La lettre du Psy
ISSN 1481-1340
Volume 6, No 6c : 30 juin 2002
Fuir ou affronter ses difficultés
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Le lecteur demeure toujours responsable de décider dans quelle mesure et
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Table des matières
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Sessions en France"
"Fuir ou affronter ses difficultés
par Karène Larocque, psychologue
Pour aller plus loin sur cette question
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Pause commerciale
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Fuir ou affronter ses difficultés
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A. Deux options toujours présentes
1. La difficulté comme mur insurmontable
2. La difficulté comme défi à relever
3. Les options de Nicolas et de Marie
B. Les difficultés qui cachent un déficit
C. Les conséquences de l'évitement
D. Les conséquences du choix de relever le défi
E. Plan d'action pour relever le défi
1. Préciser l'habileté à développer
2. Entraînement
3. Évaluer ses résultats
4. Besoin de support?
F. À vous de choisir !
A. Deux options toujours présentes
Les difficultés font partie de la vie; elles ne sont pas optionnelles.
Mais quand nous y sommes confrontés, deux options sont toujours
disponibles: éviter ou faire face. Peu importe la difficulté à laquelle
nous sommes confrontés, nous avons toujours le choix entre la concevoir
comme un mur infranchissable ou l'aborder comme un défi à relever.
Selon l'attitude que nous adoptons, les résultats sont différents.
Que ce soit consciemment ou non, nous faisons toujours ce choix et nous
vivons avec ses conséquences. Cet article vous invite à le faire de
façon plus éclairée en examinant clairement les conséquences de chacune
des deux options.
1. La difficulté comme mur insurmontable
Devant un problème, il nous arrive de nous sentir complètement
impuissants parce que nos solutions habituelles ne fonctionnent pas ou
parce que nous n'avons pas l'énergie ou le courage nécessaires pour
appliquer celles qui nous permettraient de le régler. Le problème nous
apparaît alors comme un mur infranchissable.
Devant cette impasse, la fuite nous apparaît comme une solution
envisageable. Puisque nous n'identifions pas de solution applicable,
nous ne voyons qu'une façon de nous soustraire à la difficulté : éviter
d'y faire face.
2. La difficulté comme défi à relever
Cette même difficulté pourrait être transformée en défi à relever. Même
si nos moyens habituels ne fonctionnent pas, nous pouvons toujours
conclure que nous ne connaissons pas "pour le moment" la façon qui
permettrait de la surmonter. Nous sommes alors devant un défi à relever
plutôt que devant un mur infranchissable.
En abordant la difficulté comme un défi à relever, nous sommes tentés
d'y faire face plutôt que de l'éviter. Même si nos ressources actuelles
ne permettent pas de résoudre immédiatement le problème, nous amorçons
la recherche de moyens pour y arriver. Par exemple, nous pouvons
chercher de l'information sur une solution possible ou obtenir de
l'aide. Cette recherche de moyens est déjà une façon de commencer à
relever notre défi et nous en ressentons immédiatement les effets.
Lorsque nous faisons face à notre difficulté et désirons la surmonter,
il en résulte un projet : développer une habileté particulière. Ça peut
être l'habileté à prendre un risque particulier comme celui d'être vu
vulnérable ou de faire face aux conflits. Il peut aussi s'agir d'une
habileté complexe qui regroupe plusieurs savoir-faire particuliers. Par
exemple, pour apprendre à exploiter mes émotions, je dois apprendre à y
être attentif, à les nommer, à les laisser être sans les analyser ou les
juger, etc.
3. Les options de Nicolas et de Marie
Nicolas éprouve de la difficulté à entrer en relation avec les
autres. Il a toujours été ainsi. Il se dit "timide de nature". Il
n'a pas réellement d'ami. Il ose à peine regarder les gens qu'il
rencontre.
Devant cette difficulté, Nicolas a deux possibilités. Il peut la
considérer comme un mur insurmontable et chercher à éviter toutes
les situations où il aurait à affronter les gens. Mais il peut
aussi l'envisager comme un défi à relever et trouver le moyen de
développer son habileté à entrer en relation avec les autres.
