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Agressivité et affirmation
Par Michelle Larivey, psychologue

Cet article est tiré du magazine électronique
" La lettre du psy"
Volume 2, No 10: Octobre 1998


Résumé de l'article

La colère et l'agressivité sont des expériences trop souvent méprisées. Assimilées à la violence ou au manque de contrôle elles font partie des parias de la vie émotive. Pourtant l'agressivité est essentielle à la poursuite de nos objectifs de vie. Pourtant, la colère, comme toutes les autres émotions, joue un rôle important pour nous informer des obstacles à notre satisfaction.

Le texte distingue la colère, l'agressivité, la violence et l'hostilité. Il apporte également des précisions sur les déviations malsaines de l'agressivité et sur leurs conséquences au plan personnel et interpersonnel.


Table des matières
    A. Qu'est-ce que l'agressivité
    B. Les différentes manifestations d'agressivité
    1. Les manifestations saines
    2. Les manifestations malsaines
    C. La peur de l'agressivité
    D. La fuite dans l'agressivité
    E. Conclusion: l'agressivité au service de la vie

Vous pouvez aussi voir:
Vos questions liées à cet article et nos réponses !




A- Qu'est-ce que l'agressivité


L'agressivité est une force de vie. C'est l'énergie qui nous permet de demeurer vivant, qui nous pousse à nous protéger des dangers et à faire les efforts nécessaires pour atteindre nos objectifs. Cette énergie est disponible chez chacun d'entre nous.

  • C'est elle qui fait qu'un père travaille dur pour le bien-être des siens.
  • C'est elle qui anime le cancéreux livrant une bataille pour sa survie.
  • C'est elle qui permet au coureur de marathon d'étirer son souffle jusqu'à la ligne d'arrivée.
  • C'est elle qui pousse l'amoureux à prendre des risques pour séduire sa belle.
L'agressivité est la force qui sert à vaincre les obstacles à la satisfaction des besoins.

C'est une énergie éminemment précieuse et indispensable à la vie. Elle est d'ailleurs présente chez tous les êtres vivants. Chez l'animal et chez l'humain, elle prend la forme d'un dynamisme au service des besoins. C'est grâce à son agressivité que l'animal chasse sa proie et défend son territoire. Pour cela, il mobilise ses forces et les concentre sur l'attaque ou la défense, selon la situation.

De la même façon, c'est l'agressivité qui sous-tend les efforts de l'humain pour conserver et entretenir sa vie. Il lui faut se mobiliser, prendre des risques, parfois affronter, parfois fuir, d'autres fois combattre. Avancer, conserver ses acquis ou défendre ce qui lui tient à coeur demande un constant investissement d'énergie.

Éliminer l'agressivité de l'homme ferait de lui un être vulnérable et incapable de se charger à la fois de sa protection et de la qualité de son existence. C'est le sort du koala, animal maintenant dépourvu totalement d'agressivité. Aussi, l'espèce est-elle menacée d'extinction.

Si l'agressivité est une caractéristique inhérente aux êtres vivants, comment est- il possible que des gens se retrouvent dans un état quasi léthargique, à se bercer, à se gaver de médicaments? Si cette force de vie existe dans chacun d'entre nous, comment quelqu'un peut-il se donner la mort? Il ne peut en être ainsi que parce que ceux qui en sont rendus à ce point ont réussi à dévier leur agressivité. Au lieu d'être au service de leur vitalité, elle se présente maintenant sous une forme apparemment auto-destructrice.

De fait, ils cherchent à fuir leur souffrance et leur impuissance. La force de vie est encore là, mais par des stratagèmes dont seulement les humains sont capables, elle est soit éteinte, soit détournée de son but primordial. L'être humain est capable, en effet, de contrôler volontairement son agressivité jusqu'à ne plus y avoir accès. Il est capable aussi, de dévier son orientation pour atteindre d'autres buts qu'il s'est fixés.

Autrefois, la psychiatrie avait recours à la lobotomie pour arriver à contrôler certaines personnes trop agressives. Par cette opération, on rendait inopérant le lobe frontal du cerveau. La personne perdait son agressivité...mais par la même occasion, la motivation à s'investir dans sa vie. On peut voir cette triste transformation d'un être, dans le film biographique d'une actrice américaine intitulé "Frances". On y raconte l'histoire d'une femme énergique et très active qui se retrouve éteinte et léthargique. L'opération l'a transformée en une douce automate.


