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" La résilience, reflet de notre époque "
" Enseigner la résilience"


Par Jean Garneau , psychologue


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Vos questions et nos réponses



Vous avez une question qui demeure sans réponse ?


Question : L’intervention des proches

    J’ai bien apprécié cet article sur la résilience où l'accueil, l'écoute et la disponibilité précèdent les qualités de discrétion, d'humilité et d'amour de l'accompagnant.

    Je me dis que dans les cas de personnes ayant subi un traumatisme, l'environnement familial et amical forme une armada de "co-résilients". Ils participent eux-aussi indirectement au "retricotage" de la vie de la victime. Ils se trouvent embarqués sans formation dans cette galère et devraient pouvoir être sensibilisés sur la justesse de leur attitude. C'est aussi par eux que l'expression deviendra possible et que l'idée de pouvoir se reconstruire germera peut-être dans le coeur de la personne.

    L'idée que le thérapeute intègre aussi l'environnement de son client au début de la prise en charge est-elle judicieuse ou vaut-il mieux laisser s'exprimer librement, sauvagement parfois, l'intuition spontanée de ses proches, avec le risque que certains lui imposent de l'aide en croyant bien faire ?
Réponse

Il arrive malheureusement très souvent que les traumatismes soient subis aux mains de proches ou que ceux-ci en soient perçus comme des causes indirectes parce qu’ils n’ont pas empêché les événements de se produire. Il arrive aussi que les proches éprouvent (plus ou moins clairement) une certaine culpabilité et qu’ils se sentent (à tort ou à raison) responsables de la situation. La culpabilité de ceux qui ont échappé au sinistre est bien connue. La reconstruction des événements par laquelle on imagine toutes les façons dont on aurait pu éviter la catastrophe est une réaction normale avec laquelle toutes les victimes d’accidents sont familières.

Pour toutes ces raisons, il faut s’attendre à ce que les proches soient la plupart du temps maladroits ou inadéquats lorsque vient le temps de contribuer à la reconstruction. Même la force de leur amour peut être un obstacle car la douleur de la victime leur devient vite insupportable. Ils sont alors portés à appuyer le déni plus que la conscience, le refus des souvenirs pénibles plutôt que leur intégration à l’identité de la victime. Ce n’est pas leur bonne volonté qui manque, c’est au contraire le manque de distance émotionnelle qui les empêche de bien accueillir l’expérience de l’autre. Trop proches de sa souffrance et trop mal équipés pour la porter sereinement, ils tolèrent très mal son expression entière.

Cheminement difficilePouvons-nous espérer les rendre plus efficaces en les encadrant dès le départ ? Est-il possible de leur donner rapidement une formation de base leur permettant de mieux s’impliquer dans le processus de reconstruction ? Dans bien des cas, une aide de ce genre serait certainement très bien accueillie car ces personnes se sentent démunies et dépassées par l’ampleur des enjeux. Il serait facile de leur indiquer en quoi leur attitude est nuisible ou inefficace et elles accepteraient volontiers de se conformer au jugement du spécialiste. Mais la question se pose rapidement : en seraient-elles capables ? Les indications que nous leur fournirions seraient-elles utiles pour les guider ?

Je crois que dans la plupart des cas les conseils de ce genre ne réussiraient qu’à imposer une pression supplémentaire et à rendre leur implication encore plus difficile. On peut comparer cette réaction à celle de la majorité des psychologues à la fin de leur formation : ils connaissent bien les gaffes à éviter, mais se retrouvent démunis devant la nécessité de faire des interventions utiles, paralysés par les écueils innombrables auxquels ils ont été sensibilisés.

Il ne faut pas oublier que les proches les mieux intentionnés sont eux-mêmes des co-victimes. Ils se retrouvent aux prises avec des défis de reconstruction de leur identité et de leur lien avec la personne qu’ils aimeraient aider. Ils doivent eux aussi trouver le moyen d’intégrer la catastrophe à leur vie pour parvenir à la transcender. Il serait donc peut-être plus judicieux de les intégrer en tant que victimes partageant à leur façon le drame qui les a touchés indirectement, plutôt que de tenter de les rendre aptes à soutenir la reconstruction de la personne directement atteinte. Il n’est pas impossible que ce soit ainsi qu’ils deviennent le plus utiles.