Marie n'ose pas à se montrer vulnérable avec les personnes qui
l'entourent. Elle a beaucoup d'amis et tous s'entendent pour dire
qu'on peut toujours compter sur elle... c'est une femme forte!
Plusieurs la surnomment affectueusement "wonderwoman". Marie se
sent pourtant bien seule même si elle est bien entourée. Elle sait
qu'elle est incapable de demander de l'aide.
Devant cette impasse, Marie a deux options. Elle pourrait la
considérer comme un mur infranchissable et continuer de jouer à la
femme forte. Elle pourrait aussi l'envisager comme un défi à
relever et travailler à développer son habileté à parler de ce
qu'elle vit vraiment ainsi qu'à demander le support dont elle a
besoin.
B. Les difficultés qui cachent un déficit
Est-ce que toutes les difficultés valent la peine d'être surmontées? Il
est vrai que pour y faire face, il faut du courage et bien des efforts!
Les problèmes qui méritent notre attention sont ceux qui nous font
souffrir.
C'est lorsqu'elle nous empêche de répondre à un besoin qu'une difficulté
devient souffrante. Plus le besoin est important, plus la douleur est
grande. Nous savons en effet que les émotions nous informent de l'état
de nos besoins : une émotion agréable indique qu'un besoin est satisfait
et une émotion désagréable traduit une insatisfaction. Et l'intensité
de l'émotion correspond à l'importance du besoin (Voir À quoi servent
les émotions <http://www.redpsy.com/infopsy/emotions.html>). En prenant
les moyens de surmonter une difficulté souffrante, je me permets
d'assouvir un besoin et, par le fait même, je rends ma vie plus
satisfaisante.
Nicolas souffre beaucoup de sa difficulté à entrer en relation avec
les autres. Celle-ci l'empêche de développer des relations
nourrissantes.
Marie souffre aussi de sa difficulté à parler d'elle. Elle se
retrouve confinée à affronter tous ses moments difficiles seule et
sans support.
C. Les conséquences de l'évitement
Plusieurs considèrent cette direction comme le chemin de la facilité.
Mais si nous envisageons le prix à payer, nous constatons que cette
option n'est pas vraiment facile!
Lorsque nous refusons de faire face au problème, nous acceptons qu'il
demeure inchangé. Les problèmes ne se règlent jamais seuls. Dopnc, si
j'évite de m'y attarder et si je ne mets rien en oeuvre pour le
résoudre, mon problème ne disparaîtra certainement pas!
Or, ce qui rend cette difficulté pénible, c'est le fait qu'elle nous
empêche de répondre à un besoin important. Nous choisissons donc, en
évitant d'y faire face, de laisser un besoin important inassouvi.
S'il s'agit d'un besoin important que nous négligeons par refus de faire
face aux difficultés, notre organisme proteste. En effet, lorsqu'un
besoin n'est pas comblé, il nous envoie des messages pour nous inciter à
voir à sa satisfaction. Chaque personne a ses symptômes "préférés" :
anxiété, angoisse, tensions, migraine, insomnie, etc. Si elle continue
d'éviter le problème malgré les symptômes, son organisme prend les
grands moyens pour la pousser à s'occuper de ce qui ne va pas : burnout,
dépression, etc. Plus elle néglige de faire face au problème, plus les
conséquences sont importantes.
