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Le stress: causes et solutions
Par Jean Garneau , psychologue

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Vos questions et nos réponses



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Question: être traumatisé par la télévision

En constatant l’effet sur moi et plusieurs autres des reportages télévisés concernant l’attentat du 11 septembre à New-York, je me demande s’il est possible de souffrir d’un choc traumatique ou même de troubles post-traumatiques après avoir vu ces images et écouté les nombreux reportages qui ont suivi.

Peut-on souffrir de stress post-traumatique lorsque les événements horribles ont eu lieu à distance et lorsque notre vie n’a pas été directement menacée? Est-ce différent s’il s’agit d’un film; pouvons-nous être traumatisé par un film d’horreur dont la base est strictement fictive?

Réponse

Globalement, on peut dire que tout ça dépend de la réalité subjective plus que des faits objectifs. L’exemple de l’enfant qui fait des cauchemars après avoir été impressionné par une histoire l’illustre clairement: c’est parce qu’il a considéré les événements de l’histoire comme réels qu’ils ont eu un impact important sur lui et qu’il fait un rêve dont la fonction est d’évacuer ses réactions à cet impact.

Il ne s’agit pas non plus de savoir si on avait raison d’avoir peur; ce qui importe c’est qu’on ait réellement peur. Que le danger soit immédiat et physique ou qu’il soit imaginé n’est pas l’ingrédient le plus important. Ce qui compte avant tout c’est la façon dont on a traité ses émotions devant ce danger perçu.

La personne qui est restée saisie, intensément impressionnée mais paralysée ou inexpressive, est celle qui risque le plus d’avoir des séquelles importantes. C’est le fait de ne pas avoir exprimé ses réactions et de ne pas avoir trouvé d’autre moyen de les évacuer qui continue de l’empoisonner psychiquement même après la fin du drame et parfois même lorsque les événements sont apparemment oubliés.

Il vaut mieux adopter une approche pragmatique face à ce genre de situation: si on reste hanté par des images (quelle qu’en soit l’origine), si elles s’imposent à nous de façon répétitive (peu importe comment), si nous restons sur le qui-vive après que le danger est passé, ou si on reste anormalement neutre (comparativement à ce qui est notre style habituel), il faut considérer qu’il y a un problème à résoudre, une expérience à “digérer” et à assimiler. Que le terme “désordre de stress post-traumatique” s’applique ou non ne change rien à l’importance de s’en occuper.

Les séquelles peuvent être importantes si on néglige de faire le travail nécessaire. Il est sage de demander une aide professionnelle si on reste hanté par le souvenir d’événements qui nous ont fortement impressionné. C’est vrai même si des événements ont eu lieu à une grande distance ou lorsqu’ils sont fictifs. C’est leur impact sur nous qui est le critère à considérer. Mais il arrive souvent que la distance physique nous aide à nous laisser moins toucher.










Question: Vivre avec une personne stressée

Comment fait-on pour vivre avec des personnes stressées? On a beau ne pas être stressé soi-même, il n'en demeure pas moins qu'elles dégagent une attitude stressantes, surtout si elles réagissent de façon négative ou agressive.

Réponse

Parfois, on croirait que le stress est contagieux! Il suffit d'être en présence d'une personne très tendue pour devenir nous-mêmes tendus. Il n'est pas facile, alors, de trouver une solution harmonieuse pour éviter de devenir stressé.

Je crois que ce phénomène se manifeste dans deux genres de situations différentes. Il y a les situations où on se met à craindre les réactions impulsives et violentes de la personne stressée et celles où nous sommes simplement touchés par la tension de l'autre. Les solutions ne sont pas les mêmes.

Lorsque je crains les réactions violentes de l'autre, je suis moi-même en situation d'urgence. Une menace existe dans mon environnement et je suis mobilisé pour y réagir (par la fuite ou le combat). Je risque alors de devenir moi-même stressé, non pas parce que l'autre est stressé, mais parce que sa façon de réagir à son stress me menace.

C'est mon stress que je dois résoudre par les moyens normaux qui sont mentionnés dans l'article: accueillir l'information, faire les choix nécessaires, transformer la tension en action expressive et utiliser le plaisir comme critère de succès. Généralement, la réaction de fuite consiste à éviter (au moins temporairement) le contact avec cette personne dont les réactions me menacent. La réaction de combat prend le plus souvent la forme d'une confrontation où j'interdis à l'autre de soulager sa tension en m'agressant.

