Entête La lettre du Psy
12 mai 2008 -- Volume 12, No 2
ISSN 1481-1340



Désirer, concevoir, attendre et accueillir un enfant

Par France Potvin, psychologue
Spécialisée en périnatalité

Deuxième partie : L'accouchement et l'accueil à l'enfant

Contenu :


Séparation
 


France Potvin, psychologue spécialisée en périnatalité, nous propose ici le deuxième article d'une série de trois, sur un sujet qui concerne une bonne partie d'entre vous :

Désirer, concevoir, attendre et accueillir un enfant en enrichissant votre couple


Vous y trouverez également des réflexions et des exercices à mettre en pratique au sein de votre couple.

Bonne lecture !


Si ces articles vous intéressent et si vous désirez allez plus loin et enrichir votre relation de couple, nous vous proposons d'assister ensemble à la conférence-atelier organisée le lundi 16 juin 2008.

Venez-y en couple, vous aurez ainsi la possibilité d'échanger vos perceptions et de vivre une expérience enrichissante.


L’équipe de La lettre du Psy

Séparation
 

L'accouchement et l'accueil à l'enfant
Par France Potvin,
psychologue spécialisée en périnatalité.


Introduction

2. L'accouchement
  • Le travail
  • La délivrance
3. L’accueil à l’enfant :

  • L’amorce du «bonding» ou du lien d’attachement
  • amorce du bonding


Dans un numéro prochain de la lettre du psy, vous pourrez lire la suite de cet article :
4. Le post-natal
  • l’adaptation parentale
  • le réseau social
  • le « baby blues»
  • la dépression post-partum
  • la psychose
  • retourner au travail ou rester à la maison.


.............
    Introduction

    C’est avec plaisir que je vous offre cette deuxième partie de l’article «Désirer, concevoir, attendre et accueillir un enfant». Vous pouvez lire le premier article dans la lettre du psy du mois de septembre 2007.

    Un troisième article s’ajoutera prochainement et viendra boucler cette trilogie. Il comprendra le post-natal, le réseau social et le questionnement sur le retour au travail ou sur le fait de demeurer à la maison. Il abordera ensuite les différents profils de relation d’attachement mère-enfant pour terminer avec ce qui différencie le « baby blues», la dépression post-partum et la psychose.



    L'accouchement

  • Le travail
    Selon Colman & Colman, «L’enfantement est un des grands mystères du cycle vital». Durant le travail, l’accouchement, l’accueil à l’enfant et les autres événements de la vie sexuelle, c’est le cerveau primitif archaïque qui est en action. Michel Odent, qui a étudié les mœurs des autres mammifères, reconnaît des points communs aux humains face à cette expérience, c’est-à-dire la recherche d’intimité et d’obscurité. La femme, en ce moment de grande ouverture, est très sensible à son environnement. Le cerveau primitif aide à être en contact direct avec le corps et notre savoir instinctuel, diminuant ainsi le contrôle du néocortex (plus rationnel) qui, lui, est stimulé par la lumière, le langage logique et le fait d’être observé. Michel Odent favorise un environnement très intime pour l’accouchement. La femme a besoin de se sentir en confiance et en sécurité pour ouvrir son corps.

    La préparation à l’accouchement est importante. Particulièrement au premier enfant, la mère est avide de lecture et d’informations. Ce n’est pas tant d’une mère informée dont le bébé a besoin mais davantage de sentir sa présence et son corps.

    La préparation psychologique et physique à la douleur est importante. Pour Isabelle Brabant, sage-femme «la meilleure façon de sortir de la douleur est d’y entrer». Certaines femmes résistent à la contraction en la subissant et en appréhendant la suivante. Elles n’arrivent pas à se détendre entre les contractions, étapes essentielles pour récupérer et se préparer à accueillir la suivante. Elles accumulent alors beaucoup de stress, ont le sentiment de se sentir dépassées et paniquent.

