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Par Michelle Larivey , psychologue Cet article est tiré du magazine électronique " La lettre du psy" Volume 7, No 8: Septembre 2003 | Avant d'imprimer ce document | Mise en garde | Autres articles |
"Le transfert dans les relations" "Aux sources du transfert" Table des matières
A- La résolution du transfert Vos questions liées à cet article et nos réponses ! |
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Introduction Le transfert a mauvaise réputation. Aux yeux de la plupart des gens, il est symbole de frustration et de conflits insolubles. Loin d'être associé à une possibilité de plaisir ou de satisfaction, on le vois en général comme une impasse dont la seule issue est la résignation. En Auto-développement, nous avons une toute autre vision de ce phénomène. Nous considérons le transfert comme la manifestation d'une force de croissance et le travail de résolution que nous proposons accélère significativement le développement psychique des personnes qui le réalisent. L'expérience nous enseigne en outre que le transfert peut être l'occasion de plaisirs très intenses et de profondes satisfactions. Ce plaisir est le sous-produit de l'intensité émotionnelle que permet l'expression directe du besoin jusque-là renié. La satisfaction de remplacer les précautions défensives par un contact réel où on se respecte intégralement est une plénitude qui peut, lorsqu'on obtient en plus la réponse à notre besoin, friser l'extase. En outre, comme la résolution du transfert équivaut à la récupération de notre capacité de combler nos besoins affectifs et d'y prendre plaisir, c'est un contrat de jouissance assidue que nous signons avec nous-même en y travaillant. |
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A- La résolution du transfert
Ce respect intégral de nous-même devant une personne qui représente notre parent est l'ingrédient essentiel au succès. C'est à travers une expression authentique que nous y parvenons. Pour plus de détails à propos de notre vision de la résolution du transfert, on peut consulter "Résoudre son transfert". Plusieurs autres articles disponibles sur le même site décrivent les aspects particuliers des divers types de transfert. La personne qui s'intéresse à une vision plus théorique de ce phénomène, appréciera la lecture du chapitre "Résolution du transfert"dans "L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne". On trouve une mise à jour importante de notre conception de la résolution du transfert dans "L'autodéveloppement : 20 ans plus tard", par Jean Garneau et Michelle Larivey ( Revue québécoise de psychologie, vol. 20, No 2, pp 65-96 ). Pour comprendre comment se manifeste le transfert dans la vie de tous les jours, on peut lire une série de trois articles qui commence par "Le transfert dans les relations".
Mais le changement nécessaire n'est pas facile à imaginer. Il faut souvent un encadrement thérapeutique pour arriver à se le représenter. Dans bien des cas, l'aide du psychothérapeute est aussi nécessaire pour fournir les instruments et le soutien nécessaires à la démarche. Enfin, l'apport du psychothérapeute est utile pour explorer les résistances qui viennent constamment nous déstabiliser et nous éloigner de notre objectif principal. Dans cette section, je vais énumérer les conditions nécessaires sans trop les élaborer. C'est dans la section suivante que je vais les illustrer plus complètement.
La résolution du transfert repose sur le remplacement des comportements transférentiels stéréotypés par un contact réel. Essentiellement, cela exige que nous devenions expressifs de notre besoin réel.
Il faut ici faire la distinction entre faire une demande et exprimer le besoin. Par exemple, demander de l'attention, des fleurs, ou une caresse ne révèle aucunement le besoin que ces gestes sont appelés à combler. L'expression du besoin ressemblerait plutôt à ce qui suit:
Nous avons habituellement tendance à éviter surtout les risques suivants: perdre la face, se ridiculiser, être jugé comme infantile, immature et même malade, déranger, être rejeté, se sentir trop vulnérable, vivre trop d'intensité émotive ou plonger dans l'inconnu. Ce sont tous des risques réels, des suites possibles à notre expression, donc des motifs plausibles pour continuer à nous renier devant les personnes auxquelles nous accordons le plus d'importance. Même si tous ces risques existent, nous ne pouvons éviter de les prendre si nous voulons évoluer dans notre transfert. Ce sont les mêmes risques que nous avons tenté d'éviter lorsque nous étions enfants et devant lesquels nous continuons de reculer dans notre vie adulte. Perpétuer cet évitement ne peut que maintenir l'état inconfortable dans lequel nous nous trouvons. En reculant devant ces risques, nous sommes condamnés à demeurer affectivement un enfant; un être incapable d'assumer ses besoins affectifs devant ses parents. Les droits d'exister que nous procure la résolution du transfert exigent en effet que nous puissions nous respecter entièrement, envers et contre tout. Tout raccourci à cet égard nous prive de la liberté qui résulterait d'une véritable résolution de notre transfert.