Dans le cas où je crois devenir tendu "par osmose", simplement par l'effet de la présence de l'autre qui est stressé, le problème est plus difficile à résoudre parce que j'ai perdu contact avec une partie de mon expérience. Dans cette situation, la tension de l'autre me rejoint sans que je sache ce qu'elle touche en moi, sans que je sois capable d'identifier le danger qui me menace. Tant que je n'aurai pas réussi à me retrouver, il sera difficile de choisir une solution appropriée.

En somme, ce deuxième cas est semblable au premier, à l'exception du fait que je ne parviens pas à identifier clairement ce qui me menace. Pour parvenir à l'identifier, il faut d'abord s'isoler pour faire un effort de centration.

Le journal de bord de même que la respiration et la contemplat ion sont des outils qui peuvent être utiles pour y parvenir.


Question: La fuite comme option saine possible

Votre texte laisse croire que la fuite est toujours une option saine possible. Je ne suis pas d'accord! Dans certaines situations qui s'imposent à nous (comme la maladie terminale d'un proche ou un drame familial), la fuite n'est pas toujours possible ni souhaitable. Ces situations stressantes s'imposent à nous et la seule option valable est alors le combat. La fuite serait destructrice car elle exigerait qu'on se coupe d'une expérience qui nous rejoint et nous concerne.

Réponse

Chacun de nous peut décider que la fuite est une solution inacceptable aux problèmes. C'est le privilège des humains de prendre des décisions abstraites (au niveau des principes). Nous pouvons même choisir d'en faire des valeurs auxquelles nous décidons de nous soumettre en tout temps et que nous utiliserons pour nous évaluer.

Mais lorsqu'on parle de la mobilisation globale de l'organisme en réaction à un danger, on se situe à un niveau plus primitif et "instinctif". Devant un danger imminent, nous sommes immédiatement mobilisés globalement et nous faisons automatiquement une évaluation de la situation: la nature du danger, les forces dont nous disposons, celles qui nous menacent, les possibilités et les limites de l'environnement immédiat sont des dimensions que nous examinons en un instant grâce à l'acuité de nos sens et de nos réflexes. Rappelez-vous la dernière fois où vous avez failli avoir un accident de voiture; vous avez perçu l'ensemble de la situation d'un coup d'oeil et en avez évalué instantanément les dangers et les solutions disponibles.

Dans cette situation, l'évaluation est simple: si la source du danger me semble plus forte que moi, je cherche les façons de l'éviter (je choisis la fuite), mais si elle me semble plus faible que moi, si j'estime globalement être capable de la neutraliser, alors je cherche les moyens de la vaincre (je choisis le combat). À partir de cette évaluation, mon choix s'impose de lui-même comme le seul sain, c'est à dire le meilleur pour assurer ma sécurité.

Parfois, la confrontation est la seule option vraiment saine, parfois c'est la fuite et l'évitement qui sont les seules solutions, quelquefois nous avons le choix entre le combat ou la fuite, mais toujours il est important, pour éviter le stress, de reconnaître et respecter ces choix fondamentaux que nous dicte notre organisme.

Mais est-ce aussi simple lorsque des situations graves s'imposent à nous? Si mon enfant est malade et risque d'en mourir, ai-je le choix de fuir la situation? Il n'est pas question que je l'abandonne pour me protéger de cette douleur trop forte pour moi!

D'abord, il faut distinguer: nous parlons ici de réaction devant le danger et non de vivre des émotions intenses. Une situation dramatique peut m'amener à vivre des émotions très fortes et extrêmement pénibles sans me menacer de stress. Pour parler de stress, il faut parler d'un danger immédiat qui nous menace de façon importante. C'est la mobilisation massive de l'organisme contre un danger imminent qui est à la source du stress, pas le émotions intenses, même pénibles.

Autant il est essentiellement sain de fuir un danger auquel nous sommes incapables de faire face avec succès, autant il est malsain d'éviter nos émotions et nos réactions devant les situations où nous sommes. Fuir l'ennemi trop fort n'est que la conséquence de nos réactions instinctives. Fuir la tristesse qui nous habite c'est au contraire refuser les réactions de notre organisme.