Mais quoi que nous fassions et quoi que nous disions, ces personnes sont impliquées et elles interviendront auprès de la victime. Elles le feront avec les habiletés dont elles disposent déjà, avec la sensibilité qui est la leur et avec les manoeuvres défensives nécessaires au maintien d’un minimum d’équilibre dans leur vie. Elles le feront aussi en fonction de la nature et de la qualité antérieure de leur relation avec la victime. Ces contraintes imposent des limites inévitables à leur intervention, mais il ne faut pas oublier pour autant qu’elles sont saines et nécessaires.

La personne qui se reconstruit après une expérience traumatique n’a pas besoin qu’on change l’univers autour d’elle pour qu’il atténue sa souffrance ou la soutienne artificiellement. Elle a surtout besoin qu’on lui laisse l’espace et le temps nécessaires pour absorber le coup, se retrouver, redonner un sens à sa vie et se reconstruire sur des bases nouvelles. Les réactions réelles de l’entourage constituent, tout au long de cette démarche, des repères importants qu’il serait dangereux de fausser. Les maladresses et les réflexes d’auto-protection en font partie tout autant que les gestes de générosité et de compassion. Un accueil bienveillant et patient mais surtout authentique est, selon moi, bien plus précieux que le seraient toutes nos tentatives pour améliorer la situation.


Question : Y a-t-il de l'espoir ?

    Le patient résilient arrive-t-il un jour à se débarrasser de ce scepticisme envers l'autre ? Parvient-il à trouver la "bonne" distance avec l'autre, à se sortir de la confusion ? Est-ce qu’il peut espérer réussir un jour à distinguer clairement ce qui lui appartient et ce qui appartient à l'Autre ?
Réponse

Lorsqu’on la pose ainsi, la question sous-entend que le regard sceptique sur les autres, que la difficulté de définir les frontières entre lui-même et les autres, entre ses responsabilités et les leurs, sont des problèmes propres aux victimes d’événements traumatiques. Bien sûr, ces dernières en souffrent de façon particulièrement aiguë et elles doivent y trouver des solutions personnelles au cours de leur reconstruction. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit de dimensions fondamentales de la relation de chaque individu avec son environnement humain.

une création uniqueCertains sont généralement plus naïfs et d’autres habituellement plus méfiants devant les autres personnes. Mais en réalité, dans chaque cas particulier, il s’agit de nuances, d’une position relativement flexible sur cet axe naïveté-méfiance. Chacun se méfie davantage dans certaines circonstances et se montre plus confiant à d’autres moments. Cette souplesse est nécessaire et saine car nous sommes impliqués dans des situations variées où la même attitude ne pourrait être appropriée.

Après tout drame, nous sommes nécessairement plus prudents, plus inquiets, plus méfiants. De la même façon, nous devenons naturellement plus confiants, plus assurés et plus audacieux après quelques succès. Nos forces vitales nous poussent à nous réajuster sans cesse à la lumière des résultats de nos actions. Lorsque nous sommes trop méfiants, notre univers se rétrécit rapidement et nous souffrons d’un manque de vitalité. Lorsque notre confiance devient trop naïve ou trop arrogante, nous faisons des erreurs dont les conséquences nous rappellent la nécessité d’être prudents.

Il est normal que la personne victime d’une expérience traumatique soit méfiante par rapport aux personnes qu’elle assimile à celles qui l’ont fait souffrir et par rapport à la réalité en général. Ce n’est que peu à peu, à travers ses expériences de vie, qu’elle devient capable de choisir des personnes auxquelles elle peut et veut faire confiance davantage. Il est normal et souhaitable qu’elle vérifie soigneusement la sincérité et la solidité de chaque interlocuteur avant de prendre le risque de lui faire confiance. Si elle rencontre des individus capables du subir ses tests avec succès, elle sera capable d’entreprendre prudemment l’aventure de l’expression et de l’ouverture nécessaire à sa reconstruction. Mais comme tous les autres, sa confiance ne sera jamais longtemps entière car elle conduirait nécessairement à des échecs cuisants.

