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La phobie démystifiée
par Michelle Larivey, psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 2, No 11: Novembre 1998



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Nouvelle version (2002) de cet article disponible dans

L'enfer de la fuite
comment en revenir plus fort

par Jean Garneau et Michelle Larivey

ISBN 2-921693-57-7    ReD éditeur       272 pages    29,95$



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Résumé de l'article

La phobie est un mal qui empoisonne la vie de plusieurs. Voici un point de vue humaniste sur les phobies. À l'ère du traitement par le contrôle et la médication, la psychologue Michelle Larivey propose une démarche qui permet de comprendre l'origine de ce symptôme et de s'attaquer au vrai problème pour "résoudre" la phobie.


Table des matières
    A. Introduction: un mal qui répand la terreur
    B. Qu'est-ce qu'une phobie
    1. Manifestations
    2. Exemples de phobies
    3. Réactions typiques
    C. Le secret des phobies
    1. La fonction psychique de la phobie
    2. Une symbolique souvent très forte
    3. Naissance et évolution d'une phobie
    D. Comment traiter sa phobie
    1. La méthode du contrôle
    2. Tourner le regard vers l'intérieur
    3. S'attaquer au problème sous-jacent
    E. Conclusion: l'aide professionnelle

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A. Introduction: un mal qui répand la terreur


Un grand nombre de personnes sont atteintes par ce mal qui empoisonne leur vie et celle de leur entourage. Aux États-Unis seulement, on évalue à plus de 13 millions le nombre de personnes qui consultent pour des problèmes de panique et de phobie. 1 personne sur 10 souffrirait de phobie.

Souvent, la personne nage dans le mystère le plus complet. Elle s'est trouvée un jour aux prises avec ce handicap venu de nulle part et depuis, il n'a fait que croître sans qu'elle puisse expliquer pourquoi. parfois même, après plusieurs années de psychothérapie, elle se retrouve à peu près au même point: elle ne connaît pas davantage l'origine de son problème mais elle dispose de quelques techniques pour contrôler ses réactions. Elle est tout de même condamnée à demeurer sur le qui-vive et à prendre toutes sortes de précautions pour éviter les tentacules de sa phobie.

D'autres n'ont jamais consulté. Ils tentent de se débrouiller seuls avec cette menace envahissante qui les force à mettre sous clé tout un pan de leur existence. Leur vie va en se rétrécissant, car ils n'ont d'autre solution, devant les attaques possibles, que de reculer et d'éviter le contact avec "le monstre". Certes, ils disposent parfois d'autres moyens: les médicaments qui agissent sur leur angoisse ou encore une solution bien connue mais dévastatrice, l'alcool.

La phobie, quand elle n'est pas un des nombreux symptômes d'une maladie mentale grave, n'est pas un problème sévère en soi. Elle n'est en fait que le symptôme d'un problème sous-jacent. Le but de cet article est de donner, aux personnes qui sont accablées par ce symptôme ainsi qu'à leurs proches, les moyens de comprendre la nature de la phobie et le mécanisme par lequel elle se développe. Il vise également à les informer du fait qu'il est possible de se débarrasser définitivement de sa phobie si on agit sur le vrai problème.


B. Qu'est-ce qu'une phobie


Il s'agit d'une peur exagérée; elle est si intense qu'elle déclenche parfois une crise de panique lorsqu'on se trouve en présence de l'objet de sa phobie. On a beau savoir que la peur n'est pas fondée, cela ne réduit en rien la réaction. Dans certains cas, l'image de l'objet suffit à déclencher la panique (l'image d'un insecte, d'une seringue, d'un chat, par exemple).

parmi les phobies les plus courantes on trouve l'agoraphobie (peur des foules et des lieux publics), la claustrophobie (peur de l'ascenseur, des pièces exiguës, du trafic dense) et l'aérophobie (peur de l'avion). Les objets de phobies sont illimités: guerre nucléaire, microbes, moustiques qui piquent, araignées, ponts, tunnels, etc.