Il est malsain de me fermer devant la peine que j'ai lorsque je perds quelqu'un d'important. Je ne pourrai le faire longtemps sans payer le prix: une perte de vitalité, une anxiété grandissante et des symptômes divers (voir À quoi servent les émotions ? ) qui viennent remplacer les indices (émotions) que je repousse. Mais ce n'est pas de stress que je souffre alors.

Souvent, cependant, ces situations s'accompagnent d'appréhensions durables. Tant que je suis inquiet pour la vie de mon enfant, je demeure nerveux. On peut croire alors que je suis face à un danger important et que je pourrais devenir stressé. Mais en réalité, il s'agit d'un danger qui ne mobilise pas mon organisme de la même façon qu'en situaton d'urgence. Le danger appartient à l'avenir plus qu'au présent. C'est d'appréhension ou d'angoisse que je souffre et non de peur (qui suppose une menace présente). Je crains ce qui va se passer dans quelques heures, quelques jours ou quelques mois, et non dans quelques instants.

Cette différence entre la peur et l'angoisse est d'une importance majeure. Comme l'explique Michelle Larivey (voir L'anxiété et l'angoisse, les Vigiles de l'équilibre mental ) l'angoissse est le signe qu'on repousse une expérience présente. L'appréhension, dans l'exemple ci-dessus, nous amène à ne regarder que l'avenir parce qu'on croit que c'est là que se trouve l'important. Mais en réalité, ceci détourne notre attention de ce qui est le plus important et qui est déjà présent: une émotion que nous refusons de ressentir. Par exemple, il pourrait s'agir d'une peine immense que nous ne voulons pas nous laisser aller à ressentir, d'une fureur révoltée avec laquelle nous ne savons quoi faire, du sentiment de ne pas avoir été assez présent, etc. L'angoisse est alors le signe que nous fuyons ce qui nous habite et qui est important. C'est cette fuite qui est réellement malsaine.


Question: Expression suffisante

Vous écrivez que "faire l'expression suffisante" est très important pour résoudre les problèmes de stress. Pourriez-vous expliquer davantage ce que vous entendez par là? À quoi ressemble cette expression qui est au coeur de la solution au stress?

Réponse

Cette "expression suffisante" peut prendre un très grand nombre de formes. En effet, l'essentiel de cette étape est de poser des gestes qui concrétisent ouvertement les choix qu'on a faits à l'étape précédente (prendre les décisions). C'est l'application des décisions, devant les autres, particulièrement devant ceux qui contribuent à créer les pressions qu'on veut résoudre. Que ce soit en mots, en gestes, par écrit ou autrement, l'essentiel c'est qu'il s'agit d'une façon d'être où on assume ouvertement ses choix.

Dans certains cas, il s'agit avant tout d'être actif et expressif dans les situations de tension. Par exemple, c'est la solution préférée de Paul, le journaliste. Lorsqu'il devient nerveux parce que son échéance approche, il exprime sa nervosité, la manifeste dans ses gestes et la fait connaître à tout son entourage. C'est même devenu une espèce de blague entre lui et ses collègues.

Pour une autre personne, il s'agira surtout de résister ouvertement aux pressions que les autres tentent, volontairement on non, de lui imposer. C'est, par exemple, ce que fait Gisèle lorsque son conjoint envisage de raccourcir ou déplacer les vacances à cause des difficultés auxquelles il fait face au travail. Elle combat ces tentatives avec une telle vigueur qu'il en est venu à ne même plus essayer d'abréger les vacances ou les week-ends en famille.

Pour d'autres encore, il s'agira de confronter directement une personne qui est au coeur de la pression qu'ils subissent. Par exemple, Maurice aurait intérêt à aborder directement avec son patron le problème de relation qu'il n'arrive pas à résoudre. Idéalement, son action expressive ne consisterait pas à "éclater" en pleine réunion, au moment où sa capacité de tolérer sera dépassée. Il devrait plutôt chercher à devancer ce moment en obtenant une rencontre en privé pour essayer de s'expliquer avec son supérieur et, éventuellement, trouver avec lui des solutions pour l'avenir. S'il ne fait pas une telle démarche, il en viendra sûrement, tôt ou tard, à faire une scène dans une situation inadéquate ou à éteindre ses réactions au point d'en faire un "burnout" ou une dépression.