B- Les différentes manifestations d'agressivité


1- Les manifestations saines

a) Ressentir la colère

La colère est l'émotion qui surgit quand on rencontre un obstacle à notre satisfaction. Il y a plusieurs émotions qui contiennent de la colère et rendent compte d'un vécu particulier par rapport aux obstacles à notre satisfaction. Le Guide des émotions donne un aperçu des différentes émotions et de leur fonction spécifique.

Toutes ces émotions sont saines en elles-mêmes. Il est important de les ressentir complètement pour qu'elles nous informent sur la nature de l'obstruction à notre satisfaction. C'est le fait de les ressentir à toutes les étapes de leur développement qui nous permettra de choisir l'action la plus appropriée pour tenir compte de la frustration que nous subissons. (Cliquez pour voir une illustration d'une boucle de processus émotionnel.)

Ma déception me dit que j'aurais souhaité que mon voisin continue de s'intéresser à moi.

Mon impatience durant ce spectacle me rappelle que j'ai accompagné mon épouse uniquement pour lui faire plaisir.

J'éprouve un grande rage par rapport à ma famille qui m'évince de toutes les décisions concernant la succession de notre tante.

Je suis révoltée d'obtenir si peu de reconnaissance de mon fils adolescent pour lequel j'ai tant fait.

Une fois que mon émotion m'a permis de cerner à la fois ma frustration et l'obstacle à ma satisfaction, je suis suffisamment informée pour agir. Voici quelques exemples des choix que je pourrais faire.

Au lieu de demeurer passive en attendant les avances de mon voisin, je prends mon courage à deux mains et deviens moi-même entreprenante.

Voyant ce qu'il m'en coûte d'assister à un spectacle uniquement pour plaire à mon épouse, je décide de ne plus faire ce type de compromis. Dorénavant, j'aurai le courage de résister à ses pressions. De plus, comme je désire avoir des activités de détente avec elle, je m'efforcerai de trouver des activités qui nous plaisent à tous les deux.

Même si cela me répugne, au lieu de rester confinée dans cette rage impuissante, j'entreprends des procédures pour faire respecter mes droits.

Je marche sur mon coeur et décide de prendre une nouvelle attitude avec mon ingrat de fils. Désormais, c'est moi qui passe en premier!

b) Agir ou s'affirmer

Les actions prises, dans les exemples ci-dessus, mettent toutes en lumière le fait qu'il faut agir pour que les choses qui nous tiennent à coeur se produisent. Si on ne fait que laisser aller, si on ne se fie qu'aux initiatives des autres, la plupart du temps on sera frustré. Personne au monde ne peut connaître mes besoins mieux que moi!

L'affirmation est la forme que prend l'agressivité quand on prend nos besoins en charge. Comme les exemples précédents l'illustrent, on s'affirme en prenant des initiatives, en affrontant la réaction de l'autre, en s'objectant, en prenant des risques, en donnant son point de vue, en faisant des demandes, inventant des solutions, et même en osant être ce que l'on est.

Agir et s'affirmer pour tenir compte de ce qui nous importe, c'est mettre notre agressivité au service de nos besoins. Plus cette énergie est au service de nos besoins, moins nous avons l'occasion d'éprouver de la colère.

La satisfaction obtenue toutefois n'est pas toujours celle que l'on souhaite idéalement. Lorsque d'autres personnes ont un rôle à jouer dans la satisfaction de nos besoins, notre pouvoir est naturellement limité par leur volonté et leurs propres besoins.

Par exemple, je préférerais que mon fils soit moins égocentrique. En étant ainsi, il fait obstacle à ma satisfaction. Ma capacité de l'influencer est toutefois limitée par sa propre volonté. Aussi, pour contrer l'obstacle qu'il constitue, c'est sur moi et non sur lui que je devrai agir. En choisissant de ne plus me sacrifier pour lui plaire, je serai moins encline à espérer sa gratitude. Par le fait même, je serai aussi moins frustrée et moins en colère contre lui.

Dans l'autre exemple, ce n'est pas de gaieté de coeur que je fais appel à des avocats pour me défendre contre les membres de ma famille. C'est parce que je ne parviens pas à plaider ma cause auprès d'eux, donc à vaincre l'obstacle qu'ils constituent, que je dois agir sur une autre cible.

c) Exprimer sa colère

L'expression de la colère est parfois importante et nécessaire. On sait que l'apparition d'une émotion est le début d'un cheminement qui doit se compléter par une action appropriée. En effet, l'émotion nous informe et en traitant cette information on trouve ce qu'il nous faut faire pour tenir compte de ce qui nous importe. Parfois, c'est l'expression de la colère qui s'avère l'action adéquate.