Trouver la bonne distance, sortir de la confusion, distinguer ce qui nous appartient et ce qui appartient à l’autre sont, comme la méfiance, des questions toujours présents dans les relations avec les autres. Et les réponses à ces questions ne sont jamais parfaites ; la distance que nous choisissons est approximative, la frontière entre ce qui vient de nous et de l’autre n’est jamais aussi clairement dessinée que nous pourrions le désirer.

Ce qui est problématique dans cet aspect de la position de la personne victime d’un événement traumatique, c’est le manque de souplesse. La frontière entre soi et l’autre est trop généralement diffuse ; elle ne tient plus suffisamment compte des événements actuels pour s’adapter aux réalités quotidiennes. La position méfiante est systématique au point d’empêcher de voir les occasions où la confiance serait justifiée. Mais avec le temps et des conditions propices, il est possible d’acquérir cette souplesse fondée sur des expériences personnelles réussies.


Question : Traumatisme et impuissance

    La douleur la plus grande dans un traumatisme serait-elle liée à l'impuissance que l'on peut ressentir ?

    J'ai l'impression qu'à la source de tout traumatisme, il y a un sentiment d'impuissance. Se pourrait-il que le sentiment de "pouvoir d'action" sur la vie et les choses soit le garant d'un bien-être intérieur et peut-être même à l'origine du lâcher prise ? Par exemple, si je considère que n'importe qu'elle situation est là pour me permettre d'évoluer, j'ai du pouvoir parce que cela me permet de m'en servir au lieu de la subir passivement. Ensuite, si je veux apprendre en utilisant les choses qui me résistent (ex. : pourquoi je déteste les usines chimiques), j'ai du pouvoir puisque je m'en sers. Et tout ce "pouvoir" ne sert-il pas par la suite à accepter ce qui est, et donc, à lâcher prise puisque toute chose à sa place, tout est nécessaire, et bienvenu ?
Réponse

L’impuissance est généralement au coeur de l’expérience traumatique, mais il me semble que c’est d’une façon un peu différente. Très souvent, l’inhibition de l’action et de l’expression apparaît à la victime comme un ingrédient nécessaire pour survivre. Elle s’empêche de réagir et c’est par tactique qu’elle se plonge dans une forme d’impuissance volontaire.

Il est toujours difficile de savoir après coup jusqu’à quel point cette inhibition était vraiment nécessaire. Dans certains cas, elle était vraiment vitale alors que dans d’autres situations il s’agit plutôt d’une forme d’adaptation à laquelle la personne était déjà prédisposée par sa personnalité. Mais qu’elle soit objectivement justifiée ou non, son prix est toujours élevé !

sortir du silenceMême après que la crise est terminée, la victime demeure sous l’emprise de son bourreau et submergée par les réactions qui sont restées cachées en elle. C’est son inhibition volontaire qui est la cause directe de ce déséquilibre intérieur et seule une expression bien réussie peut lui permettre d’en sortir. Cette expression l’amène à revivre les événements où elle s’était condamnée à l’impuissance dans l’espoir d’éviter le pire.

La douleur de l’expérience traumatique n’est pas surtout liée à cette impuissance. Les événements sont déjà suffisamment douloureux en eux-mêmes. Mais les conséquences du traumatisme sont en grande partie liées à cette inhibition de l’expression. En ce sens, la douleur vécue après l’expérience en découle en grande partie.

Quant à la solution qui consisterait à se redonner du pouvoir en concevant la situation comme une occasion de croissance, elle me semble très fragile. Elle pourrait être utile parce que le sens que nous donnons à nos expériences est plus important que les faits eux-mêmes. Elle pourrait même contribuer à l’intégration de l’expérience qui est nécessaire à la reconstruction personnelle. Mais en réalité, il s’agit surtout d’une rationalisation qui ne peut avoir la puissance nécessaire pour combattre l’effet de l’expérience traumatique.