Enfin, une dernière forme que peut prendre cette expression suffisante, c'est d'assumer sa décision de ne plus tolérer la situation de pression qu'on ne peut plus accepter. Il s'agit alors de faire savoir aux personnes directement concernées (celles qui contribuent à créer cette pression) qu'on a décidé de ne plus tolérer ce stress.

Cette action expressive peut prendre la forme du combat ou de la fuite. Il s'agit d'un combat si on choisit de rester sur place et de résister aux pressions du milieu (un peu comme dans l'exemple de Maurice, ci-dessus). C'est la réaction de fuite si on décide de quitter ce milieu parce qu'on ne parvient pas à résister à ses pressions et à ses sollicitations. Cette fuite est parfois la seule solution saine, celle où on choisit de privilégier sa qualité de vie et son bonheur.


Question: Répartition des responsabilités et non des tâches

Vous semblez dire qu'il y a une différence importante entre se répartir des responsabilités et des tâches dans un couple. Vous laissez entendre que ça pourrait avoir des conséquences au niveau du stress. Est-ce que je comprends bien? J'aimerais avoir des explications.

Réponse

La différence est importante en effet. Depuis plusieurs années la participation des hommes et des femmes au marché du travail est de plus en plus équivalente. De même, le souci d'équilibre, d'équité et même d'équivalence entre les rôles joués par les membres des deux sexes grandit constamment. Il en résulte souvent, dans les familles et les couples modernes, une nouvelle répartition des tâches.

Cette répartition peut devenir un terrain de bataille infernal si on l'aborde avec une attitude mesquine. Elle peut aussi devenir très complexe et nécessiter des réajustements très fréquents si on cherche à répartir, en les équilibrant, toutes les tâches qui font partie de la vie familiale. Souvent, on en arrive ainsi à des répartitions qui, en fait, ne soulagent personne et augmentent le fardeau total et les tensions qui y sont rattachées.

En répartissant plutôt des zones de responsabilité, on permet à chacun de faire une organisation d'ensemble qui lui convient pour assumer ce qui lui revient et, en même temps, d'oublier complètement les domaines dont il n'a pas la responsabilité. De cette façon, la pression que chaque partenaire doit assumer à ce sujet est réduite au minimum et contribue de façon significative à diminuer chez chacun les risques de stress.

Par exemple, il est plus soulageant pour un couple de décider que tout ce qui concerne l'entretien de la maison est entièrement sous la responsabilité d'un des conjoints alors que tout ce qui touche l'alimentation de la famille doit être assumé par l'autre. Le fait de n'avoir pas à se soucier d'un de ces deux secteurs de la vie familiale est soulageant. Le fait de pouvoir organiser l'autre secteur librement et à sa guise, sans attendre de collaboration ou d'aide, est également un soulagement car il permet de faire les choses comme on le juge opportun, au moment qui nous convient, au rythme qui nous respecte et sans avoir à se justifier continuellement.

Mais cette solution ne peut convenir à tous. Il faut, pour l'appliquer, être prêt à abandonner le contrôle sur les façons de faire de l'autre. Il faut le laisser assumer ses responsabilités à sa façon: avec un rythme et des méthodes qui lui conviennent. Si on continue à surveiller comment l'autre s'y prend et quand il le fait, on n'est pas soulagé. On souffre au contraire de chaque différence de style et c'est plus fatiguant que de le faire soi-même.

Ceci suppose donc que la répartition des responsabilités est faite en tenant compte du désir de contrôle de chacun. La personne qui tient à ce que tel genre de choses soit fait d'une façon particulière doit absolument être celle qui en assume la responsabilité. Autrement, elle sera inconfortable et tendue devant la façon de faire de l'autre et ce dernier subira des pressions superflues à travers cette surveillance et les critiques qui en découleront inévitablement.


Question: Stress infantile

Que dites-vous sur le stress infantile? Est-ce le même que celui de l'adulte?

Réponse

Je ne travaille pas avec les enfants et je n'ai aucune expérience dans ce domaine. Mes réponses ne sont donc que des réflexions personnelles pour vous inviter à faire votre propre réflexion à ce sujet.