Peu importe ce qui nous fait peur, il s'agit d'une expérience extrêmement pénible. Ceux qui y sont confrontés chaque jour vivent une sorte d'enfer émotionnel. La plu part s'emprisonnent dans leur secret: conscients de l'absurdité de leur crainte, ils la dissimulent de peur d'être taxés de faiblesse ou de maladie mentale.


1- Manifestations

La phobie peut déclencher toutes sortes de réactions physiologiques ou psychiques: malaise, peur de s'évanouir, impression de suffoquer, hyperventilation, palpitations, confusion, fatigue, faiblesse, étourdissement, tension musculaire, sueurs, peur de devenir fou... Quels que soient les malaises qu'on éprouve, ils ont comme caractéristique commune de provoquer l'affolement.


2- Exemples de phobies

Mathilde a de plus en plus de difficulté à sortir sur la rue. Dès qu'elle déambule sur le trottoir, elle perd l'équilibre. Le monde extérieur la terrorise. Elle ne craint pas d'y être agressée; elle a peur de tomber et de se blesser.

Le bureau d'Hector est au 36e étage. Chaque matin il gravit 828 marches. Il lui arrive d'être embarrassé lorsqu'il rencontre un client qui sort de l'ascenseur, frais et dispos, alors qu'il est encore tout essoufflé de son escalade forcée. Mais il a la phobie des ascenseurs, particulièrement aux heures de pointe, lorsqu'ils sont bondés. Il vit la même angoisse dans les chambres d'hôtel et même dès qu'il s'éloigne de son domicile. par malheur, son emploi l'appelle à beaucoup voyager. Jusqu'à ce jour, il n'a pas trouvé de meilleure solution que les cachets qui suppriment l'anxiété.

Dorothée est une femme d'affaires qui réussit à merveille. À quarante ans elle est plusieurs fois millionnaire. Toutefois, sa vie se résume à travailler. Elle pourrait s'offrir les plus beaux voyages au monde, mais ses déplacements se limitent au trajet qu'elle effectue depuis son luxueux condominium jusqu'à son bureau (à pied!). Sa phobie des endroits publics lui a fait éliminer de sa vie l'avion et la voiture (elle pourrait y paniquer). Elle fuit toute relation sociale qui se passe ailleurs que dans son propre salon.

Jules est un criminaliste bien connu, mais il est incapable de conduire sa voiture. Il a une peur panique de traverser les ponts car, chaque fois, il y est pris d'un vertige qui lui fait perdre le nord.

Martin est incapable d'approcher un chat. Il ne peut même pas voir la photo d'un chat sans éprouver un intense malaise.

Amélie s'évanouit à la seule vue d'une seringue. Elle est ainsi depuis qu'elle est toute petite fille, mais n'a aucun souvenir d'un traumatisme. Elle se souvient seulement que sa mère avait la même phobie qu'elle.


3- Réactions typiques

La phobie s'installe comme une intruse. Elle suscite un énorme inconfort et beaucoup d'embarras. La première réaction c'est l'inquiétude de ne pas comprendre ce qui se passe. On éprouve aussi une certaine gêne: on ne veut pas être vu dans un tel état de panique qu'on est incapable d'expliquer.

Pour éviter les inconvénients on commence d'abord par cesser de fréquenter l'endroit où se manifeste cette réaction. On s'organise pour n'avoir aucun contact avec ce qui déclenche cette réaction incongrue. On évite les lieux et les situations qui nous menacent et on s'adapte à ses peurs déraisonnables.

Mais l'évitement n'est pas toujours possible; on a même l'impression que certaines phobies nous harcellent. Comment en effet éviter les ascenseurs quand on travaille dans une grande cité? Comment se soustraire aux foules quand on vit en ville? Comment faire pour n'avoir jamais à sortir sur la rue? Comment éviter les voyages quand on est associé dans une société internationale?