    La préparation à la douleur par des exercices de détente, de respiration et de visualisation apporte à la femme une confiance dans la capacité de s’abandonner à la douleur et à l’intensité de la contraction. Ce qui aide énormément les femmes à demeurer centrées c’est de connaître suffisamment ce qui se passe dans leur corps à chacune des étapes du travail pour être capable de le visualiser. Cette connaissance corporelle leur permet de travailler en équipe avec leur bébé en gardant contact avec lui. C’est pourquoi la femme a besoin de calme et souvent de silence afin de mettre toute son énergie à rentrer dans la vague de la contraction et profiter des quelques minutes de répit lui permettant de récupérer avant la prochaine vague. Demeurer dans le moment présent est aussi important afin d’éviter d’être envahie par la peur de ce qui s’en vient, c’est-à-dire, l’inconnu.

    Le rôle du père, ou parfois de la personne significative, est d’être présent et attentif pour répondre aux besoins de sa conjointe. Le toucher est particulièrement rassurant puisqu’il se connecte directement au corps et au monde des sensations. L’homme doit se préparer à des changements subits dans les besoins de sa femme. Elle a soudainement chaud ou froid. Elle demande plus de douceur dans le toucher ou parfois d’appuyer plus fortement dans le bas de son dos. Elle peut même crier, être en colère et s’exprimer plus agressivement. Rassurez-vous Monsieur, cet état sera passager!!!

    L’homme a aussi le rôle de protéger l’environnement de la mère et d’empêcher les intrusions. Vous avez le droit de demander que la présence du personnel médical soit limitée lors de l’accouchement pour conserver une certaine intimité.


      Exercice suggéré :

      Prenez le temps de vous asseoir et de vous questionner concernant vos réactions face à la douleur. Avez-vous déjà eu des expériences de douleur ? Comment les avez-vous vécues ?

      Pour la femme, quelles sont vos attentes concernant votre conjoint ou la personne qui vous accompagne ? Pratiquez-vous à faire des demandes claires à votre conjoint.

      Pour l’homme, comment voyez-vous votre rôle ? Avez-vous des appréhensions ? Sachez qu’il est normal que vous vous sentiez impuissant. Vous ne pouvez pas empêcher la douleur. Toutefois, votre qualité de présence à travers le toucher, le regard, la compassion feront une grande différence dans cette expérience. Il s’agit d’être là, tout simplement !

      Comme le premier, cet exercice devrait durer entre 30 et 60 minutes. Prévoyez également de fractionner éventuellement les rencontres afin de favoriser la concentration et l’intérêt.

  • La délivrance
    Toute femme doit d’abord se rappeler qu’accoucher fait partie de sa nature féminine et qu’aucun médecin, sage-femme ou gynécologue « accouche une femme». Voici ce qu’Isabelle Brabant, sage-femme, mentionne à ce sujet : «Surtout ne perdez pas de vue qu’aucune de ces personnes ne vous accouche, c’est vous qui accouchez».

    La femme qui a conscience que c'est « elle » qui accouche s'investit plus facilement dans son propre pouvoir de donner la vie en tant que participante plutôt que comme une patiente qui se laisse prendre en charge par quelqu’un d’autre en lui remettant son pouvoir.

    Il y a néanmoins les situations d’urgence où des interventions relèvent du savoir médical mais, en tout temps, celles-ci devraient être nommées et expliquées à la femme et à son conjoint. J’ai rencontré trop de femmes à qui on n’avait pas pris le temps d’expliquer clairement ce qui se passait. Inévitablement ce manque de communication faisait augmenter leur peur et leur insécurité. N’hésitez-pas à poser toutes les questions pour mieux vivre ces nouvelles étapes imprévues.

    Les facteurs qui réduisent la perception de la douleur sont : la relaxation, la confiance, la bonne information, le contact continu avec des personnes familières et amicales, un environnement familier, demeurer dans l’instant présent, vivant pleinement chaque contraction et profitant du temps de pause entre les contractions pour refaire ses forces.

    Accoucher demande le même genre d’abandon ou de lâcher prise que lorsque vous faites l’amour.