En principe, un enfant pourrait être "stressé" d'une façon analogue à celle des adultes. Rien n'empêche en effet qu'un enfant, dans certaines circonstances, se sente en danger et soit mobilisé pour réagir à ce danger; c'est une chose fréquente. De même, certains enfants plutôt "sages" peuvent être assez inhibés ou retenus dans leurs réactions pour que leur tension se transforme en stress si elle dure assez longtemps. Heureusement, la plupart des enfants sont relativement peu habiles à contrôler leurs réactions et à retenir longtemps leur action. C'est ce qui leur permet d'échapper au stress malgré des conflits intérieurs ou interpersonnels qui seraient bien suffisants pour en provoquer. Dans la plupart des cas, ces tensions et ces conflits se répercutent directement dans le comportement.

C'est une chance, car les problèmes de comportement sont plutôt évidents, contrairement au stress qui est une expérience essentiellement intérieure. De cette façon, les adultes qui entourent l'enfant sont en mesure de découvrir, avant qu'il soit trop tard, qu'il y a un problème à résoudre. S'il s'agissait de stress, les indices seraient beaucoup plus difficiles à déceler et les problèmes pourraient s'aggraver davantage avant qu'on les découvre.


Question: Stressé et introverti

Mon mari étant assez stressé et plus introverti que moi, il gère difficilement son stress. Croyez-vous qu'il y ait un rapport entre lesintrovertis et les gens stressés?

Réponse

Globalement, selon la conception du stress présentée dans l'article, on pourrait dire que oui: le fait d'être "introverti" peut prédisposer une personne au stress. En effet, si on comprend que la pression ne devient stressante que dans le cas où on inhibe la réaction naturelle (action intense de fuite ou de combat), on s'attend à ce qu'une personne dont les réactions se manifestent moins librement devienne plus facilement stressée. On pourrait dire la même chose de tous les types de personnes dont l'expression est retenue.

Cependant, il ne faut pas généraliser de façon excessive. Ce ne sont pas toutes les personnes stressées qui sont "introverties" et toutes les personnes "introverties" ne sont pas forcément stressées. D'autres facteurs sont importants: les pressions de l'environnement et de la situation, un sens du devoir où on passe par-dessus ses besoins, des valeurs qui ignorent la satisfaction, etc.


Question: Stress vs post-traumatique

Vous mentionnez très rapidement que les réactions post-traumatiques sont une réalité différente du stress dont vous traitez dans cet article et que ses causes et ses solutions sont également différentes. Pourtant, on parle généralement de stress post-traumatique. Pourriez-vous préciser quelles sont les différences.

Réponse

La différence principale est la suivante: le stress est le résultat d'une situation de tension durable alors que les réactions post-traumatiques viennent de situations extrêmes où l'intensité et la gravité de la menace suffisent à provoquer un déséquilibre important. Par exemple, être toujours obligé de fournir une performance élevée peut conduire au stress, mais il suffit parfois d'être pris en otage pendant quelques minutes pour subir un choc traumatique et souffrir d'une réaction de stress post-traumatique.

Les symptôme du stress post-traumatique incluent des réactions différentes comme les "flash-back", les cauchemars répétitifs et l'hypervigilance (un état d'alerte excessif et relativement constant). Il faut aussi comprendre qu'une partie importante de la solution s'appuie sur le fait de revivre, mais de façon active et expressive, les événements et les émotions qui ont été bloqués dans la situation traumatique.

Bien sûr, plusieurs autres dimensions sont présentes et plusieurs complications peuvent survenir, mais il demeure qu'il s'agit d'une réalité psychique différente du stress "ordinaire". Il est utile de les distinguer clairement pour bien les comprendre et y apporter les solutions appropriées.


Question: Maladie moderne

Le stress peut-il être considéré comme une maladie nouvelle qui découle du rythme de la vie moderne ?

Réponse

Hans Selye publiait en 1957 son premier livre sur le stress. Il est difficile de le considérer, plus de 40 ans plus tard, qu'il s'agit d'un problème nouveau. Cependant, il s'agit d'un phénomène de plus en plus connu. En ce sens, on peut le considérer comme un problème émergent.

Cependant, le rythme de vie dans les années 50 n'avait pas grand chose de commun avec celui que tous considèrent maintenant comme normal. On ne peut considérer raisonnablement que les conditions de vie actuelles soient au centre de cette réalité, même si elles peuvent contribuer à son importance.

Une maladie? Le stress n'est pas une maladie en lui-même, mais il peut conduire à plusieurs maladies s'il est mal géré trop longtemps. Ce qui peut être considéré comme une maladie, à part les nombreuses maladies qui peuvent découler du stress, c'est l'incapacité de tolérer un niveau de stress "normal". Mais alors, on parle généralement de burnout et non de stress: l'organisme dont on a trop dépassé les limites est devenu hypersensible à la pression. Les solutions sont alors différentes.