Lorsque l'évitement est impossible, on cherche à déjouer sa phobie: prendre l'escalier, parcourir le chemin à pied, se faire conduire, confier à d'autres les voyages, se faire accompagner... On essaie de prendre du contrôle sur la situation. On consomme des drogues qui éliminent l'angoisse, on prend un verre pour atténuer nos réactions. Beaucoup de personnes phobiques trouvent d'ailleurs dans l'alcool, la détente qu'elles ne trouvent nulle par ailleurs. Il n'est pas rare qu'elles aboutissent à l'alcoolisme.

Pour contrôler la situation, on choisit souvent de mobiliser son entourage. La personne phobique peut devenir aussi lourde pour les siens que si elle était confinée à une chaise roulante. La phobie est un calvaire pour celui qui en souffre; elle en devient rapidement un pour son entourage. Pourquoi en arrive-t-on à multiplier autant les évitements, les privations et les accommodations? C'est parce qu'on considère la phobie comme une maladie incurable!


C. Le secret des phobies


La phobie n'est pas une maladie, c'est un simple symptôme. Notre organisme nous informe sur nos besoins, par le truchement des émotions. ( Voir: À quoi servent les émotions ?). Lorsque nous sommes fermés à nos émotions, l'organisme trouve d'autres manières d'attirer notre attention. L'angoisse est une de ces façons: elle indique qu'on repousse une question importante ( Voir: Anxiété et angoisse: Les Vigiles de l'équilibre mental ). Quand l'angoisse n'atteint pas son but en tant que signal d'alarme, l'organisme doit insister.


1- La fonction psychique de la phobie

La phobie est un cri de l'organisme: un cri d'alarme. Les êtres vivants, l'humain compris, sont menés par une force de vie qui les pousse à demeurer sains. Au plan physique, le système immunitaire est un exemple de cette force vitale; les cellules qui le constituent se chargent de protéger le corps contre les virus qui attaqueraient sa santé. Le système immunitaire fait partie du système d'auto- régulation non-volontaire de l'organisme. Même si on pense qu'il peut être influencé par nos attitudes, il est impossible de le diriger volontairement.

Les émotions participent elles aussi à l'auto-régulation de l'organisme en tant que système d'information sur nos besoins (Voir: Les genres d'émotions). Si nous n'avons pas de contrôle volontaire sur ce que fait notre système immunitaire avec l'information qui y circule, nous en avons énormément sur notre système émotionnel. Nous en avons au point d'avoir des moyens de nous soustraire complètement à l'information qu'il nous fournit à travers les émotions. Nous en avons aussi dans le décodage des émotions et nous en avons au sujet des actions à poser une fois cette information connue.

Il y a des conséquences à ne pas tenir compte de nos besoins physiques et nous trouvons normal qu'il en soit ainsi. par exemple, on reconnaît que manque de fer entraîne des symptômes de fatigue. On accepte également qu'un symptôme plus grave, l'anémie, ap paraîtra si on ignore la fatigue et si on persiste à ne pas répondre au besoin.

Il y a également des conséquences à ne pas tenir compte de nos besoins psychiques. Si on les néglige, des émotions d'insatisfaction émergent rapidement. Si on refuse de ressentir ces dernières et de les utiliser pour s'informer, il nous sera impossible de répondre adéquatement au besoin en souffrance. Un symptôme prendra alors forme, signalant le besoin négligé. Si on ne parvient pas à décoder ce symptôme, un autre surgira, plus envahissant encore, et ainsi de suite. La phobie est un symptôme plus fort, survenu parce que les précédents n'ont pas été pris en considération. Des crises de panique ont en effet souvent précédé l'ap parition de la phobie. Au paravant, avant de prendre la forme aiguë de crises de panique, l'angoisse s'est manifestée comme signal plus discret. S'il a recours à la phobie, c'est que l'organisme conclut qu'il doit maintenant prendre les grands moyens pour se faire entendre!