L'expression de la colère est souvent l'action appropriée pour deux raisons. D'abord parce qu'elle entraîne une libération de la charge émotive. Deuxièmement parce qu'elle informe ceux qui sont responsables de notre insatisfaction de l'effet de leur comportement sur nous. Ainsi informés, ils peuvent décider de contribuer à notre satisfaction.

Mon enfant me sollicite en me laissant aucun répit. Je me fâche.

Mon amant a une peur bleue que je m'attache à lui. Je lui exprime ma peine d'être privée de lui à cause de cela ainsi que ma colère de le voir céder à sa peur plutôt que de travailler à la dépasser.

Le consultant dont j'ai retenu les services à gros prix me fournit un travail de mauvaise qualité. Je lui dit fermement ma façon de penser et refuse de lui payer la totalité de ses honoraires.

Je me fais jouer un sale tour. Je fais une scène.

Pour que l'expression joue ces deux rôles de libération et d'influence sur l'autre qui constitue un obstacle à ma satisfaction, il y a toutefois deux conditions. D'abord, que l'autre ait réellement une responsabilité dans le problème que je vis. Cette conditions est très importante et nous l'ignorons souvent dans nos rapports avec autrui. Très souvent nous attribuons aux autres la responsabilité de voir à nos besoins. Nous concentrons notre agressivité à nous acharner sur eux pour qu'ils prennent notre satisfaction en main.

Il n'est pas toujours facile d'identifier les gestes à poser pour être satisfait. Il n'est pas toujours facile non plus d'identifier qui est réellement responsable de poser ces gestes. La grosseur de nos besoins, leur nature véritable, nos peurs de l'implication émotive de même qu'une certaine confusion sur ce qui nous permettrait réellement d'être satisfait nous conduisent souvent dans des impasses avec les autres. On leur reproche les gestes qu'ils font ou ne font pas pour réponde à nos besoins. Cela est particulièrement vrai dans les relations qui ont de l'importance pour nous. Le chapitre de "L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne", portant sur le phénomène du transfert dans les relations interpersonnelles, donne un bon aperçu de cette problématique.

Pour que mon expression me libère tout en donnant l'heure juste à mon interlocuteur elle doit rencontrer une deuxième condition: être adéquate. Les qualités de ce que je considère une bonne expression sont décrites dans la section "action unifiante" du chapitre de "L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne", portant sur le processus émotionnel . L'expression fera l'objet d'un article dans un prochain numéro de La lettre du psy.

2- Les manifestations malsaines de l'agressivité

Certaines façons de traiter l'agressivité sont malsaines. Elles le sont pour la personne qui transforme son agressivité, mais elles le sont souvent aussi pour son entourage. On peut distinguer trois façons principales de mal composer avec son agressivité: la déguiser, tenter de l'éliminer et la retourner contre soi.

a) L'agressivité déguisée

Les pleurs qui remplacent la colère sont un exemple typique d'agressivité déguisée. Les pleurs favorisent une décharge de l'émotion, du moins de son intensité. À cause de cela, elles entraînent un certain soulagement. Par contre, pleurer dans le cas où on est mécontent ou franchement choqué, constitue une réaction d'apitoiement. Dans ce cas, l'énergie n'est pas mise au service de la satisfaction car l'insatisfaction est déplorée tout au plus. L'agressivité est alors au service du "statique".

L'hostilité est une autre manifestation voilée de la colère. La personne qui a un comportement hostile est assurément mécontente, mais elle choisit de ne pas révéler ouvertement ce mécontentement. Elle s'abstient de faire une colère mais son mécontentement transparaît dans ses actes. Elle lance des pointes, elle est sèche dans ses réactions, elle fait des remarques acides. Elle peut aussi se refermer sur elle-même et bouder. Dans tous ces cas malgré qu'on cherche à la cacher, l'agressivité suinte.

Même si l'hostilité est invisible, ou "visible qu'avec le coeur", elle constitue une arme puissante dans un contentieux entre des personnes. En effet, celui qui est agressé par l'hostilité peut difficilement se défendre. Il est maintenu impuissant par l'impossibilité de repérer une agression évidente. Cette situation est voulue par la personne hostile car elle ne veut pas assumer le fait qu'elle est en colère, mécontente ou déçue. Il faut beaucoup de sécurité chez la personne qui subit l'attaque d'hostilité pour la dénoncer.

