ISSN 1481-1340 Comment développer l'estime de soi
Par Michelle Larivey, psychologue
La lecture de ces deux articles est recommandée pour tirer tout le bénéfice de celui-ci. Il faut non seulement les avoir déjà lus, mais aussi en avoir le souvenir frais à la mémoire, car les explications qu'ils contiennent ne sont pas reprises ici. J'ai déjà expliqué en quoi consiste l'estime de soi dans l'article précédent. J'ai également souligné son importance pour notre qualité de vie. Ce texte prenait fin sur un questionnaire d'auto-évaluation. Celui-ci permettait d'identifier, parmi les composantes de l'estime de soi, celles qui devraient être améliorées pour contribuer à une meilleure estime. Nous allons maintenant examiner les actions nécessaires à cette amélioration. Pour estimer une personne, il faut respecter deux conditions: (1) connaître cette personne (au moins l'aspect sur lequel porte l'estime) et (2) la voir agir d'une façon qui est conforme à nos valeurs. Ces deux ingrédients sont aussi indispensables dans l'estime de soi. En somme, pour bâtir, maintenir ou augmenter notre estime, il faut (1) exister comme individu à part entière et (2) agir conformément à nos valeurs. L'estime de soi se bâtit en agissant sur différentes dimensions de notre existence. À première vue, certaines de ces dimensions apparaissent plus fondamentales que d'autres. Mais il ne s'agit pas d'un processus linéaire car nous pouvons agir sur différentes composantes de notre vie en obtenant un résultat sur l'estime de soi. Pour cela, il suffit que l'action respecte nos valeurs. Peu importe la nature du défi, l'effet est équivalent dans la mesure où il s'agit vraiment d'un défi. Cette caractéristique est avantageuse car elle nous permet de consacrer toujours notre énergie aux défis les plus actuels de notre vie pour conserver ou rehausser notre estime. Voyons d'abord l'importance du travail sur les axes transférentiels. Par la suite, nous examinerons l'exploitation de nos capacités, puis les attitudes propices au développement de l'estime de soi. A. Les axes transférentiels a. M'autoriser à avoir mes émotions et mes besoins L'éducation ne suffit pas à faire de nous des individus à part entière ou en possession de tous nos moyens. Quelle qu'ait été l'attitude de nos parents à notre égard nous devons tous compléter notre développement psychique une fois parvenus à l'âge adulte. Entre autres, nous devons nous réapproprier le pouvoir laissé à nos parents de nous permettre d'être nous-même. Ce travail de croissance a été expliqué dans plusieurs textes, dont "Transfert et droit de vivre". Les signes que ce pouvoir d'être a été rapatrié se voient dans la capacité de consentir à toutes nos émotions et de reconnaître tous nos besoins. Cette démarche nous permet de devenir une personne en harmonie avec elle-même et consciente de son identité propre. Notre identité, en effet, s'incarne dans notre vécu corporel, les émotions et les besoins qui nous sont propres, les pensées et les opinions qui sont nôtres, les rêves et les aspirations qui nous caractérisent et les valeurs auxquelles nous adhérons. b. Respecter qui je suis Mais nos choix sont toujours sous-tendus par un grand nombre de dimensions qui comptent à nos yeux. Il n'est généralement pas possible de toutes les honorer. C'est en nous référant à notre échelle de valeur que nous pouvons faire des choix qui ont un effet positif sur notre estime. Voici quelques exemples.
La relation avec ma famille est de toute première importance à mes yeux. Je suis donc prêt à renoncer à toute promotion qui aurait pour conséquence que je sacrifie ma vie familiale. J'ai signé un contrat avec une équipe sportive qui m'apparaissait très intéressant au moment où je l'ai signé. Aujourd'hui la réalité est différente. Les jeunes joueurs obtiennent des ententes beaucoup plus avantageuses que la mienne. Je ne renie pas pour autant mon choix car ma parole et ma signature ont une valeur à mes yeux. B. Talents et capacités a. Maîtriser mes fonctions intellectuelles Les besoins affectifs ne sont pas les seuls constituants de notre être. Ceux de l'esprit ont aussi une place prépondérante dans la vie humaine. Entre autres, nous avons besoin de comprendre notre univers pour que notre agir ait un sens et pour nous diriger. L'intelligence humaine permet d'analyser et de comprendre la réalité. En accordant son importance à l'esprit, nous devenons des personnes de plus grande envergure. Au contraire, renoncer à l'effort intellectuel d'étudier, d'analyser, de saisir la réalité et de nous former des opinions, réduit notre portée sur l'univers. Une telle abstention nous rendrait plus vulnérable aux manipulations de divers genres. Nous serions, par exemple, à la merci des démagogues, de la publicité, des opinions à la mode, du raisonnement des instances politiques, des options des groupements dont nous faisons partie, des pressions affectives de nos proches...