Nous constatons également que la phobie est un symptôme privilégié pour certains types de personnes, un peu comme une prédisposition. D'autres personnes auront des symptômes différents en guise de cri d'alarme pour des situations semblables: la migraine répétitive, l'insomnie chronique, etc...


2- Une symbolique souvent très forte

En examinant attentivement ce que l'on vit dans la phobie, on peut souvent faire un lien avec le problème qu'elle veut dénoncer. Tout se passe comme si l'organisme profitait d'une situation similaire au vécu problématique pour déclencher son cri d'alarme. En y regardant de près, en effet, on s'aperçoit que:

  • la situation où se manifeste la phobie est vécue comme équivalente (symboliquement) à celle qui nous cause problème;
  • les sentiments vécus à l'occasion de la phobie sont semblables à ceux vécus dans le problème.
En somme, la phobie est un rappel de l'existence des problèmes que nous tentons d'ignorer. Voyons quelques exemples de cette similitude.

Mathilde perd l'équilibre sur la rue. Elle voit bien un rapport entre ce déséquilibre provoqué par les grands espaces et le risque de laisser son emploi. Depuis de nombreuses années, elle rêve de quitter ce lieu de travail où l'atmosphère est devenue empoisonnante. Mais quitter son emploi provoquerait un grande instabilité dans sa vie: un changement de niveau de vie. Les pressions qu'effectue sa famille pour contrer son désir sont subtiles, mais très fortes.

Hector fuit les ascenseurs et évite de s'éloigner de chez lui. Il fait le lien entre la pression qu'il s'impose et celle qu'il perçoit de la part de son père pour garder la famille unie. Il semble que tous comptent sur lui pour régler le gros conflit qui existe entre sa mère et son frère. Hector est un homme très sensible. Il aime sa famille et la fait profiter autant qu'il peut de son aisance financière, mais il se sent impuissant au plan des relations affectives. Il fait aussi le rapport entre son incapacité de se soustraire au contrôle de son père, homme très autoritaire, et la peur d'étouffer qui surgit à tout moment dans des endroits où il est enfermé.

Dorothée évite les avions et les voitures. Elle a mis le doigt sur le drame conjugal dans lequel elle s'emprisonne. Elle subit en effet, depuis de nombreuses années, une guérilla psychologique de la part de son mari. Femme pourtant indépendante, elle ne peut se résigner à prendre ses distances de cet homme qui a été victime d'un accident et qui est, depuis ce temps, de plus en plus hostile envers la vie et envers elle en particulier.

Jules ne peut traverser un pont. Il est tourmenté depuis longtemps par l'immense fossé qui le sé pare de son père, homme qu'il aime énormément, malgré sa froideur et sa distance. Il est incapable de se laisser aller à le lui démontrer. Sa vulnérabilité est tellement grande qu'il a l'impression de pouvoir sombrer dans un gouffre s'il laissait cours à ses épanchements. Il est avec tous, y compris son épouse, un homme qui donne l'image d'indépendance et de contrôle sur lui- même. Il tient énormément à se voir comme indépendant sur le plan affectif.

Martin a peur des chats. Il a été griffé à la figure par un chat pendant son enfance. Depuis, il a toujours évité de s'approcher des chats. Mais ce n'est toutefois pas seulement avec les chats que Martin se comporte ainsi. Il a peur des attaques et fuit les personnes qui sont agressives. Il ne sait pas se défendre et craint d'être démoli.

Amélie s'évanouit à la vue d'une seringue. Elle découvre qu'elle subit stoïquement les intrusions de sa soeur qui, à ses yeux, souffre de graves problèmes psychologiques. Elle a bon coeur et ne peut envisager de restreindre les visites de cette dernière qui est seule au monde. Elle s'efforce de tolérer sa constante mauvaise humeur. Elle n'ose pas la confronter au sujet de sa passivité à s'en sortir.


3- Naissance et évolution d'une phobie

La phobie ap paraît parfois à la suite d'un événement traumatisant. Il n'est pas rare, en effet, qu'un enfant développe une peur-panique par rapport à un animal qui l'a attaqué et que cette peur excessive subsiste à l'âge adulte.