L'agressivité ainsi vécue entre des personnes peut transformer la relation en une liaison toxique si l'hostilité n'est pas dénoncée et confrontée.

b) L'élimination de l'agressivité

Certaines gens ont une telle peur de l'agressivité et de ses conséquences qu'ils cherchent à l'éliminer complètement de leur vie. Il font cela avec leur propre agressivité autant qu'avec celle des autres. Comment est-il possible d'éliminer une émotion qui contient autant d'énergie que la colère? On y arrive en ayant recours à diverses astuces pour que l'agressivité ne soit plus ressentie. Sa neutralisation est évidemment réussie à un prix très élevé: une perte de vitalité et un accroc à l'intégrité.

Comment peut-on arriver à réprimer l'agressivité? En adoptant des comportements qui exigent beaucoup d'attention et de contrôle, on peut y arriver. Par exemple, s'appliquer, avec quelqu'un à être extrêmement poli et serviable. Si tout le temps qu'on est en relation avec cette personne on est occupé à poser des gestes stéréotypés, qui de plus sont contraires à ce qu'on ressentirait si on s'ouvrait à son expérience, on arrive à occulter les sentiments négatifs. Cela demande beaucoup d'énergie, mais ce coût émotif n'est pas non plus accessible à la conscience, car l'attention est déviée des sentiments réels vécus.

Les comportements stéréotypés, répétitifs et parfois obsédants, au sens où la personne se sent obligée de les poser, peuvent occuper, dans la vie de quelqu'un, beaucoup de temps et d'énergie. Mais ils servent à neutraliser toute forme d'agressivité. Ce genre de solution, pour ne pas avoir à affronter son agressivité et la vivre dans ses contacts, est aussi très coûteuse. En effet, le psychisme n'est pas compartimenté aussi, lorsqu'on se comporte de manière à éliminer certaines émotions, ce sont toutes les émotions qui deviennent tamisées. La vie peut devenir ennuyante et sèche du point de vue du coeur.

c) L'agressivité retournée contre soi

Chez la personne déprimée, l'agressivité semble presque totalement éliminée. Pourtant, l'insatisfaction, chez cette personne, est à son comble. L'ombre d'agressivité qui reste est vécue sous forme d'hostilité. La personne déprimée profondément s'attend à être prise en charge et nourrie par son entourage. Elle est intensément déçue de ne pas l'être ou de ne pas l'être suffisamment. Toutefois, la peur de ressentir sa colère et le refus de se mobiliser pour ses propres besoins sont si considérables que cette personne semble n'avoir d'autre issue que de neutraliser sa colère. Elle n'arrive toutefois pas à la supprimer complètement: elle tourne son agressivité contre elle-même. L'agressivité prend dans ce cas une forme auto-destructrice qui amène la personne à devenir dangereuse pour elle-même.


C- La peur de l'agressivité


Pourquoi l'agressivité fait-elle tellement peur? Quels sont les dangers d'être en colère, de manifester sa colère ou de recevoir celle d'un autre?

1- La peur du rejet

S'affirmer pour voir à ses besoins, c'est s'exposer aux réactions critiques des autres. Pour accepter ce prix, il faut déjà être convaincu de l'importance de se respecter et du fait qu'on est responsable de soi. Le coût auquel il est le plus difficile de consentir est généralement celui du rejet. On est persuadé d'être rejeté de tous si on s'exprime d'une manière personnelle, en faisant les choix qui nous conviennent. Les différentes formes de peur du rejet sont probablement la cause la plus fréquente d'élimination de l'agressivité, qu'il s'agisse de colère ou d'affirmation de soi. On craint de perdre l'affection, que l'autre coupe le contact ou encore qu'il nous critique, nous ridiculise ou tout simplement qu'il nous désapprouve (ce qui est pour certains l'équivalent du rejet).

À l'inverse, on reçoit l'agressivité des personnes auxquelles on tient comme un rejet. Si l'autre exprime sa colère à notre égard, s'il fait un choix qui lui convient tout à fait mais ne nous convient pas, on a l'impression de ne pas compter ou même d'être rejeté. Il faut avoir assumé sa propre individualité pour être capable de recevoir celle de l'autre sans se sentir menacé.

2- L'intensité et l'irréparable

Souvent, l'agressivité et la colère font peur parce qu'elles sont synonymes de perte de contrôle. Plusieurs croient que l'émotion intense nous envahit et nous emporte. "La colère est aveugle", selon l'expression populaire. On entend souvent des réflexions comme: "il est préférable de se taire quand on est sous le coup de la colère". J'ai même lu les propos rapportés d'une psychologue qui disait: "quand on s'exprime sous le coup de la colère, on n'est pas soi-même"!