Question: Les causes physiologiques

N'est-il pas dernièrement question que le stress soit dû à une protéine synthétisée par la cellule?

Réponse

Il faut toujours interpréter les corrélations dont nous entendons parler dans les journaux avec la plus grande prudence. Souvent, on n'y distingue pas concommittance avec causalité. (La concommitance est le fait que deux phénomènes arrivent ensemble. La causalité ajoute que la présence de l'un entraîne celle de l'autre.)

Que le stress puisse s'accompagner, au niveau cellulaire comme aux autres, de phénomènes particuliers identifiables ne signifie aucunement que ces phénomènes soient des causes du stress. Ils pourraient aussi en être des effets. Ils pourraient même n'être liés au stress d'aucune façon, car les statistiques ne peuvent arriver à une telle certitude. C'est seulement par l'accumulation de plusieurs recherches bien faites qu'on pourrait arriver à une telle conclusion. Malheureusement, les revues de vulgarisation scientifique et les autres publications qui nous informent de ces recherches ne vont jamais aussi loin.

Pour une discussion plus approfondie des abus pseudo-scientifiques auxquels nous sommes exposés par les médias, voyez (en anglais) http://www.cmhc.com/pni/pni 32e.htm . Un texte peu facile mais très instructif écrit par quelqu'un qui est bien placé pour savoir.


Question: Le stress chez les personnes handicapées

Je voudrais savoir si les personnes handicapées ont une attitude particulière face aux situations stressantes.

Réponse

Nous n'avons pas étudié les particularités du stress chez les personnes handicapées. Il est cependant possible de donner des éléments de réflexion qui pourraient faire partie d'une réponse.

Les personnes handicapées peuvent être sujettes au stress comme les autres, mais on peut douter qu'elles le soient plus que bien d'autres groupes de personnes. Contrairement aux policiers, par exemple, qui sont nécessairement en situation propice au stress, une personne handicapée ne l'est pas automatiquement. Tout dépend des conditions particulières et de la façon dont l'individu y réagit.

Il ne faut pas oublier que la catégorie "handicapé" est un concept qui ne correspond pas nécessairement à une réalité psychique. Selon le handicap et selon la personnalité, les réactions seront très différentes et toute tentative de généralisation est risquée. Même le fait que cette personne handicapée souffre de stress ne peut être attribué d'emblée à son handicap.

Souffrir de stress, c'est dû à une façon inefficace de réagir; c'est à la portée de tout le monde. Il faut une perception du danger, une mobilisation de l'organisme et une inhibition de l'action (de combat ou de fuite). Ce n'est jamais les caractéristiques de la situation qui font une personne stressée; ce sont toujours ses propres façons de réagir à sa situation. Même quand les situations sont particulièrement difficiles (comme pour le policier évoqué plus haut), c'est encore l'adaptation de chaque individu à son expérience intérieure qui est l'élément crucial.

En somme, les statistiques sur la fréquence du stress pathologique peuvent nous dire qu'il est plus difficile pour plus de personnes de gérer adéquatement leur stress dans un contexte particulier. Mais c'est toujours au plan individuel que ça je joue et chacun est capable de trouver des solutions qui tiennent compte de sa situation et de ses capacités particulières.


Question: Causes physiques, psychiques ou sociales?

J'ai lu un article qui prétend que la guérison de certaines maladies physiques peut être favorisée par la résolution des conflits psychiques de la personne malade. Qu'en pensez-vous?

Réponse

Il y a longtemps qu'on a découvert l'importance des facteurs psychiques dans certaines maladies physiques. On a développé le concept de maladie psycho-somatique pour désigner les problèmes où les composantes psychiques et physiques sont indissociables. À une époque, on avait même tendance à rechercher les causes psychiques de tous les troubles physiques.

À une autre époque, certaines auteurs cherchaient à tout expliquer par l'influence de la société ou de l'éducation. Plusieurs recherches venaient alors confirmer l'importance de la société dans le développement de diverses maladies.

À l'heure actuelle, la mode est plutôt aux explications physiques. Un grand nombre de recherches signalent des causes physiologiques aux problèmes psychologiques. On identifie des hormones, des structures neurologiques ou même des gênes qui pourraient être les causes de ces problèmes.