Il arrive aussi que la phobie ap paraisse à la suite d'un événement qui n'a ap paremment pas de lien avec celle-ci. Une phobie des ascenseur, par exemple, peut survenir peu de temps après la mort d'une personne chère ou après avoir été victime d'un vol à main armée. On peut la considérer, alors, comme un signal indiquant "que les réactions à cet événement n'ont pas été vécues complètement et n'ont pas été intégrées".

La phobie peut ap paraître également pour signaler un problème de vie qui dure depuis longtemps. Dans ce cas, l'événement qui en provoque l'ap parition n'est que la goutte d'eau qui fait déborder le verre et amène l'organisme à lancer un cri d'alarme. L'exemple de Dorothée illustre bien ce type de situation.

La phobie de Dorothée est ap parue à la suite de deux événements majeurs. Elle a d'abord passé deux jours en cellule, dans un pays totalitaire, pour avoir, bien innocemment, enfreint une loi. Cette situation n'a pas été sans lui rappeler les nombreuses punitions durant sa jeunesse et son adolescence, par une mère qu'elle a toujours trouvée dure et injuste à son endroit. La phobie n'est toutefois pas ap parue immédiatement à la suite de cet emprisonnement, mais deux semaines plus tard, le lendemain de ses fiançailles.

C'est maintenant qu'elle fait tous les liens. Elle constate l'accumulation de sa révolte à l'égard de sa mère qui ne souffrait aucune réaction d'opposition, tout comme sa révolte vis-à-vis des autorités policières qui l'on traitée comme une traînée. Elle voit aussi son incertitude dans son engagement avec son fiancé Laurent, un homme passablement autoritaire qui tenait beaucoup plus qu'elle à ce mariage. Elle revit, avec lui, tant de choses qu'elle a vécues avec sa mère! Les fiançailles ont été la goutte d'eau qui a fait déborder le verre. Dorothée ne s'en doutait toutefois pas. Son médecin non plus. Il a diagnostiqué un surcroît de fatigue et Dorothée a accepté cette conclusion sans chercher d'autre explication.

La phobie peut aussi être un type d'alarme que notre organisme choisit pour nous alerter d'une situation incomplète ( Voir: La source des noeuds) ou d'un problème qui perdure et met en péril notre équilibre affectif. Elle survient parfois suite à une répétition de crises de panique qui sont, elles aussi, des symptômes de problèmes non réglés. Peut-on espérer que le nouveau signal d'alarme dis paraîtra si on l'ignore?

La phobie ne se résorbe pas elle-même. Il faut un travail psychologique pour y arriver. Si on ne cherche pas activement à la régler, elle grandit et on en devient de plus en plus prisonnier. Les personnes qui vivent avec l'individu phobique s'enfoncent elles-aussi de plus en plus dans la misère psychologique d'un univers de plus en plus rétréci et fermé.


D. Comment traiter sa phobie


1- La méthode du contrôle

La grande mode est au "contrôle" de la phobie. partant du fait qu'il s'agit d'une peur déraisonnable, on conseille de bien se mettre dans la tête que le danger appréhendé n'existe pas. "Dis-toi que l'ascenseur ne s'écroulera pas"; "rappelle-toi qu'il y a plus de gens qui meurent d'accidents de voiture que d'écrasements d'avion"; "tu n'as qu'à bien apprendre à te détendre et tu n'étoufferas pas dans la foule".

Le symptôme est indicateur d'un danger "interne". C'est donc s'engager dans une fausse direction que de focaliser sur la phobie elle- même. Mais c'est la tendance qu'aura le phobique: s'acharner à faire dis paraître le symptôme comme il a fait dis paraître l'expérience qui en est à l'origine. C'est principalement en contrôlant la peur "irrationnelle" qu'il cherchera à éliminer son symptôme.