Pour faire de telles réflexions il faut nécessairement confondre ressentir et exprimer. Il ne faut pas savoir, non plus, que pour sa santé mentale (et souvent celle des autres), il faut vivre sa colère et agir à partir d'elle. C'est l'utilisation inadéquate de l'agressivité qui est un problème et non l'agressivité elle-même.

L'intensité toutefois est une expérience qui fait peur à beaucoup de personnes. Or la colère et l'agressivité sont empreints d'intensité. Si on a peur de sa propre intensité, on aura peur de celle de l'autre, surtout si elle s'adresse directement à soi comme dans le cas où on est l'objet de la colère.


D- La fuite dans l'agressivité


À l'opposé de ceux qui craignent la colère et l'agressivité, il existe des gens chez qui l'agressivité est le mode de réaction privilégié. Certains substituent artificiellement une émotion agressive à un sentiment qui les dérange. Ils font cela depuis si longtemps que c'est devenu une réaction automatique. D'autres ont recours à des actes agressifs pour se débarrasser de ce qui les accable intérieurement. D'autres enfin, n'hésitent pas à agresser ou à détruire ce qui leur fait obstacle. Voyons quelques exemples de l'utilisation dénaturée et excessive de l'agressivité.

1- La colère au lieu de la tristesse

Il y a ceux qui refusent de se rendre vulnérables. Toute insatisfaction, quelle qu'en soit la nature, se traduit chez eux par une forme de colère. Lorsqu'ils devraient vivre de la tristesse ou de la douleur, ils sont agressifs, lorsqu'ils sont frustrés affectivement, ils enragent, si autour d'eux on s'attendrit, ils s'impatientent. Ils avouent parfois qu'il est menaçant pour eux de s'attendrir, surtout publiquement. Ils ont appris à se durcir pour contrecarrer cette menace.

Bien entendu, parce qu'elles fuient systématiquement une partie de leurs expériences émotives, ces personnes n'arrivent pas à solutionner les problèmes de leur vie qui leur sont signalés par ces émotions particulières. Comment, par exemple, combler un manque de tendresse si on ne se donne pas accès à ce manque? Comment augmenter la qualité d'une relation amoureuse si on ne se laisse pas toucher par ce qui nous trouble ou nous peine? Les action que l'on choisit de poser pour régler un problème, lorsqu'on a remplacé artificiellement un sentiment par un autre, sont nécessairement impropres à solutionner réellement le problème. (Voir "À quoi servent les émotions ?")

2- La violence de l'impulsif

Il y a ceux dont les comportements agressifs servent à évacuer les sentiments qu'ils tolèrent mal. En particulier, ils sont incapables de tolérer la frustration. Comme tout le monde, lorsqu'ils sont insatisfaits ils éprouvent une certaine forme de frustration (mécontentement, déception, impatience, peine, tristesse). Incapables de tolérer de telles émotions, ils les évacuent dans des gestes destructeurs. C'est souvent dans cette catégorie qu'on retrouve le "batteur de femme".

Ces personnes ont aussi comme caractéristique de difficilement tolérer qu'il y ait un délai entre l'apparition de leur besoin et sa satisfaction. Elles peuvent devenir violemment frustrées d'avoir à attendre ou à devoir faire elles-mêmes ce qu'il faut pour obtenir satisfaction. C'est pourquoi elles s'en prennent souvent à ceux qu'elles considèrent responsables de leur manque.

En dehors de ces moments de frustration, ces personnes peuvent être charmantes et même aimantes. C'est d'ailleurs pour cela qu'elles réussissent à regagner le coeur (ou l'espoir) des victimes de leurs dangereuses sautes d'humeur. Les parents qui refusent de faire vivre des frustrations à leur enfant commencent d'habitude assez tôt à connaître les affres de la relation avec de tels individus. Et on peut alors déjà apercevoir, dans l'exigeant fragile bambin, le tyran qui déclenchera régulièrement les pleurs de son entourage d'adolescent et d'adulte.

3- La violence de l'enragé

Certaines personnes portent en elle une rage qui, lorsqu'elle émerge, peut devenir destructrice. C'est parfois le cas de ceux qui ont subi des tourments psychologiques ou physiques à un moment de leur vie où il leur était impossible de se défendre ou de s'en soustraire. On arrive à trouver les traces, sinon la mémoire des mauvais traitements subis, chez des individus qui font maintenant subir de tels traitements à des êtres sans défenses comme les animaux ou leurs propres enfants. D'autres, comme les tueurs en série, s'attaquent à des personnes qui ont, dans leur folie, une valeur symbolique.

