche” ou de négliger de régler ses problèmes dans l’article intitulé “L’anxiété et l’angoisse: les vigiles de l’équilibre mental”.

La phobie représente une étape dans cette descente aux enfers. Elle survient après que d’autres avertissements ont été donnés par le psychisme: grands malaises, persistance de sentiments dépressifs, crises de panique, par exemple.

Mais il est vrai que les personnes qui font sourde oreille aux signaux d’alarme de leur psychisme n’en viennent pas nécessairement à faire des crises de panique et à développer une phobie. Qu’est-ce qui explique la différence ?

C’est tout simplement que leur psychisme envoie ses messages d’une autre façon. Après avoir reçu, comme les phobiques, plusieurs signaux qu’elles ont négligé de décoder, d’autres personnes développent des problèmes physiques. Habituellement, le problème apparaît à un endroit du corps qui présente une faiblesse.

S’agit-il d’une faiblesse congénitale où cette partie de corps a-t-elle été trop sollicitée par la personne pour “se couper” de ce qui la dérange émotionnellement, c’est difficile à dire. Ce que vivent certaines personnes qui deviennent sensibles à leur manière de se tendre et aux muscles qu’elles ont tendance à contracter, laisse croire toutefois que cette partie du corps devient malade par “usure”. On peut penser qu’un organe ou une région corporelle se dégrade à force d’être sollicité pour d’arrêter ou contrôler les émotions qu’on ne veut pas considérer.

N’étant pas réceptives aux messages de leurs émotions d’autres personnes sont en quelque sorte “attaquées” psychiquement. Elle font un “burnout”, sombrent dans la dépression, développent des symptômes obsessionnels qui leur empoisonnent la vie, etc.

La phobie n’est donc qu’un des signaux plus intenses dont le psychisme de certaines personnes se sert pour attirer l’attention sur ce qui ne va pas. Chez d’autres l’organisme a recours à des signaux de détresse différents lorsque le contact avec les émotions est coupé ou lorsque les messages des émotions ne sont pas pris en compte.


Question: Indulgence ou confrontation de la phobie?


    Comment les parents peuvent-ils aider un fils qui souffre de phobie sociale ou claustrophobie. Faut-il entrer dans son jeu, dans sa stratégie d'évitement?

    Faut-il, par exemple, lui payer un studio seul pour lui éviter d'avoir à partager cuisine et salle de bains avec d'autres parce que cela lui provoque des angoisses? Faut-il inventer avec lui des mensonges pour excuser son absence à telle ou telle situation qui l'angoisse, etc..? Ou faut-il, au contraire, s'y opposer pour essayer de l'encourager à la surmonter?

    Ceci, bien entendu, en attendant qu'un travail psychologique adéquat ait porté ses fruits et amélioré sa vie sociale. Nous sommes désemparés...


Réponse

Si l’enfant ou l’adolescent est déjà suivi en psychothérapie, il serait important de consulter son psychothérapeute pour savoir quelle attitude prendre devant ses réactions phobiques. Il y a essentiellement deux approches pour tenter de résoudre les phobies. Les méthodes utilisées dans les approches du courant behavioriste (comportementaliste) consistent à désensibiliser et à contrôler ces réactions émotives. Dans les approches des courants humaniste et psychanalytique, on mise plutôt sur la résolution du problème qui se trouve à la source de la phobie afin de la faire disparaître.

Selon mon expérience, comme je l’explique dans , il n’est pas utile de tenter de “surmonter” la phobie. C’est vrai dans la mesure où surmonter signifie faire face à ce qui nous angoisse en nous répétant qu’il n’y a rien d’angoissant dans la situation ou que c’est là une peur irrationnelle. Ce n’est pas utile, car il se passe réellement quelque choses dans la situation. Sauf que, contrairement à ce que croit la personne, le problème est dans sa vie et non dans la foule, le lieu public, l’endroit clos, etc...

Il est plus utile d’appliquer notre énergie à cerner le problème qu’on évite de résoudre que de la consacrer à contrôler ce que l’on vit dans la situation de phobie. Celle-ci devient ainsi une occasion de se rendre réceptif à soi pour identifier ce qui ne va pas. La psychothérapie est alors consacrée à faire face à ce qui nous pose problème dans notre vie et à régler ces problèmes. Ce faisant, la phobie disparaîtra naturellement.

Dans cette perspective, bien sûr, il n’est pas opportun d’encourager l’évitement de ce qui permettrait d’identifier le problème sous-jacent. Toutefois, si on force l’enfant ou l’adolescent à faire face à la réalité de sa vie qui lui pose problème, sans lui fournir le support nécessaire pour qu’il la confronte efficacement, il est possible qu’il se rigidifie davantage plutôt que de s’ouvrir à lui-même. Les personnes aux prises avec des phobies ont peur du contact avec elles-mêmes et elles sont souvent mal équipées pour établir ce contact. Il y a donc un travail préliminaire à faire dans ce sens en psychothérapie.




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