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Les résolutions

Par Jean Garneau, psychologue

Ce texte est tiré du magazine électronique
"La lettre du psy"
Volume 3, No 11: Décembre 1999


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Pour plusieurs, la fin de l'année est l'occasion de faire un bilan et de prendre des résolutions pour le nouvel an.. En quoi consistent ces résolutions et qu'est-ce qu'elles visent à accomplir? Permettez-moi de vous proposer une brève réflexion à ce sujet

Typiquement, nous prenons la résolution de remplacer une habitude par une autre façon d'agir qui nous apparaît plus saine ou plus profitable. Autrement dit, je décide de changer une façon d'être qui me semble inadéquate. Je mise, pour y parvenir, sur une décision ferme et un effort de volonté. Il peut même arriver, si je crains de manquer de ténacité, que j'essaie de renforcer ma décision en annonçant cette résolution à ceux qui m'entourent.

Et, la plupart du temps, ça ne marche pas! Les bonnes résolutions sont abandonnées à la première occasion. Même les promesses faites devant toute la famille se transforment rapidement en dissimulation, en culpabilité ou en prétextes pour excuser ma faiblesse. C'est tellement fréquent que personne ne s'attend à ce que les "résolutions du jour de l'an" tiennent jusqu'à l'Épiphanie! Pourquoi?


Résolution ou projet?

Il me semble que le germe de l'échec est déjà présent dans la façon dont on décide. Lorsqu'on prend une résolution, on choisit la plupart du temps de se conformer à ce qu'on croit bon ou meilleur, même si ce n'est pas ce qu'on désire réellement.

Par exemple, je trouve qu'il serait bon (pour ma santé mais pas nécessairement pour mon humeur) que je cesse de fumer. On encore je crois qu'il serait mieux (pour le bonheur de ma famille mais pas tellement pour le mien) que je consacre plus de temps à jouer avec les enfants et à les accompagner au parc. Dans ces deux cas, c'est par devoir que je prends cette "décision" qui me crée une nouvelle obligation. Je sais très bien que ce n'est pas ce qui me tente, mais je considère que ce serait préférable.

Une étrange conception du changement se cache dans ces résolutions. Je suppose, en procédant ainsi, que les personnes peuvent normalement changer leur façon d'être par une simple décision, pourvu qu'elle soit accompagnée d'un effort de volonté suffisant. Mais la psychologie a découvert depuis longtemps que le changement personnel est beaucoup plus complexe et exigeant. Cette vision ascétique du développement ne fonctionne jamais. Les rares fois où elle semble efficace, c'est à cause de l'influence d'autres facteurs puissants comme la peur d'une catastrophe.

Mais il arrive souvent que des gens changent leur vie ou leurs habitudes de façon radicale. Ils y arrivent même s'il leur faut relever de grands défis pour y parvenir. Il faut donc reconnaître que le changement est possible et que, même si les résolutions sont typiquement vouées à l'échec, des changements majeurs reposent souvent sur des décisions volontaires.

Combien de personnes, par exemple, décident de divorcer même si elles savent d'avance que ce choix leur occasionnera énormément d'ennuis et de confrontations pénibles, sans compter une situation financière et sociale très inconfortable. Malgré tous ces obstacles important, elles décident de le faire et ne laissent pas tomber leur "résolution" après quelques jours.

Mais il ne s'agit pas alors d'une résolution; c'est plutôt une décision complexe qu'on peut considérer comme un projet. La différence la plus importante entre cette décision et une résolution est dans la qualité du motif fondamental sur lequel repose la décision. Dans le cas des "bonnes résolutions", on décide par devoir, parce que c'est "ce qu'il faudrait". On cherche à se forcer la main soi-même en transformant ce devoir en résolution. Pour les décisions efficaces, on "choisit ce qu'on préfère", non pas parce que c'est facile ou "bien", mais parce que c'est une nécessité qui, de l'intérieur, nous semble devenue évidente. On décide que c'est le seul chemin qui conduit vers une satisfaction éventuelle et on refuse de continuer à tolérer une situation inacceptable.

Notre changement devient alors un projet à long terme. Le premier pas n'est pas le seul: il n'est que l'amorce d'un cheminement. Le programme n'est pas entièrement dessiné à l'avance; on connaît le point de départ, on sait que de nombreux obstacles se présenteront sur notre chemin et on espère parvenir, au bout du voyage, à une plus grande satisfaction. Tout le reste ne se définit que pendant la réalisation du projet.


Projet, désir et rêve

Si des projets aussi exigeants peuvent être réalisés alors que tant de bonnes résolutions beaucoup plus faciles sont vite oubliées, c'est à cause surtout des forces de vie dont ils sont chargés. Le projet s'appuie sur un désir profond et un rêve important. C'est ce qui fait sa force.

Le projet repose sur une amélioration qu'on désire vraiment: éliminer une souffrance devenue inacceptable, enrichir un aspect important de notre vie, ajouter un type de satisfaction dont on ne veut plus se priver. C'est l'importance de la satisfaction recherchée qui fournit la force nécessaire à la réalisation du projet.

Le projet est souvent aussi un rêve. Il s'agit d'une aspiration qu'on commence à prendre assez au sérieux pour décider de la transformer en réalité. L'objectif est relativement lointain, mais il nous apparaît comme très important. Cette dimension nous aide à tolérer les obstacles qui font nécessairement partie du cheminement.

Il s'agit d'objectifs majeurs qui ne peuvent être atteints qu'à travers une démarche à long terme. On ne peut alors miser sur une décision simple et une route entièrement droite. On s'attend à devoir prendre plusieurs décisions, à faire des détours et à subir des échecs. On prévoit des réévaluations, des ambivalences et aussi des succès partiels. C'est la force du désir qui soutient toute cette démarche. Mais ce qui nous permet d'accepter les erreurs et les faiblesses inévitables, c'est l'ampleur de notre perspective, la vision à long terme.

Ce n'est donc pas l'effort de volonté qui est le principal garant du succès: c'est la qualité de l'objectif lui-même. La recherche de satisfaction sert à la fois de boussole et de carburant pour mener une telle entreprise à bon port. Il n'est pas étonnant qu'un projet auquel on tient vraiment, à cause des importantes satisfactions qu'il promet, soit bien plus efficace qu'une "résolution" dont toute la force doit provenir d'un effort de volonté.

Pour celui qui a pris de "bonnes résolutions", un obstacle est un prétexte pour se libérer du devoir qu'il s'était imposé. Pour celui qui est activement engagé dans un projet qui lui tient à coeur, l'obstacle est "une opportunité en habits de travail".


Des souhaits

Toute l'équipe de La lettre du Psy se joint à moi pour vous souhaiter des projets chargés de désirs et de rêves plutôt que des "bonnes résolutions". Nous avons pour vous quelques projets qui deviendront des réalités en l'an 2000. Nous espérons que, de votre côté, vous profiterez de ce bilan de fin d'année, de siècle et de millénaire pour donner vie à des projets qui vous conduiront vers de grandes satisfactions.

Mais faites des projets pour l'année, pas pour le millénaire! ;-)


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