Cependant, il est bien possible qu’une représentation de ce genre fasse partie de la démarche de certaines personnes victimes de traumatismes. Dans ce cas, elle serait probablement le reflet d’un succès dans le cheminement vers la reconstruction plutôt qu’une solution. Le fait de donner à son expérience un sens que nous pouvons intégrer à notre identité fait toujours partie de la reconstruction personnelle.


Question : Pour spécialistes seulement

    Cet article me surprend car il ne ressemble pas aux autres. Il est beaucoup plus abstrait et manque d’exemples concrets. Une lecture beaucoup plus difficile que celles auxquelles je suis habitué dans votre Lettre du Psy.

    En plus, il ne correspond pas bien à son titre : “Enseigner la résilience”. Selon moi, vous parlez surtout des étapes d’intervention après le traumatisme et non pas d’une forme d’intervention éducative qui permettrait d’augmenter la résilience en prévision de traumatismes possibles.

    D’ailleurs, mes lectures à ce sujet me portaient à croire que la résilience était une qualité innée chez certaines personnes, une qualité personnelle qui permet de mieux faire face aux situations difficiles et d’y survivre alors que les autres auraient sombré. Je comprends mal que vous parliez d’enseigner cette qualité. La persévérance, le courage et la détermination, est-ce que ça peut vraiment être enseigné ?
Réponse

La lettre du Psy s’adresse à l’ensemble des personnes qui se préoccupent de leur développement personnel et veulent jouer un rôle actif (et même le rôle principal) dans la résolution de leurs problèmes psychiques et interpersonnels. Il arrive parfois que s’y glisse un article intéressant surtout les intervenants professionnels (voir http://redpsy.com/infopsy/#intervention pour d’autres exemples).

C’est effectivement le cas de cet article et les raisons en sont assez simples. D’abord, le concept de résilience est surtout utile pour les professionnels. La personne victime d’un traumatisme peut se reconnaître dans les explications et les exemples qu’on en donne, mais elle n’est pas en mesure de s’en servir activement. Cependant, il arrive souvent que ces informations servent à soutenir en elle l’espoir de s’en sortir ou à la réconforter en reconnaissant son courage et sa ténacité devant l’adversité. Cette utilité n’est pas négligeable même si elle ne fait appel qu’à une infime partie de ce qu’on écrit sur la question.

Parce que ce sujet est très en vogue, il est nécessairement un peu galvaudé. On dit à propos de résilience toutes sortes de choses qu’on entasse pêle-mêle sans discrimination. Le but principal de cet article est de mettre un peu d’ordre dans ce fouillis en distinguant les éléments les plus essentiels de ceux qui sont secondaires ou même accessoires.

Deuxièmement, l’article ne correspond pas bien à son titre. Il distingue les éléments qui me semblent essentiels et en décrit les principales implications pour l’intervention. Il faudrait développer davantage en s’appuyant sur celui-ci pour couvrir les interventions éducatives et préventives. Cela pourrait devenir un troisième article dans cette série. Cependant, les interventions curatives s’appuyant sur les mêmes ingrédients essentiels, les éléments nouveau dans un tel article seraient avant tout pratiques et techniques.

Troisièmement, il est important de déterminer si la résilience est (a) une qualité innée chez certains individus, (b) une qualité acquise à travers les expériences de la plus tendre enfance ou (c) un ensemble d’habiletés qu’on peut enseigner de façon préventive ou qu’on peut aider à développer chez les personnes déjà atteintes par le malheur. Dans le fouillis de la littérature à ce sujet, on trouve des auteurs pour représenter chacune de ces trois options. Le choix que nous faisons à cet égard est important parce qu’il détermine ce que nous pourrons faire pour aider les personnes qui ont été ou peuvent devenir victimes d’événements traumatiques.