Il s'agit de tendances qui se ressemblent et comportent toutes des dangers importants. Il faut comprendre que les organismes vivants en général et les humains en particulier sont des êtres complexes qui fonctionnent de façon unifiée. La distinction entre les forces psychiques, les formes physiologiques et les forces de l'environnement qui agissent sur un individu à un moment particulier est avant tout théorique. Nous distinguons ces dimensions pour essayer de mettre de l'ordre dans notre compréhension de ce qui se passe, mais notre organisme ne s'embarrasse pas de ces séparations artificielles; il fonctionne comme un tout. C'est comme un orchestre symphonique: on peut bien distinguer les cordes et les cuivres, mais il ne s'agit que de vues de l'esprit. La musique est la résultante unifiée de ce que font tous les instruments et de l'interaction entre chacun.

Nous considérons que les trois tendances ci-dessus correspondent à des points de vue et non à des réalités fondamentales. Chacun met une dimension en lumière et apporte avec lui des possibilités d'action particulières. Mais s'il est considéré comme seul facteur ou comme seule explication vraiment importante, il impose aussi des limites artificielles à ce qu'on peut faire.

Il faut noter également que, selon les lois de la statistique, il suffirait de multiplier les études pour en arriver à une "corrélation significative" (un lien scientifiquement acceptable) même lorsqu'il n'y a pas de lien réel. C'est pour cette raison qu'on donne toujours les résultats des sondages scientifiques avec des explications qui ressemblent à: "la marge d'erreur de ce sondage est de 3% 19 fois sur 20". Cette précaution signifie que, selon les lois statistiques utilisées par cette étude, les résultats d'un sondage sur vingt pourraient être faux sans qu'on puisse le savoir.

Si nous examinons une personne du point de vue des influences qu'elle a subi (société, éducation, famille), nous trouverons toujours des corrélations statistiques pour supporter notre hypothèse de départ. Ces études nous amèneront à identifier des "causes" particulières et nous conduiront à des "solutions" qui y sont reliées. À cause de la façon de poser la question, on découvre des facteurs qui dépendent de l'environnement et on invente des solutions qui s'appuient sur l'éducation ou sur l'organisation de la société.

De même, si on fait des études sur les facteurs neurologiques, les facteurs endocriniens ou la structure génétique, on trouvera forcément des corrélations de ce type. Les solutions seront alors entre les mains des neurologues, ou passeront par la manipulation génétique ou celle des hormones.

Il en va de même avec les explications psychologiques. Elles ne sont ni plus vraies ni plus fausses que les autres. Elles s'appuient sur les même méthodes statistiques et ont des marges d'erreur comparables. Comme les autres, elles nous amènent à envisager des solutions d'un genre particulier: agir sur le fonctionnement psychique.

Mais il existe une différence très importante: le pouvoir que nous pouvons y exercer nous-même.

La plupart du temps, les explications neurologiques, endocriniennes ou génétiques nous obligent à un acte de foi. Nous ne pouvons vraiment comprendre ni la cause ni le remède; il faut s'en remettre à un spécialiste qui décide de quoi nous souffrons et qui est seul à savoir comment y remédier. De même, les explications sociales ont tendance à nous échapper. Même si nous pouvons plus facilement les comprendre et évaluer dans quelle mesure elles nous semblent pertinentes, les solutions ne sont pas entre nos mains. Le gouvernement ou l'école sont les seuls à avoir les moyens d'agir.

Mais dans les cas des explications psychologiques, nous exerçons un pouvoir nettement plus grand. Tous les humains sont un peu spécialistes en psychologie, car ils sont conscients de ce qui se passe en eux. Ils peuvent donc souvent faire la différence entre une explication psychologique plausible ou non. Il leur suffit de se servir de leur intelligence et de leur expérience pour vérifier directement ce qu'on leur explique. Mais ils peuvent en plus contribuer de façon déterminante à la solution. Même lorsqu'ils font appel à un spécialiste, leur contribution active fait habituellement partie du traitement.

La réalité humaine est complexe et il faut se souvenir que les découpages de l'esprit que nous lui appliquons ne changent pas le fait qu'elle fonctionne comme un ensemble où chaque partie est liée à toutes les autres. Mais si nous devons choisir des explications partielles, nous croyons que les explications psychologiques sont les plus avantageuses à cause du pouvoir qu'elles nous donnent sur notre destin.