Mais il arrive souvent que d'autres émotions prennent alors une place importante (en plus du plaisir ou même avant que ce dernier n'appraisse). Ces réactions sont imprévisibles; il peut s'agir, par exemple, de tristesse, d'attendrissement ou de colère. Elles font partie de l'expérience et il ne faut pas négliger de les éprouver à fond ni de leur accorder une place adéquate dans notre expression. Il en est de même des émotions déclenchées par des gestes que nous n'avons pas recherchés. Ce sont un peu comme des cadeaux pour lesquels nous n'avons eu à faire aucun effort particulier. Cette fois, le risque consiste à oser manifester l'importance qu'ont ces gestes pour nous et à recevoir ouvertement ces satisfactions inattendues. Il peut s'agir, par exemple, d'un compliment, d'un geste affectueux, d'une manifestation de reconnaissance. Si ce geste touche notre besoin, il est important de faire une place à l'expression de notre satisfaction car celle-ci nous permet de faire un pas de plus dans la résolution de notre transfert. Par ailleurs, il ne faut pas oublier les diverses satisfactions qui viennent du fait que nous avons pris le risque de nous dévoiler, de nous exprimer, d'oser être ouvertement ce que nous sommes intérieurement. Elles méritent d'être vécues pleinement non seulement parce qu'elles sont agréables, mais aussi parce qu'elles rendent les prochains risques un peu plus faciles.
Mais par ailleurs, le comportement transférentiel est constitué d'attitudes et de gestes dont la raison d'être principale est défensive. Au départ, il vise à nous protéger de ce que nous pourrions ressentir et à éviter la responsabilité de voir à notre satisfaction. C'est dans ce sens qu'il doit être considéré comme un amas de résistances même si, au fond, il est un produit de notre tendance actualisante, toujours à la recherche d'une solution plus complète et plus harmonieuse.. La résistance est inhérente à toute démarche de croissance, mais elle est encore plus importante dans la résolution du transfert. Cette dernière est en effet une entreprise difficile parce qu'elle demande qu'on se compromette, qu'elle exige de créer un contact de haute qualité et qu'elle suscite un grand sentiment de vulnérabilité. C'est pourquoi chacun a nécessairement recours à ses mécanismes de défense préférées pour se faciliter la tâche dans cette exigeante démarche. Les résistances les plus typiques dans la résolution du transfert sont celles qui touchent les conditions essentielles au succès. Ainsi nous avons tendance à nier, à camoufler ou à déguiser notre besoin, nous sommes portés à attendre passivement (sinon avec hostilité) une prise en charge par l'autre, nous sommes vivement tentés de neutraliser nos réactions lorsque nous recevons une réponse (inattendue ou même activement recherchée à travers des risques assumés). Ces résistances réapparaissent irrégulièrement tout au long de la démarche de résolution. Elles sont inévitables et on ne peut que les reconnaître, les accepter et les explorer si nécessaire. Nous verrons comment dans l'exemple concret d'exploration qui constitue la section qui suit. |
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B- Un exemple de résolution de transfert Devenue consciente de son transfert sur son mari, Josiane décide de travailler à le résoudre. Depuis trop longtemps elle constate avec chagrin que leur relation s'étiole; elle compte donc sur cette démarche personnelle pour la transformer. Ce qui la fait le plus souffrir c'est de se rendre compte qu'elle fonctionne comme une automate (elle a l'impression qu'il en est de même pour son mari). Elle est aussi inquiète du fait qu'elle devient vite désabusée lorsqu'elle ne s'occupe pas à divers projets. Bref elle a elle-même l'impression de stagner tout comme sa relation avec Jules. Cette étape préliminaire est nécessaire: la résolution du transfert doit s'appuyer sur une conscience claire de l'existence d'un transfert. Il faut non seulement savoir que la relation est de nature transférentielle (plutôt que la relation adulte réelle qu'elle prétend être); il faut également accepter ce fait comme une réalité (plutôt que d'en contester l'existence).
Une fois le transfert découvert en tant que réalité psychique expliquant les événements importants dans la relation, on peut décider de travailler activement à sa résolution. Le premier pas dans cette démarche consiste à découvrir quels sont les besoins en cause et à les accepter.