En tant que psychothérapeute et que formateur, j’ai une nette préférence pour l’option (c) car elle ouvre la porte aux interventions curatives et éducatives au lieu de nous condamner à compter sur un hasard arbitraire que nous ne comprenons pas. Dans “Un merveilleux malheur”, Boris Cyrulnik donne de nombreux exemples qui vont dans ce sens en soulignant que des interventions adéquates peuvent faire toute la différence, même lorsqu’elles surviennent de façon accidentelle.

En tant que clinicien, je sais qu’il est possible d’aider les personnes victimes d’expériences traumatiques à se reconstruire malgré l’importance des dommages psychiques qu’elles ont subi. Les interventions en ce domaine sont de plus en plus efficaces et précises même si elles sont relativement récentes. Elles sont devenues depuis quelques années une composante nécessaire de tout milieu de travail où les risques de tragédie sont élevés et une intervention évidente lorsqu’une catastrophe survient, peu importe le milieu.

Je sais par ailleurs que de nombreux éducateurs se servent des idées reliées au concept de résilience pour intervenir efficacement dans les milieux les plus difficiles afin d’aider un grand nombre de jeunes à sortir du tourbillon infernal qui combine la drogue, la violence, le crime et la prostitution. D’autres tentent de prévenir les mêmes dommages en intervenant plus tôt sur le milieu familial afin que les ingrédients de la résilience y trouvent une place.

Dans les premiers reportages publics sur la question, on a beaucoup parlé des enfants extraordinaires qui s’étaient sortis de situations épouvantables grâce à une qualité personnelle qu’on a appelé résilience. Mais il me semble qu’il s’agissait d’une vision magique à l’intention des médias en même temps que d’un aveu d’ignorance. Ne sachant ce qui avait fait la différence entre les survivants et les autres, on appliquait l’explication passe-partout à la mode : les gênes. C’était, il me semble, une façon bien facile de s’en laver les mains en accusant les victimes de ne pas avoir ce qu’il faut pour surmonter les obstacles importants et en transformant en héros ceux qui s’en sortent.


Question : Le cercle vicieux de la carence

    Un homme affamé n'a plus l'énergie d'aller chercher sa nourriture, il ne lui reste que deux choix, se laisser mourir ou bénéficier d'un crédit. Quelqu'un qui lui donnera cette nourriture pour le remettre dans le cycle (la nourriture me donne l'énergie d'aller chercher la nourriture).

    Comment sortir de ce cercle vicieux au niveau affectif, lorsqu'il y a un tel déficit ? Par exemple: je ne peut espérer être aimé que si j'ai une meilleure estime de moi mais je ne peux pas m'estimer si je ne sens pas que quelqu'un m'aime. Autrement dit: "j'ai besoin d'être aimé pour devenir aimable”.

Réponse

Pour bien répondre à cette question, il faut introduire quelques distinctions importantes. Il faut distinguer la carence physique et la carence psychique car elles n’ont pas les mêmes effets. Il faut aussi distinguer l’estime et l’amour.

Carence physique et psychique

La personne bien portante qui se croirait trop affaiblie par la faim pour aller chercher sa nourriture pourrait bien mourir si personne ne se chargeait de la nourrir. Mais en réalité il serait bien étonnant que la faim ne l’amène pas à contredire sa perception illusoire d’elle-même en la poussant à se mobiliser quand-même. C’est seulement un état réel de faiblesse avancée qui pourrait l’amener à mourir de faim.

Mais au plan psychique, il est beaucoup plus facile d’entretenir une idée illusoire et de refuser de se mobiliser par peur de l’échec. Ce qu’on appelle communément “l’instinct de conservation” n’a pas un effet aussi déterminant lorsqu’il s’agit de carences affectives. Cela laisse à l’image de soi et à l’interprétation une influence beaucoup plus importante sur nos choix et nos actes.