Cette solution est à déconseiller. En effet, les personnes qui souffrent de phobie sont la plu part du temps déjà très portées sur le contrôle: le contrôle sur elles-mêmes et le contrôle sur leur environnement. Elles consacrent beaucoup d'énergie à empêcher que certaines choses n'arrivent, à dissimuler ce qu'elles vivent et à contrôler leurs émotions et leurs réactions. C'est même pour cette raison qu'elles en sont rendues là: elles réussissent tellement bien à contrôler leurs émotions qu'elles ne savent plus ce qui se passe en elles!

La stratégie du contrôle ne règle pas la phobie. Il faut donc s'attendre à devoir constamment désamorcer sa peur, à toujours recommencer la neutralisation des anticipations et à recourir régulièrement à la relaxation lorsque la peur fait surface. Les personnes qui utilisent cette méthode se considèrent souvent comme des "phobiques en rémission". Elles considèrent leur problème comme contrôlé et non réglé. Les groupes de soutien qui accueillent ceux qui sont affublés de cette "maladie" en sont un éloquent témoignage.

Le résultat obtenu avec la méthode de contrôle du symptôme est de mettre ce symptôme en sursis. Il est impossible qu'il en soit autrement car le problème à la source du symptôme n'est pas réglé. Il arrive d'ailleurs fréquemment qu'ayant réussi à contrôler une phobie, une deuxième fasse surface. Cette réaction de l'organisme est normale et prévisible: il est difficile de faire taire l'organisme sur les problèmes qu'il rencontre!


2- Tourner le regard vers l'intérieur

Au lieu de se laisser obnubiler par le symptôme, il est préférable de tourner son regard vers l'intérieur pour identifier ce qui ne va pas. À la place, par exemple, de répéter une incantation telle que "l'ascenseur n'est pas un lieu dangereux", il sera plus profitable d'être attentif à ce qu'évoque l'ascenseur et à ce qui se passe en soi-même lorsqu'on s'y trouve. Mais, par définition, la personne phobique trouve difficile d'entretenir une telle écoute d'elle-même. Cette solution n'a rien d'attrayant à ses yeux.

    Trois difficultés
Il est relativement facile de décoder le message de sa phobie. Habituellement, on y parvient assez rapidement en cherchant à identifier ce qui ne va pas dans notre vie. Au besoin, on peut aussi se placer dans la situation qui soulève la peur et demeurer attentif aux sentiments et aux images qui surgissent en nous. Toutefois, trois difficultés se présentent souvent lorsqu'on tente de faire une telle exploration.

  1. Le scepticisme: on n'ose pas croire que la source de sa phobie puisse être cette chose qui fait problème. On en souffre, bien sûr, mais comme elle fait partie de notre vie, on n'a jamais songé à la remettre en question. De même, il ne nous viendrait pas à l'idée de nous interroger sérieusement sur le comportement qui entretient le problème. Il fait tellement partie de nous qu'on ne pense pas à examiner ce qu'il nous fait vivre.

    Il est normal d'être sceptique: on avait choisi la meilleure solution dans la situation. La seule voie, c'est de vérifier. On a donc à décider si on consent à travailler sur le problème qui pourrait être à l'origine de la phobie. Elle ne dis paraîtra pas instantanément, mais le fait de changer notre comportement problématique donnera des résultats assez rapidement. C'est alors qu'on est en mesure de tirer des conclusions. Cette vérification est la seule méthode qui permette de sortir du scepticisme.

    par exemple, Amélie peut difficilement se croire affectée à ce point par ce qu'elle tolère de sa soeur. Lorsqu'elle consent à explorer, toutefois, elle se rend compte que ce qu'elle endure de la part de sa soeur, elle le supporte de tous. Elle est toujours consentante à faire abuser d'elle: son patron sacrifie ses intérêts à ceux qui font plus de tapage qu'elle (et lui demande d'être raisonnable), sa secrétaire lui impose de s'adresser à elle avec des gants blancs ("elle a un sale caractère et ce sera pire si je ne la prends pas avec des pincettes"). C'est en examinant sa vie qu'elle mesure tout à coup le poids de ce qu'elle endure et reconnaît qu'elle est affectée substantiellement.