De cette façon, nous conservons une maîtrise sur ce qui nous influence et sur nos choix qui en découlent. Ce faisant, nous contribuons à élaborer notre concept de soi comme personne à part entière, à l'esprit autonome.
Si nous choisissons de perfectionner notre personne au plan intellectuel autant que qu'aux plans affectif et physique, il faut nous attendre à déployer des efforts. Comme tout ce qui est valable, l'exploitation de nos ressources intellectuelles est exigeante, comme l'illustre cet exemple.
Je décide donc d'essayer de comprendre. Je consacre plusieurs heures à l'observer, à échanger avec lui et mon mari, car pour moi il est important de comprendre avant d'adopter la solution que les professionnels me conseillent. Ces quelques mois d'investissement sont récompensés le jour où mon fils s'ouvre. J'obtiens de lui les explications qui me permettent enfin de comprendre! Et la solution peut alors porter sur la cause réelle de son comportement dysfonctionnel. Cette expérience m'amène beaucoup de satisfaction et renforce ma confiance dans ma capacité de comprendre des situations complexes. 3. Exercer mon jugement Dans certains cas, ce dernier implique des conséquences importantes; il nous arrive alors de réserver notre appréciation parce que nous manquons de données ou encore parce que notre analyse est incomplète. Mais dans le feu de la vie quotidienne, nous portons continuellement des jugements: ceci est correct, cela ne l'est pas, je suis d'accord, je n'approuve pas...
Je juge la mère qui console son petit avec tendresse. C'est une bonne mère! Je juge mon patron qui ne cesse d'exiger sans jamais complimenter. Il est mesquin! Je juge les choix de mes parents concernant leur retraite. Je les trouve créateurs! Dans certains milieux, le jugement est devenu tabou, au moins lorsqu'il s'applique aux personnes. C'est souvent le cas dans les groupes qui accordent une valeur importante au développement personnel. Pour être accepté, il faut "parler au je" et non parler de l'autre. Dans ce cadre, les critiques négatives (mais non les positives) sont mal vues parce que "nous n'avons pas le droit de juger l'autre" ("Qui sommes-nous pour juger?"). Selon ces normes. l'idéal de vie avec nos semblables reposerait sur une attitude de considération positive inconditionnelle. Cette vision est empruntée aux attitudes thérapeutiques préconisées par Carl Rogers, père de l'approche non-directive centrée sur le client. Ceux qui l'érigent en norme semblent avoir oublié la fonction de ces attitudes thérapeutiques. Elles ont pour objectif d'aider le client à s'accepter lui-même. Ce n'est pas le but principal d'un rapport interpersonnel ordinaire. Dans une relation non-thérapeutique, la tentative d'abstention produit des résultats néfastes. Souvent les jugements inhibés sont exprimés dans une forme moins détectable mais pernicieuse (critiques indirectes par exemple sous forme d'une question pleine de sous-entendus, manipulation, etc.). Dans d'autres cas, l'effort de neutralité sape la vitalité de la relation (relation superficielle, propos complaisants, échanges aseptiques, etc.). Finalement, l'amputation de la faculté de juger ne contribue ni à notre épanouissement, ni à celui de nos relations. Cette option relationnelle est fondée sur la volonté de faciliter la communication en minimisant les provocations qui entraînent l'interlocuteur à se mettre sur la défensive. Mais il y a de meilleurs moyens de s'exprimer totalement sans attaquer ou tenter de blesser l'autre. b. Actualiser mon potentiel On pourrait dire que cette section est superflue car toute la première section concerne l'actualisation de soi. M'autoriser à avoir mes émotions et mes besoins correspond à la conquête du droit à l'existence. Respecter qui je suis m'aide à conquérir une identité distincte. Les deux conquêtes sont des démarches de développement psychique. Elles visent toutes deux à récupérer notre pouvoir d'être ce que nous sommes afin d'être en possession de nous. Mais d'un autre point de vue cette section n'est pas redondante car l'actualisation du potentiel est une démarche bien différente des conquêtes d'identité. Elle consiste à réaliser le potentiel inscrit dans l'ensemble de notre être. Il s'agit de talents physiques, intellectuels, artistiques, etc... Parfois ceux-ci sont détectés par hasard. Souvent, ils sont révélés par des aspirations ou des désirs. La plupart du temps, le développement du potentiel est vécu comme une nécessité intérieure.
