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Question : Pour spécialistes seulement
En plus, il ne correspond pas bien à son titre : “Enseigner la résilience”. Selon moi, vous parlez surtout des étapes d’intervention après le traumatisme et non pas d’une forme d’intervention éducative qui permettrait d’augmenter la résilience en prévision de traumatismes possibles. D’ailleurs, mes lectures à ce sujet me portaient à croire que la résilience était une qualité innée chez certaines personnes, une qualité personnelle qui permet de mieux faire face aux situations difficiles et d’y survivre alors que les autres auraient sombré. Je comprends mal que vous parliez d’enseigner cette qualité. La persévérance, le courage et la détermination, est-ce que ça peut vraiment être enseigné ? La lettre du Psy s’adresse à l’ensemble des personnes qui se préoccupent de leur développement personnel et veulent jouer un rôle actif (et même le rôle principal) dans la résolution de leurs problèmes psychiques et interpersonnels. Il arrive parfois que s’y glisse un article intéressant surtout les intervenants professionnels (voir http://redpsy.com/infopsy/#intervention pour d’autres exemples). C’est effectivement le cas de cet article et les raisons en sont assez simples. D’abord, le concept de résilience est surtout utile pour les professionnels. La personne victime d’un traumatisme peut se reconnaître dans les explications et les exemples qu’on en donne, mais elle n’est pas en mesure de s’en servir activement. Cependant, il arrive souvent que ces informations servent à soutenir en elle l’espoir de s’en sortir ou à la réconforter en reconnaissant son courage et sa ténacité devant l’adversité. Cette utilité n’est pas négligeable même si elle ne fait appel qu’à une infime partie de ce qu’on écrit sur la question. Parce que ce sujet est très en vogue, il est nécessairement un peu galvaudé. On dit à propos de résilience toutes sortes de choses qu’on entasse pêle-mêle sans discrimination. Le but principal de cet article est de mettre un peu d’ordre dans ce fouillis en distinguant les éléments les plus essentiels de ceux qui sont secondaires ou même accessoires. Deuxièmement, l’article ne correspond pas bien à son titre. Il distingue les éléments qui me semblent essentiels et en décrit les principales implications pour l’intervention. Il faudrait développer davantage en s’appuyant sur celui-ci pour couvrir les interventions éducatives et préventives. Cela pourrait devenir un troisième article dans cette série. Cependant, les interventions curatives s’appuyant sur les mêmes ingrédients essentiels, les éléments nouveau dans un tel article seraient avant tout pratiques et techniques. Troisièmement, il est important de déterminer si la résilience est (a) une qualité innée chez certains individus, (b) une qualité acquise à travers les expériences de la plus tendre enfance ou (c) un ensemble d’habiletés qu’on peut enseigner de façon préventive ou qu’on peut aider à développer chez les personnes déjà atteintes par le malheur. Dans le fouillis de la littérature à ce sujet, on trouve des auteurs pour représenter chacune de ces trois options. Le choix que nous faisons à cet égard est important parce qu’il détermine ce que nous pourrons faire pour aider les personnes qui ont été ou peuvent devenir victimes d’événements traumatiques. En tant que psychothérapeute et que formateur, j’ai une nette préférence pour l’option (c) car elle ouvre la porte aux interventions curatives et éducatives au lieu de nous condamner à compter sur un hasard arbitraire que nous ne comprenons pas. Dans “Un merveilleux malheur”, Boris Cyrulnik donne de nombreux exemples qui vont dans ce sens en soulignant que des interventions adéquates peuvent faire toute la différence, même lorsqu’elles surviennent de façon accidentelle. En tant que clinicien, je sais qu’il est possible d’aider les personnes victimes d’expériences traumatiques à se reconstruire malgré l’importance des dommages psychiques qu’elles ont subi. Les interventions en ce domaine sont de plus en plus efficaces et précises même si elles sont relativement récentes. Elles sont devenues depuis quelques années une composante nécessaire de tout milieu de travail où les risques de tragédie sont élevés et une intervention évidente lorsqu’une catastrophe survient, peu importe le milieu. Je sais par ailleurs que de nombreux éducateurs se servent des idées reliées au concept de résilience pour intervenir efficacement dans les milieux les plus difficiles afin d’aider un grand nombre de jeunes à sortir du tourbillon infernal qui combine la drogue, la violence, le crime et la prostitution. D’autres tentent de prévenir les mêmes dommages en intervenant plus tôt sur le milieu familial afin que les ingrédients de la résilience y trouvent une place. Dans les premiers reportages publics sur la question, on a beaucoup parlé des enfants extraordinaires qui s’étaient sortis de situations épouvantables grâce à une qualité personnelle qu’on a appelé résilience. Mais il me semble qu’il s’agissait d’une vision magique à l’intention des médias en même temps que d’un aveu d’ignorance. Ne sachant ce qui avait fait la différence entre les survivants et les autres, on appliquait l’explication passe-partout à la mode : les gênes. C’était, il me semble, une façon bien facile de s’en laver les mains en accusant les victimes de ne pas avoir ce qu’il faut pour surmonter les obstacles importants et en transformant en héros ceux qui s’en sortent. |
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Question : Le cercle vicieux de la carence