Question: Stress et compétition

Vous dites que l'exercice physique intense (incluant certains sports) permet la dépense d'énergie nécessaire en réponse à la mobilisation générale de l'organisme. Il s'agit donc d'un moyen de limiter le stress. Mais est-ce la même chose pour les gens qui font de la compétition sportive ? Il me semble que la compétition est une situation très stressante en soi.

Réponse

Encore une fois, il faut distinguer les "facteurs stressants" et le stress. Toute situation de compétition comporte des facteurs stressants. Plus l'enjeu est important, plus la possibilité de stress est élevée, mais pour atteindre les meilleurs résultats possibles la personne doit être habile à gérer ce stress. Autrement, sa performance sera inférieure à ce qu'elle aurait pu faire sans ce stress (à l'entraînement par exemple).

Pour devenir un athlète d'élite, il faut nécessairement apprendre à gérer efficacement le stress inhérent à la compétition. Mais tous n'y parviennent pas de la même façon. Par exemple, si on observe quelques athlètes pendant une période un peu longue, on en vient à distinguer clairement ceux que les compétitions importantes stimulent à se dépasser des autres qui ont tendance à "figer" lors des "grandes occasions". Qu'est-ce qui fait la différence?

Il semble que certains athlètes aient de la difficulté à se mobiliser complètement pour un événement sportif "ordinaire"; ils ont besoin d'un enjeu plus important pour être suffisamment stimulés. La mobilisation globale de l'organisme ne se fait vraiment que dans les rares moments où l'enjeu est majeur. Ces athlètes ne sont pas "stressés" par les grands championnats, ils sont au contraire plus stimulés et donnent souvent leur meilleure performance à cette occasion. Ce qui peut les exposer au stress, cependant, ce sont les critiques qu'ils subissent pour leurs performances plus "ordinaires" entre les moments de grande gloire. Ils doivent apprendre à vivre avec ces critiques sans être trop menacés (donc mobilisés par la peur de la critique).

D'autres ont une meilleure performance dans les situations plus "ordinaires". Ils ont tendance à se mobiliser facilement et à bien transformer leur mobilisation en action intense. Leurs difficultés commencent au moment où l'enjeu est plus important. Leur intensité augmente tellement qu'ils sont en déséquilibre et n'arrivent plus à investir toute cette énergie dans l'action. On dit alors qu'ils "figent": ils se mettent à essayer, plus ou moins consciemment, de contrôler leur intensité. Ils sont alors en grand danger de souffrir de stress dû à la compétition ou à ce qu'ils appellent généralement "la pression".

Mais les "moments importants" ne sont pas réservés aux athlètes. Un grand nombre de personnes vivent quotidiennement des situations aussi exigeantes que la compétition sportive. C'est le cas d'un grand nombre de gestionnaires, de la plupart des politiciens, des personnes qui travaillent dans les services d'urgence (policiers, pompiers, médecins, infirmières, etc.). Leur situation est comparable à celle des athlètes de haut niveau et leur efficacité dans la gestion du stress est tout aussi essentielle.

Nous vivons tous des situations d'urgence et nous pouvons tous reconnaître en nous les réactions qui sont attribuées ci-dessus aux athlètes. En sachant à quel type nous appartenons, nous sommes mieux en mesure de découvrir les moyens qui nous aideront le mieux à gérer adéquatement nos "moments importants" pour éviter de souffrir de stress.


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    Le psy virtuel est à votre disposition. Pour 50$ (canadiens) un de nos psychologues consacrera 30 minutes à vous répondre s'il estime pouvoir vous être vraiment utile. Il s'agit d'un genre de consultation individuelle et vous aurez la réponse en 3 jours.

    Voyez les détails ici: http://redpsy.com/virtuel/question.html


  2. Une question de clarification ou d'approfondissement dont la réponse est publiée sur le site.

    Les auteurs des articles répondent gratuitement aux questions d'intérêt général. Les réponses sont des principes généraux dont chacun doit évaluer la pertinence pour sa propre situation. Il s'agit d'une intervention éducative et non d'une consultation personnelle. Les psychologues répondent à la fin du mois aux questions qui concernent l'article du mois courant. Ils répondent aux autres questions au moment qui leur convient.

    Il vous suffit de nous faire parvenir votre question à



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