Il est naturel pour les êtres vivants de chercher à se développer. À moins de se trouver dans des conditions trop précaires, la plante grandit, fait des bourgeons, fleurit. Il n'existe pas de plante qui "stagne". Si sa croissance n'est pas évidente, c'est qu'elle est en mode de repos ou de survie. Dans les deux cas, elle est occupée à prendre soin de sa vie. Chez l'enfant, le besoin de croissance est également évident. Mais chez lui aussi, si les conditions s'avèrent défavorables il optera pour la protection de ses acquis ou tout simplement pour assurer sa survie. Chez l'humain comme dans le reste de la nature, la force d'actualisation est toujours active. Même le moribond cherche le "mieux être", qu'il s'agisse de soulager sa souffrance ou, à la limite, de souhaiter la mort pour aller vers "un monde meilleur".
Je rêve d'avoir ma propre entreprise. Il n'y a pas un jour où cette idée ne m'effleure pas. Je sais que cette course est un défi pour moi. Il faut absolument que je la fasse. Je rêve d'être plus à l'aise de m'exprimer. Par exemple, j'aimerais prendre des cours de théâtre car je sais que cela m'aiderait. Mais je suis si inhibée que j'ai peur du regard des autres. Par définition, la plupart des sujets importants à nos yeux ont tendance à nous faire peur. Pour avancer, nous devons réussir à les confronter, mais cela ne signifie pas qu'on doive les nier. Il faut au contraire en tenir compte en graduant les difficultés et la sélection des défis. (Voir à ce sujet la fiche sur la peur dans le Guide des émotions et dans "La puissance des émotions".) La confrontation des peurs est souvent nécessaire pour développer la confiance en soi. Il nous est plus facile de le faire dans certains domaines que dans d'autres. Lorsqu'il devient important pour nous de gagner de l'expérience et de la confiance dans un domaine, il nous faut passer par le chemin où nous rencontrerons nos peurs. La confiance ainsi gagnée devient alors un sujet de fierté et un moyen de rehausser l'estime de soi. De plus, la compétence acquise est, elle aussi, un sujet de fierté et d'estime de soi. c. Soigner mon physique Nous ne sommes pas indifférents à l'évaluation de notre corps et de notre apparence physique. Qui que nous soyons, nous pouvons toujours faire quelque chose pour être "mieux dans notre peau". Même la personne la moins dotée du point de vue de la beauté peut apporter des améliorations à sa condition pour ressembler davantage à ce qu'elle souhaite. Parfois c'est une question de nutrition, parfois d'exercice, d'autre fois de chercher à mettre ses atouts particulier en valeur, parfois c'est de se donner "un look du tonnerre"... Dans ce domaine comme dans les autres, rien n'est gratuit. Pour ressembler à ce que nous souhaitons, il faut des efforts et de la persévérance. La personne qui s'estime cherche à paraître le plus possible à son avantage. Celle dont l'estime est faible n'a pas la poussée intérieure (qui vient aussi de l'estime) pour amorcer les changements qu'elle souhaite. Mais si elle fait l'effort de se mettre en branle sur ce plan, son estime augmentera à coup sûr. Le simple fait de décider vraiment de le faire peut déjà avoir un effet bénéfique sur notre estime. Le cercle peut donc prendre une allure heureuse ou vicieuse, selon notre choix. C. Les attitudes propices Enfin certaines attitudes sont propices à faire des gains dans l'estime de soi. Aucune d'elle n'est innée. L'attrait pour le risque et la persévérance peuvent avoir un lien avec le caractère mais ils doivent être encouragés pour persister. L'éducation de même que les résultats qui en découlent jouent donc un rôle important dans l'acquisition de ces attitude. Voyons brièvement quel est le rôle de chacune. a. La persévérance La persévérance consiste à persister dans une activité afin d'atteindre le résultat recherché. Il faut la distinguer de l'entêtement, qui est parfois une qualité, mais peut conduire à l'échec. C'est le cas lorsqu'il ne permet pas de réévaluer les stratégies qui mènent à l'échec et lorsqu'il équivaut à une persévération "dans l'erreur". La persévérance est plutôt synonyme de persistance dans l'effort, l'attitude qui permet de poursuivre sans se décourager, malgré les obstacles. La persévérance englobe un fort désir de réussir. Les obstacles y sont souvent considérés comme des défis à relever grâce à l'astuce et à la ténacité. Lorsqu'une telle attitude conduit à une réussite il nous est facile d'avoir la certitude que le succès vient de nos efforts; notre estime augmente automatiquement.