    Vous pouvez apporter des objets significatifs qui aideront à recréer un environnement plus connu et sécurisant. La délivrance demande une grande énergie physique et psychologique d’où l’importance de ne pas arriver à cette étape complètement épuisée. Plusieurs femmes ont vécus des complications causées par un état d’épuisement avancé. Il est souhaitable d’arrêter de travailler plusieurs semaines avant l’accouchement afin de pouvoir préparer le corps et l’esprit à cette nouvelle expérience et à ce très grand effort physique. Ces semaines à la maison aident les femmes à apprivoiser leur vie à la maison mais aussi à tourner leur énergie vers l’intérieur plutôt que vers l’extérieur.


      Exercice suggéré :

      Je vous propose d’échanger sur l’accouchement que vous souhaitez. Voulez-vous un accouchement naturel? Avez-vous imaginé la péridurale, une éventuelle épisiotomie ou césarienne?

      Il est important d’oser parler de vos désirs et de vos appréhensions. Il y a souvent une fausse croyance à penser que parler de l’objet de ses peurs pourrait les provoquer. Au contraire, une façon d’atténuer les peurs est d’exprimer ses émotions et de prendre le temps d’échanger vos préoccupations à propos de toutes les éventualités dans un climat de détente plutôt que dans un contexte d’urgence.



    L'accueil à l'enfant

  • L’amorce du «bonding» ou du lien d’attachement
    L’accueil à l’enfant devrait en tout temps être favorisé par les personnes présentes lors de l’accouchement afin de créer l’espace pour faciliter le lien d’attachement.
    mere et l'enfant
    Il est souhaitable de prendre le temps de découvrir et d’apprivoiser ce nouvel être dans un contexte calme et intime. Il est important d’avoir l’espace pour le regarder, le toucher, lui parler, bref le rencontrer. Il sera toujours temps de le laver, le peser ou l’examiner et ce moment de rencontre ne pourra pas être vécu ultérieurement. Même dans les moments d’urgence, les parents devraient toujours pouvoir voir leur enfant et être informés de la situation.
    pere et l'enfant

    Même si les parents connaissent la plupart du temps le sexe de leur enfant, parfois la différence entre l’enfant idéalisé et l’enfant réel peut les décevoir. Exprimer sa joie est facile, mais comment nommer cette déception ou le fait de ne pas être immédiatement en « amour» avec son bébé ? Il est important de se rappeler que c’est une relation qui se construit au fil des jours. C’est à travers les soins quotidiens que vous vous découvrirez comme mère et comme père et apprivoiserez ce petit être dépendant. Vous découvrirez également vos forces et vos limites mais aussi votre capacité d’aimer et de cultiver ce lien d’attachement à travers la protection et le dépassement.

    Selon Donald Winnicott, il est important de se rappeler les nombreuses tâches qui attendent la mère à la naissance:

  • «La fin brutale de la sensation de fusion avec le fœtus, des fantasmes de plénitude et d’omnipotence favorisés par la grossesse.

  • L’adaptation à un nouvel être qui provoque des sentiments d’étrangeté.

  • Le deuil de l’enfant parfait dans l’imaginaire et l’adaptation aux caractéristiques de son propre bébé.

  • L’affrontement des craintes de faire du mal à cet enfant sans défense.

  • L’apprentissage nécessaire pour supporter avec plaisir les exigences considérables du bébé à son égard, du fait de la dépendance totale de ce dernier; elle doit en particulier endurer l’insatiable appétit du bébé et le satisfaire avec son propre corps.»


  • Tout cela représente un bouleversement psychologique majeur pour la mère. L’implication du père et le support de l’entourage aideront grandement dans cette adaptation. Ceux qui entoureront la mère favoriseront cette transition en demandant ce qu’ils peuvent faire pour aider, évitant de donner des conseils si la mère ne les sollicite pas. «Écouter pour comprendre et non pour solutionner» sera une sage maxime durant cette étape.


      Exercice suggéré :

      Comment imaginez-vous l’accueil de votre enfant ? Vous êtes-vous donné l’occasion de prendre de jeunes bébés dans vos bras jusqu’ici ? Quelle est votre dynamique relationnelle lorsqu’un membre du couple a besoin de faire prendre soin de lui ou d’elle ? Ces rôles sont-ils flexibles et interchangeables ou sont-ils cristallisés et est-ce toujours le même qui prend soin de l’autre ?