Certains pour qui l'évitement est un moyen privilégié de gérer les
difficultés trouvent même des astuces pour neutraliser les symptômes :
alcool, drogues, médicaments, travail, "gambling", etc. Ces solutions
ne sont pas rentables car elles ne permettent pas de résoudre la
difficulté. Elles ont en plus un inconvénient important: elles
engendrent de nouveaux problèmes qui mobilisent souvent toute
l'attention. Nous pouvons alors facilement perdre de vue la difficulté
qui est à l'origine de cette "descente aux enfers". (Voir L'ivresse : la
dérive des illusions <http://www.redpsy.com/infopsy/ivresse.html>)
Une autre conséquence, moins évidente à première vue, c'est la
diminution de la confiance et de l'estime de soi. Rebrousser chemin
devant une difficulté, c'est s'avouer vaincu avant même de mener le
combat. C'est un genre d'expérience qui peut détruire la confiance et
l'estime de soi. Comme nous apprenons par l'expérience, ce recul
devient une expérience de plus pour démontrer notre incapacité de faire
face à nos difficultés. En ne saisissant pas l'occasion qui serait une
preuve de notre capacité, nous enclenchons le cercle vicieux!
Si nous choisissons parfois ce pôle néfaste de l'alternative, c'est
parce qu'il nous permet de nous soustraire temporairement à certaines
émotions désagréables. Ce sont parfois les émotions qui surgissent
lorsque nous regardons le problème en face. Par exemple, je pourrais me
sentir complètement découragée devant son ampleur. Il peut aussi s'agir
des émotions que sa résolution me fera vivre. Par exemple, l'idée de me
mettre à m'affirmer davantage peut me faire imaginer des conséquences
effrayantes. De plus, le fait de fuir le problème permet d'éviter
l'insécurité engendrée par l'inconnu. Nous préférons parfois demeurer
dans une souffrance familière plutôt que de vivre cette inquiétude
vague.
Nicolas évite depuis longtemps de confronter sa difficulté à entrer
en relation avec les autres. Évidemment, celle-ci ne diminue pas.
Il souffre de plus en plus de sa solitude et de l'absence de
relations nourrissantes. En conséquence, il est de plus en plus
souvent anxieux. Et depuis peu, il fait même des crises d'angoisse
dès qu'il est question d'aller dans un endroit où il devra faire
face à des gens. Plus ça dure, et plus il se dévalorise et se
trouve socialement incompétent. Il ne peut plus tolérer l'inconfort
d'être confronté à d'autres et il s'isole de plus en plus.
Marie a toujours évité de parler de ses peurs et de ses émotions
lorsqu'elle ne va pas bien. Bien sûr, comme elle ne s'offre pas
l'occasion de développer cette habileté, elle continue de s'en
sentir incapable. Elle souffre de ne recevoir aucun support
lorsqu'elle traverse des moments difficiles. Elle a commencé à
faire de l'insomnie et à avoir des difficultés à se concentrer au
travail. Elle se sent pleine d'émotions et incapable de les
exprimer. Plus ça va, plus elle se sent fausse avec son conjoint et
ses amis. Elle s'en veut de leur jouer la comédie lorsqu'elle ne va
pas bien. Elle continue de jouer à la femme forte, car elle se
croit incapable de tolérer l'inconfort d'être vue vulnérable.
D. Les conséquences du choix de relever le défi
Choisir d'assumer sa difficulté, c'est se donner la possibilité de
l'apprivoiser et éventuellement de la surmonter. La première étape pour
y arriver est évidemment d'y faire face. Nous ne pouvons résoudre un
problème en l'évitant.
En s'y arrêtant, en le précisant et en se mettant à la recherche de
moyens pour le résoudre, le problème devient déjà plus familier; nous
l'apprivoisons et il nous fait immédiatement moins peur. Il s'agit
ensuite d'appliquer les moyens identifiés pour découvrir ceux qui se
montreront les plus efficaces.
En surmontant une difficulté, un besoin qui était jusque là en
souffrance aura la possibilité d'être satisfait. Le fait de relever le
défi permet donc de rendre sa vie plus satisfaisante. Et en s'occupant
ainsi d'un besoin négligé, nous sommes plus fidèle à nous-même et les
résultats de cette façon d'être sont considérables : une augmentation de
la confiance et de l'estime de soi ainsi que du sentiment de sécurité
intérieure. Ce résultat vient aussi du fait que nous affrontons notre
difficulté, que nous accumulons une expérience où nous sommes réellement
capable de faire face à nos problèmes.