Malgré sa conscience nouvelle, elle a du mal à accepter son besoin. Elle regimbe souvent, le qualifiant "d'infantile", invoquant l'impossibilité de changer le passé, la difficulté de se laisser voir ainsi sans se ridiculiser, etc... Durant une longue période, seul le regard imperturbable de son thérapeute sur la légitimité de ce besoin l'aide parfois à quitter sa résistance. Et chaque fois qu'elle y consent, elle s'attendrit; elle s'en émeut parfois au point de pleurer. À cette étape de notre développement (il en sera autrement une fois le droit à l'existence conquis), il faut une bonne dose de courage pour oser nous afficher dans un tel état de vulnérabilité affective. Mais il s'agit le plus souvent de la projection sur l'autre de nos propres objections. Il n'est pas rare que le conjoint se montre surpris mais pas nécessairement fermé (surtout s'il est bien informé sur la nature du transfert). Comme nous le verrons plus loin, c'est justement en faisant connaître à son mari la présence de son transfert que Josiane décide de briser sa propre glace. Mais je voudrais d'abord préciser en quoi consiste l'exploration puisque cette méthode est essentielle à une véritable résolution du transfert.
L'exploration est une méthode de découverte de soi ainsi qu'une activité qui favorise l'évolution personnelle. Du point de vue de la découverte, elle se distingue de l'introspection par son caractère actif. Elle poursuit le même but: mettre à jour les expériences présentes et passées qui ont une influence sur notre vie actuelle. Mais tandis que l'introspection se heurte à la limite inévitable des souvenirs, l'exploration ajoute l'action actuelle et son effet sur l'expérience immédiate. C'est cette action qui permet non seulement de faire resurgir au présent des expériences émotionnelles enfouies, mais aussi d'en examiner les diverses facettes à travers des événements qui n'avaient jamais eu lieu auparavant. L'exploration repose donc sur l'expérimentation consciente en vue de découvrir des avenues jusque-là inconnues et de nouvelles possibilités permettant d'actualiser un potentiel de vie. C'est à cette double fonction que l'exploration est consacrée dans le processus de résolution du transfert. Nous verrons, à travers le développement de notre exemple, quelles formes peut prendre cette exploration et quels avantages indéniables elle procure.
Elle lui annonce ensuite le travail qu'elle veut faire pour résoudre ce transfert. Elle insiste particulièrement sur le fait que la responsabilité de sa satisfaction repose entièrement sur elle et qu'il n'est aucunement obligé de lui donner ce dont elle a besoin. C'est par conviction plus que par goût, après avoir longuement hésité, qu'elle ajoute avec insistance qu'il ne l'aiderait aucunement dans sa démarche en tentant de lui faciliter les choses, notamment en essayant de deviner son besoin et prenant les devants pour y répondre.
Nous sommes donc chargés d'une expérience incomplète pour chaque situation où nous avons négligé de nous occuper de notre besoin en contact direct avec notre parent où avec ses substituts. Les multiples expressions faites dans le cadre de la résolution du transfert permettront de compléter ces situations; une étape nécessaire pour nous permettre de retrouver l'équilibre affectif. (Voir "Aux sources du transfert".) Mais il est impossible d'avoir accès d'un seul coup à tout ce vécu où notre expression est demeurée incomplète, où nous avons omis de prendre les risques qui s'imposaient. Même l'introspection la plus approfondie ne peut dévoiler toutes ces situations et tout le bagage d'expérience qu'elles comportent. Mais l'exploration active du transfert est susceptible de le faire car elle nous permet d'ajouter de nouvelles situations et de nouvelles expériences pertinentes qui s'appuient sur ce que nous avons déjà découvert.
Ce travail d'exploration active (incluant l'expression nécessaire) ne peut être déterminé à l'avance ni dicté de l'extérieur, par exemple par le psychothérapeute. Seule l'attention à notre expérience immédiate est capable d'orienter adéquatement ce travail. Elle permet d'identifier le vécu immédiat, qu'il s'agisse d'une expérience actuelle ou de l'émergence d'un vécu archaïque. C'est ce qui permet ensuite d'aider expérience à se développer et à se compléter à travers le processus de croissance. (Voir "La vie d'une émotion".) Le transfert se résout donc à travers une série de boucles successives, chacune prenant la forme d'un circuit complet du processus de croissance. Voyons plus concrètement à quoi peut ressembler ce travail sur soi-même.