      Cet exercice devrait durer entre 30 et 60 minutes. Il est préférable de prévoir plusieurs rendez-vous et de vous donner un contexte facilitant la concentration et l’intérêt plutôt que de créer de longs échanges en ayant le sentiment de tourner en rond.



    En terminant ce deuxième article, j’aimerais mentionner qu'après l’accouchement, la mère est dans un état de grande vulnérabilité et a besoin d’être rassurée et de sentir qu’elle peut compter sur son conjoint. Elle a besoin d’être maternée pour pouvoir, à son tour, materner son enfant. La période post-natale, c’est-à-dire la première année de vie du bébé, est très exigeante pour la mère qui vit ce temps-là dans le don constant. Elle s’adapte au rythme de son enfant et de ses réveils répétés. Pour rester en équilibre, elle a besoin de recevoir et surtout qu’on puisse lui permettre d’avoir du temps pour elle-même.

    Le père, lui, a besoin d’aller chercher du support à l’extérieur et doit savoir demander de l’aide au réseau du couple. Souvent, l’homme a l’habitude de se tourner systématiquement vers sa conjointe lorsqu’il a besoin d’écoute ou d’autre chose mais cette fois, il est souhaitable qu’il développe d’autres ressources, le temps qu’un nouvel équilibre familial s’installe.

    Quant au bébé, il n’a pas besoin d’une mère parfaite, mais comme le dit Winnicott, «d’une mère suffisamment bonne».

    Au plaisir de vous retrouver pour le troisième et dernier article de cette trilogie.

Vous avez des questions à nous poser à propos de cet article ?
N'hésitez pas à les envoyer à commentaires1d@redpsy.com



Présentation de l'auteur

France Potvin

France Potvin, psychologue
Psychologue spécialisée en périnatalité
Je suis psychologue depuis 1994. Mon intérêt pour la périnatalité a débuté après une expérience de 2 ans dans une équipe de sages-femmes. Puis, ma propre maternité a contribué à augmenter mon intérêt pour cette grande expérience qu’est le fait d’apprendre à être parent. Après mes études en psychologie, j’ai donc choisi de travailler principalement en périnatalité.

J’utilise une approche psychodynamique en psychothérapie individuelle ou en thérapie de couple. Depuis le début de ma pratique, j’ai pu accompagner des femmes et des hommes à travers leurs questionnements et leurs expériences d’attendre et d’accueillir leur enfant, parfois de perdre leur enfant durant la grossesse ou à la naissance. Parfois de choisir de ne pas avoir, pour l’instant, cet enfant. Également de les supporter lors d’un post-natal difficile.

Mon but est d’aider les parents dans cette expérience afin qu’ils augmentent leur confiance et développent davantage la capacité de faire équipe dans ce nouveau défi. Je crois qu’en aidant les parents, j’aide également leur enfant.

fpotvin@redpsy.com

France Potvin sur le web

Questions-Réponses
France Potvin répondra globalement à vos questions concernant ses trois articles dans une lettre du psy à venir.
Néanmoins, elle intègrera déjà une partie de vos questions personnelles à sa conférence-atelier du lundi 16 juin 2008.

Les réponses seront des informations applicables de façon générale et non des conseils individuels.
Pour plus de détails, voir http:/www.redpsy.com/engarde.html sur notre site


Séparation

Pour aller plus loin sur la question

    Vous pouvez lire...

    Les techniques de communication

    Trucs pour la vie de couple



    Séparation

    Une nouvelle conférence-atelier
    lundi 16 juin 2008

    En attendant un enfant, nourrir votre couple

    par France Potvin, psychologue spécialisée en périnatalité


    Cette conférence-atelier vous permettra de vivre une expérience de couple enrichissante. Après un bref retour sur ce que vous avez déjà pu lire dans la lettre du psy et que vous trouverez sur notre site, vous aurez la possibilité d'intervenir et de participer à différents exercices afin de partager ce qui vous a motivé ou vous motivera à désirer et à concevoir un enfant. Certains d'entre vous pourrons se projeter dans leur rôle de parents et d’autres, se reconnaître dans l'expérience parentale.