Mais il y a aussi des inconvénients. En confrontant nos difficultés,
nous sommes amenés à vivre diverses émotions désagréables. Les plus
fréquentes sont l'inconfort de mettre en pratique des habiletés que nous
ne maîtrisons pas encore, ainsi que l'insécurité et la peur de
l'inconnu.
Les avantages de tolérer l'inconfort devant l'inconnu et l'insécurité
qu'il éveille en soi sont tout aussi importants. C'est par la pratique
que nous devenons plus habile dans un domaine particulier, même dans la
capacité de vivre avec l'inconnu. En ressentant et en apprivoisant cet
inconfort, nous apprenons à tolérer l'inconnu et l'insécurité. Peu à
peu, nous devenons plus confortable avec ces expériences.
Nicolas a décidé de relever le défi : il veut développer son
habileté à entrer en relation avec les autres. Il est loin de se
sentir prêt à s'introduire spontanément dans un groupe, mais il
prend les moyens pour apprivoiser le contact avec les autres. Il a
commencé par un objectif simple: regarder les gens qu'il rencontre.
Au début, c'était difficile mais plus il le fait, plus il apprivoise
ce contact. Ensuite, il s'est mis à les saluer. Il remarque que
son habileté s'améliore. Ses progrès sont encourageants: il a de
plus en plus confiance en sa capacité de surmonter sa timidité.
Aussi, il devient de plus en plus à l'aise avec l'inconfort qu'il
vit lorsqu'il ose la dépasser.
Marie a décidé de relever le défi : elle veut devenir capable de se
montrer vulnérable. Mais elle veut y aller doucement et respecter
son rythme. Elle a commencé par cesser de dire "ça va" lorsqu'elle
n'est pas bien. Elle constate que c'est difficile car son réflexe
était bien établi!
Ensuite, elle a décidé de parler de sa difficulté à Anne, sa
meilleure amie. Elle est surprise de constater que, loin de la
rejeter, Anne s'est montrée très compréhensive. C'est en tentant
cette expérience qu'elle a découvert que c'est la peur d'être
rejetée qui la poussait à éviter de se montrer vulnérable. Elle
veut s'entraîner encore à prendre ce risque car elle est soulagée de
pouvoir enfin parler de ses problèmes; ça lui fait vraiment du bien
d'être supportée dans ses périodes difficiles.
Elle est de plus en plus capable de se montrer vulnérable et elle y
arrive maintenant avec son conjoint. Elle a bien confiance de
surmonter cette difficulté et elle s'estime de se montrer telle
qu'elle est avec ses proches. Plus elle le fait, plus elle porte
bien l'inconfort et la peur d'être rejetée. Ce n'est toujours pas
agréable, mais elle tolère mieux ces émotions et ne se paralyse plus
pour éviter de les vivre.
E. Plan d'action pour relever le défi
Même une difficulté qui nous apparaît comme un mur infranchissable peut
être transformée en défi à relever. Une aide professionnelle est
parfois nécessaire lorsque la difficulté semble insurmontable. C'est le
cas lorsque nos efforts pour la résoudre nous amènent constamment dans
des impasses. Celles-ci peuvent être les résultats d'une façon
inadéquate de gérer ses émotions, de s'exprimer, de répondre à ses
besoins, etc. Un psychothérapeute compétent peut aider à identifier ce
qui rend le problème insoluble et à trouver une façon de résoudre
l'impasse.
En identifiant clairement l'habileté manquante, nous sommes en mesure de
commencer à relever notre défi! Les étapes suivantes peuvent guider la
personne qui désire transformer sa difficulté en défi de croissance.
1. Préciser l'habileté à développer
Il faut d'abord identifier clairement l'habileté à développer. Pour y
arriver, il est utile d'en faire une formulation en une seule phrase.
Le fait de la formuler de façon succincte oblige à la préciser et aide à
bien la cerner.