Mon enfant est atteint d'une maladie rare et je tiens à ce qu'il reçoive les meilleurs soins. Je n'ai jamais abandonné la recherche d'un médecin relativement compétent sur ce sujet. J'en ai finalement trouvé un et la santé de mon fils s'améliore!!! b. Le droit à l'erreur Par ailleurs, il est impossible de repousser nos limites si nous n'avons pas droit à l'erreur car ces conquêtes sont impossibles sans expérimenter dans des terrains inconnus. Par définition, l'expérimentation donne à la fois des résultats positifs et négatifs. Si nous ne pouvons supporter l'échec, il est certain que nous sommes condamnés à éviter souvent d'expérimenter la nouveauté. L'éducation peut contribuer grandement à ce que l'enfant soit stimulé par la recherche et la découverte plutôt que motivé par la nécessité de trouver les "bonnes réponses". Désir d'exploration rime avec jeunesse. Les adultes ont le pouvoir de tuer dans l'oeuf ce désir, mais ils peuvent aussi l'encourager. Devenu adulte, le besoin de réussir à tout prix et la peur de l'erreur peuvent devenir si durcis que l'immobilisme nous guette. Dans d'autres cas, la dépense d'énergie pour éviter l'erreur, pour la camoufler ou pour éviter de l'assumer est si importante qu'elle nous consume. (Voir Le déni de la finitude, dans le chapitre "Les implications existentielles, de L'Auto-développement: psychothérapie dans la vie quotidienne.) c. La capacité de risquer L'estime se bâtit en relevant des défis, qu'il s'agisse de nous respecter ou de nous lancer dans des entreprises exigeantes. Dans tous ces cas le risque est présent: celui de déplaire, de perdre la face, d'être rejeté, d'échouer, etc. Si la sécurité et le confort sont si importants à nos yeux que nous ne pouvons nous résoudre à les perdre, nous limitons énormément nos possibilités d'enrichir notre estime. La capacité de risquer se développe. Bien entendu, plus le travail commence tôt et plus il est facile. Dans ce cas, les parents doivent renoncer à la surprotection qui les rassure eux-mêmes. Ils doivent fournir des conditions où les expérimentations peuvent avoir lieu et faire confiance à l'enfant. Il leur faut aussi encourager le goût de l'enfant pour les essais et la recherche plutôt que de mettre de l'avant leurs peurs et les obstacles. Quant à l'adulte qui souhaite devenir plus aventureux, il trouve des centaines d'occasions à sa portée. Il s'agit pour lui de s'entraîner à prendre des risques au jour le jour. Conclusion En conclusion, on peut dire que ce n'est pas en demeurant assis sur nos lauriers ou en attendant les événements que nous gagnons notre estime. C'est en la méritant. Avoir une bonne estime de soi peut souvent apparaître comme une tâche insurmontable. Mais elle ne l'est pas puisque nous pouvons nous y attaquer par un grand nombre de portes. Il suffit de relever un défi, de nous respecter, de vivre en étant à la hauteur de nos valeurs, pour la conserver ou la rehausser. En somme, nous agissons continuellement sur cette importante dimension de la qualité de notre existence. Par nos choix et nos actes, nous avons toujours le pouvoir de l'améliorer ou de la détériorer. Ressources en Développement
Transfert et conquête de l'autonomie. "La résolution du transfert" dans L'Auto-développement Vous pouvez utiliser...
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