Puis, choisissant un moment propice à l'intimité, elle lui avoue ces sentiments. "J'étais jalouse de la patience que tu manifestait en écoutant Élodie au dîner. Cela m'a rendue furieuse de voir que tu avais tout le temps pour elle alors que tu m'as expédiée cavalièrement ce matin lorsque j'ai tenté de te parler du bureau! J'ai l'impression de n'avoir pas d'importance à tes yeuxp; cela me fâche et en même temps me chagrine." "Je sais que je suis quelque peu injuste. Tu es souvent disponible. Mais je n'y peux rien, c'est ce que je ressens. Je t'en veux comme j'en voulais à mon père d'être toujours là pour mon frère alors qu'il était évident que je ne l'intéressais aucunement." C'est difficile de te dire tout ça, mais j'en suis quand même contente. Je suis soulagée de te révéler ce que je cache toujours. Car je suis souvent jalouse envers les autres personnes que tu aimes et qui prennent de la place dans ta vie." Elle pourrait fort bien adresser les mêmes propos à son père (que ce soit en personne ou en l'imaginant présent). C'est en étant attentive à ce qu'elle éprouve qu'elle peut vérifier si cette expression aurait réellement du sens pour elle maintenant. Il arrive assez souvent en effet que nous éprouvions le besoin de nous adresser aussi à notre parent réel. Il est important de suivre cet élan pour nous permettre de compléter notre travail de résolution.
Cette révélation lui procure une grande satisfaction et le rapprochement avec son mari qui s'ensuit est un moment de bonheur inouï. Cela l'encourage à continuer de s'ouvrir ainsi.
Mais ce n'est pas la seule chose qui l'encourage à continuer. À travers ces nouvelles expériences elle découvre des aspects de son expérience qui n'étaient pas très clairs jusque-là et d'autres qu'elle ne soupçonnait même pas. Par exemple elle ne savait pas, avant de l'avouer à Jules, qu'elle était en compétition avec sa fille comme elle l'a été avec son frère pour l'attention de leur père. Elle ne savait pas non plus, avant de l'avouer ouvertement, qu'elle s'était déjà sentie aimée par son père. Un chaud souvenir d'être dans ses gros bras tendres l'a envahie sans qu'elle s'y attende. De ce souvenir est né une nouvelle expérience qu'elle est tentée de repousser tellement elle la trouve bouleversante.
Une fois l'idée un peu plus apprivoisée, elle décide, malgré sa peur, de lui faire connaître son idée obsédante (tout en étant bien déterminée à ne jamais mettre son désir à exécution). Secrètement, elle souhaite qu'il fasse les premiers pas et la prenne dans ses bras. Mais il ne le fait pas! Elle lui en veut et se ferme durant un certain temps.
Du point de vue de l'épanouissement de Josiane, nous devons en effet souhaiter que son mari ne réponde pas à son attente de faire les premiers pas. Ce n'est pas par incompréhension ou par cruauté que nous lui souhaitons cet échec. C'est parce que le fait de lui enlever son risque la priverait en même temps du bénéfice de son action. Même s'il est très important pour Josiane d'être enveloppée dans les bras de son père substitut, il est encore plus important qu'elle assume vraiment ce besoin. C'est le fait d'assumer son besoin plus que de recevoir l'affection désirée qui lui permettra de faire un pas dans la conquête de son droit à l'existence. Josiane connaît bien, par ses lectures, ce principe fondamental de la résolution du transfert. Cela ne l'empêche pas de "faire une commande" à Jules. Elle lui demande d'être plus attentif à elle, de lui manifester plus régulièrement son affection, de la réconforter dès qu'il la perçoit soucieuse, etc... Il s'agit d'une résistance astucieuse! En effet, Josiane peut affirmer qu'elle a fait la demande, donc qu'elle a pris la responsabilité de son besoin. En réalité, sa "commande" lui sert à éviter de s'impliquer chaque fois que son besoin apparaît. Elle remet ainsi à Jules la responsabilité d'identifier le besoin de sa femme et d'y répondre. S'il est peu enclin à la docilité, Jules refusera certainement de se conformer à un tel ordre (et il en paiera probablement le prix). Il s'agit alors d'un refus instinctif qu'il serait habituellement incapable de justifier. C'est au psychothérapeute que revient alors la charge de confronter cette nouvelle résistance insidieuse et d'inciter son client à faire ses demandes chaque fois que le besoin émerge.
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