Pour bien préciser l'habileté à maîtriser, il faut aussi en évaluer le
niveau actuel. Nous pouvons le faire plus facilement en identifiant les
situations où nous sommes plus habiles. Par exemple, si je veux
développer mon habileté à dire "non" lorsque quelque chose ne me
convient pas, je pourrais identifier clairement les personnes ou les
situations particulières où je réussis déjà à le faire.
Enfin, il s'agit de choisir son objectif. Je peux, par exemple,
identifier les situations où je voudrais devenir capable de le faire.
Il peut être utile de nommer le besoin qui nous motive à relever ce
défi. En prenant conscience du besoin que nous cherchons à combler en
développant cette habileté, nous voyons plus clairement comment la
démarche vise à rendre notre vie plus satisfaisante. C'est d'abord une
façon de nourrir notre motivation. Mais c'est aussi un outil
d'évaluation: le niveau de satisfaction du besoin pourra nous servir à
évaluer nos progrès.
2. Entraînement
Pour développer une habileté, il est indispensable de la mettre en
pratique. Je ne peux devenir bon skieur en lisant des livres sur les
techniques de ski; je dois aller sur les pentes! Certaines connaissances
concernant l'habileté que nous voulons développer peuvent être utiles :
comment se développe ce genre d'habiletés, l'importance de la
développer, d'où vient cette difficulté, etc.
Ces connaissances peuvent être nécessaires mais elles ne suffisent
jamais. Elles permettent seulement de comprendre alors que c'est
l'expérience qui permet le changement. La meilleure façon de
s'entraîner, c'est de profiter de toutes les occasions que notre vie
nous offre. Si une difficulté nous fait souffrir, c'est parce que nous
y sommes souvent confrontés. Chacun de ces moments est une occasion
d'essayer de faire autrement qu'à l'habitude.
J'ai souvent rencontré des gens qui, depuis des années, dévorent tous
les livres sur l'affirmation de soi et assistent à toutes les
conférences à ce sujet. Ils pourraient vous parler longuement de
l'importance d'apprendre à dire non ou de se respecter. Mais s'ils
n'ont pas appliqué ces principes dans la pratique, il sont au même point
qu'à leur début sauf... qu'ils en connaissent plus sur le sujet. Ces
gens arrivent en psychothérapie en disant : "Je sais qu'il faut que...
mais je n'y arrive pas!".
Trop de personnes tombent ainsi dans le piège d'attendre d'être habiles
pour mettre leurs nouveaux moyens en pratique. J'insiste : c'est en
s'entraînant que nous devenons habiles. Il serait absurde de dire "Je
ne fais pas de ski parce que je ne suis pas bon skieur. Lorsque je
serai plus avancé, j'irai!"
Il est normal de bafouiller un peu (et parfois beaucoup!) lorsque nous
commençons à appliquer une habileté particulière. S'il faut la
développer, c'est forcément parce que nous éprouvons des difficultés.
Il faut trouver le courage de se lancer en acceptant de ne pas être déjà
habile. Cette perspective éveille toujours des peurs; ce n'est pas pour
le plaisir que nous avons évité, jusqu'à maintenant, de s'y mettre.
Être courageux, ce n'est pas être sans peur, c'est plutôt d'oser faire
des expériences même avec la peur.
Pour qu'une expérience permette de développer efficacement une habileté,
elle doit comporter une part de risque bien dosée. L'expérience doit
être assez difficile pour constituer un risque sans être suffisante pour
nous paralyser.
Si une expérience est trop facile à réaliser, elle n'aide pas à
progresser parce qu'elle ne demande pas plus d'habileté que celles qu'on
a déjà. Ce serait comme demeurer sur une piste de ski "de débutants"
alors que nous maîtrisons déjà les habiletés nécessaires. Si
l'expérience est difficile, c'est parce que le niveau d'habileté requis
est plus élevé que celui que nous maîtrisons. Mais si la difficulté est
trop importante, nous risquons de nous retrouver paralysé devant la
tâche. Comme si je me lançais sur une pente "d'experts" en commençant.