  2. La peur de ce qu'on pourrait découvrir. Le fait d'avoir besoin d'une phobie pour attirer son attention sur le problème est déjà le signe qu'on ne s'arrête pas beaucoup sur soi. Mais le fait d'être envahi par une phobie accentue la crainte de découvrir "des monstres" en soi. Cette peur explique en partie pourquoi nous concentrons toute notre énergie "à l'extérieur" pour contrôler le symptôme, se cacher et s'organiser une vie en fonction de cette phobie.

    Il est possible de venir à bout de la peur qui nous empêche de nous arrêter sur nos émotions. Deux moyens commodes peuvent y contribuer. Le premier consiste à apprendre une forme de respiration qui permet un meilleur contact avec soi. Les personnes phobiques contribuent souvent à augmenter leur angoisse en respirant de façon trop superficielle. Des exercices correctifs peuvent aider à diminuer la tension et à s'apprivoiser au contact avec soi: Respirer pour ressentir et Le journal personnel sont des outils qui permettent de s'apprivoiser doucement à sa vie intérieure.

  3. La troisième difficulté découle directement de la seconde: même si on identifie le problème, on n'a pas confiance d'être capable de le régler. Il nous ap paraît comme une montagne insurmontable. Il se peut d'ailleurs qu'on ait déjà tenté, sans succès, de s'y attaquer. On a l'impression d'être démuni ou encore de ne pas être prêt aux solutions qui nous sembleraient logiques. C'est alors qu'on se résigne à la phobie.

    On est toujours paralysé devant un problème quand on imagine la solution avant d'en avoir complété l'analyse. C'est souvent ce que l'on fait dans le cas d'une phobie. Il est certain que si la solution qu'on entrevoit est drastique et non désirée, on sera porté à abandonner. C'est souvent ainsi qu'on est tenté de procéder: "mon père a trop d'ascendant sur moi, il faudrait que je coupe la relation, mais je ne veux pas"; "je devrais me sé parer de mon mari, je le sais, mais je ne suis pas prête".

    Il faut se souvenir que si on n'est pas prêt à adopter une solution, c'est parce qu'il ne s'agit pas de la bonne. La solution réelle à un problème est celle qui permet de le régler tout en nous convenant. Il est impossible de trouver cette combinaison sans avoir approfondi le problème, cerné ses causes et identifié la manière dont on y contribue.

3- S'attaquer au problème sous-jacent

On ne vient pas à bout de sa phobie sans faire les changements qui nous conduiront à être plus heureux. Toutefois, quand on s'aventure dans le problème qui est à l'origine de la phobie, il est important d'être conscient de trois caractéristiques inévitables du changement nécessaire.
  1. D'abord il faut savoir que c'est soi-même qu'il faudra changer. Mathilde devra devenir capable d'affronter la désapprobation. Dorothée devra apprendre à réagir à ce qui est toxique dans une relation. Jules devra apprendre à montrer ses vrais sentiments et à tolérer une certaine vulnérabilité. Martin aura à apprivoiser sa propre agressivité et celle des autres. La vraie solution de la phobie est dans un changement personnel.

  2. Il faut aussi savoir que le changement volontaire est un processus graduel. Il se passe à travers une série de petits changements qui s'enchaînent et ne donnent souvent l'impression d'un virage important qu'après un certain temps. C'est un peu comme la croissance d'un enfant: l'effet d'ensemble est lent à ap paraître parce qu'il est le résultat d'une longue série de petits changements qui individuellement semblent peu importants.