    Nous échangerons ensuite nos points de vue et notre perception du couple heureux et de ses secrets.

    Plusieurs sujets seront abordés :
  • La communication ;
  • La résolution de conflit ;
  • La reconnaissance ;
  • L’évitement du procès d’intention.

  • Ces expérimentations ont comme but d’améliorer votre satisfaction conjugale en vous donnant des outils qui vous serviront quotidiennement.

    Pour tous renseignements concernant le contenu détaillé, les tarifs et l'inscription, consultez la page conférences-ateliers sur le site de redpsy.com

    Séparation

    Les conférences-ateliers du mois de juin

    Pour comprendre, s'auto-évaluer et amorcer un changement réel


    Calendrier


    Toutes les conférences-ateliers vous seront à nouveau offertes à l'automne 2008.

    Mardi 3 juin 08 : La confiance en soi... ça se développe par l'expérience !
    Mercredi 4 juin 08 : L'estime de soi... ça se mérite !
    Lundi 16 juin 08 : Désirer, concevoir et attendre un enfant


    Pour tous renseignements concernant le contenu détaillé, les tarifs et l'inscription, consultez la page conférences-ateliers sur le site de redpsy.com



    Vous aimeriez nous aider à diffuser l'information parmi vos collègues, au bureau, au sein de votre association ou dans tout autre lieu que vous fréquentez ?


    Procurez-vous une affichette en nous écrivant à conference@redpsy.com pour en faire la demande, nous vous l'enverrons par courriel. Merci d'avance.



Séparation



Questions et Réponses, suite à vos commentaires à propos de l'article de Karène Larocque et Katia Doyon du numéro 12-01 de la Lettre du Psy :


L'affirmation de soi (1)


    Question 1

    J'ai remarqué que j'ai tendance à me renier car je ne ressens pas les signaux que mon corps me donne lorsque je ne suis pas dans mon environnement habituel.

    Jeune, j'ai été habituée à être centrée sur la tâche à accomplir et avant tout sur les besoins d'autrui. Malgré tous les exercices de conscience corporelle que j'ai appris (anti-gymnastique, sophrologie, yoga, méditation, respiration consciente...), ce fameux réflexe revient et j'ai tendance à me déconnecter de mon corps et à dépasser mes limites physiques et j'en souffre. J'ai des problèmes de santé qui ne pardonnent pas lorsque je ne respecte pas mes limites. Bien sûr, j'ai appris par la souffrance mais je sais que je n'ai pas réglé mon problème.

    Comment être à l'écoute de mes sensations tout en étant présente aux autres ? Auriez-vous des trucs ou des suggestions ?


    Réponse

    L’attention sélective

    Votre question nous amène à préciser le concept d’attention sélective. En tout temps, notre attention est dirigée vers quelque chose : nos sensations, nos sentiments ou ce qui se passe autour de nous. Elle se déplace naturellement en alternance d’une dimension à l’autre. À chaque moment, nous sommes attentifs à ce qui se passe à l’intérieur ou à l’extérieur de nous.

    Un peu comme une lampe de poche dans le noir, elle peut éclairer dans n’importe quelle direction et nous permettre de bien voir à cet endroit. Mais comme elle n’éclaire qu’un endroit à la fois, si je choisi de l’orienter dans une direction, je cesse de voir tout le reste pour le moment.