On voit parfois dans des familles, se perpétuer de génération en génération, ce mode de rapport martyr-bourreau. Il semble qu'il y ait à la fois une inconscience quant à la source de cette agressivité et une totale incapacité de faire autre chose avec cette colère emmagasinée, que de la déverser sur des victimes impuissantes.

L'agressivité et la violence aveugles, transposée sur des tierces personnes ne réussira jamais à régler les problèmes personnels de celui qui porte une rage profonde. Seule une démarche thérapeutique approfondie et axée sur la résolution de leurs conflits réels pourra changer véritablement sa vie.

4- La violence insensible

On y a accès par les médias, on lit la description de ses crimes dans les romans, mais on fait rarement l'expérience directe de la froideur implacable du criminel sans scrupule. Pourtant il contribue largement à entretenir une atmosphère de violence qui prend de plus en plus de place dans nos vies.

Tout comme "l'agressif impulsif", cette personne est incapable de tolérer la frustration. Elle est toutefois différente de celui-ci qui éprouve généralement des remords après avoir blessé les autres dans son emportement. "L'agressif impulsif froid" n'a pas cette sensibilité. Il agit à partir d'une éthique bien personnelle qui le justifie de faire n'importe quoi pour atteindre ses objectifs, sans aucune culpabilité. (Cf. "La saine culpabilité" )

On pourrait dire que cette personne n'est sensible qu'à elle-même et à ce qui lui importe. Les romans nous montrent le mafioso à la cruelle froideur qui n'hésite pas à faire assassiner ceux qui font obstacle à ses ambitions. C'est pourtant un père au coeur tendre toutefois qu'on verra pleurer sur la tombe du fils tombé dans l'embuscade de l'ennemi.

On ne rencontre pas sur notre chemin ce type de criminel, mais on côtoie souvent son équivalent dont la violence est plus subtile: celui qui n'a pas de scrupule à démolir ce qui fait obstruction à ses volontés personnelles. Sa violence est moins apparente, mais on découvre progressivement qu'on n'est rien d'autre pour lui qu'un instrument pour atteindre ses objectifs. On est un accessoire "jetable"; une fois qu'il s'est servi de nous il nous éjecte sans vergogne. S'il ne peut nous manipuler à sa guise, il se débarrasse de nous, sans gêne, quitte à avoir recours à quelques bassesses pour le faire.


E. Conclusion: l'agressivité au service de la vie


Pour vivre une vie saine et satisfaisante, il faut absolument donner sa vraie place à l'agressivité. Elle doit être au service de nos buts, de nos désirs et du sens que nous donnons à notre vie. Elle doit être présente dans nos contacts avec autrui. Tantôt elle prend la forme d'une affirmation tranquille de nos valeurs ou de nos besoins. Tantôt elle se manifeste par une attitude combative pour défendre ce qui nous importe.

Dans plusieurs cultures, l'agressivité est dévalorisée. Ailleurs, elle est l'apanage d'un sexe ou d'une catégorie de citoyens. C'est pourquoi un grand nombre d'entre nous avons besoin d'entreprendre une démarche de réhabilitation de notre agressivité pour parvenir à être des personnes complètes. En fait, ce sont nos capacités d'agressivité et d'affirmation qui nous permettent de nous assumer comme personne. C'est en effet en nous portant et en nous exprimant devant les autres qu'on gagne de la solidité comme personne. (Voir "Fidèle à moi-même" à ce sujet.)

Il est difficile de faire soi-même une démarche d'apprivoisement et de maîtrise de l'agressivité. La psychothérapie et les sessions de développement personnel qui portent sur ce thèmes peuvent être d'un grand secours. En effet, elles permettent de mettre en lumière les zones grises menaçantes pour quiconque craint l'agressivité. De plus, le contexte sécuritaire que procure un tel encadrement permet d'aller plus loin et plus en profondeur dans l'expérimentation.

Chacun peut, toutefois, faire par lui-même une partie importante du cheminement. À l'aide de lectures et grâce à une attention plus soigneuse à sa façon de composer avec l'agressivité, on peut identifier plusieurs problèmes. Il suffit ensuite d'entreprendre de changer les comportements et les attitudes qu'on est prêt à remplacer.

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