Il n'est pas utile de me mesurer à un tel défi si je suis confiné à
demeurer terrorisé au sommet de la pente!
Les expériences qui permettent de s'entraîner efficacement sont celles
pour lesquelles ,nous pouvons répondre oui à ces deux questions:
1. Est-ce que je trouve cette expérience difficile?
2. Est-ce que je me sens prêt à faire l'expérience?
Si la réponse est non à l'une ou l'autre, nous pouvons toujours
augmenter ou réduire le niveau de difficulté. Il s'agit de faire
l'expérience qui permet de mettre l'habileté en pratique et par la
suite, de choisir une autre expérience en ajoutant un peu de difficulté.
3. Évaluer ses résultats
Pour bénéficier au maximum de ses expériences, il est important de faire
un retour sur sa performance. Cela permet de prendre conscience de ses
apprentissages et d'ajuster son tir pour les prochaines expériences à
venir. Voici des questions qui peuvent être utiles :
Qu'est-ce que j'y ai appris d'important?
Y a-t-il des résultas auxquels je ne m'attendais pas?
Est-ce que j'ai atteint mon objectif?
Si oui, qu'est-ce que j'ai fait de différent de ce que je fais
habituellement?
Si non, qu'est-ce qui manque à ma satisfaction?
Qu'est-ce que je vais faire lors de ma prochaine expérience?
Même lorsque l'expérience ne s'est pas avérée complètement
satisfaisante, nous pouvons toujours considérer comme une réussite le
fait d'avoir fait face à notre difficulté. Et lorsque nous atteignons
notre objectif, il est important de savourer ce succès. Le
développement d'une habileté est une entreprise difficile; le fait de
profiter du plaisir que cela nous procure nourrit notre motivation à
poursuivre.
4. Besoin de support?
Il peut être utile de se procurer un support dans cette démarche. Pour
certains, le fait d'avoir une ou plusieurs personnes avec qui partager
leurs expériences, leurs difficultés et leurs réussites apporte un
soutien important. Un ami peut aussi jouer ce rôle.
Si c'est un "entraîneur" qu'il nous faut, dans le domaine émotif ou
interpersonnel, un psychothérapeute peut être la personne désignée. Une
telle consultation peut être nécessaire lorsque nous ne parvenons pas à
cerner le problème, à identifier l'habileté à développer ou à trouver
des expériences qui permettraient de s'entraîner. Une aide
professionnelle peut aussi s'avérer nécessaire lorsque nous rencontrons
une impasse en cours de démarche.
F. À vous de choisir !
En tant que psychothérapeute, j'aide les gens à relever leurs défis. Il
serait difficile pour moi de cacher ma préférence! Les personnes qui
consultent se retrouvent habituellement devant un mur qu'elles
considèrent comme insurmontable avec leurs capacités actuelles. Mon
travail consiste à les aider à développer les habiletés nécessaires pour
surmonter cette impasse. Cette dernière devient par le fait même un
défi à relever.
Quoi qu'il en soit, c'est à vous que revient le choix de relever ou non
vos défis. C'est tout de même vous qui en paierez le prix et récolterez
les gains! Vous en êtes seul responsable...
Karène Larocque, psychologue
<http://www.psychologuemontreal.com>
> Vous avez des questions sur cet article?
N'hésitez pas à nous les faire parvenir à <Lpsy-question@redpsy.com>
L'auteur de l'article répondra aux questions dans le prochain numéro.
Les réponses seront des informations applicables de façon générale et
non des conseils individuels. Pour plus de détails, voir
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Vous pouvez discuter de cet article et y réagir avec les autres lecteurs
de La lettre du Psy! Le babillard Infopsy est à votre disposition.
Pour en savoir plus à ce sujet, voyez
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> Vous pouvez lire...
L'estime de soi
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Pour une vie qui me colle à la peau !
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La confiance en soi
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L'atelier Prendre ma place
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La psychothérapie de groupe
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sous la direction de Jean Garneau, psychologue.
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