    Nous pouvons influencer l’orientation de notre attention. C’est nous qui choisissons, à chaque instant, ce à quoi nous sommes attentif. Il ne s’agit pas nécessairement d’un choix clairement volontaire, mais c’est toujours un choix qui est expressif de nous. Chaque fois que je suis attentif à une chose, j’évite en même temps de l'être à tout le reste. Il y a des choses auxquelles nous pensons ou que nous ressentons, mais auxquelles nous ne portons pas attention. Souvent ce sont des choses importantes, mais nous les ignorons parce qu’elles nous pèsent. Nous pouvons choisir de nous occuper de ces pensées ou sentiments, comme nous pouvons également n’y porter aucune attention, faire comme si ça n’existait pas. Si nous en tenons compte, nous nous rendons plus facilement compte de ce qui nous met mal à l’aise, de ce qui nous touche particulièrement, etc. Nous pouvons alors agir sur la situation, s’affirmer à l’autre en lui exprimant ce qui nous préoccupe vraiment, éliminer un malentendu, trouver une façon plus satisfaisante de nous occuper d’un besoin, etc.

    Lorsque je suis en présence de quelqu’un et que je souhaite connaître ce que je ressens à ce moment précis à l’intérieur de moi, je peux rester attentif à toutes les pensées ou sensations qui viennent mais que je fais habituellement taire. Plus je serai à l’écoute de cette « petite voix intérieure » et que j’exprimerai à l’autre ce qui se passe en moi d’important, moins je serai stressé, tendu, etc.

    Vous semblez avoir développé votre habileté à diriger votre attention vers la tâche à accomplir. « Diriger notre attention » est une habileté, et comme toutes les habiletés, elle se développe par la pratique. Lorsqu’on s’entraîne de façon assidue, elle devient un réflexe. C’est probablement ce qui s’est passé avec votre capacité à diriger votre attention vers la tâche à accomplir. Si vous désirez développer cette même habileté vers ce que vous ressentez, il faudra être attentif aux moments où votre réflexe s’enclenche. Ensuite, l’arrêter pour orienter volontairement votre attention vers l’intérieur de vous. Plus vous le ferez, plus ce sera facile et si vous le faites de façon assidue, cela deviendra aussi un réflexe !

    SUGGESTION D’EXERCICE

    Pour développer votre habileté à diriger votre attention vers l’intérieur:

  • Lorsque j'accomplis une tâche, porter attention aux sensations et pensées qui se déroulent en moi.

  • Noter mes découvertes dans un journal.


  • Si votre difficulté à rester en contact avec vous se manifeste dans un autre contexte, vous pouvez faire le même exercice en changeant simplement le contexte.

    Par exemple :

  • En présence d’une autre personne (conjoint(e), patron, enfants, etc.), porter attention aux sensations et pensées qui se déroulent en moi.



  • Cet exercice est inspiré d’une section du programme Savoir Ressentir. Ce thème et plusieurs autres reliés à la capacité de ressentir y sont abordés. Le programme est constitué d’explications et d’exercices visant à développer l’habileté de ressentir.

    Pour en savoir plus sur ce programme :



    Le respect de mes limites

    Une autre dimension importante est abordée dans votre question : le respect de mes limites. Pour en arriver à respecter mes limites face à moi-même et à autrui, je dois tout d’abord être attentif aux signaux m’indiquant que j’ai atteint ou dépassé une limite. Je dois donc arriver à les identifier. Chaque personne a ses propres signaux lui indiquant qu’elle a atteint ou dépassé une limite. De plus, il y a généralement une gradation de signaux, qui augmentent en intensité s’ils sont ignorés.

      Exemple : Marie est à une fête avec des amis. Elle souhaite quitter la soirée tôt car une grosse journée au travail l’attend le lendemain. En cours de soirée, elle commence à sentir une fatigue monter en elle. Soucieuse de ne pas déplaire à ses amis, elle décide d'y rester quand même un peu plus longtemps. Au bout d'un certain temps, elle commence à avoir mal à la tête. Elle décide enfin de quitter la fête, mais elle est maintenant habitée à la fois par un gros mal de tête et par la déception de ne pas avoir respecté sa limite.


    SUGGESTION D’EXERCICE
    Pour identifier mes signaux habituels de dépassement de mes limites :

      1. Me mettre volontairement dans une situation qui me déplait (en contact avec une personne particulière, un contexte particulier).

      2. Demeurer volontairement dans cette situation jusqu’à ce que je sente mes i ndices de dépassement (tensions, fatigue, impatience, etc.)