  3. Enfin, il faut savoir que si le changement est dirigé "de l'intérieur" (et non dicté par quelqu'un à l'extérieur ou seulement par un effort de volonté), on est assuré de poser seulement les actions qu'on est prêt à assumer. Cette certitude est rassurante pour quiconque craint de faire ce qu'il ne veut pas! C'est souvent le cas des personnes qui sont aux prises avec une phobie. Tout en étant conscientes du problème, elles affirment n'être pas prêtes à passer à l'action. La recherche intérieure permet de résoudre cette impasse en redonnant à l'ensemble de la personne (l'organisme) la direction de son cheminement.
    L'exemple de Dorothée
La solution de Dorothée n'est pas, comme elle pense mais ne peut se résigner à le faire, de quitter son mari. Ce n'est pas la solution parce que ce n'est pas ce qu'elle désire. Dorothée désire au contraire être aimée de cet homme et avoir avec lui une vie de partage. Mais pour le moment, elle est dans une relation toxique qui représente tout le contraire de ce dont elle a toujours rêvé. ( Voir: Les noeuds dans nos relations )

Dorothée devra probablement commencer son changement en demeurant sensible à ce qu'elle éprouve lorsqu'elle est en contact avec son mari. Ceci lui permettra d'identifier ce qui est bon et ce qui "goûte mauvais" pour elle. Elle saura ainsi comment, combien et par quoi elle est affectée, positivement et négativement. Cette conscience lui donnera la motivation pour entreprendre la phase suivante de son changement: réagir à ce qui "goûte mauvais".

Devant cette éventualité, surgiront les incertitudes, les objections et les peurs: "c'est peut-être moi qui le prends mal"; "j'ai peur de le blesser, il a déjà assez de son handicap"; "je ne suis pas d'accord pour adopter ses méthodes, comme hausser le ton, car je suis une personne douce". Dorothée devra examiner ses difficultés à réagir à ce qui la blesse de la part de son mari, tenir compte des ravages laissés par ces blessures et prendre le risque de réagir de la manière qui lui convient le mieux.

N'étant plus une victime passive, Dorothée introduit alors un changement dans la relation. Cela change son expérience dans la situation. C'est sur ce vécu nouveau qu'elle fondera son prochain pas vers le changement qu'elle souhaite voir se produire dans leur relation. Mais c'est elle qui est au coeur de ce changement. En étant plus consciente de ce qu'elle vit, en le respectant d'une manière qui lui convient, en gardant le cap sur la relation qu'elle désire, elle progresse petit à petit.

Il est possible que Dorothée en vienne un jour à la conclusion que même en ayant évolué, la relation avec son mari ne lui apporte pas les satisfactions qu'elle cherche. Il se peut qu'elle opte à ce moment pour la sé paration. Mais ce sera alors la conclusion d'un processus dans lequel elle aura digéré chaque étape et non une décision prise avant d'avoir complètement analysé le problème.

    Le retour de la phobie

Pendant le temps où on travaille sur le problème à l'origine de la phobie, il y a des moments où cette dernière s'estompe complètement. Elle dis paraît lorsqu'on y travaille assidûment. Elle réap paraît lorsqu'on délaisse le travail. Une fois le problème résolu, il est possible qu'elle resurgisse toutefois. Elle le fait lorsqu'on revient, durant un certain temps, à nos anciens comportements problématiques, ceux par lesquels on renie un besoin important.

Le retour de la phobie confirme bien sa fonction de "chien de garde". Elle est en quelque sorte le Cerbère des besoins négligés. Ainsi, même lorsqu'elle a définitivement dis paru, on peut compter sur elle comme sur un messager au service de notre santé psychique.


E. Conclusion: l'aide professionnelle


Il n'est pas toujours facile, pour la personne qui souffre de phobie, de s'en sortir par elle-même. Les conseils que j'ai donnés plus haut peuvent aider, mais il ne seront pas utiles à tous. Quand on n'arrive pas à identifier le problème sous-jacent ou quand on ne parvient pas à effectuer les transformations nécessaires pour être mieux dans sa peau, il est judicieux de consulter un spécialiste du changement personnel. Celui-ci peut fournir un encadrement utile en guidant notre démarche et en nous fournissant l'instrumentation indispensable qui nous fait défaut.

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