Risquons-nous, au plan psychique, de nous laisser mourir parce que nous sommes trop carencés ? L’expérience semble nous enseigner qu’il faut des situation tout à fait extrêmes pour qu’un être humain cesse la lutte pour sa survie psychique. On l’a observé chez des enfants très jeunes manquant totalement de contacts humains. Mais mon expérience de psychothérapeute m’a amplement démontré que les humains sont capables de tolérer des situations extrêmes sans cesser de lutter pour leur survie psychique. Et je constate qu’ils s’en tirent le plus souvent avec des séquelles bien moins graves que celles auxquelles j’aurais pu m’attendre en m’inspirant de la gravité des mauvais traitements subis.

Les effets d’une vision négative de soi restent cependant importants. Même s’ils ne mettent pas vraiment la survie psychique en péril, ils peuvent facilement contribuer à l’établissement d’un cercle vicieux où les solutions nécessaires ne sont jamais appliquées. La personne se contente alors d’une vie peu satisfaisante parce qu’elle ne croit pas pouvoir trouver mieux. Elle consacre son énergie à la survie plutôt que de rechercher son épanouissement et sa satisfaction. Ce n’est pas la survie psychique qui est menacée, mais la qualité de cette vie et les possibilités de satisfaction.

Un des aspects les plus importants du concept de résilience, c’est justement de souligner ce fait. Il y a bien des personnes qui trouvent le moyen de sortir de situations vraiment traumatiques d’une façon qui leur permet un épanouissement qu’on n’aurait jamais pu prévoir. Le drame qui les a profondément endommagées et presque détruites devient un outil dont elles se servent pour atteindre un niveau supérieur, pour devenir des personnes d’une plus grande qualité.


Confiance et amour

Il ne faut pas croire que la confiance en soi constitue un prérequis essentiel pour être aimé ou pour avoir la conviction d’être aimable. La confiance en soi est en effet une question de capacité et de performance alors que la conviction d’être aimable ou non concerne notre être, notre nature fondamentale.

La confiance en soi est le résultat de l’expérience accumulée dans un domaine particulier. Elle est une conclusion réaliste qui fait suite à des succès accumulés. (J’ai déjà traité de cette question dans “La confiance en soi”.)

Basic trustLa conviction d’être aimable est aussi le résultat de l’expérience accumulée, mais elle a peu à voir avec ce qu’on a fait. Elle résulte plutôt du fait qu’on a été aimé par des personnes auxquelles on accordait une grande importance. Normalement, les réactions “instinctives” des parents envers leurs jeunes enfants peuvent procurer cet amour nécessaire au développement d’une telle image de soi. Mais en fait c’est rarement aussi simple parce que les parents n’ont pas toujours la maturité ou la sérénité nécessaires, parce qu’ils n’ont pas souvent toute la disponibilité qu’il faudrait et parce qu’ils doivent faire face aux problèmes de leur propre vie adulte au moment où leur enfant a besoin de recevoir leur amour.

C’est ce qui fait que la plupart des adultes ont besoin de faire eux-mêmes un travail important à propos de leur sentiment d’être aimable, de leur capacité de se laisser aimer et de leur capacité d’aimer. Grâce au transfert qui nous amène à revisiter les volets principaux de notre développement psychique, nous avons tous la possibilité d’y travailler avec des moyens d’adultes et de résoudre les problèmes que notre développement avait laissés en suspens. Le dernier livre de Michelle Larivey traite de cette question de façon approfondie. (Voir Le défi des relations.)

En conclusion, il est vrai que le fait d’avoir été aimé par une figure parentale bienveillante contribue dans une large mesure à créer chez une personne la conviction qu’elle est aimable. Cependant, cette conviction est habituellement moins pure et moins solide qu’on le voudrait. Chacun doit compléter le travail à partir de ses propres besoins et à travers ses propres actions créatrices d’expériences nouvelles. Le mécanisme du transfert nous propose sans cesse des occasions d’éprouver nos besoins et l’expression vraiment assumée nous fournit le moyen fondamental pour y parvenir. (Voir L’expression qui épanouit.)


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    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

    Il vous suffit de nous faire parvenir votre question en cliquant sur l'enveloppe:



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