      3. Tolérer un moment cette condition jusqu’à ce que mes signaux de niveau supérieur émergent (mal de tête, nausée, irritabilité, etc.)

      4. Me soustraire de cette situation et écrire dans un journal la liste de mes signaux de dépassement personnels en ordre d’intensité.


    SUGGESTION D’EXERCICE
    Pour respecter mes limites

      1. M’arrêter un moment pour prendre de mes nouvelles (Faire une pause dans la relation. Par exemple, aller aux toilettes.)

      2. Vérifier si mes signaux habituels m’indiquant que j’ai dépassé mes limites (gradation de signaux) sont au rendez-vous.

      3. Nommer clairement la limite que je suis en train de dépasser.

      4. Trouver un moyen de la respecter.

      5. Vérifier en moi si les signaux sont encore présents
        a. S’ils ont disparu, goûter à ce plaisir !
        b. S’ils sont encore là, reprendre les deux étapes ci-dessus.


    Question 2

    Je me sens très inconfortable dans une relation de couple où je suis confronté aux deux formes d'affirmation malsaine en boucle.

    Dans les moments les plus difficiles pour moi, je peux reconnaître que ma compagne est bienveillante à mon égard. Elle n'utilise pas mes faiblesses contre moi et me soutient.

    Lorsque je reprends vie et que mon expression redevient active, j'ai l'impression de la déranger. Il m'arrive de m'impatienter après avoir tenté de parler à quelqu'un qui n'écoute pas, répond par non ou coupe la parole sans avoir compris ce que je tentais d'exprimer ... mais je me fais renvoyer une image dévalorisante comme si je lui manquais de respect ("il faut bien que je me défende").

    Il ne me fait pas plaisir de la voir ainsi se défendre de moi, alors souvent je laisse faire et me manque de respect à moi-même dans la passivité. Lorsque le sujet m'importe vraiment et que je veux insister, l'un d'entre nous l'emporte à l'épuisement de l'autre. Je suis renvoyé à l'impossibilité de dire, de communiquer et c'est très dévitalisant. Il m'arrive d'en être affaibli pendant plusieurs heures à plusieurs semaines et dans ces moments difficiles pour moi je peux reconnaître que ma compagne est bienveillante à mon égard.



    Réponse

    Si nous comprenons bien, dans les moments de vulnérabilité elle prend soin de vous et dans les moments d’affirmation, elle désire aussi s’affirmer (« Il faut bien que je me défende ! »).

    On aimerait souvent être reçu, accepté et valorisé peu importe la situation. Ce n’est pourtant pas ce qui se passe dans la réalité et heureusement ! Les conséquences de cet amour inconditionnel dans une relation est désastreux pour chacun de ses membres. « En somme, on peut résumer les conséquences de l'amour inconditionnel en disant qu'il conduit à la dépression plus ou moins générale du partenaire qui s'y conforme et à l'affaiblissement ou à la mort de la relation que cet amour visait à préserver. » (Extrait de « Les mythes amoureux : L’amour inconditionnel ». Vous pouvez voir la description des conséquences importantes d’une telle relation sous la partie « les conséquences »

    Pour plusieurs, il est difficile de demeurer dans un rapport d’adversité. On souhaiterait n’être que partenaires et jamais adversaires. Il n’est pourtant pas possible pour deux êtres différents de ne jamais jouer la joute de l’adversité à moins que l’un des deux ne se taise… et fasse disparaître cet affrontement en même temps que la vitalité de son propre organisme et inévitablement, celle de la relation ! La vitalité de chacun des membres de la relation dépend de leur capacité à s’appuyer mais aussi de celle de se confronter. C’est probablement ce qui se passe lorsque vous dites : « Je suis renvoyé à l'impossibilité de dire, de communiquer et c'est très dévitalisant. Il m'arrive d'en être affaibli pendant plusieurs heures à plusieurs semaines. »