Comment sortir de ce cercle vicieux au niveau affectif, lorsqu'il y a un tel déficit ? Par exemple: je ne peut espérer être aimé que si j'ai une meilleure estime de moi mais je ne peux pas m'estimer si je ne sens pas que quelqu'un m'aime. Autrement dit: "j'ai besoin d'être aimé pour devenir aimable”. Réponse Pour bien répondre à cette question, il faut introduire quelques distinctions importantes. Il faut distinguer la carence physique et la carence psychique car elles n’ont pas les mêmes effets. Il faut aussi distinguer l’estime et l’amour. Carence physique et psychique La personne bien portante qui se croirait trop affaiblie par la faim pour aller chercher sa nourriture pourrait bien mourir si personne ne se chargeait de la nourrir. Mais en réalité il serait bien étonnant que la faim ne l’amène pas à contredire sa perception illusoire d’elle-même en la poussant à se mobiliser quand-même. C’est seulement un état réel de faiblesse avancée qui pourrait l’amener à mourir de faim. Mais au plan psychique, il est beaucoup plus facile d’entretenir une idée illusoire et de refuser de se mobiliser par peur de l’échec. Ce qu’on appelle communément “l’instinct de conservation” n’a pas un effet aussi déterminant lorsqu’il s’agit de carences affectives. Cela laisse à l’image de soi et à l’interprétation une influence beaucoup plus importante sur nos choix et nos actes. Risquons-nous, au plan psychique, de nous laisser mourir parce que nous sommes trop carencés ? L’expérience semble nous enseigner qu’il faut des situation tout à fait extrêmes pour qu’un être humain cesse la lutte pour sa survie psychique. On l’a observé chez des enfants très jeunes manquant totalement de contacts humains. Mais mon expérience de psychothérapeute m’a amplement démontré que les humains sont capables de tolérer des situations extrêmes sans cesser de lutter pour leur survie psychique. Et je constate qu’ils s’en tirent le plus souvent avec des séquelles bien moins graves que celles auxquelles j’aurais pu m’attendre en m’inspirant de la gravité des mauvais traitements subis. Les effets d’une vision négative de soi restent cependant importants. Même s’ils ne mettent pas vraiment la survie psychique en péril, ils peuvent facilement contribuer à l’établissement d’un cercle vicieux où les solutions nécessaires ne sont jamais appliquées. La personne se contente alors d’une vie peu satisfaisante parce qu’elle ne croit pas pouvoir trouver mieux. Elle consacre son énergie à la survie plutôt que de rechercher son épanouissement et sa satisfaction. Ce n’est pas la survie psychique qui est menacée, mais la qualité de cette vie et les possibilités de satisfaction. Un des aspects les plus importants du concept de résilience, c’est justement de souligner ce fait. Il y a bien des personnes qui trouvent le moyen de sortir de situations vraiment traumatiques d’une façon qui leur permet un épanouissement qu’on n’aurait jamais pu prévoir. Le drame qui les a profondément endommagées et presque détruites devient un outil dont elles se servent pour atteindre un niveau supérieur, pour devenir des personnes d’une plus grande qualité. Confiance et amour Il ne faut pas croire que la confiance en soi constitue un prérequis essentiel pour être aimé ou pour avoir la conviction d’être aimable. La confiance en soi est en effet une question de capacité et de performance alors que la conviction d’être aimable ou non concerne notre être, notre nature fondamentale. La confiance en soi est le résultat de l’expérience accumulée dans un domaine particulier. Elle est une conclusion réaliste qui fait suite à des succès accumulés. (J’ai déjà traité de cette question dans “La confiance en soi”.) La conviction d’être aimable est aussi le résultat de l’expérience accumulée, mais elle a peu à voir avec ce qu’on a fait. Elle résulte plutôt du fait qu’on a été aimé par des personnes auxquelles on accordait une grande importance. Normalement, les réactions “instinctives” des parents envers leurs jeunes enfants peuvent procurer cet amour nécessaire au développement d’une telle image de soi. Mais en fait c’est rarement aussi simple parce que les parents n’ont pas toujours la maturité ou la sérénité nécessaires, parce qu’ils n’ont pas souvent toute la disponibilité qu’il faudrait et parce qu’ils doivent faire face aux problèmes de leur propre vie adulte au moment où leur enfant a besoin de recevoir leur amour.
C’est ce qui fait que la plupart des adultes ont besoin de faire eux-mêmes un travail important à propos de leur sentiment d’être aimable, de leur capacité de se laisser aimer et de leur capacité d’aimer. Grâce au transfert qui nous amène à revisiter les volets principaux de notre développement psychique, nous avons tous la possibilité d’y travailler avec des moyens d’adultes et de résoudre les problèmes que notre développement avait laissés en suspens. Le dernier livre de Michelle Larivey traite de cette question de façon approfondie. (Voir Le défi des relations.) En conclusion, il est vrai que le fait d’avoir été aimé par une figure parentale bienveillante contribue dans une large mesure à créer chez une personne la conviction qu’elle est aimable. Cependant, cette conviction est habituellement moins pure et moins solide qu’on le voudrait. Chacun doit compléter le travail à partir de ses propres besoins et à travers ses propres actions créatrices d’expériences nouvelles. Le mécanisme du transfert nous propose sans cesse des occasions d’éprouver nos besoins et l’expression vraiment assumée nous fournit le moyen fondamental pour y parvenir. (Voir L’expression qui épanouit.) |
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