    L’impossibilité de dire n’existe pas réellement. Il nous est toujours possible de dire. Cependant, il ne nous est pas toujours possible d’être entendu, reçu, accepté inconditionnellement. Ce qui nous amène à nous détériorer, c’est lorsqu'on arrête soi-même de s’entendre, de se dire, de se défendre et ce, même si cela permet de mettre fin à l’adversité à court terme. Vous avez sûrement remarqué que la joute n’est remise qu’à plus tard ! C’est d’autant plus pernicieux lorsque l’on bénéficie de soins particulièrement affectueux lorsque l’on se retire de la joute…

    Selon Jean Garneau, l'amour est un sport de contact: une activité à la fois physique, mentale et émotive où deux êtres vraiment distincts se rencontrent. Ils peuvent être à la fois partenaires et adversaires, se rapprocher et s'éloigner, s'appuyer et se confronter. La qualité de la relation dépend directement de leur capacité de passer souplement d'un rôle à l'autre tout en demeurant, chacun, un individu à part entière. Pour en savoir plus à ce sujet, vous pouvez consulter l’article « L’amour contact ».

    La capacité de demeurer vivant dans une joute d’adversité avec notre partenaire est nécessaire à la survie de la relation… entendons par là, une relation vivante et satisfaisante.


    SUGGESTION D’EXERCICE
    Pour favoriser le contact et l’échange avec son partenaire

    Comment déterminer clairement l'espace d'expression pour se respecter soi-même sans blesser l'autre lorsque notre expression le dérange ?

    Trucs qui favorisent habituellement une joute fructueuse plutôt que la guerre :

  • M’assurer de parler de moi plutôt que de l’autre.

  • Inventer un moyen de donner la parole à l’un ou l’autre.

  • Prendre une pause de 5-10 minutes lorsque l’intensité devient intolérable pour l’un ou l’autre des partenaires.

    Vous pouvez aussi utiliser l’outil « L’expression réussie ». Il est tiré du coffre d’outils où vous trouverez également :

  • Plusieurs techniques de communication.

  • Des trucs pour la vie de couple


  • Question 3

    Est-il possible que l'un de nous se sente dévalorisé, non respecté alors que ni l'intention ni le sentiment de l'autre ne le justifie vraiment.



    Réponse


    Absolument ! Et dans une telle situation, il peut être très avantageux de s’exprimer en parlant de soi (Je me considère dévalorisé, non respecté, … lorsque tu dis …), plutôt que de l’autre (Tu me dévalorise, tu ne me respectes pas, …).

    Il est souvent nécessaire pour demeurer vivant dans une telle situation d’accepter la possibilité que l’autre ne valorise pas notre point de vue. C’est tout à fait possible, même chez deux êtres qui tiennent véritablement à l’autre. Il est aussi nécessaire d’affronter le fait que nous ne valorisons pas toujours le point de vue de l’autre. L’important est de considérer que chacun a le droit d’être ce qu’il est, même s’il prend une position que l’autre ne valorise pas. Nous possédons chacun nos valeurs.


................

Séparation
 
Pause commerciale

Le stress
Comment le gérer sainement

Problème normal de la vie moderne, le stress afflige une majorité de personnes dans leur travail. On ne peut plus l'ignorer ou simplement le tolérer en attendant que la situation devienne moins exigeante. Les pressions ne disparaîtront pas: elles font partie de notre vie quotidienne "normale". Il faut maintenant apprendre à "gérer notre stress".

Les solutions classiques où on agit sur l'environnement (facteurs de stress) ou sur les symptomes (exercices de détente) sont rarement suffisantes. Mais en comprenant mieux d'où il vient et quels mécanismes l'engendrent, nous pouvons empêcher les pressions de provoquer chez nous un stress chronique et le cortège des maux physiques et psychiques qui viennent à sa suite. Le psychologue Jean Garneau explique comment.


Le texte est tiré de "L'enfer de la fuite"

Pour d'autres ouvrages du même auteur, voyez notre catalogue.
Couverture
Par Jean Garneau, psychologue humaniste.


Coffragants, 2004
ISBN 2-89558-195-9
durée 75 minutes, 18.95 $can



Comment vous le procurer ?


Séparation
Auteur? Consultez Nos politiques éditoriales

Footer
   











Menu